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Journal du droit des jeunes

2009/8 (N° 288)


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Le pluralisme de points de vue constaté sur la violence dans le champ scientifique permet de considérer que le vocable de violence peut donner lieu à des représentations différenciées dans des espaces sociaux très diversifiés. Qu’en est-il dans le champ des pratiques sportives compétitives de terrain ? Comment la violence est-elle identifiée dans les sports ? Peut-elle s’expliquer socialement et culturellement ? telles sont les questions auxquelles cette recherche veut apporter des réponses. Pour se faire, une enquête de terrain[1][1] Guilbert S., (2000), Sports et violences : approche... (Guilbert, 2000) par questionnaire a été menée dans la communauté urbaine de Strasbourg auprès de 270 compétiteurs (26 ± 5.1 ans) issus de six pratiques sportives : le football, le karaté, le tennis, le volley-ball, le tennis de table et le basket-ball.

Des sports et des violences...

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97,4% des sportifs interrogés ont cité l’existence de violences dans leur sport. Le verbal, le physique et le psychologique apparaissent comme les principales formes de violence, dominantes et structurantes, des sports investis. Le premier constat de cette étude révèle donc d’une part que la violence ne se limite pas dans le champ sportif à la force brutale, la violence ouverte, celle qui porte atteinte à l’intégrité physique des personnes mais qu’elle revêt aussi d’autres formes, verbales, psychologiques... plus sournoises qui portent atteinte à l’autonomie morale des personnes. Ce qui signifie que la violence n’est pas réservée à certains sports mais qu’elle touche aussi bien des sports collectifs, des sports de combat que des sports individuels. Le second constat est que les sports ou les appartenances sportives génèrent des représentations différenciées et collectives sur les violences, identifiées et identifiantes, dans lesquelles les sportifs s’y retrouvent et qui les différencient des autres pratiquants.

... marquées socialement et culturellement

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Les résultats ont montré que l’inégalité à la violence est liée à l’inégalité sociale et culturelle dans le champ sportif. Deux classes ont été identifiées : les sports à « violences dures », socialement et culturellement « pauvres » (football, karaté, basket) et les sports à « violences douces », socialement et culturellement « riches » (volley-ball, tennis, tennis de table). Entre les sports de contact et les sports sans contact, le filet s’instaure comme une barrière culturelle et sociale aux violences directes. D’un côté, les violences physiques (coups, chutes, bagarres) sont destinées à marquer les corps, de l’autre les violences psychologiques (défaillances morales, « pétages » de plomb, harcèlement) sont destinées à marquer les esprits. Autrement dit, les résultats de cette étude montrent que plus l’on va vers les pratiques ultra techniques et instrumentées plus les formes de violence prennent de la hauteur, touchent au psychisme, s’intellectualisent.

Sociologie du changement ?

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Alors que l’on parle aujourd’hui avec véhémence de changement, de démocratisation des sports, du recul des inégalités sociales et culturelles, du poids de l’individuel, du lien social, dans l’explication des problèmes de société, force est de constater que les résultats de cette étude, même si celle-ci est critiquable sur de nombreux points (sports investis, représentativité de l’échantillon...), ne vont pas dans ce sens et qu’ils montrent au contraire que la violence est affaire de société (Dortier, 2002) qu’on ne choisit pas sa violence, mais qu’on est choisi par elle, que la violence représentée ou pratiquée par les sportifs, ses formes en particulier, sont le produit des propriétés sportives, sociales et culturelles de leurs espaces sportifs d’appartenance. Le sport et ses violences, loin de réduire les inégalités, contribue donc à les reproduire et cette étude présente à l’évidence une homologie avec les résultats d’anciennes enquêtes qui se sont intéressées aux formes de violence comme instruments de légitimation des inégalités sociales et culturelles (Bourdieu, 1979 ; Mauger et Fossé-Poliak, 1983 ; Pociello et al., 1981).

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La prise en compte des représentations des sportifs sur la violence dans cette recherche aura donc permis de mettre en évidence l’existence d’une distribution socioculturelle des violences sportives (Guilbert, 2009) : le milieu social d’appartenance, le niveau scolaire et les formes de violence apparaissant comme des déterminants structuraux significatifs dans la définition et l’explication de la violence en sport.


Références :

  • Bourdieu P., (1979), La distinction, critique sociale du jugement, Paris, Minuit.
  • Dortier JF., (2002), Les idées pures n’existent pas, Sciences humaines « L’œuvre de P. Bourdieu », 3-6.
  • Guilbert S., (2000), Sports et violences : approche sociologique des représentations de la violence en sport, Thèse en Staps, Strasbourg, Université Marc Bloch.
  • Guilbert S., (2009), Violences sportives, milieux sociaux et niveaux scolaires. Distribution « socioculturelle » des formes de violence dans le champ des pratiques sportives de terrain, International Journal of Violence and School, 8, 24-40.
  • Mauger G., Fosse-Poliak C., (1983), Les Loubards, Actes de la recherche en sciences sociales, 50, 49-67.
  • Pociello C., (dir.) (1981), La force, l’énergie, la grâce et les réflexes. Le jeu complexe des dispositions culturelles et sportives, Sports et société : approche socio-culturelle des pratiques, Paris, Vigot, 169-237.

Notes

[*]

Équipe d’accueil en sciences sociales du sport UFR STAPS de Strasbourg. Se reporter à «  Violences sportives, milieux sociaux et niveaux scolaires ; distribution « socioculturelle » des formes de violence dans le champ des pratiques sportives de terrain  », International Journal of Violence and School, n? 8, Juin 2009, www.ijvs.org

[1]

Guilbert S., (2000), Sports et violences : approche sociologique des représentations de la violence en sport, Thèse en Staps, Strasbourg, Université Marc Bloch.

Plan de l'article

  1. Des sports et des violences...
  2. ... marquées socialement et culturellement
  3. Sociologie du changement ?

Pour citer cet article

Guilbert Sébastien, « La violence en sport : un produit socioculturel », Journal du droit des jeunes, 8/2009 (N° 288), p. 21-21.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2009-8-page-21.htm
DOI : 10.3917/jdj.288.0021


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