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Journal du droit des jeunes

2009/8 (N° 288)


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On sait finalement peu de chose sur les infractions à caractère violent commises par les jeunes. De quoi s’agit-il exactement dans la vie quotidienne ? Ces phénomènes sont-ils pour partie nouveaux dans la société française ? Comment peut-on les mesurer et se faire une idée de leur évolution ? Quelles sont les caractéristiques des auteurs et des victimes de ces infractions ? Comment la police et la justice les poursuivent-elles ?

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Tel est l’objectif de ce livre, de répondre précisément à toutes ces questions à partir de données historiques, statistiques et d’études de dossiers judiciaires. Il démonte la plupart des idées reçues et offre à son lecteur les moyens de se faire une opinion davantage éclairée.

Extraits du chapitre 3 : La « violence des mineurs » dans les dossiers judiciaires

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(...)

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Nous avons conduit une recherche quantitative et qualitative basée sur l’examen d’un échantillon de 557 dossiers judiciaires impliquant des mineurs ayant commis des faits de violence sur un territoire donné (le département des Yvelines), à deux périodes de temps (en 1993 et en 2005). Notre objectif était triple :

  1. saisir la nature des faits commis et les principales caractéristiques des auteurs et des victimes ;

  2. analyser le traitement judiciaire de ces faits ;

  3. déceler les évolutions possibles concernant les faits, les auteurs, les victimes et le traitement judiciaire entre 1993 et 2005.

(...)

Derrière « la violence », quatre grands types de faits

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Pour les six premiers mois de l’année 1993 et les quatre premiers mois de l’année 2005, nous avons trouvé dans les archives du Tribunal de grande instance de Versailles 557 dossiers impliquant 750 auteurs (et 765 victimes) ayant commis des infractions à caractère violent. Sur un plan pénal, la grande majorité des faits sont (...) des contraventions et des délits. L’on ne trouve qu’un nombre très restreint de crimes, 9 pour les deux périodes (...).

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(Voyez tableau page suivante)

1 - Les violences verbales et physiques

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Les 270 affaires de violences verbales ou physiques sont loin de se ressembler. En lisant attentivement les dossiers, nous avons pu repérer une grande variété d’actes et de situations qui nous ont conduit à distinguer 5 types de violences.

1.1 - Des « embrouilles »

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Le terme « embrouille » désigne familièrement des situations confuses visant à tromper ou à rendre difficile l’exercice du jugement. C’est aussi une expression consacrée du langage juvénile contemporain pour désigner des conflits entre des protagonistes. Une affaire (de violence) sur deux est une embrouille, à savoir un conflit entre jeunes dont l’origine est à la fois confuse et apparemment bénigne.

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Les protagonistes des embrouilles se connaissent. Ils sont amis, camarades ou entretiennent des liens amoureux ; ils fréquentent le même établissement scolaire et peuvent être dans la même classe ; ils habitent la même ville ou résident dans le même quartier. A minima, ils se connaissent de vue. Et, un jour, un conflit surgit entre eux. Ce n’est généralement pas le premier car les jeunes se sont déjà opposés. C’est peut-être le plus grave (par exemple, des coups cette fois-ci sont portés), c’est en tout cas celui que la victime décide de porter devant la justice.

Tableau 1 - Les types de faits et leur poids dans l’ensemble des infractions (en nombre de dossiers)Tableau 1
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L’altercation naît toujours suite à des motifs bien précis aux yeux des protagonistes : ce sont principalement des insultes, des moqueries, des questions d’honneur ou des histoires de cœur.

Une fillette discute avec deux copines sur les marches de l’escalier de son immeuble. Un garçon s’approche d’elle, l’insulte, la frappe et la pousse, elle dévale quelques marches. Interrogée, la fille pense que le garçon a eu cette attitude parce que ses copines et elle ont refusé qu’il déjeune à leur table à la cantine. Le garçon, quant à lui, déclare que la jeune fille l’aurait traité de « gros porc » et se serait moqué de sa mauvaise haleine.

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(...)

Un garçon et une fille sont sortis ensemble pendant plusieurs mois, mais sont en voie de rupture. Le jour des faits, le garçon retrouve son amie devant l’entrée d’un gymnase pour lui faire part de sa colère concernant les ragots que celle-ci aurait proférés à son encontre. Le ton monte, la jeune fille nie avoir colporté quoi que ce soit et pense que le garçon est énervé parce qu’il ne supporte pas qu’elle ait rompu leur relation. Le garçon lui donne un coup au visage.

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(...)

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La particularité des violences embrouilles est triple. D’abord, elles traduisent des conflits dont les motifs sont inhérents aux relations ordinaires entre jeunes (l’on ne trouve qu’un nombre réduit d’embrouilles entre des jeunes et des adultes). Les causes du conflit sont banales et très anciennes. (...)

