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Journal du droit des jeunes

2010/5 (N° 295)


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L’article s’inscrit dans la tentative de faire évoluer la réflexion sur le travail des intervenants sociaux avec les familles des bénéficiaires qui leur sont confiés.

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Le propos est de démontrer à quel point cette démarche requiert des compétences plutôt liées aux attitudes que des «savoir faire » techniques, même si ces derniers sont indispensables.

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Le travail avec les familles revêt multiples facettes. La complexité de l’accompagnement nécessite une palette d’aptitudes, de qualités, d’outils. Même si, par la formation, l’expérience, nous en sommes pourvus, il est un préalable incontournable : l’accompagnement ne peut être que technique. Le positionnement éthique, l’authenticité, la bienveillance sont indispensables. Nous pouvons être experts, maître en «éducation », si notre communication, notre positionnement dans la relation sont disqualifiants le travail sera vain.

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Mais qu’est-ce qui fait que la plupart des familles vivent l’accompagnement social comme une contrainte ? Pour éviter cet écueil, nous prônons un travail qui interroge autant : «qui » nous sommes dans cet accompagnement que «ce que » nous voulons faire.

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On s’intéressera dès lors plus à ce qui favorisera une intervention adaptée à la singularité des situations des familles plutôt que de vous proposer un vade mecum sur le travail avec les familles.

Les préalables :

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Pour accompagner les familles, nous allons questionner :

  • nos représentations du travail avec les familles ;

  • notre perception des familles, déconstruire des préjugés sur ces familles qui ont quelquefois maltraité le jeune qui nous est confié ; jeune avec lequel nous sommes généralement en empathie ;

  • la façon de supporter le rejet du début que peuvent nous renvoyer les familles ; accepter que la perception de départ ne soit pas nécessairement favorable ;

  • questionner leur vécu. leur ressentiment à notre égard ;

  • notre légitimité ;

  • quels sont les facteurs qui favorisent cette légitimité ?

Le travail en équipe

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Les professionnels savent à quel point il est déjà ardu de travailler en équipe. La différence de personnalités, de valeurs, de croyances, d’enjeux, de repères communs font que nous éprouvons des difficultés à travailler ensemble.

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Et pourtant nous avons en commun notre formation, notre choix professionnel, nous avons rédigé ou contribué à la rédaction du projet de l’organisation. Nous sommes régulièrement associés aux décisions, nous avons des lieux et des outils de communication, des outils d’analyses. Comment, dès lors, accompagner les familles en équipe ?

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La complémentarité, la pluridisciplinarité, les échanges de points de vue, les entretiens menés en duo afin de prendre du recul, des moments d’évaluation en équipe, une cohérence sont indispensables à la co-construction de repères communs équipe/famille.

La reconnaissance de compétences

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Pouvons-nous reconnaître des compétences aux familles ? Guy Auslooss[1][1] Guy Ausloos, « La compétences des familles », Érès,... : « Nous avons besoin de vous pour accomplir notre travail. Vous avez l’expérience, vous avez beaucoup de choses, vous avez essayé de nombreuses solutions, vous avez connu des échecs mais aussi des réussites. Avec votre collaboration, nous avons plus de chances de faire du bon travail ».

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L’ANESM : « Chaque situation d’enfant accueilli est singulière. Les parents ont de droit une place variable selon les décisions de justice. Ils ont aussi la place que leur donne ou qu’attend leur enfant. Parce que les parents occupent cette place de façon différente les uns des autres, le travail avec eux nécessite d’être adapté à chaque situation »[2][2] « L’exercice de l’autorité parentale dans le cadre....

Penser avec leurs schémas et pas les nôtres

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S’adapter, adopter une position complémentaire, établir une relation faite d’échanges afin de répondre adéquatement à cette singularité. Comment allons-nous évoluer ensemble ? Tenter de nous départir de nos jugements, de décoder, d’analyser les situations avec leurs représentations, leurs schémas et les aider à accéder à une vision élargie des choses. (voy. infra, interview de Bernard De Vos).

La bienveillance de l’organisation

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À ce préalable, à cet état d’esprit, à ce positionnement éthique doit s’ajouter une bienveillance de l’organisation.

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Si l’intervenant ne se voit pas disqualifié, s’il connaît une place, une reconnaissance pour exprimer ses doutes, ses émotions, ses difficultés sans être jugé ; il sera moins enclin à disqualifier en retour l’enfant, la famille, ses collègues.

