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Journal du droit des jeunes

2008/9 (N° 279)


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L’Observatoire national de l’enfance en danger (ONED) publie les études sur les mineurs dits « incasables », autrement dit « les jeunes en difficultés multiples » à l’égard desquels les professionnels sociaux demeurent démunis face à leur souffrance, en raison d’un manque de moyens adaptés au sein des institutions.

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Si le nombre de ces jeunes demeure peu important (un peu plus de 2% des enfants accueillis par l’ASE dans deux départements étudiés : le Val-de-Marne et le Val-d’Oise), il n’en reste pas moins que les recherches révèlent l’absence cruelle de solutions institutionnelles à ceux qui font l’objet de ruptures à répétition, tant scolaires que des placements menant d’une institutions à une autre.

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L’histoire et les parcours de ces jeunes sont marqués par des traumatismes importants : décès d’un proche, rejet des parents, violences conjugales, violences sexuelles et autres maltraitances... et des réponses institutionnelles très souvent inadaptées. Les chercheurs soulignent la trop grande spécialité des services qui les amène rapidement à se déclarer incompétents, les difficultés du jeune étant précisément multiples et ne résumant pas l’espace d’intervention d’un seul service ou établissement.

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Trois équipes de recherche ont été sélectionnées et ont rendu leur rapport, chacune s’attachant à l’un des aspects de la problématique :

  • « Parcours et situations de vie des jeunes « incasables » », sous la direction de M. Jean-Yves Barreyre, directeur du CEDIAS, ANCREAI délégation Île-de-France, Équipe de recherche du CEDIAS (P. Fiacre, V. Joseph, Y. Makdessi) : analyse de 81 situations dans deux départements d’Île-de-France (ASE du Val-de-Marne et du Val-d’Oise) ;

  • « Des jeunes de 14 à 16 ans « incasables » ? Itinéraires d’élèves aux marges du collège », sous la direction de Michèle Guigue, professeur des universités, Université Charles De Gaulle – Lille III, GRIES (D. Bruggeman, M. Lemoine, E. Lesur, B. Tillard) : recherche dans le département du Pas-de-Calais au sein du dispositif « Démission impossible » de retour dans la scolarité ;

  • « Les mineurs dits « incasables ». Une analyse des facteurs de risques et vulnérabilité des adolescents, à travers leurs parcours de vie et les prises en charges institutionnelles », sous la direction de Loïck Villerbu, professeur d’université, directeur de l’Institut de criminologie et sciences humaines (ICSH), Université de Rennes II Haute-Bretagne (L. Libeau-Mousset, A. Winter) : recherche sur les représentations et les modes de prise en charge dans le département d’Îlle-et-Vilaine auprès de trois partenaires : Éducation nationale, ASE et PJJ.

On ne peut facilement entrer dans le détail de l’étude des causes, et du désarroi des intervenants ayant à faire face à un « clash » (manifestation brutale de rupture), voire à la démotivation totale, l’abandon de poste : soulager la souffrance ou appliquer la sanction, sachant que « l’incasabilité n’est jamais qu’une désignation indicible d’une plaie à vif ».

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Exclure ou non ? Le dilemme se présente évidemment plus souvent dans les institutions sociales et médico-sociales que dans l’enseignement dont les règlements souffrent moins de sentiments, quoique l’étude sur la scolarité évoque semblable désarroi. Citons J.Y. Barreyre : « Les référents estiment qu’il est difficile d’orienter les jeunes vers des structures qui offrent à la fois une prise en charge éducative et des soins, donc vers des établissements médico-sociaux. Trouver un ITEP qui accepte le jeune et qui soit proche de son lieu d’hébergement, sachant que celui-ci risque de changer, est très compliqué. Il a été également signalé l’impasse dans laquelle se trouvent les jeunes après l’exclusion d’un ITEP. Parmi les douze jeunes pour lesquels nous avons approfondi l’analyse, trois ont été confrontés à l’absence de solution après une exclusion d’ITEP ».

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Toutes les équipes avouent ne pas disposer de « remèdes » à des situations aussi différentes que complexes. Elles soulignent toutefois l’intérêt du travail entre institutions tant au niveau de la prévention que de la prise en charge des jeunes : « L’idée serait de travailler en veille sur le territoire, et en réseau, plutôt que de chercher la « case spéciale incasables » qui ne peut être qu’une réponse que temporaire, dans une situation donnée ». En effet, ces jeunes dits « incasables » ne sont pas toujours aussi « incasés » que ça : tel peut très bien adopter un comportement visant à l’exclure d’une institution alors que, dans le même temps, ses rapports avec d’autres intervenants sont excellents. Tel autre peut se trouver en échec scolaire – à la limite du décrochage – alors qu’il s’investit dans certains apprentissages dans un cadre « moins rigide », laissant place à la gestion de son temps et encourageant les capacités de l’enfant, sans lui appliquer les normes du niveau fonctionnel de l’établissement.

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Des voies de recherche et d’accompagnement ? Arrêter de se renvoyer la « patate chaude » et constituer des équipes, aptes à travailler ensemble, sortir des murs des institutions et des « spécialités », mobiliser les différents corps professionnels pour traiter les « problématiques », chacun dans son champ de compétences, renoncer à se considérer comme « la structure idéale » alors qu’elle ne peut être pertinente qu’à un moment donné du parcours de l’enfant.

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En matière de prévention, sans recourir au terme « grossier » de « dépistage précoce », le travail en réseau devrait permettre la détection plus rapide des souffrances et la mise en œuvre de réponses adéquates. Jusqu’à présent, la crainte de stigmatiser l’enfant et sa famille expliquerait ce déficit d’évaluation. Les chercheurs recommandent un « travail collectif de réflexion partagée » entre les institutions, mais aussi en interne, « afin de dépasser cette réticence au dépistage précoce qui est pensée comme une des raisons principales de l’aggravation des situations des jeunes et de leurs familles (...) ce qui suppose de mettre en œuvre des méthodes de conservation de la mémoire ».

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On devra aussi s’interroger sur la formulation de la demande d’aide d’une famille ou d’un enfant, de la même manière que les intervenants devront questionner les règles légales relatives au secret professionnel et leur déontologie, notamment en matière de « partage de l’information », matière que l’ONED est bien placé pour connaître.

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La suite au 12 décembre prochain, au cours de la journée où seront exposées les « expériences innovantes » et où ces questions ne manqueront pas de se poser...

Pour citer cet article

« " Une souffrance maltraitée " », Journal du droit des jeunes, 9/2008 (N° 279), p. 10-10.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2008-9-page-10.htm
DOI : 10.3917/jdj.279.0010


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