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Journal du droit des jeunes

2010/7 (N° 297)


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Des familles, la plupart migrant de Roumanie pour fuir une situation politique, sociale et économique, désastreuse, arrivent en France ou d’autres pays européens pour tenter de trouver une situation meilleure. Ils vivent sans les minimas sociaux, regroupés en familles élargies ou venant d’un même village. C’est ainsi qu’en France, on assiste à un redéveloppement des bidonvilles où des familles vivent dans des conditions très précaires, sans hygiène.

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L’illégalité de leur installation, l’application des mesures transitoires européennes[1][1] Le traité d’adhésion du 25 avril 2005 de la Bulgarie...constituent une illégalité factice de leur situation qui fait écran à tout effort de socialisation et d’installation.

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Cette situation subie et non choisie entraîne des phénomènes d’errance et de déplacement qui font également obstacle aux efforts d’accompagnement social et éducatif de nombreux acteurs humanitaires ou spécialisés.

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L’éducation et la socialisation des enfants ne peuvent se réaliser dans de telles conditions que de façon chaotique et contraire à la Déclaration internationale des droits de l’enfant. La scolarisation pour les enfants de 6 à 16 ans pourtant obligatoire, est rendue extrêmement difficile, parfois impossible.

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Les pouvoirs politiques, trop souvent minorent cette situation en méconnaissant son caractère durable et dommageable du point de vue des enfants et des familles.

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Il est du ressort du département de prendre pourtant en compte la situation des enfants en situation de risque et à protéger. Pour autant la responsabilité des autres échelons territoriaux n’est pas non plus à négliger.

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Pour enrayer les bidonvilles et leurs conséquences sanitaires, humaines et éducatives, des actions adaptées, notamment d’assistance éducative peuvent et doivent être envisagées pour réduire les dangers réels et massifs pour les enfants.

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Seule une réponse collective, adaptée à la complexité et aux contraintes de l’action éducative vis-à-vis d’un public fragile et à mobilité forcée pourra être à la mesure de répondre aux enjeux et aux dangers sanitaires, sociaux et éducatifs à l’œuvre.

1 - Conditions de vie dans les squats et terrains d’implantation illégale

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Les conditions de vie ou plutôt de survie dans les squats et bidonvilles reflètent, d’une part, la volonté des habitants d’aménager au mieux une situation subie, et, d’autre part, se révèlent particulièrement dangereuses et dommageables pour les enfants et familles du fait de la non-possibilité de viabiliser même a minima ces zones d’habitation. L’absence d’eau courante, le problème énorme de la gestion des déchets, constituent une source de dégradation importante et entraîne une prolifération de rats.

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Des bennes sont parfois mises à disposition des familles, mais celles-ci sont rapidement remplies et l’évacuation ne se fait pas au rythme auquel les bennes sont saturées.

Extraits du document d’information réalisé par le collectif pour le droit à l’éducation des enfants roms, en novembre 2009

Les familles roms en France

« (…)10 à 15 000 personnes se reconnaissent comme roms et sont de nationalité étrangère et vivent en France dans des conditions de grande précarité. Il s’agit souvent d’une migration en famille et on compte parmi eux 50 % d’enfants.

Les raisons de la migration sont souvent économiques, s’y ajoutent les discriminations à caractère raciste. Dans les pays d’origine, ils vivent de façon sédentaire depuis des siècles.

90 % des familles roms sont de nationalité roumaine, et dans une moindre mesure bulgare, donc citoyens de l’Union européenne depuis 2007. Ils bénéficient des mêmes droits que les autres communautaires, excepté l’accès au salariat durant une période transitoire censée s’achever fin 2011 ou fin 2013. En pratique, durant cette période, l’accès au marché du travail est quasiment impossible alors que pour être considérés comme en séjour régulier en France, ils doivent prouver qu’ils disposent de ressources suffisantes. Ils se voient donc refuser l’ensemble des prestations sociales soumises à la condition de séjour régulier.

Les 5 à 7 000 enfants roms présents en France aujourd’hui sont arrivés ou arriveront à 16 ans sans avoir jamais, ou presque, été à l’école. L’exclusion de l’école constitue presque la norme pour les enfants roms présents en France, plus encore qu’en Roumanie. Pour les quelques enfants répertoriés comme « scolarisés », il s’agit parfois d’une parenthèse elle-même chaotique, entrecoupée par les absences et retards.

L’exclusion de l’école des enfants rroms n’est pas sans conséquences

Voir s’éloigner toute perspective d’insertion sociale et économique à l’âge adulte.

Se trouver en permanence exposé à différents dangers liés à l’absence de sécurité sur les squats et bidonvilles comme aux activités de rue.