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L’on observe ensuite que, dans quasiment tous les cas, l’affrontement se déploie sous le regard et bien souvent avec les encouragements (voire la participation) d’individus ou de groupes alliés ou adversaires de l’une ou l’autre des parties. Dès lors, si le conflit pouvait se dénouer de façon pacifique par les seuls protagonistes, le passage à l’acte serait favorisé par la présence du collectif. (...)

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Enfin, il est au final bien difficile de savoir qui est à l’origine de l’altercation et qui commence à insulter ou à frapper. C’est pourquoi, dans nombre d’affaires, les auteurs et les victimes sont presque interchangeables. Certes, il est établi que l’un d’eux a porté un coup (ou a proféré une menace). Mais il l’a souvent fait en réaction ou en réponse à une altercation antérieure. (...)

1.2 - Des violences « viriles »

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Nous appelons violences viriles des affrontements verbaux ou physiques entre des jeunes garçons ou entre des jeunes garçons et des hommes adultes, dont l’origine réside dans une posture corporelle – un regard, une façon de se tenir, une attitude, un geste – perçue comme irrespectueuse, insultante ou agressive par celui qui va déclencher les hostilités. Généralement, les protagonistes ne se connaissent pas et ils n’entretiennent pas de contentieux antérieur. Tout se joue dans la rencontre :

(...)

Un homme d’une trentaine d’années court avec un ami dans les allées d’un parc. Dans le même parc, une classe fait du vélo dans le cadre d’un cours de sport. Parmi les élèves, l’un croise le jogger et le frôle avec son vélo. Celui-ci lui dit alors qu’il « est dangereux » et reprend sa course. L’élève l’attend un peu plus loin avec deux copains. Ils s’expliquent mais, à un moment, le jeune s’énerve et frappe le jogger avec un poing américain (ce que le jeune niera), il le fait tomber au sol et lui donne des coups de pied. Auditionné, il donne sa version des faits. Selon lui, lorsqu’il s’est approché du jogger, celui-ci l’aurait poussé et lui aurait dit : « qu’est-ce que tu fais là, petit branleur ? ».

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(...) Par défi, par jeu, pour se mesurer, pour ne pas perdre la face, pour se sentir puissant, etc., l’un des protagonistes s’en prend à l’autre, qui bien souvent réplique. Ainsi comprises, les violences viriles sont quasi constitutives d’une dynamique de l’affrontement inhérente à la formation et à la consolidation de la virilité chez les (jeunes) individus de sexe masculin. (...)

1.3 - Des violences de voisinage

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Comme dans les embrouilles, les protagonistes des violences de voisinage se connaissent bien car ils habitent le même quartier, souvent le même immeuble, voire la même cage d’escalier et ils se croisent régulièrement. Mais ils ne s’entendent pas bien et des conflits les opposent – eux et souvent leurs familles – depuis des semaines, des mois, voire des années.

Un jeune garçon accompagné de son petit frère pousse la porte de son immeuble pour rentrer chez lui. Un de ses voisins qui habite au rez-de-chaussée veut également rentrer, le garçon ne lui tient pas la porte, ils se battent. Le mineur prétend que c’est l’homme qui a fermé la porte au nez de son petit frère et lorsque celui-ci lui a fait remarquer que ce n’était pas poli, l’homme l’aurait frappé, le jeune s’en est alors pris à lui. Tous deux seront blessés et porteront plainte. Le dossier nous apprend que les conflits entre l’homme, les deux frères et leur mère sont fréquents et durent depuis longtemps. Le gardien de l’immeuble, appelé à témoigner, dira que l’homme est un « râleur volontiers agressif », mais que « les fils de cette famille ne sont pas des saints non plus ». Un autre frère, également auditionné, datera le début du conflit du jour où le chien du voisin s’est battu avec leur chienne. La mère dira de son côté qu’elle a déjà donné un coup de poing à ce monsieur car il la menaçait, elle et ses enfants.

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(...)

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Les embrouilles, les violences viriles et les violences de voisinage sont des formes de violence ordinaire qui traduisent des dérèglements des interactions communes de la sociabilité usuelle, dans certains espaces ou territoires sociaux. Sur un plan juridique, ce sont des infractions sanctionnées par la loi. Mais, sur un plan sociologique, ce sont des querelles anciennes et triviales, qui pour une part relèvent de systèmes de normes et de contraintes partagés par des populations qui se connaissent, se fréquentent ou vivent ensemble.

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Restent deux derniers types de violences, d’une nature différente.

1.4 - Des violences contre des vigiles

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Une vingtaine de dossiers sont des rivalités entre un ou plusieurs jeunes et des agents chargés de la surveillance ou de la gérance d’un magasin.

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(...)

