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Journal du droit des jeunes

2009/9 (N° 289)


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La MIVILUDES, présidée par Georges Fenech, fustige le dévoiement des pratiques psychothérapeutiques à des fins sectaires. Dans ses rapports annuels[1][1] Notamment les rapports 2006, 2007 et 2008 que l’on..., la Mission dénonce notamment les pratiques qui visent « notamment de jeunes publics dont les difficultés ou leurs différences conduisent leurs parents à adhérer à des solutions marginales impliquant un ou plusieurs outils psychothérapeutiques mais de manière orientée pour atteindre les objectifs du groupe ».

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Dans ses rapports, la Mission signale des pratiques qui ont de quoi inquiéter. On savait déjà des enfants captifs de sectes dont ils ne pouvaient s’éloigner, celles-ci prenant même en charge leur instruction. La loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l’enfance comporte un titre V « protection des enfants contre les dérives sectaires »[2][2] Art. 36 à 38 de la loi n°2007-293 du 5 mars 2007 réformant...et a renforcé les règles permettant de mieux sanctionner l’absence de déclaration de naissance, de refus de vaccination obligatoire de l’enfant. D’autres dispositions permettent de mieux contrôler l’enseignement à domicile[3][3] Notamment en renforçant le contrôle par l’inspection..., de faire face aux refus de soins[4][4] Notamment l’article L.111-4 du code de la santé publique..., etc.

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La psychothérapie, toutes tendances confondues, fait l’objet d’une offre de service très étendue en France. Selon le rapport 2007 de la Milivudes, la catégorie professionnelle regrouperait quelques 13 600 médecins psychiatres, 35 000 psychologues et entre 10 000 et 15 000 « psychothérapeutes » « dont 10 à 15 % de médecins, 20 à 30 % de psychologues, 20 % de travailleurs sociaux, 20 % de professions paramédicales et 10 à 15 % d’origines diverses ». La Mission y voit « un facteur de risque aggravé dans ce secteur de prestations où l’appellation psychothérapeute n’est pas encore encadrée »[5][5] L’article 52 de la loi n°2004-806 du 9 août 2004 relative....

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Jean-Luc Rongé : Avant d’entamer le sujet, on pourrait commencer par décrire ce qu’est un comportement sectaire, ce qui peut expliquer une « dérive », non seulement dans le domaine de la psychothérapie mais aussi par une description de ces « mouvements » ?

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Françoise Chalmeau : Je voudrais préciser tout d’abord que les psychothérapies, à mon sens, sont des méthodes et des outils d’accompagnement dans des situations pathologiques, ou dans le cadre du développement personnel s’adressant à des jeunes, à des adultes, même à des seniors avancés.

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Derrière une utilisation de ceux-ci, qui peut être dévoyée, vous avez l’intention de responsables de faire adhérer des gens à des systèmes qui, souvent, comportent une dimension spirituelle. Pensez au New Age, ou le syncrétisme tiré du christianisme, des philosophies orientales, de la religion musulmane, etc.. Les psychothérapies, dans la mesure où elle vont jouer sur la psyché de l’individu, sont des outils pour amener des gens à adhérer à des référentiels complètement différents. Voilà comment je situe l’utilisation de la psychothérapie dans des situations à risque sectaire.

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Comment se manifestent ces situations ? Lorsque l’individu perd sa capacité à critiquer, à juger ce qui se passe : il est complètement conditionné. Le critère de la dérive sectaire, c’est l’emprise mentale. Qu’a-t-elle comme conséquence ? Rupture familiale brutale : on adhère à de nouveaux référentiels, on est complètement incompris, on est contesté et la contestation n’est pas acceptable quand on est dans une situation de relation captive avec un groupe, qu’il s’agisse d’une microstructure ou d’un groupe plus structuré, comme la Scientologie ou des groupes évangélistes intégristes qui ont un fonctionnement totalitaire, les charismatiques, etc.. Ce qui ne veut pas dire que tous soient forcément dangereux, mais c’est la caractéristique.

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Quelle rupture ? Avec l’environnement privé, notamment l’environnement familial où peuvent apparaître des séismes extrêmement violents, notamment dans les contextes des « faux souvenirs ». Le syndrome du « faux souvenir », c’est lorsque, à l’issue d’un accompagnement psychothérapeutique émerge une « mémoire retrouvée ». Celle-ci est complètement falsifiée autour de dysfonctionnements familiaux extrêmement graves tels que le viol, l’inceste qui, par ailleurs, ont, dans la société, un écho favorable, une prise en charge de la victime pour l’aider à se reconstruire [6][6] Voy. encadré..

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Il est aussi difficile de distinguer la fausse « mémoire retrouvée » de la vraie, lorsque la pratique du psychothérapeute n’est pas orthodoxe, encadrée par une éthique professionnelle. C’est dans ce cas qu’apparaît le dévoiement. Nous en avons parlé dans les rapports de Miviludes, notamment dans celui de 2007 : c’est un phénomène qui avait fait énormément de dégâts aux États-unis et au Canada, qui est arrivé un peu plus tard en Europe et notamment en France, qui s’est manifesté surtout dans la dérive du groupe « Saint Erme ». Il se situait dans la mouvance charismatique de l’Église, soutenu au départ par la hiérarchie catholique, et, sous la conduite d’un prêtre belge, s’est adjoint des universitaires, des médecins, des gens nouveaux dans le cadre de sa recherche dans le domaine de la psyché.