Être privé d’un repère spatial et temporel important, dans un quotidien marqué par les préoccupations de survie.

Expulsions

La présence d’enfants scolarisés sur un lieu de vie n’est jamais ou presque prise en compte par les préfectures et les tribunaux dans le cadre des procédures d’expulsion. Le quotidien des enfants roms en France est ainsi régulièrement interrompu par les évacuations des lieux de vie, cumulées parfois à des mesures collectives d’éloignement du territoire national avec proposition d’une aide au retour humanitaire qui favorisent les va-et-vient Roumanie-France.

Pour inscrire leurs enfants à l’école, les familles doivent parfois batailler contre le refus des municipalités. Elles doivent généralement faire face à des exigences abusives de justificatifs qui retardent l’inscription. »

http://www.dei-france.org/lettres_divers/2010/Collectif%20enf%20rom%20educ.pdf

Extraits de l’étude d’Alexia Vériter, stagiaire à Romeurope, publiée en février 2010 (« La non-scolarisation en France des enfants roms migrants »).

« (…) CNDH Romeurope et la Fondation Abbé Pierre ont défini ensemble le cadre d’une étude qui serait menée sous le mode opératoire de la recherche en sciences sociales, par le biais d’enquêtes à mener sur différents terrains représentant des situations différentes du point de vue de l’accueil des populations roms et de leur scolarisation.

5 000 à 7 000 enfants non scolarises[1] : On constate en effet que de très nombreux enfants roms ne sont pas scolarisés ou suivent des parcours scolaires très décousus. D’après l’estimation faite par le CNDH Romeurope, on compte 5 000 à 7 000 enfants roms présents en France, qui sont arrivés ou arriveront à l’âge de 16 ans sans avoir jamais, ou presque, été à l’école. En effet, les différentes études portées sur les populations roms considèrent que les enfants en âge d’être scolarisés représentent d’un tiers à la moitié des populations roms. En France, on estime que les roms représentent environ de 10 000 à 15 000 personnes. Les migrations de ces derniers sont quasiment toutes des migrations réalisées en famille, ce qui explique que les enfants soient si nombreux. Par ailleurs, la minorité des enfants considérés comme scolarisés ne suit pas un parcours scolaire continu, mais entrecoupé de très nombreuses absences, retards, ce qui remet en question leur statut d’enfant scolarisé.

Partant de l’hypothèse que les familles roms migrantes n’ont pas les moyens de répondre à l’obligation scolaire seules et qu’elles sont confrontées à de nombreux obstacles externes et matériels auxquels peu de solutions sont apportées, le choix a été fait d’adopter une approche plus factuelle que culturelle. S’intéresser prioritairement aux contraintes externes et matérielles faisant obstacle à la scolarisation a permis de se distinguer des autres études réalisées sur la scolarisation des enfants roms, qui font plutôt référence au rapport des familles à l’école et à la scolarisation, ainsi qu’aux solutions envisageables pour améliorer ce rapport. Nous ne nous sommes pas dispensés d’un regard sur les familles, leurs perceptions de l’institution scolaire, mais il ne s’agit pas du centre de notre étude. Nous nous distinguons également de l’approche des acteurs institutionnels qui posent plus volontiers des caractéristiques ethniques au centre de leurs explications (ce qui explique largement l’ethnicisation des politiques à laquelle nous assistons actuellement).

Le tableau suivant nous renseigne sur la situation de la scolarisation sur différents terrains. Il s’agit d’approximations, réalisées grâce aux données recueillies auprès des différents acteurs. La colonne « enfants scolarisables » désigne le nombre estimé d’enfants de 6 à 16 ans. Ils représentent en général un tiers à la moitié de la population présente. La colonne « enfants inscrits au cours de l’année » désigne tous les enfants pour lesquels des démarches d’inscription ont été réalisées au cours de l’année scolaire. La dernière colonne, « enfants effectivement scolarisés » désigne les enfants qui étaient encore scolarisés à la fin de l’année scolaire, et qui ont suivi l’école avec un minimum d’assiduité (ces enfants sont généralement considérés comme assidus à partir de trois jours de présence par semaine).

État de la scolarisation des enfants roms dans plusieurs villes de France[2][3][4]

http://www.romeurope.org/IMG/pdf/ETUDESCO.pdf

[1]

Estimation faite par le CNDH Romeurope.

[2]

L’expression « terrains conventionnés » désigne les terrains sur lesquels résident des familles ayant passé un contrat avec Nantes Métropole, et qui bénéficient d’une stabilité de leur lieu de vie, d’aménagements sanitaires, d’un accompagnement scolaire, et autres aides, à la condition qu’elles s’investissent pour s’insérer, notamment en scolarisant leurs enfants.