Un jeune garçon, connu comme étant un voleur à l’étalage, est accosté par le vigile d’un Intermarché qui lui demande de quitter les lieux. Le jeune refuse, une bousculade s’ensuit. Dans la bagarre, le blouson du jeune est déchiré et les lunettes du vigile cassées. Le vigile prétend que deux lots de piles sont tombées de la poche du jeune lors de l’affrontement. Celui-ci nie la tentative de vol et prétexte être seulement venu faire des courses.

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(...)

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La particularité de ces violences est qu’elles sont déclenchées par la commission, la tentative ou la suspicion d’un vol dont les auteurs sont des jeunes déjà connus des services de police... pour des affaires de vols. L’accrochage naît de la tentative de fuite des mineurs, de la résistance qu’ils opposent, des menaces ou des insultes qu’ils profèrent ou bien, plus rarement, des coups qu’ils portent à l’encontre des vigiles ou des employés du magasin.

1.5 - Des violences intrafamiliales

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Les violences intrafamiliales sont d’une nature encore différente. Elles concernent des jeunes qui s’en prennent à l’un ou l’autre de leurs parents – dans la majorité des cas il s’agit du fils contre sa mère – suite à un conflit qui vient poursuivre et aviver un contentieux déjà ancien.

Une femme d’une quarantaine d’années se présente au commissariat de son quartier pour porter plainte contre son fils qui l’a frappée et bousculée parce qu’elle boit. Sa fille aussi la maltraiterait. La police contacte l’assistante sociale de secteur qui l’informe que la victime a le statut de majeure protégée et que les agissements de son fils (menaces et coups) sont déjà anciens. Auditionné, le garçon admet qu’il est en conflit avec sa mère depuis 4 ans, parce qu’elle boit, prend des médicaments et ne fait rien de ses journées : « c’est vrai que je lui ai mis une claque pour essayer de la faire réagir. Dès qu’elle touche de l’argent, elle se saoule, elle invite des inconnus à la maison avec qui elle couche, elle se promène nue(...). J’ai la rage contre ma mère qui nous abandonne ».

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(...) Toutes les violences commises par des jeunes contre un de leurs parents s’inscrivent dans des dynamiques familiales problématiques. Souvent, le parent agressé vit seul et l’autre (en général le père) est « absent » : inconnu, disparu, malade ou décédé. Dans les autres cas, la situation familiale est confuse, les relations entre les membres mauvaises et le(s) parent(s) mal portants(s) (dépression, troubles mentaux, alcoolisme...). Dès lors la violence commise par le jeune trouve sa source dans ces dysfonctionnements familiaux, qualifiés de pathologiques par les psychologues ou les psychiatres dans certains cas.

2 - Les infractions envers des adultes représentant l’autorité

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Un bon quart des dossiers sont des infractions envers des personnes dépositaires de l’autorité publique (Ipdap) ou des personnes chargées de mission de service public (Msp). Il s’agit également de faits de violence, plus souvent verbale que physique, commis par des jeunes sur des adultes détenteurs d’une autorité légale ou symbolique, dans l’exercice de leur fonction. (...)

2.1 - De très fortes tensions avec des policiers

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Plus de la moitié de ces affaires sont des infractions envers des policiers – l’on ne trouve que deux dossiers où la victime est un gendarme. Les faits les plus courants sont des outrages, c’est-à-dire des insultes, des menaces ou des gestes obscènes, commis par un ou plusieurs jeunes à l’occasion d’une patrouille, d’un contrôle d’identité, d’une opération de surveillance ou d’une interpellation.

Lors d’un contrôle policier aux abords d’une gare, un garçon qui connaît les jeunes en train de se faire contrôler, s’approche. Les policiers lui demandent de s’écarter, il les menace : « moi les flics je les prends, je les retourne et je leur mets de gros kicks dans la gueule » et « si je vous retrouve en civil, je vous ferai la misère et je rigolerai bien ».

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(...)

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Ces outrages sont assez souvent assortis de rébellion lorsque le jeune résiste à son interpellation, à son « menottage » ou à sa conduite au poste.

Trois jeunes se rendent dans un magasin Auchan et volent des disques. Au cours de leur fuite, l’un d’eux est découvert par la patrouille appelée sur les lieux. Il refuse de se laisser menotter et insulte les policiers.

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(...)

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L’on trouve enfin, mais en nombre plus restreint, des actes de violence physique.

Mécontents du sort de leur cousin interpellé au cours d’un mariage, des hommes de sa famille se rendent au commissariat où il est retenu. Ils ont beaucoup bu. Les insultes fusent, ils résistent aux fonctionnaires qui tentent de les expulser, ils refusent d’être menottés et ils agressent les policiers en leur donnant des coups de pied et des coups de poing.

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(...)