Quand de fausses allégations d’abus sexuels surviennent au cours d’une psychothérapie : le phénomène des souvenirs induits

par Delphine Guérard [1]

Des patientes disent avoir retrouvé des souvenirs d’inceste. Tous ces souvenirs sont apparus lors d’une séance de psychothérapie ou au cours d’une thérapie. Des familles se retrouvent accusées d’un crime qu’elles disent ne pas avoir commis. L’influence des psychothérapeutes par la suggestibilité manifeste de certaines méthodes n’est plus à démontrer. Cette suggestion peut conduire des patients à de fausses accusations d’abus sexuel. Les conséquences sont très graves sur le plan psychique tant pour la personne accusatrice que pour l’accusé(e) et les proches, elles peuvent entraîner sur le plan familial des divorces, des suicides et diverses ruptures et drames.

La situation en France

Nous observons et étudions le phénomène en France depuis les années 2000 lors de consultations spécialisées. Nous avons rencontré plus de 50 familles à ce jour. La plupart des situations présente un prologue commun : soudainement, par courrier ou par téléphone, le père est accusé de viol par sa fille adulte et la mère de complicité. Dans quelques familles seulement, des mères sont aussi accusées de viol par leur fils ou leur fille, d’inceste et d’attouchements sexuels.

D’après les informations recueillies auprès des parents, car les accusatrices sont inaccessibles, cette thématique des faux souvenirs ou souvenirs induits présente toute une complexité dont on peut repérer les lignes saillantes suivantes :

  • un individu présente des troubles graves de la personnalité, il est psychiatrisé ou non. Le délire manifeste tourne autour de l’inceste ;

  • des professionnels diplômés exerçant avec une théorie et une pratique spécifique, pas forcément orthodoxe, induisent des souvenirs d’abus et de maltraitance ;

  • des charlatans s’autorisent à exercer en tant que psychothérapeute alors que leur formation est loin d’être suffisante ou inexistante. La plupart d’entre eux inventent leur méthode et leur pratique se révèle abusive ;

  • des groupes sectaires ont une technique précise, thérapeutique ou non, menant certains adeptes à la création de souvenirs d’inceste ;

  • enfin, des personnes en souffrance s’inspirent seules sur internet, car il existe de nombreux sites sur l’inceste, ainsi que des forums de discussion. Des lectures d’ouvrages de « spécialistes » permettent également de construire son propre scénario.

Une telle diversité des situations conduit à interroger les contours de l’exercice de la psychothérapie et particulièrement l’accès à un haut niveau de formation en psychopathologie, mais elle éveille aussi notre curiosité vis-à-vis des professionnels diplômés, médecins pour la plupart.

Les thérapeutes

Les thérapeutes impliqués dans ces histoires de faux souvenirs ou souvenirs induits sont une grande majorité de psychothérapeutes, ni psychologues, ni psychiatres, formée le plus souvent dans les plus brefs délais à de multiples techniques grâce à des instituts privés de formation ou par un nombre d’heures dérisoires étalé sur une ou plusieurs années. Quelques-uns sont psychiatres, d’autres psychologues et kinésithérapeutes.

(…)

L’acharnement investigateur a en outre des effets pervers. Lorsqu’une personne sort d’une thérapie convaincue de la réalité de ses souvenirs, de ses dires et décide de prendre un avocat, on peut légitimement penser qu’il y a un débordement de la réalité narrative sur une réalité historique. Toute allégation d’abus sexuel n’est pas à prendre comme vérité. L’acharnement thérapeutique qui consiste à retrouver à tout prix les souvenirs grâce à des questions suggestives, à chercher de façon intrusive une parole qui ne vient pas et considérer la dénonciation comme un moyen pour enfin retrouver la paix est une pratique dangereuse. N’est-ce pas justement une forme de viol ? Car la répression, l’oubli volontaire est un mécanisme de défense valable permettant de survivre psychiquement. Le faire sauter peut mener à de graves troubles psychologiques.

Cette démarche inquisitrice renonce aux préceptes de la psychanalyse qui invente la réalité psychique à un moment où Freud ne croit plus que tous les pères couchent avec leur fille. Faut-il négliger à ce point les apports de cette discipline sur les mécanismes à l’œuvre dans les rêves, les souvenirs et le transfert ? À cette ignorance s’ajoute le manque flagrant de connaissances que nous apporte la psychologie cognitive sur les mécanismes de la mémoire.

[1]

Psychologue clinicienne de l’association « Alerte Faux Souvenirs Induits » », extrait du rapport 2007 de la MIVILUDES (p. 159-161).

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Cette communauté, au départ ouverte, a dérivé progressivement, jusqu’à porter des accusations vis-à-vis des mères des gens qui s’adressait à elle. Cela s’est traduit par un procès suite à la publication d’un livre dénonçant ces pratiques et puis le groupe a disparu. C’est un exemple typique de « mémoire retrouvée » falsifiée, débouchant sur ce qu’on appelle le « syndrome des faux souvenirs » où la société est diabolisée, ainsi que les relations au sein de la famille, le rôle de la mère, du père. Pour mieux les diaboliser, on les fait correspondre à des choses extrêmement graves comme le viol ou l’inceste.

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JLR : En matière de psychothérapie, si l’on parle de fragilité du sujet, de la dépendance par rapport au thérapeute, c’est l’une des données de l’intervention, dont on parle notamment en psychanalyse sous forme de « transfert ». Jouer sur la fragilité, la dépendance à l’égard du thérapeute, c’est le propre d’un certain nombre de psychothérapies.

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Fr. C. : Oui, mais cela reste dans des limites, alors que dans les cas que nous considérons comme des situations sectaires, l’individu est fragilisé pour devenir un adepte, quelqu’un qui adhère de manière inconditionnelle à quelqu’un qui va penser pour lui.

