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Journal du droit des jeunes

2008/2 (N° 272)


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Il faudrait absolument lire le rapport remis par Alain Bentolila au ministre de l’Éducation nationale [1][1] « La maternelle au front des inégalités linguistiques.... Ce linguiste veut transformer les jeunes enfants en systèmes linguistiques dès lâge de trois ans (je n’exagère pas) et il affiche un mépris incroyable pour les compétences des enseignants d’école maternelle. Le tout, avec des explications ou arguments scientistes (tout est affirmé ou asséné comme si c’était démontré). Pas une seule fois, Bentolila n’évoque les activités ludiques (le mot « jeux » est utilisé une fois), les interactions sociales entre pairs (qui, selon lui, conduisent à « l’insécurité linguistique », voir plus loin), les processus de socialisation, les habiletés manuelles et corporelles, la sensorialité et la construction des perceptions, l’imaginaire, les symboles et activités symboliques.

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Exemples de « morceaux choisis » (en italique, les termes exacts du rapport) :

3

« De cette façon, en faisant découvrir aux élèves et à leurs parents qu’aller à l’école c’est apprendre un nouveau métier, dans lequel l’erreur analysée est un levier de progression (…) ».

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« Il est vain de regretter avec nostalgie l’heureux temps où tous les petits enfants bénéficiaient plus longtemps de la chaleur du foyer familial ».

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S’agissant des enfants de deux à trois ans qui étaient accueillis en petite section d’école maternelle : « lécole navait ni les lieux, ni surtout les femmes et les hommes capables daccompagner les tout-petits dans leur développement linguistique, psychologique et affectif ».

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« Communiquer et parler avec les pairs (…) conduit les enfants à l’insécurité linguistique ».

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« Lécart grandissant entre les constructions grammaticales utilisées à loral par les élèves et celles qui organisent les premières phrases soumises à leur lecture exige que dès la moyenne section on accompagne avec soin le jeune enfant dans la découverte d’une organisation et de conventions que l’oral ne lui a parfois pas révélées ».

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« L’École, avouons-le, sest fort peu occupée de la maîtrise de la communication orale ».

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« Noublions pas que l’École est le lieu où le maître donne sens à la diversité et au désordre du monde ».

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« Si les écrits, dans la diversité de leurs supports et de leurs contenus, doivent être à présent au sein même de la classe, on ne peut pour autant accepter lintrusion désordonnée dans les écoles maternelles d’écrits dont le foisonnement hétéroclite tente de donner l’illusion d’une authenticité retrouvée : le chèque y fréquente le bon de commande de la Redoute ; laffiche publicitaire y voisine avec la recette de cuisine ; le mode demploi d’un article électroménager le dispute parfois au conte merveilleux ou au poème. La seule présentation de la pluralité ne saurait entraîner une vision cohérente du monde de l’écrit. Ces « bains d’écrits » dans lesquels on plonge les élèves, avec lespoir qu’ils s’y imprègnent d’une sorte de culture écrite, sont à la fois inefficaces et dangereux ».

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« Son discours pédagogique [celui du maître] doit accepter la distance et montrer que la langue est essentiellement faite pour dépasser la connivence ».

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« De langue maternelle française, de parents francophones, ils arrivent à lécole avec une langue orale très éloignée de la langue quils vont rencontrer en apprenant à lire et à écrire. Ne craignons pas de le dire, ils parlent une langue étrangère à celle sur laquelle va reposer leur apprentissage de la lecture et de l’écriture ».

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« Ils arrivent donc à lécole déjà résignés à n’avoir aucune prise sur le monde, à ne revendiquer aucun pouvoir linguistique et intellectuel sur les autres ; ils ont déjà renoncé à la conquête collective du sens pour ne plus s’occuper que de se protéger individuellement dun monde où les menaces leur paraissent l’emporter largement sur les promesses ».

14

« Les temps consacrés aux comptines et aux chants doivent devenir des temps d’apprentissage où l’on privilégiera la qualité darticulation, de mémorisation, d’explication du lexique, plutôt que la quantité de comptines marmonnées ».

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« Rares sont en réalité les classes où un exercice écrit de graphisme ou de numération est proposé chaque jour et à tous les élèves ».

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« L’école maternelle a souvent privilégié ce qui se voit, sexpose, s’affiche, au plus grand plaisir des parents et des élèves. Le « bien vivre » a parfois pris le pas sur le « bien apprendre » ».

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En d’autres termes, le rapport de Bentolila est gravissime (la petite section apparaît comme une propédeutique de la moyenne section qui est elle-même une propédeutique de la grande section, qui elle-même est une propédeutique du cours préparatoire, même s’il est affirmé que l’école maternelle doit être une école à part entière). Les élèves sont considérés comme des sortes d’ordinateurs qu’il faut programmer linguistiquement dès le plus jeune âge. Il est implicitement très élitiste et il matraque les enseignants de l’école maternelle.

Notes

[*]

Professeur des universités et directeur de recherche à l’Inserm, a dirigé plusieurs laboratoires et équipes de recherche en psychophysiologie et psychopathologie du développement.

[1]

« La maternelle au front des inégalités linguistiques et sociales », rapport commandé par Xavier Darcos, ministre de l’Éducation nationale, décembre 2007. Téléchargeable sur http://www.cafepedagogique.net

Pour citer cet article

Montagner Hubert, « Travailler plus… tôt ( ?) », Journal du droit des jeunes, 2/2008 (N° 272), p. 9-9.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2008-2-page-9.htm
DOI : 10.3917/jdj.272.0009


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