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Trois éléments méritent d’être relevés concernant ces affaires contre des policiers.

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Les faits sont hautement controversés par leurs auteurs. Il va de soi que n’importe quelle personne suspectée d’avoir commis une infraction peut chercher à se défendre en niant les faits ou en délivrant sa propre version de l’histoire pour la différencier de celle de la victime. Mais dans le cas des Ipdap, il n’est pas seulement question de divergences dans l’interprétation, mais de contestations sur les circonstances et la nature des faits. (...) Cette insistance des auteurs d’Ipdap à discuter ou à récuser la nature des faits peut doublement se comprendre.

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D’abord, elle vient souligner une aberration dans la procédure. En effet lorsqu’une infraction est commise, généralement la victime se présente au commissariat de police ou à la brigade de gendarmerie et ce sont les agents qui recueillent la plainte, ou les agents enquêteurs par la suite, qui attribuent à cet acte une qualification pénale. (...). Mais dans les infractions envers des policiers, ce sont les victimes qui qualifient elles-mêmes l’acte commis à leur encontre – plus précisément leurs collègues, à savoir d’autres policiers (du même commissariat). (...)

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Mais surtout, elle traduit un état de très vives tensions entre des jeunes et des policiers sur certains territoires. La majorité des faits sont en effet commis par des jeunes issus de milieu populaire et vivant dans des quartiers sensibles. (...)

2.2 - « Violences à l’école »

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Quarante dossiers impliquent des mineurs qui s’en sont pris à des adultes membres de l’Éducation nationale, en poste dans l’école ou le collège où ils sont scolarisés : des enseignants, des surveillants ou des cadres d’établissement (un proviseur, un conseiller principal d’éducation, une assistante sociale). L’on trouve trois séries d’affaires.

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La première réunit des cas assez confus où des jeunes n’ont pas supporté la parole ou l’attitude d’autorité qui leur a été signifiée par un adulte membre de la communauté éducative :

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(...)

Une enseignante est frappée par un élève dans les couloirs d’un collège. Invité à s’expliquer, le jeune affirme que l’enseignante l’a provoqué et lui aurait dit : « est-ce que tu veux que je t’en mette une ? ». En fait, il ne sait pas trop pourquoi il l’a frappée sinon qu’il était en colère et n’a pas supporté qu’elle lui fasse des remarques et lui demande ce qu’il faisait dans les couloirs à ce moment-là.

42

(...)

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Dans d’autres cas, on est à la limite du jeu (...). Ou de la provocation :

À la sortie des cours, plusieurs jeunes entourent un professeur et se moquent de lui. L’un d’eux se distingue du groupe en attrapant l’enseignant au niveau du cou et en lui crachant à la nuque. Le jeune nie le crachat et dit que l’attroupement autour de l’enseignant était lié à une certaine curiosité concernant un aspect particulier de son physique (l’on ignore lequel).

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Dans la seconde série d’affaires, des jeunes s’en prennent à un adulte pour des motifs bien précis, en particulier peu après qu’ils viennent de se faire signifier leur passage devant le conseil de discipline ou leur exclusion de l’établissement

Dans un lycée d’une commune aisée du département, alors qu’il vient d’apprendre qu’il va être exclu de l’établissement à cause de ses absences répétées, un jeune menace de mort le proviseur adjoint. Il reconnaît les faits, dit qu’il était en colère mais n’avait pas l’intention de passer à l’acte.

(...)

45

Enfin, dans la dernière série d’affaires (les plus nombreuses), des jeunes s’opposent à leur enseignant dans le cadre d’un cours :

Un écolier de 9 ans, déjà auteur d’incidents, gêne ses camarades lors d’un exercice de calcul et ne fait pas son travail. Il fait fi des remontrances de son institutrice, la menace de mort et lorsqu’elle retourne à l’estrade, il claque sur elle le tableau noir. L’enseignante lui remet une feuille avec une punition, il la déchire.

Une jeune fille, déjà sanctionnée par le passé pour son insolence, bavarde en cours d’anglais. L’enseignante l’invite à se taire, l’élève tient tête et défie son professeur lorsque celle-ci lui intime de sortir. Finalement elle sort et traite son enseignante de « pute ».

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(...)

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Si l’on tente de résumer les éléments probants qui ressortent de ces situations de rivalité entre des jeunes et des membres de l’Éducation nationale, il apparaît que les violences sont plus rares (et les violences graves rarissimes), que les insultes, les menaces ou les chahuts. Par ailleurs, les conflits se déroulent le plus souvent entre des jeunes et des enseignants, dans divers types de circonstances où l’enseignant apparaît sous quatre figures.

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Dans quelques affaires, l’enseignant est simplement un adulte et l’on peut supposer que l’agression dont il a fait l’objet aurait pu affecter n’importe quel autre adulte présent à ce moment-là ; c’est ce qui apparaît dans l’affaire où une institutrice tente de séparer deux élèves qui se battent.