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Autre critère, après la rupture familiale illustrant l’emprise mentale, il y a également des mises en danger physiques et psychiques, à travers notamment des conditions de vie fort différentes. On va, par exemple, imposer le jeûne, qui, appliqué dans des conditions extrémistes contribuant à la fragilisation du sujet, le met en danger, au point qu’il perd toute capacité de critique à l’égard du leader du groupe. L’adepte, c’est celui qui est complètement conditionné.

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Autre aspect du phénomène, c’est que ces groupes ne sont pas du tout désintéressés et que cela se traduit par une captation des ressources de celui qu’on pense pouvoir devenir un adepte. On va lui demander toujours plus.

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JLR : Sur le type de thérapie que l’on appelle « non conventionnelle », que les praticiens dits « officiels » vont appeler « charlatanisme », c’est aussi une question d’école. Il existe des techniques nouvelles, notamment celles qui font appel à d’autres cultures, que cela soit de pratiques asiatiques ou africaines, la rencontre de la pluriculturalité. Dans votre comité de direction, vous avez d’ailleurs Tobie Nathan, qui fait partie de ceux qui ont introduits dans la psychanalyse française les éléments faisant appel aux cultures d’origine des patients. Il y a aussi d’autres innovations qui peuvent être taxées de « charlatanisme ». Va-t-on alors les suspecter de dérive sectaire ?

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Fr. C. : Dérive sectaire ou danger thérapeutique ! Il y a deux aspects qui font qu’une pratique va devenir dangereuse. Vous avez soulevé la nouveauté, il y a également la tradition : la médecine ayurvédique [7][7] Médecine traditionnelle indienne alliant les remèdes,..., la médecine traditionnelle chinoise, et encore d’autres d’origine orientale ; il y également des médecines d’origine africaine, sud-américaine…, le chamanisme. On va communiquer avec les esprits, non seulement pour avoir de bonnes récoltes mais également pour guérir l’individu, pour lui permettre de progresser de la naissance à l’âge adulte… Dans ces groupes qui font l’objet de dérives caractérisées, vous avez une appropriation d’un patrimoine thérapeutique. C’est toujours un problème de dévoiement et de dépassement des limites.

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Comme vous le soulignez, vous avez l’apparition de méthodes nouvelles. Les méthodes psychothérapeutiques sont très nombreuse, mais il n’y pas qu’elles. Il y a aussi ce qu’on appelle « la nouvelle médecine germanique » qui va expliquer la maladie par une origine psychologique. La maladie deviendrait une défense de l’individu à des agressions qu’on ramène à un conflit psychologique. Selon cette théorie, toute maladie est due à un conflit psychique. Un SIDA a une origine psychologique. Le fondateur, un certain docteur Hamer, a eu beaucoup d’ennuis avec la justice ; il a été condamné en France et en Allemagne et interdit d’exercice de la médecine. La multiplication des procédures judiciaires est aussi un critère d’alerte des situations à risque sectaire. Ce docteur a eu beaucoup d’héritiers qui ont repris ce concept.

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La nouveauté, au départ, fait peur. C’est l’inconnu et la réaction de prudence est de le rejeter. Au bout d’un moment, elle est évaluée. Lorsque ces techniques sont appropriées par des groupes ou des leaders, on constate une absence d’évaluation indépendante. Ils demeurent dans une logique d’autoévaluation. Des gens témoignent, non pas de la capacité à soigner, mais de la capacité à guérir, à faire disparaître la maladie. On tombe alors dans le registre du miracle, de la croyance.

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JLR : Qui serait habilité à attirer l’attention sur une dérive sectaire, sans compromettre l’expérimentation des pratiques innovantes ? Les préfets sont-ils les plus habilités puisque leur rôle est défini dans la loi [8][8] L’article 52 de la loi n°2004-806 du 9 août 2004 relative..., le groupe d’appui technique (GAT) [9][9] Le GAT a été créé à l’initiative du directeur général... ? Si le GAT est constitué des institutionnels, parmi lesquels ceux qui représentent la médecine « officielle », ne risque-t-on pas de se retrouver dans le même débat que celui qui divise les allopathes et homéopathes ?

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Fr. C. : Un des objectifs du GAT, c’est de recenser toutes ces pratiques. Cela pose un problème de santé publique : aujourd’hui plus d’un Français sur deux recourt à des pratiques « non conventionnelles », de manière ponctuelle ou beaucoup plus permanente. On observe par ailleurs qu’il y a des mises en danger, ce que le ministère de la santé appelle des « pertes de chance » dans des pathologies graves comme le cancer, le SIDA, le diabète ou des problèmes cardio-vasculaires. Des gens vont prendre des compléments qui seront recommandés par des personnes qui n’ont aucune formation initiale dans la connaissance médicale… Le groupe d’appui technique commence à se préoccuper de ce foisonnement d’offres thérapeutiques et s’inquiète de savoir quelles sont celles qui sont véritablement dangereuses ou dignes d’être prises en considération, quels sont les apports bénéfiques ou négatifs qui fixeraient les limites d’utilisation.

Protection des titres de psychothérapeute et psychologue

Loi n°2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique

Article 52 (modifié par la loi n°2009-879 du 21 juillet 2009 - art. 91)

L’usage du titre de psychothérapeute est réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes.

L’inscription est enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l’État dans le département de leur résidence professionnelle. Elle est tenue à jour, mise à la disposition du public et publiée régulièrement. Cette liste mentionne les formations suivies par le professionnel. En cas de transfert de la résidence professionnelle dans un autre département, une nouvelle inscription est obligatoire. La même obligation s’impose aux personnes qui, après deux ans d’interruption, veulent à nouveau faire usage du titre de psychothérapeute.

Un décret en Conseil d’État précise les modalités d’application du présent article et les conditions de formation théorique et pratique en psychopathologie clinique que doivent remplir les professionnels souhaitant s’inscrire au registre national des psychothérapeutes. Il définit les conditions dans lesquelles les ministres chargés de la santé et de l’enseignement supérieur agréent les établissements autorisés à délivrer cette formation.

