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Journal du droit des jeunes

2010/7 (N° 297)


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Je suis de retour chez moi, entre deux séjours de vacances. Le portable sonne : une toute petite voix au bout de l’appareil.

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« Directrice, directrice, il y a la police qui est venue ».

  • Qui es-tu ?

  • C’est Stelyan !

Stelyan est un petit garçon bulgare, un petit tsigane de l’Est, vif, à qui j’ai laissé mon numéro de portable personnel avant de partir en vacances, car cela rassure les enfants. Ils sont des enfants, ils ont droit au repos et à des vacances. Tout ce qui les rassure les aide à se détendre. La police est venue, ils ont dit de partir.

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Stelyan habite avec sa famille, sous un petit pont de la voie de chemin de fer qui borde le parc de la Bergère. C’est sa deuxième année d’école. Avant, en Bulgarie, il n’allait pas à l’école.

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Mais, à Bobigny, il a déjà déménagé trois fois. Avant, il habitait dans une cabane, dans le parc. La police est venue, elle a cassé la cabane. Alors, après avoir erré un peu, ses parents ont trouvé ce petit pont, juste derrière la préfecture, et ils ont recommencé un nid pour élever leurs oisillons.

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Je prends mon vélo et je vais à sa rencontre. Il m’attend au bout de la rue, devant le parking de la préfecture. Il a sans doute peur que je ne le retrouve pas.

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Je parle avec ses parents : il traduit, avec Simona et Tinito ce que je dis, en hésitant, et en recommençant, car ils sont tous très jeunes et s’ils parlent maintenant déjà bien le français, ils peinent encore à l’exercice de la traduction.

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On nous demande d’accueillir ces enfants, on nous demande de les scolariser, de leur apprendre le français et de créer un parcours scolaire cohérent. De l’autre côté de l’État, des fonctionnaires comme nous, les expulsent de leur logement, détruisent les cabanes, alors que les Bulgares sont des citoyens européens et qu’ils ont désormais le droit de venir et d’habiter ici.

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Une fois la cabane cassée, que feront les parents ? Ils recommenceront à en construire une nouvelle, plus loin de l’école peut-être, et peut-être nous ne parviendrons plus à les récupérer à la rentrée. Que feront les enfants ? Des cauchemars, uniquement des cauchemars.

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On peut tenir des discours politiques dans tous les sens, mais la France a signé la Convention internationale des droits de l’enfant, et elle n’a pas le droit de maltraiter les enfants à ce point.

Notes

[*]

Directrice de l’école Marie-Curie de Bobigny (Seine-Saint-Denis).

Pour citer cet article

Decker Véronique, « Je suis directrice d'école à Bobigny », Journal du droit des jeunes, 7/2010 (N° 297), p. 21-21.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2010-7-page-21.htm
DOI : 10.3917/jdj.297.0021


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