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En synthèse, des conditions favorables à cet accompagnement sont nécessaires, fondamentales ; nous continuerons la liste sans les hiérarchiser :

  • un projet institutionnel solide réfléchi en équipe ;

  • des temps d’évaluations, des temps d’échanges ;

  • des outils d’analyse : une, des formations spécifiques soit pour mener un entretien, pour analyser les situations d’un point de vue systémique ;

  • la créativité : sortir des interventions convenues, connues, innover, surprendre, créer un effet de surprise.

  • une méthodologie structurée. On peut à cet égard prendre connaissance de la méthodologie proposée par l’ANESM : « Les structures prenant en charge les enfants placés ont une mission de protection et d’éducation. Elles doivent nécessairement associer leurs parents, favoriser ou soutenir l’exercice de l’autorité parentale, tout en prenant en compte :

    • les raisons pour lesquelles la mesure de séparation est intervenue ;

    • le nouveau contexte créé par la situation de placement ;

    • le cadre du placement (administratif ou judiciaire, civil ou pénal) ».

Et l’on peut également adhérer aux recommandations que prône l’ANESM (voir infra p. XXXX) : « La co-construction du projet personnalisé de l’enfant » et « Les principes directeurs de la recommandation »).

La communication

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Devons-nous insister sur l’importance de la place laissée à la communication, et notamment (selon les recommandations de l’ANESM) :

  • veiller à expliquer à l’enfant les rôles et places de chacun dès son arrivée ;

  • veiller à la manière dont on parle à l’enfant de ses parents ;

  • vérifier que les rôles et places de chacun soient clairs pour l’enfant tout au long du placement ;

  • entretenir une communication régulière et informer les parents ;

  • mettre en place des rencontres formelles régulières des travailleurs sociaux avec les parents ;

  • favoriser les échanges informels ;

  • mettre en place des rencontres réunissant les parents et leur enfant ;

  • associer les parents dans les instances où l’on parle de leur enfant ;

  • permettre l’appropriation des écrits concernant l’enfant ;

  • adopter des attitudes favorisant l’implication des parents : « l’implication des parents est favorisée par une attitude bienveillante, une posture non disqualifiante, exempte de jugement, empreinte de souplesse (chaque situation est différente) de transparence (sur les règles de fonctionnement, lesobjectifs), de sensibilité à leur expérience ».

    « Il est recommandé d’adopter une posture d’accompagnement qui permette aux parents et aux équipes de trouver ensemble des solutions adaptées ».

Adapter les propos à la compréhension des parents

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Les parents et les équipes éducatives ne parlent pas toujours le même langage, n’ont pas le même vocabulaire.

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« Il est recommandé aux professionnels d’adapter leur propos et le niveau de leur communication à celui de leurs interlocuteurs, de veiller notamment à simplifier le jargon professionnel, afin de rendre leurs propos compréhensibles, puis de s’assurer de leur bonne compréhension. Le cas échéant, il est recommandé de recourir à un interprète ».

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On se référera également aux préconisations de l’ANESM figurant en annexe de l’article, relatives à la gestion des désaccords impliquant les parents, l’enfant et les professionnels.

La course au parent idéal

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La perception du parent par les travailleurs sociaux peut être un élément important, qui n’est pas toujours facilitateur.

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On peut aussi ajouter que s’il n’est pas aisé d’être parent, la culpabilité va crescendoà l’heure où tout concorde à vouloir définir ce que peuvent être « les meilleurs parents » : formations, écrits, loisirs, vulgarisation de thèmes éducatifs dans les médias, un tissu associatif de plus en plus étoffé…, compte tenu de ces ressources, il devient dès lors difficile de justifier les manquements éducatifs : « Que ne ferait-on pas pour être perçu comme bon parent. Car, si la parentalité est universelle, elle ne bénéficie d’aucune solidarité : chacun n’a de cesse d’être identifié comme compétent dans un domaine où l’on prétend les aptitudes si irrégulièrement réparties. Trop souvent bousculés entre des horaires de travail et de vie décalés, des temps de transports envahissant et des contraintes concurrentes, les parents n’ont pas vraiment besoin qu’on les juge à partir d’images idéalisées ou de représentations mythiques »[3][3] Jacques Trémintin, critique du livre de Laurent Ott :....