L’accès à cette formation est réservé aux titulaires d’un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse.

Le décret en Conseil d’État définit les conditions dans lesquelles les titulaires d’un diplôme de docteur en médecine, les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue dans les conditions définies par l’article 44 de la loi n° 85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social et les psychanalystes régulièrement enregistrés dans les annuaires de leurs associations peuvent bénéficier d’une dispense totale ou partielle pour la formation en psychopathologie clinique.

Le décret en Conseil d’État précise également les dispositions transitoires dont peuvent bénéficier les professionnels justifiant d’au moins cinq ans de pratique de la psychothérapie à la date de publication du décret.

Loi n°85-772 du 25 juillet 1985 portant diverses dispositions d’ordre social.

Article 44 (modifié par Ordonnance 2005-1040 2005-08-26 art. 7, 1° ; JORF 27 août 2005)

I - L’usage professionnel du titre de psychologue, accompagné ou non d’un qualificatif, est réservé aux titulaires d’un diplôme, certificat ou titre sanctionnant une formation universitaire fondamentale et appliquée de haut niveau en psychologie préparant à la vie professionnelle et figurant sur une liste fixée par décret en Conseil d’État ou aux titulaires d’un diplôme étranger reconnu équivalent aux diplômes nationaux exigés.

Les personnes autorisées à faire usage du titre de psychologue sont tenues de faire enregistrer sans frais, auprès du service de l’État compétent ou de l’organisme désigné à cette fin, leur diplôme mentionné au précédent alinéa ou l’autorisation mentionnée au II. En cas de changement de situation professionnelle, elles en informent ce service ou cet organisme.

Il est établi, pour chaque département, par le service de l’État compétent ou l’organisme désigné à cette fin, une liste de cette profession, portée à la connaissance du public.

Les modalités d’application des dispositions des deuxième et troisième alinéas du présent article sont fixées par décret.

II. - Peuvent être autorisés à faire usage professionnel du titre de psychologue par le ministre chargé de l’enseignement supérieur les ressortissants d’un État membre de la Communauté européenne ou d’un autre État partie à l’accord sur l’Espace économique européen qui, sans posséder l’un des diplômes, certificats ou titres mentionnés au I, ont suivi avec succès un cycle d’études les préparant à l’exercice de la profession et répondant aux exigences fixées par voie réglementaire, et qui sont titulaires :

1° D’un ou plusieurs diplômes, certificats ou autres titres permettant l’exercice de la profession dans un État membre ou un État partie qui réglemente l’accès ou l’exercice de la profession, délivrés :

  1. Soit par l’autorité compétente de cet État et sanctionnant une formation acquise de façon prépondérante dans un État membre ou un État partie, ou dans un pays tiers, dans des établissements d’enseignement qui dispensent une formation conforme aux dispositions législatives, réglementaires ou administratives de cet État membre ou partie ;

  2. Soit par un pays tiers, à condition que soit fournie une attestation émanant de l’autorité compétente de l’État membre ou de l’État partie qui a reconnu le ou les diplômes, certificats ou autres titres, certifiant que le titulaire de ce ou ces diplômes, certificats ou autres titres a une expérience professionnelle dans cet État de trois ans au moins ;

2° Ou d’un ou plusieurs diplômes, certificats ou autres titres sanctionnant une formation réglementée, spécifiquement orientée sur l’exercice de la profession de psychologue, dans un État membre ou un État partie qui ne réglemente pas l’accès ou l’exercice de cette profession ;

3° Ou d’un ou plusieurs diplômes, certificats ou autres titres obtenus dans un État membre ou un État partie qui ne réglemente ni l’accès ou l’exercice de cette profession ni la formation conduisant à l’exercice de cette profession, à condition de justifier d’un exercice à plein temps de la profession pendant deux ans au moins au cours des dix années précédentes ou pendant une période équivalente à temps partiel, dans cet État, à condition que cet exercice soit attesté par l’autorité compétente de cet État.

Lorsque la formation de l’intéressé porte sur des matières substantiellement différentes de celles qui figurent au programme de l’un ou l’autre des diplômes, certificats ou autres titres mentionnés au I, ou lorsqu’une ou plusieurs des activités professionnelles dont l’exercice est subordonné auxdits diplômes, certificats ou titres ne sont pas réglementées par l’État d’origine ou de provenance ou sont réglementées de manière substantiellement différente, le ministre chargé de l’enseignement supérieur peut exiger, après avoir apprécié la formation suivie et les acquis professionnels, que l’intéressé choisisse soit de se soumettre à une épreuve d’aptitude, soit d’accomplir un stage d’adaptation dont la durée ne peut excéder trois ans et qui fait l’objet d’une évaluation.

III - Peuvent être autorisées à faire usage du titre de psychologue les personnes qui satisfont à l’une des deux conditions ci-après ;

  • exercer des fonctions de psychologue en qualité de fonctionnaire ou d’agent public à la date d’entrée en vigueur de la présente loi, cette condition étant prorogée au-delà de cette date pendant une période qui ne peut excéder sept ans [*durée*] pour les fonctionnaires et agents publics ultérieurement recrutés ou employés en qualité de psychologue ;

  • faire l’objet, sur leur demande qui doit être déposée dans un délai fixé par décret, d’une décision administrative reconnaissant qu’elles remplissaient les conditions de formation ou d’expérience professionnelle leur conférant une qualification analogue à celle des titulaires des documents mentionnés au paragraphe I, à la date d’entrée en vigueur de la présente loi. Le récépissé du dossier de demande vaut autorisation provisoire d’user du titre jusqu’à la décision administrative.