49

Dans d’autres cas, l’enseignant incarne une autorité, il est le maître des lieux et impose des règles. À travers lui, c’est à l’autorité de façon générale que le jeune s’en prend (...). Dans d’autres affaires, l’enseignant représente l’institution scolaire, notamment perçue par les jeunes comme un système qui édicte des sanctions : l’on trouve ici toutes les affaires où les auteurs viennent de se voir signifier leur passage en conseil de discipline ou leur exclusion de l’établissement (...).

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Enfin, dans les affaires les plus nombreuses, c’est l’enseignant dans sa fonction qui est visé et c’est le cœur de la relation d’apprentissage qui pose problème. Un contentieux existe entre le jeune, qui présente des difficultés sur le plan scolaire et/ou comportemental, et son maître ou professeur. Symétriquement, les propos tenus par les jeunes lors des auditions invitent à s’interroger sur la violence de l’institution scolaire [1][1] La littérature sur la violence de l’institution scolaire... (incarnée par l’enseignant) à leur égard, puisqu’ils évoquent des remarques humiliantes, une ironie blessante et des jugements dévalorisants relatifs à leurs faibles capacités et résultats.

2.3 - Contrôles dans les transports

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Vingt dossiers opposent des jeunes et des employés de sociétés de transports (SNCF ou sociétés privées). Dans quasiment tous les cas, les outrages (parfois assortis de rébellion), plus rarement les violences, sont commis à l’occasion d’un contrôle des titres de transport, qui peut donner lieu à de fortes frictions.

Lorsqu’un groupe de contrôleurs monte dans un bus, plusieurs jeunes tentent de fuir par la porte arrière. Les contrôleurs les stoppent et les font descendre à l’arrêt suivant mais des insultes et des coups ont été entre-temps échangés. Parmi les jeunes, un mineur est mis en examen pour outrages, violences et dégradation (du système d’ouverture de la porte arrière). Il dit qu’il avait un titre de transport, ne nie pas les insultes et les coups, mais prétend que les contrôleurs ont également frappé les jeunes.

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(...)

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La majorité des affaires ne sont pas aussi mouvementées. En revanche, le contrôle ou bien la façon dont il est pratiqué est quasiment toujours perçu comme illégitime par les jeunes.

Un garçon entre dans une gare et tente de passer la barrière d’accès aux quais sans titre de transport. Il en est empêché et il insulte les agents. Auditionné, il explique qu’il s’est déjà fait contrôler au même endroit une semaine auparavant et que les agents lui ont retiré sa carte de transport à ce moment-là. N’en disposant plus, il s’est alors mis à frauder.

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(...)

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Comme dans les affaires opposant des jeunes et des policiers, ces conflits entre des mineurs et des contrôleurs des sociétés de transport révèlent une profonde rivalité. Sur le plan pénal, l’infraction est sans équivoque et les auteurs ne nient pas les insultes, les rébellions ou les violences. En revanche, ils contestent le bien-fondé du contrôle ou la façon dont il s’est exercé et, ce faisant, questionnent la légitimité de l’autorité qui s’oppose à eux. Sur le plan sociologique, l’on trouve là une part de défi et de jeu avec les limites inhérents à l’adolescence mais, si l’on ajoute que les auteurs de ces infractions sont dans leur très grande majorité issus des quartiers populaires, l’on devine également dans leur posture des réactions d’opposition et de défense liées à leur situation de vie. (...)

2.4 - Des éducateurs en difficulté

56

Dans huit dossiers, des jeunes placés dans des structures d’hébergement (foyers de la Protection judiciaire de la jeunesse ou de l’Aide sociale à l’enfance) s’opposent à leurs éducateurs :

Après une dispute, un jeune menace son éducatrice en saisissant un couteau et en le pointant dans sa direction. Le garçon explique que son éducatrice ne vaut rien et qu’il ne voulait pas qu’elle parle de sa vie privée devant d’autres. Il ajoute que le couteau était un couteau à beurre.

Un jeune qui court dans les couloirs d’un foyer se fait réprimander par son éducateur. Pour le calmer, celui-ci le maintient par le bras, le jeune lui donne une gifle et l’insulte.

57

Le nombre d’affaires est trop restreint pour que l’on saisisse les dynamiques à l’œuvre sous ces faits. Certaines affaires toutefois sont proches des violences intrafamiliales, en particulier lorsque les mineurs sont placés depuis leur prime enfance et partagent leur quotidien avec des éducateurs. Mais certains autres dossiers sont aussi très voisins des conflits qui opposent des jeunes et des enseignants.

