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Journal du droit des jeunes

2010/7 (N° 297)


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Traditionnellement, et d’une façon compréhensible, la problématique des familles roms vivant ensquats ou en campements insalubres et illégaux est perçue du point de vue de l’accès au logement pour les adultes, et de l’accès à la scolarité pour les enfants.

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De ce point de vue, les collectivités territoriales sont doublement aux avant-postes des défis et problématiques rencontrées par les familles roms lors de leur implantation, car elles sont convoquées à la fois sur la question de leur séjour et de l’accès des enfants aux écoles et structures complémentaires.

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Il n’en demeure pourtant pas moins que le travail avec les enfants roms ne saurait se réduire à un accompagnement vers la scolarisation, objectif pourtant essentiel. Les acteurs socioéducatifs ne peuvent pas faire l’économie de l’analyse des freins et des complexités qui fragilisent un tel objectif.

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La précarisation subie par les familles et les enfants roms est telle que bon nombre d’entreprises de scolarisation se soldent par un échec ou un abandon, du fait d’une expulsion, de l’éloignement des écoles accueillantes de l’absence de soutien ou d’accueil périscolaire (qui obligerait les enfants à ne pas déjeuner à l’école, à multiplier les trajets, à monopoliser l’activité des parents).

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Ces échecs sont d’autant plus insupportables aux acteurs des associations engagées pour le droit à l’éducation des enfants roms (dont notre association est signataire) [1][1] http://www.dei-france.org/lettres_divers/2010/Coll...qu’ils viennent décourager l’implication des bénévoles, ainsi que l’espoir des enfants et de leurs parents eux-mêmes.

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Mais d’autres difficultés viennent également rendre difficile la scolarisation : le manque de vêtements propres, de routes praticables, d’accompagnement possible des enfants, le manque de préparation des enfants à la situation scolaire, la perte des repères constituent également des obstacles redoutables qui, pour une part, peuvent expliquer certains échecs.

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Notre association réalise une action modeste, locale et ponctuelle à destination des seuls enfants roms du camp de Moulin Galant (Essonne). Là, dans des conditions matérielles, sanitaires souvent désastreuses, vivent un nombre variable de familles dont de nombreux jeunes enfants ou enfants en âge d’être scolarisés.

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Si quelques enfants viennent de débuter… en juin 2010, une scolarité qui aura été retardée de mille manières par toutes sortes d’obstacles administratifs et refus d’intervenir… il en reste encore un bon nombre, à commencer par les plus jeunes qui sont sans accueil, ni scolarité.

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Une fois par semaine, les volontaires de notre association, sous la conduite de sa secrétaire, Sophie Audigier, assurent un atelier éducatif et d’éveil.

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Là, chaque jeudi matin, les volontaires étendent les tapis et accueillent les enfants autour d’activités corporelles d’expression plastique, de peinture, de lecture, de découverte de livres pour enfants et de jeux d’éveil pour les plus petits. Certains enfants au cours de cet atelier peignent ou dessinent ou utilisent telle technique… pour la première fois. On joue, on échange en deux langues (français et romani), on fait des petits goûters.

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Semaine après semaine, les liens se tissent, la confiance s’installe, difficile à supporter pour les volontaires face à l’immensité des besoins et l’immobilité de la situation. On s’en veut de ne pas pouvoir plus, mais un tel remord ne doit pas nous inciter à abandonner un tel projet.

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Au fil du temps, les enfants s’améliorent en français, apprennent à dessiner les lettres, à écrire leur prénom, à compter en français.

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Ces ateliers sont pédagogiques et non scolaires en eux-mêmes ; ils prétendent agir avant l’école selon une optique d’éducation non formelle. ils sont conçus dans l’esprit de la pédagogie sociale (pédagogie Freinet, Korczak, etc.). Ils reposent sur le principe de l’immédiateté et de l’inconditionnalité de l’accueil… deux éléments qui font si cruellement défaut au vécu des enfants roms.

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En partenariat avec l’association Hors la rue reconnue dans le domaine de l’accompagnement des mineurs étrangers, nous travaillons actuellement à définir un projet de ce que pourrait être une forme d’assistance éducative adaptée à la réalité des enfants roms.

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Nous partons du constat que les conseils généraux sont démunis pour assurer leur devoir de protection et d’aide vis-à-vis de ces enfants, pas seulement faute de volonté, mais également faute d’outils éducatifs adaptés. À notre échelle, notre association a repéré que les outils de la pédagogie sociale - que nous pratiquons également dans les quartiers - sont particulièrement adaptés aux conditions de vie de cette population. Aussi, le présentons-nous pour un projet d’aide éducative en milieu ouvert.

Notes

[*]

Formateur chercheur en travail social, président de l’association Intermèdes Robinson ;http://assoc.intermedes.free.fr, Intermedes@orange.fr

Pour citer cet article

Ott Laurent, « Penser une intervention socioéducative adaptée aux enfants roms », Journal du droit des jeunes, 7/2010 (N° 297), p. 30-30.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2010-7-page-30.htm
DOI : 10.3917/jdj.297.0030


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