Les conditions à remplir et les modalités des décisions administratives mentionnées au présent article sont déterminées par décret en Conseil d’État.

IV - L’usurpation du titre de psychologue est punie des peines encourues par le délit d’usurpation de titre prévu par l’article 433-17 du code pénal.

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Le problème de ces pratiques, c’est qu’elles sont alternatives, substitutives, qu’elles excluent toutes les autres approches « conventionnelles », considérées comme « universelles », comme étant la réponse unique au problème de l’individu. On va vers un basculement dans une adhésion à d’autres référentiels, à d’autres valeurs sous le couvert d’une approche holistique de l’individu alors que la médecine « conventionnelle » se répartit selon les spécialités : ceux qui s’occupent du foie, des poumons, du rein, etc.

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JLR : Ne risque-t-on pas de bloquer des initiatives innovantes par une forme de délation qui mettrait leur « reconnaissance » en suspens le temps qu’elles fassent l’objet de l’examen par les « professionnels » ? Ces personnes seraient d’une certaine manière mises en cause et ne pourraient se présenter comme thérapeutes le temps que leur pratique soit « homologuée »…

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Fr. C. : Je pense qu’on n’en est pas là. Il y a urgence à être concret sur l’information à donner au grand public. Des pratiques font beaucoup de dégâts parce qu’elles sont appropriées par des gens qui n’en ont pas la capacités, qui sont des irresponsables. Une frange comporte des individus qui sont très dangereux.

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Il y a une autre initiative d’évaluation qui se fait au niveau de fédérations de psychothérapeutes dans le cadre européen. Par exemple, les naturopathes – qui exercent une pratique qui peut se révéler dangereuse – ont le souci de la reconnaissance et de la garantie de qualité. Il y a également l’initiative publique prise par l’arrêté constituant le GAT. Depuis un certain temps, ces fédérations, à l’échelle de l’Europe et parfois en lien avec l’Union européenne, s’interrogent aussi sur le contenu d’une bonne pratique des méthodes en psychothérapie.

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JLR : Quant à la reconnaissance du titre psychothérapeute et leur formation initiale, la loi modifiée en 2009 [10][10] Voy. encadré. en prévoit les conditions. Le décret est en attente de publication, comme souvent… Va-t-elle limiter le champ d’intervention de ceux qui veulent intervenir en psychothérapie ?

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Fr. C. : Je ne doute pas de la capacité de ces « accompagnateurs » à trouver d’autres noms pour qualifier leurs prestations. Le fait que le titre de psychothérapeute soit réglementé va donner plus de visibilité à l’utilisateur potentiel. Si l’on souhaite avoir quelques garanties, on ira chercher un thérapeute qui sera inscrit sur les listes départementales tenues par les directions d’action sanitaire et sociale (DDASS). Ces professionnels seront tenus au respect d’un certain nombre de critères inscrits dans la loi, reposant notamment sur le niveau élevé de formation, que l’on soit médecin psychiatre, psychologue, psychanalyste reconnu par ses pairs à l’issue de travaux personnels, ou encore à titre de reconnaissance de leur expérience, la validation des acquis d’expérience (VAE). Il est également prévu que les nombreux organismes de formation – on en recense quelques 700 – seront agréés comme donnant une formation avec le niveau d’exigence prévu par le texte.

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Ce dispositif montre à quel point un accompagnement est une démarche sérieuse qui doit comporter un certain nombre de garanties. Elles ne sont jamais totales : il y a des médecins qui ont été déviants, qui ont mis en danger la santé des personnes. Si l’on doit régler la difficulté d’un enfant, on va chercher un psychothérapeute qui est recensé, parce qu’il remplit les conditions prévues par les pouvoirs publics plutôt que de recourir à quelqu’un qui a été recommandé par le qu’en-dira-t-on.

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JLR : Pourquoi le rapport de 2008 de la Milviludes parle-t-il particulièrement du public jeune. Il souligne les recherches des familles de solutions à l’hyperactivité ou l’accompagnement dans le parcours scolaire… Ce sont peut-être des alternatives à la Ritaline©. Quelles sont ces thérapies qui s’adressent aux jeunes ?

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Fr. C. : Elles sont très nombreuses. Dans l’approche de ces groupes thérapeutiques, la population qui est visée, ce sont soit des professionnels de la santé, soit de jeunes adultes (30-40 ans). Parmi ces derniers, les familles qui rencontrent une difficulté avec leurs enfants. Ou alors ces familles qui rêvent à l’enfant parfait : dès la naissance, elles répondent à ce type de propositions d’expérimenter de nouvelles pratiques éducatives contestées par la société. Il faut être assez prudent.

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Dans ces enfants « à risque », vous avez tous les « hyper ». Vous avez également les enfants qui n’ont pas les mêmes chances que les autres : les handicapés mentaux ou moteurs, dysphasiques, aphasiques, ayant des troubles du langage… À leurs parents, on prétend que ce qu’on leur propose n’est pas satisfaisant et même dangereux et ces « praticiens » affirment disposer de « la » solution.

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On va, par exemple, adresser la famille à un praticien qui fait de la « kinésiologie », qui consiste en une approche qui va repérer les blocages dans les tissus musculaires. Il y a d’autres applications qui ont donné naissance à la « fasciathérapie » qui repère les blocages dans les éléments « subtils » du tissu musculaire. On a repéré des tentatives d’infiltration dans des écoles maternelles. La kinésiologie n’est pas une pratique évaluée et elle a donné lieu à des dérives.