58

Quoi qu’il en soit, si ces contentieux entre jeunes et éducateurs témoignent de la violence des attitudes ou des comportements des premiers, ils traduisent aussi une moins grande aisance des adultes chargés d’une mission éducative à exercer celle-ci auprès de leur public, a fortiori si celui-ci est plus difficile. Le fait que, en 2005, un nombre croissant de membres de la communauté éducative saisissent la justice pour des contentieux avec le public dont ils ont la charge révèle un profond malaise.

3 - Les vols violents

59

La troisième grande catégorie de faits relevés dans nos dossiers sont des vols violents (ou des extorsions). Nous avons trouvé 94 affaires de ce type, qui représentent environ 17% de l’ensemble. Dans ces affaires, l’infraction principale est le vol (ou sa tentative) qui, lors de sa commission, s’est accompagné de violence, ce qui constitue aux yeux de la loi une circonstance aggravante. La lecture des dossiers permet de repérer plusieurs formes ou degrés de violence.

3.1 - Différentes formes de violence

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La violence peut d’abord être une contrainte ou une menace : c’est le cas lorsque des jeunes – ces vols sont toujours commis en réunion – abordent une personne et la volent (ou tentent de la voler) en exerçant une pression sur elle.

Un jour de juin 2003, deux garçons accostent une jeune fille dans un train et lui demandent de leur prêter son téléphone portable et son disc-man. Elle le fait et lorsque le train s’arrête, les deux mineurs quittent la voiture en emportant les objets. Une semaine plus tard, au même endroit, les deux garçons en abordent un troisième et lui demandent 2 euros. Le jeune garçon les leur donne, puis il se fait fouiller les poches et son sac. Les deux mineurs repartent avec 7 euros et son casque de disc-man.

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L’on trouve également toutes les affaires de racket, soit un vol plusieurs fois répété par le même auteur (ou le même groupe d’auteurs) sur la même (ou les mêmes) victime(s).

Du 1er janvier 2002 au 26 février 2003, un garçon de 17 ans soustrait frauduleusement diverses sommes d’argent à d’autres garçons âgés de 11 à 15 ans. Le jeune racketteur se fait toujours accompagner par des copains pour impressionner ses victimes. Celles-ci disent qu’elles ont peur et qu’elles craignent ce mineur considéré comme le « caïd » du quartier.

62

(...)

63

Dans d’autres dossiers, la pression exercée peut aller jusqu’aux coups. Les auteurs ne se contentent pas d’impressionner la victime, ils peuvent aussi la pousser, la bousculer ou la frapper.

64

(...)

Dans un train, deux garçons décident de voler le téléphone d’un troisième assis non loin d’eux. Ils arrivent par derrière, l’un des garçons passe son bras autour du cou de la victime et le menace avec un cutter, tandis que l’autre prend l’objet convoité.

65

La violence peut encore résider dans la nature ou la force du geste effectué pour dérober le bien visé. C’est le cas typique des vols à l’arraché, dont les victimes sont quasiment toujours des femmes. Dans certains cas, la prise est rapide et il n’y a pas de dommage physique. (...) Mais le geste peut être plus fort. (...). Ou la victime plus fragile.

Une femme est tirée hors de sa voiture par des garçons qui veulent lui prendre son sac à main. Âgée de plus de 80 ans, elle aura un traumatisme crânien, des bosses et des contusions.

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Enfin, la victime peut être violentée parce qu’elle tente de conserver son bien, résiste à son agresseur, voire se défend.

67

(...)

Une jeune fille prend place dans un train pour se rendre à son collège. Deux autres l’abordent et lui demandent de la monnaie ainsi que son numéro de téléphone portable. La jeune fille refuse et descend sur le quai. Rejointe par les deux autres, elle reçoit une gifle. Elle crie, le conducteur du train intervient et les deux mineures échouent dans leur tentative.

3.2 - Caractéristiques des vols violents

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Hormis les rackets qui s’inscrivent dans la durée, ces vols (ou leur tentative) sont en général très rapides et durent quelques secondes à quelques minutes. Sauf exceptions, ils ont lieu dans des espaces publics de grande fréquentation : rues passantes ou commerçantes, galeries marchandes, parkings, abords d’établissements scolaires, gares, stations de métro, trains en circulation, etc. Le plus souvent, ils sont commis en journée, à des heures d’intense circulation, ce qui potentialise le nombre de victimes et multiplie les occasions. Si l’on excepte les vols de sacs à main, les objets visés sont des biens de consommation courante à la mode fortement prisés par les jeunes : des blousons, des portefeuilles, des montres ou des mobylettes en 1993 ; des téléphones portables, des lecteurs de MP3, des casquettes, des sacoches bananes ou des scooters en 2005.