Comment envisager de travailler ensemble dans un intérêt commun : l’épanouissement de l’enfant ?

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Pour tenter de répondre à ces questions, il convenait de rencontrer des acteurs qui interviennent à des niveaux divers du parcours de placement ou d’accompagnement d’enfants, notamment Bernard De Vos, le délégué général aux droits des enfants en Communauté française de Belgique. Son positionnement politique, éthique et humain l’a conduit, au cours de son parcours professionnel, à encourager une posture, à adopter une position basse, pour partager l’essentiel et reconnaître les compétences des parents. Cette position requiert une humilité et une bienveillance, une capacité à se décentrer, à rentrer dans et penser avec les schémas de l’autre [4][4] Voy. infra, p. XXXX..

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Donner la place aux parents, par la création d’un « atelier des parents », telle est la démarche novatrice du Centre des Apprentissages de Phalempin (ADNSEA-Nord). Là-bas, il relève de la responsabilité de l’éducateur d’informer les parents des évènements majeurs qui ponctuent la vie des enfants hébergés dans cet établissement et des jeunes accueillis en formation et service d’accueil de jour. Bien avant les recommandations de l’ANESM, l’équipe a introduit dans son projet éducatif les préconisations précitées [5][5] Voy. infra, p. XXXX..

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Si nous considérons que pour arriver à un travail concluant, tous les éléments susmentionnés doivent être rencontrés, sans se prétendre exhaustif, nous prenons dès lors la mesure de l’ampleur du travail. Pour côtoyer les professionnels du secteur, nous nous rendons compte qu’au-delà des attitudes, aptitudes, compétences en tous domaines, les facteurs « temps » et « moyens » sont considérables. Pour travailler dans des conditions telles que décrites il faut également des personnes-ressources et de la créativité.

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Nous évaluons aussi à quel point il ne faut pas trop vite conclure à un refus de collaboration de la famille. L’attitude jugée passive ou résignée de certains demande à être analysée singulièrement.


Éléments de bibliographie :

  • Daniel Rousseau (pédopsychiatre au CHU d’Angers), Parentalité et structures familiales, colloque de Nice, 2008, http://www.med.univ-angers.fr/discipline/pedopsy/ASE/parentalite.htm ;
  • Maurice Titran, « Nous tentons d’aider les parents à faire émerger leurs talents », La Santé de l’Homme, n° 367, septembre-octobre 2003 ;
  • Guy Ausloos, « La compétences des familles », Érès, 1995 ;
  • Laurent Ott, « Travailler avec les familles », Érès, 2004 ;
    Nous tenons à remercier Isabelle Persoons, directrice d’un Service d’accueil et d’aide éducative (SAAE, équivalent de l’AEMO en Belgique francophone) qui travaille avec les familles et forme des intervenants.

Notes

[*]

Professeur de cours méthodologique sur le métier d’éducateur, les méthodes d’analyse d’intervention éducative, l’analyse institutionnelle et organisationnelle.

[1]

Guy Ausloos, « La compétences des familles », Érès, 1995.

[2]

« L’exercice de l’autorité parentale dans le cadre du placement  » ; ANESM (Agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico- sociaux) ; « Recommandations de bonnes pratiques professionnelles » ;http://www.anesm.sante.gouv.fr/spip04cb.html ?page=rubrique&id_rubrique=11

[3]

Jacques Trémintin, critique du livre de Laurent Ott : Travailler avec les familles (Érès, 2004), dans Lien Social n° 705 du 15 avril.

[4]

Voy. infra, p. XXXX.

[5]

Voy. infra, p. XXXX.

Plan de l'article

  1. Les préalables :
  2. Le travail en équipe
  3. La reconnaissance de compétences
  4. Penser avec leurs schémas et pas les nôtres
  5. La bienveillance de l’organisation
  6. La communication
  7. Adapter les propos à la compréhension des parents
  8. La course au parent idéal
  9. Comment envisager de travailler ensemble dans un intérêt commun : l’épanouissement de l’enfant ?

Pour citer cet article

Califice Marie, « Ou comment en tant que travailleur social réussir une relation complémentaire avec la famille dans l'intérêt de l'enfant ? », Journal du droit des jeunes, 5/2010 (N° 295), p. 24-26.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2010-5-page-24.htm
DOI : 10.3917/jdj.295.0024


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