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Quand vous la pratiquez, vous allez avoir des conditions de vie différentes : vous allez probablement devenir végétalien, on va vous conseiller des régimes alimentaires déséquilibrés parce que, si vous avez des « blocages », ce n’est peut-être pas la faute des parents, mais celle des ancêtres qui leur ont légué un lourd héritage de non-dits. On propose une approche globale de prise en charge. Le nouveau régime est extrêmement important : c’est par lui que le « patient » va récupérer son maximum d’énergie, se « purifier ».

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Le thème de la purification est omniprésent dans les pratiques à risque. Quelqu’un qui pratique la « psychogénéalogie » va vous recommander de vous purifier. C’est une méthode que s’approprient des thérapeutes comme le docteur Hamer, comme la pratique du « décodage biologique des êtres vivants ». On prétend que ces enfants sont « différents » parce qu’ils sont nés dans une société qui ne reconnaît pas leur potentiel… On retrouve quelque part la destinée du « Messie » de gens qui auront un rôle primordial dans l’histoire de l’humanité, soit sur terre, soit en lien avec l’au-delà. On fait entrer dans des cercles fermés, complètement marginaux, des enfants et d’une certaine manière, cela peut les mettre en danger : on va les faire manger différemment, leur faire boire des eaux spécifiques, leur refuser la médecine conventionnelle, n’utiliser que des « soins naturels », que des accompagnements psychothérapeutiques », etc.. Cela comporte la contestation de tout ce que la société propose en termes de systèmes éducatif, de santé, de valeur dans la famille…

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C’est un peu l’enfant du New Age, avec le mouvement Kryeon[11][11] Définissant des catégories basées sur des croyances..., créé aux États-Unis dans les années 60 et qui s’appuie sur un réseau commercial extrêmement dynamique avec des distributeurs EMF Balancing qui vont porter la bonne parole sur les conditions de vie, vendre des ouvrages et toutes sortes de produits complémentaires.

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Cela doit générer beaucoup de profits. Tant qu’à présent, les pouvoirs publics ne s’y sont pas beaucoup intéressés. Cela repose souvent sur l’organisation de ventes pyramidales avec, à la tête, quelques personnes qui s’enrichissent et la base qui s’élargit avec des objectifs ambitieux que les personnes n’arrivent pas à atteindre et qui peuvent les conduire à engloutir leur patrimoine.

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JLR : On se retrouve dans des techniques de ventes « en boule de neige », qui nous viennent souvent des États-unis et qui consistent à proposer aux membres du groupe de collecter d’autres adhésions en leur faisant miroiter des gains financiers résultant d’une progression géométrique du nombre des personnes qu’elles recruteraient. On a retrouvé ces techniques dans des sociétés commerciales dont le fonctionnement et le comportement des vendeurs ressemblaient fort à ceux d’une secte. Ces techniques sont d’ailleurs prohibées par la loi [12][12] Art. L. 122-6 et 122-7 du code de la consommation.....

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Fr. C. : Cela touche les jeunes adultes qui vont l’appliquer à leurs enfants. Et dans le domaine thérapeutique, cette économie existe également par la vente des compléments alimentaires. Il existe, par exemple, des sociétés dont les distributeurs rencontrent les gens à domicile, notamment des personnes âgées. Ils établissent une espèce de « profil » de la personne et vont suggérer de vendre des produits dans leur gamme selon les affections dont elle souffre : diabète, hypertension, etc.. Ils ne font peut être pas le diagnostic, c’est la personne qui leur déclare la maladie ; mais ils vont proposer des produits « complémentaires » dont on va vanter les propriétés thérapeutiques. C’est d’autant plus dangereux qu’on va vous proposer des achats pour une période et on les renouvellera en cherchant à avoir une clientèle captive.

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JLR : Y a-t-il encore d’autres approches des jeunes, des enfants par les mouvements de type sectaire ?

39

Fr. C. : Certains, pas tous, privilégient l’éducation à domicile. C’est un autre aspect. Dans les techniques qui relèvent de la croyance, vous avez, par exemple, la « communication facilitée » qui s’adresse au départ à un jeune public et qui a élargi son champ d’application à tous les âges de la vie. Elle vient d’Australie et a été importée en France par une orthophoniste. La technique consiste à s’adresser aux jeunes handicapés privés de la parole : autistes, polyhandicapés, etc. dont la communication est très fortement altérée.

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Le « thérapeute » va utiliser un microordinateur en prétendant établir une communication du cerveau du soignant avec l’enfant. Cela a attiré des parents pour lesquels l’absence de communication représentait une souffrance. Quelqu’un vient dire : « cet enfant pense et, moi, par cette communication facilitée, je vais vous dire ce qu’il pense ». Cela peut apaiser les relations au sein de la famille, mais des choses épouvantables peuvent être aussi déclarées comme : « si je suis handicapé, c’est parce que vous, parents, vous ne vouliez pas que je vienne sur terre » ou encore « parce que des ancêtres ont commis des fautes impardonnables, je paye les fautes de la famille ». Cette méthode n’a bien sûr fait l’objet d’aucune évaluation scientifique.

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JLR : L’action de la MIVILUDES a-telle permis de limiter ou d’empêcher certaines pratiques de se répandre ? Nous savons que vous n’êtes pas une autorité publique, que vous n’avez pas de pouvoir d’interdire une pratique dangereuse, toutefois…

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Fr. C. : La MIVILUDES est une commission interministérielle qui a dans ses missions de coordonner l’action des administrations, d’informer, de mettre en garde, comme nous le faisons dans le rapport annuel. Sur la « communication facilitée », nous avons à plusieurs reprises mis en garde contre les risques de cette pratique qui relève un peu de la magie, dont ne connaît nullement le bien fondé et sur laquelle on a recueilli des témoignages inquiétants. Nous avons suggéré au ministère de la santé de faire des approches évaluatives et d’informer les professionnels de la santé et le grand public [13][13] « Courant 2004, deux membres du Conseil national de....