69

À la différence de toutes les autres catégories d’infractions (...), les vols violents ne peuvent être lus comme la dérive d’une relation entre des protagonistes qui entretiennent des liens de proximité ou de rivalité. D’ailleurs, les auteurs et les victimes ne se connaissent pas et n’entretiennent aucun rapport particulier. Ce sont des anonymes qui se croisent, les uns possédant des objets que les autres convoitent. L’infraction porte d’abord sur le bien que l’un possède et que l’autre désire. (...)

4 - Les violences sexuelles

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Parmi les 45 affaires sexuelles répertoriées dans nos dossiers, 3 sont des exhibitions (dévoilement des organes sexuels, masturbation), 35 sont des attouchements et 7 sont des viols. Passons sur les exhibitions, relativement bénignes et en nombre trop restreint pour que l’analyse soit pertinente et intéressons-nous aux attouchements et aux viols.

4.1 - Les attouchements : des « embrouilles » sexuelles

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Sauf rares exceptions, les protagonistes impliqués dans les attouchements se connaissent bien. Ce sont des filles et des garçons qui entretiennent une relation amoureuse régulière ou occasionnelle, ou bien qui sont amis ou camarades, parfois depuis longtemps. Dans tous les cas, ils sont dans un rapport d’attirance ou de séduction :

Une jeune fille invite des copains chez elle. À un moment elle va dans sa chambre avec un garçon. Lui veut avoir des relations sexuelles avec elle, elle non, mais il insiste et ils font l’amour. La jeune fille porte plainte mais au cours de ses auditions, il s’avère que les deux mineurs avaient déjà eu des relations sexuelles auxquelles la jeune fille avait consenti. Cet après-midi-là, ils ont fait l’amour deux fois. La première fois, elle voulait bien. La seconde, elle avait moins envie, le garçon a insisté, elle s’est laissée faire.

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Ce rapport prend souvent la forme d’un jeu ou d’une initiation sexuel(le), en particulier lorsque les protagonistes sont de très jeunes adolescents :

Dans un foyer, deux filles invitent trois garçons à jouer à cache-cache dans leur chambre. Les jeunes ont entre 12 et 13 ans. Les jeux prennent vite une coloration sexuelle. Les filles baissent le pantalon des garçons et ceux-ci procèdent à des attouchements sur les filles. Les faits sont découverts après que la deuxième jeune fille se mette à pleurer et attire l’attention des éducateurs. Ceux-ci évoqueront une forte « ambiance sexuelle » ce soir-là.

73

(...)

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Dans la plupart de ces affaires, les psychologues ou les psychiatres mandatés par les juges pour sonder les motivations des auteurs (et parfois aussi de leurs victimes) évoqueront des « maladresses », de s« erreurs passagères », des « besoins impulsifs non contrôlés », ou encore des événements « à replacer dans une découverte de la sexualité de début d’adolescence en période de transformation pubertaire ». Soit, au final, des passages à l’acte regrettables mais assez peu graves.

4.2 - Les viols

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Les affaires de viol offrent également une grande diversité de circonstances et de situations. Peu de choses à voir, en effet, entre cette affaire qui n’est pas très éloignée d’une forme d’initiation sexuelle :

Un soir de mars 2003, une mère surprend son fils âgé de 13 ans et un de ses copains, âgé de 15 ans, qui se caressent mutuellement. L’enquête ouverte après qu’elle ait porté plainte montrera que son fils, ainsi que son petit frère et ce copain se sont livrés, trois ans auparavant, à des « jeux sexuels » pendant plusieurs mois. Il y a eu des fellations, des masturbations et des pénétrations (d’où la qualification de viol). L’enquête déterminera que les deux frères étaient plutôt consentants, bien que le plus jeune ait craint les réactions de leur grand copain s’il se dérobait.

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Et cette autre, où la contrainte est plus forte et l’acte plus brutal :

Un frère et sa sœur sont seuls chez eux un après-midi et regardent la télévision. À un moment, le garçon met sa sœur à terre, la plaque au sol, la caresse et la viole. Par peur, elle se laisse faire. Après s’être rhabillé le garçon lui demande de ne rien dire pour ne pas peiner leur mère. Les faits se reproduiront une dizaine de fois (mais une fois seulement un viol aura lieu) sur une durée de 2 ans. La jeune fille ne portera pas plainte mais son frère avouera les faits lors de sa garde à vue qui a suivi son interpellation pour s’être exhibé devant une élève de sa classe.

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Ou cette autre encore, d’une nature toute différente et beaucoup plus rude :

À la prison de Bois d’Arcy, trois garçons sont dans la même cellule. Une nuit, un surveillant entend du bruit. Il ouvre la porte et constate que deux garçons sont en train de frapper le troisième. Interrogé, le jeune homme dira que depuis son incarcération, 15 jours auparavant, il a été contraint de pratiquer des fellations et d’accepter des sodomies de la part de ses compagnons de cellule. L’examen médical relève des ecchymoses, des hématomes, des traces de brûlures et de flagellations. Les faits se sont déroulés durant plusieurs nuits, dans la même cellule. Les auteurs seront accusés de viol aggravé.