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Il est important de rendre les utilisateurs conscients, en faire des acteurs critiques qui ne vont pas être séduits par les sirène qui chantent.

44

JLR : On peut penser que, par son intervention, la Miviludes permettrait d’éviter que les pouvoirs publics reconnaissent certaines pratiques considérées comme sectaires, notamment celles qui s’adressent à des jeunes en grande difficulté, tels que ceux qui doivent suivre des traitements de la toxicomanie. On a connu le grand soutien dont l’association « Le Patriarche » a fait l’objet dans les années 70-80, jusqu’à ce que soit révélé son fonctionnement carcéral et sectaire autour d’un chef charismatique. À l’époque, malgré les avertissements aux autorités, les soutiens se sont poursuivis jusqu’à ce que le judiciaire s’en empare. Par votre action, va-t-on pouvoir éviter ce type de dérive institutionnelle ?

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Fr. C. : Pour prendre l’exemple de la toxicomanie, il y a eu, après « Le Patriarche », d’autres « solutions » à l’égard desquelles nous avons estimé qu’il y avait un risque sectaire. Par exemple, la Scientologie avec ses centres « Narco non ! ». Ils sont interdits en France. Il s’agit d’une prise en charge avec les méthodes des scientologues, dont un sevrage extrêmement brutal. Depuis le procès qui s’est tenu à la fin des années 90, relatif au décès d’un toxicomane dans un des ces centres, il n’en existe plus sur le territoire.

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Il y a également certains groupes chrétiens de la mouvance « charismatique » qui proposent des solutions. Ils ont fait des rapprochements entre des règles de vie et ce que peut offrir le chamanisme sud-américain. Dans le Sud de la France, des médecins psychiatres ont utilisés l’ayahuasca, aujourd’hui interdite [14][14] Remède originaire des Andes, du Quechua « liane des..., avec les états de transe qu’elle provoque, comme démarche de guérison de la toxicomanie. En réalité, l’utilisation des produits hallucinogène n’est pas sans danger. Une affaire est actuellement examinée dans le département de l’Ardèche, relative à la mort d’un toxicomane qui suivait une cure d’ayahuasca dans un centre.

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La communauté scientifique internationale est d’accord pour souligner la dangerosité de ce produit utilisé dans des mains tout à fait inexpérimentées, dans un rite néo-chamaniste. La Miviludes a précocement alerté sur l’utilisation de ce produit comme sur celle de l’iboga, qui est une racine africaine associée au culte Bwiti[15][15] Culte africain originaire du Gabon. L’iboga est consommé....

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La Miviludes, par ses alertes, a contribué à ce que ces produits soient interdits et inscrits sur la liste des stupéfiants. Il y a bien des produits courants dans nos contrées qui peuvent avoir des effets hallucinogènes… cela n’aurait pas de sens de les interdire. Par contre, on peut alerter sur leur utilisation dangereuse.

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Il y a un réseau européen d’observation des risques dans le domaine de la pharmacologie et qui donne des informations à la mission de lutte contre la toxicomanie.

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Il y a aujourd’hui un véritable engouement pour le néo-chamanisme. La revue Lyon Capitale (juin 2009) a consacré un dossier et rapporté le nombre de praticiens qui se parent du titre de Chaman… qui sont porteurs de « nouvelles valeurs »… Le problème est toujours le dépassement des limites et l’embrigadement par l’emprise mentale des individus. Ces gens deviennent des victimes consentantes qui vont de plus en plus mal et qui créent des victimes collatérales dans leur entourage familial.

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Les victimes qui sortent de ces groupes ont d’énormes difficultés à se reconstruire, à reconnaître leur erreur de départ.

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JLR : Avez-vous entendu parler de comportements « limites » qui pourraient faire penser à une dérive sectaire dans l’accueil et l’hébergement d’enfants comme on a connu des institutions emportées dans des violences institutionnelles qui avaient également à leur tête un « fondateur », un personnage charismatique ?

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Fr. C. : On a, par exemple, le réseau Thabita’s Place, qui est un réseau évangéliste qui a des communautés dans le Sud-Ouest. Les parlementaires avaient été visiter une de ces communautés, de façon impromptue, au cours des travaux de la Commission d’enquête sur les sectes [16][16] Rapport d’enquête de la Commission d’enquête relative.... Ce groupe vit sur un idéal religieux extrêmement traditionnel. Les enfants vivent à l’intérieur de la communauté, sont complètement coupés du monde extérieur : pas de radio, pas de télévision… Dans l’école de la communauté, les programmes ont été revus, ce ne sont plus ceux de l’Éducation nationale, notamment dans le domaine des sciences, avec la question du créationnisme.

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Sur le plan médical, la médecine conventionnelle est tout à fait rejetée… ce qui a conduit au procès de parents qui n’avaient pas fait opérer leur enfant souffrant d’une malformation cardiaque qui était réparable par un acte chirurgical, et qui est décédé.

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Elle reçoit les enfants des parents de la communauté, celle-ci se substituant à la famille. Ils subissent des châtiments, ils sont très rapidement mis au travail dans les jardins pour produire. Ce type de cas est extrême. Ces enfants étaient emmenés par la famille, parfois ils provenaient d’autres communautés. Il n’y avait pas d’enfant placé par les pouvoirs publics.

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Plus inquiétant, les enfants qui naissent ne sont pas tous déclarés à l’État civil. Il y a une absence de respect de la règle républicaine. Nous avons également connu les déviances des Béatitudes[17][17] Communauté issue du mouvement charismatique, reconnue....

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Il y a des communautés plus ouvertes, comme les Témoins de Jéhovah. Ils ont une vie familiale ordinaire, mais qui est encadrée par énormément de contraintes, ce qui entraîne une coupure avec leurs camarades… puisque la société extérieure est diabolisée.

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Je n’ai pas connaissance aujourd’hui de cas récents de placement d’enfants par les pouvoirs publics dans des institutions globalisantes, avec un chef charismatique.

Notes

[1]

Notamment les rapports 2006, 2007 et 2008 que l’on peut télécharger sur /www.miviludes.gouv.fr

[2]

Art. 36 à 38 de la loi n°2007-293 du 5 mars 2007 réformant la protection de l’enfance.

[3]

Notamment en renforçant le contrôle par l’inspection d’académie que la formation « dispensée au même domicile l’est pour les enfants d’une seule famille » (art. L. 131-10 du code de l‘éducation) ou encore en élargissant les interdictions d’exercer dans les activités d’enseignement à distance ou de soutien scolaire à ceux qui ont été condamnés pour « abus frauduleux d’ignorance ou de faiblesse » (art. L. 444-6 du code de l’éducation).

[4]

Notamment l’article L.111-4 du code de la santé publique dispose que dans le cas où le refus d’un traitement par la personne titulaire de l’autorité parentale ou par le tuteur, risque d’entraîner des conséquences graves pour le mineur, le médecin délivre les soins indispensables.

[5]

L’article 52 de la loi n°2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique (encore modifié par la loi n°2009-879 du 21 juillet 2009, voir encadré) protège le titre de psychothérapeute pour ceux qui sont inscrits à un registre national de la profession. Le décret d’application n’est toutefois pas encore publié. Il devrait notamment préciser « les dispositions transitoires dont peuvent bénéficier les professionnels justifiant d’au moins cinq ans de pratique de la psychothérapie ». Tant qu’à présent l’accès demeure libre à l’exercice de la profession sous ce titre.

[6]

Voy. encadré.

[7]

Médecine traditionnelle indienne alliant les remèdes, l’hygiène, les massages à l’observation des patients. Elle est encore enseignée en Inde.

[8]

L’article 52 de la loi n°2004-806 du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique (voir encadré) prévoit que l’inscription au titre de psychothérapeute est « enregistrée sur une liste dressée par le représentant de l’État dans le département de leur résidence professionnelle ». Cette disposition modifiée par la loi n°2009-879 du 21 juillet 2009 n’a pas encore fait l’objet de décret d’application.

[9]

Le GAT a été créé à l’initiative du directeur général de la santé (arrêté du 3 février 2009). Il réunit des représentants de différentes institutions (Miviludes, INPES, HAS, AFSSAPS, DHOS, DSS, DGS, Académie nationale de médecine, INSERM, Ordre des médecins, ministère de la Justice, Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique) chargées de « contribuer à l’élaboration d’une information objective à l’attention du grand public sur les pratiques non conventionnelles, en s’intéressant dans un premier temps aux pratiques les plus courantes (mésothérapie, acupuncture, homéopathie, ostéopathie …) » (rapport Miviludes 2008, p. 119).

[10]

Voy. encadré.

[11]

Définissant des catégories basées sur des croyances occultes pour distinguer les individus surdoués, d’essence divine, des individus ordinaires, le mouvement Kryeon a réussi à diffuser et à populariser ce concept « ésotériqueufologique » destiné à la prise en charge d’enfants malades ou tout simplement inadaptés. C’est en exploitant ce concept que Kryeon est parvenu à intéresser des parents d’enfants dits hyperactifs, d’enfants autistes et plus généralement d’enfants dits précoces en situations paradoxales d’échec scolaire.

[12]

Art. L. 122-6 et 122-7 du code de la consommation. Cette pratique est punie d’un an de prison et de 4 500 euros d’amende.

[13]

« Courant 2004, deux membres du Conseil national de l’Ordre des médecins émettaient les plus grandes réserves sur l’intérêt scientifique de celle-ci, regrettant « que cette technique soit effectuée sur des patients en grande souffrance mentale » ; le Groupe d’étude et de recherche sur l’infirmité motrice d’origine cérébrale (GERIMOC), regroupant environ cent quarante médecins ou chirurgiens de diverses spécialités, alertait du développement de cette méthode dans l’ouest de la France et en région lyonnaise » (rapport Miviludes, 2005, p. 39).

[14]

Remède originaire des Andes, du Quechua « liane des esprits, liane des morts », ayant des effets hallucinogènes, traditionnellement utilisé dans un but divinatoire ou comme outil thérapeutique et comme puissant outil de purification lors de rituels de guérison sacrés.

[15]

Culte africain originaire du Gabon. L’iboga est consommé dans les rites initiatiques et provoque des hallucinations.

[16]

Rapport d’enquête de la Commission d’enquête relative à l’influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs (Assemblée nationale, n°3507, 12 décembre 2006.).

[17]

Communauté issue du mouvement charismatique, reconnue par l’Église. « Un religieux de la communauté des Béatitudes, récemment démis de ses vœux par ses responsables, a été mis en examen le 5 février, à Rodez, pour « agressions sexuelles sur enfants de moins de 15 ans » (Le Monde, 13 février 2008). Depuis le début de l’année 2009, les Béatitudes sont en phase de restructuration pendant que la justice suit son cours, notamment en ce qui concerne les affaires de pédophilie et de suicides d’adolescents liées à la communauté et des plaintes en diffamation en réponse à ces affaires.

Pour citer cet article

Rongé Jean-Luc, « Dérives sectaires en psychothérapie. Entretien avec Françoise Chalmeau, conseillère à la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (MIVILUDES) », Journal du droit des jeunes, 9/2009 (N° 289), p. 8-15.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2009-9-page-8.htm
DOI : 10.3917/jdj.289.0008


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