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Le seul examen des faits est insuffisant et le nombre de cas trop restreint pour prétendre saisir les dynamiques qui sous-tendent ces viols. Si l’on veut y parvenir, alors il faut s’intéresser de plus près aux auteurs et aux victimes, comprendre qui ils sont, quels sont leurs ressorts affectifs et psychologiques notamment, quelle est leur histoire ainsi que la nature et l’expression (au moment où l’acte à été commis) de leurs liens. (...).

Du pénal au sociologique... une violence ordinaire

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(...)

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Deux principaux aspects sont à retenir de cet examen des faits. Le premier est le caractère somme toute « ordinaire » de la plupart des actes commis par les jeunes. « Ordinaire » est à prendre en un double sens. À propos des motifs énoncés, d’une part, qui, nous l’avons plusieurs fois dit, sont souvent banals (...). D’autre part, la plupart de ces comportements sont ordinaires dans la mesure où ils s’inscrivent dans les formes et les normes de la sociabilité juvénile (inhérente à certains groupes sociaux, nous le verrons). Restent des actes qui semblent puiser à d’autres dynamiques et ne pas uniquement relever d’une dérive ou d’un passage à la limite, comme le sont en particulier certaines infractions sexuelles et la plupart des violences qui touchent des adultes (...).

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Le second aspect, qui est en partie une conséquence du premier, est que, dans plus de la moitié des affaires, auteurs et victimes se connaissent au moment des faits. Ils sont membres de la même famille (violences intrafamiliales, certaines agressions sexuelles) ou ils vivent ensemble (violences contre des éducateurs). Ils entretiennent des relations affectives, sont copains ou amis (la plupart des agressions sexuelles, quasiment toutes les violences « embrouilles »). Ils résident dans le même quartier (violences de voisinage, quelques agressions sexuelles). Ou bien ils se fréquentent très régulièrement (violences contre des membres de l’Éducation nationale) ou ils ont l’habitude de se croiser (certaines infractions contre des forces de l’ordre et contre des contrôleurs, quelques violences viriles). (...). Au final, donc, les violences commises par les mineurs sont des violences de proximité, qui se déroulent dans des cercles de plus ou moins grande familiarité avec les victimes.

Notes

[*]

Véronique Le Goaziou est sociologue et philosophe, chercheuse associée au CNRS (CESDIP) ; Laurent Mucchielli est sociologue, directeur de recherches au CNRS (CESDIP).La violence des jeunes en question, Le Goaziou Véronique, Mucchielli Laurent, Champ Social Éditions, www.champsocial.com, ISBN : 9782353710690, 160 pages, 2009, 15.00 euros.

[1]

La littérature sur la violence de l’institution scolaire est abondante. Voir notamment : B. Charlot, J.-C Emin, « Violences à l’école. État des savoirs », Paris, Armand Colin, 1997 ; J. Pain, « Des violences institutionnelles en milieu scolaire », in C. Rey, dir., « Les adolescents face à la violence », Paris, La Découverte, 2000 ; ainsi que S. Beaud, « 80% au bac... et après ? Les enfants de la démocratisation scolaire », Paris, La Découverte, 2000.

Plan de l'article

  1. Extraits du chapitre 3 : La « violence des mineurs » dans les dossiers judiciaires
    1. Derrière « la violence », quatre grands types de faits
      1. 1 - Les violences verbales et physiques
        1. 1.1 - Des « embrouilles »
        2. 1.2 - Des violences « viriles »
        3. 1.3 - Des violences de voisinage
        4. 1.4 - Des violences contre des vigiles
        5. 1.5 - Des violences intrafamiliales
      2. 2 - Les infractions envers des adultes représentant l’autorité
        1. 2.1 - De très fortes tensions avec des policiers
        2. 2.2 - « Violences à l’école »
        3. 2.3 - Contrôles dans les transports
        4. 2.4 - Des éducateurs en difficulté
      3. 3 - Les vols violents
        1. 3.1 - Différentes formes de violence
        2. 3.2 - Caractéristiques des vols violents
      4. 4 - Les violences sexuelles
        1. 4.1 - Les attouchements : des « embrouilles » sexuelles
        2. 4.2 - Les viols
  2. Du pénal au sociologique... une violence ordinaire

Pour citer cet article

Le Goaziou Véronique, Mucchielli Laurent, « La violence des jeunes en question », Journal du droit des jeunes, 8/2009 (N° 288), p. 13-20.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2009-8-page-13.htm
DOI : 10.3917/jdj.288.0013


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