[3]

Données recueillies auprès de l’ASET 93 (Aide à la scolarisation des enfants tsiganes :http://www.aset.asso.fr)

[4]

Ces MOUS (Maîtrise d’œuvre urbaine et sociale) très diverses dans leurs modalités, ont été mises en place pour un nombre limité de familles qui bénéficient d’une stabilité du lieu de vie et d’un accompagnement social. (…).

Présence et la situation des enfants roms en Essonne (Moulin-Galant, Massy)

État de la scolarisation des enfants roms

Soit sur le camp de Moulin-Galant : 16 enfants non scolarisés en 2009-2010, dont la plupart ont été très peu ou jamais à l’école et 11 enfants scolarisés à deux mois de la fin de l’année scolaire, grâce à l’accompagnement associatif ainsi qu’à la volonté des familles.

2 - L’intérêt d’agir en action éducative

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La scolarisation suppose un ensemble de démarches [2][2] Démarches qui nécessitent parfois un accompagnement... qui sont complexes en situation d’errance et pour des personnes ne maîtrisant ni le français, ni ne connaissant le lieu et les administrations où elles sont implantées, qui retardent l’inscription et la socialisation des enfants. L’action éducative permet de :

  • répondre immédiatement aux besoins des enfants et en fonction de leurs conditions de vie particulières ;

  • prévenir la solitude enfantine, l’errance, l’ennui, la perte de repaires temporels… prostitution ?

  • valoriser des savoirs et développer des potentiels grâce à l’accès à un matériel éducatif ;

  • réhabiliter l’estime de soi par un regard extérieur bienveillant ;

  • tendre vers un recul du phénomène de bidonville, de précarité et d’isolement ;

  • sociabiliser les enfants en interne et en externe.

Insuffisance de l’objectif de scolarisation

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Une fois l’objectif atteint, une autre série d’entraves est à surmonter pour les familles qui le plus souvent se retrouvent seules et démunies à ce stade. Il ne suffit pas d’être inscrit à l’école pour s’y rendre régulièrement ou pour poursuivre sereinement sa scolarité :

  • pas d’allocation de rentrée scolaire, ni aucune autre, difficultés pour s’habiller, s’équiper ;

  • stationnement précaire temporaire, difficultés pour se laver, et rester à proximité de l’école ;

  • éloignement des écoles lié à la rareté des classe CLIN (classe d’initiation) [3][3] Voy. article « Empêcher la ségrégation scolaire »,... ;

  • carences éducatives : les statistiques ne rendent pas compte des années de non-scolarisation et le défi à relever pour les enfants, comme pour l’Éducation nationale, est de taille : des enfants entrent à l’école, sans avoir jamais mis un pied à l’école ;

  • besoin d’un soutien pour les élèves et de leurs familles (cours d’alphabétisation et de français, aide aux devoirs) ;

  • mise à l’écart, difficultés d’intégrations parfois à l’intérieur de l’école (propos des autres enfants qui peuvent renforcer un sentiment d’insécurité).

Sur le terrain, on doit encore :

  • vérifier la motivation des familles pour la scolarisation de leurs enfants, et expliquer la raison de notre présence, donc entrer en contact avec une personne référente qui sera en mesure de faire l’interprète. (sur Moulin-Galant, 100% des familles souhaitent mettre leurs enfants à l’école) ;

  • faire la liste des enfants, relever les dates de naissances, vérifier les vaccins, la domiciliation éventuelle ;

  • attendre que les démarches de mise à jour des vaccins soient réalisées. Les familles ne doivent pas être nécessairement domiciliées pour que les enfants soient scolarisés, mais elles doivent justifier d’un lien avec la commune, soit d’une adresse postale, soit d’une domiciliation. Les démarches de préinscription seront facilitées par la présentation de ces justificatifs : certificat de domiciliation ou d’adresse postale, qui se fait par le biais d’associations (3 ou 4 dans l’Essonne : Orsay, Palaiseau, Corbeil, Grigny ; les familles doivent fournir photos d’identité et passeports, et la domiciliation est enregistrée en préfecture.) Les CCAS peuvent également domicilier, mais n’en ont pas l’obligation ;

  • à défaut de ces possibilités, il faut se procurer auprès d’un habitant de la ville, une attestation d’adresse postale, sans hébergement ;

  • lorsque le dossier est complet, les familles peuvent se présenter en mairie pour la préinscription de leurs enfants, certaines ont besoin d’être accompagnées. (peu de solidarité au sein d’un groupe, ce qui implique une certaine répétition des accompagnements) ;

  • prendre contact avec la direction de l’école où sont affectés les enfants lorsque la fiche de préinscription est délivrée par la mairie. Les familles parlant peu le français, et ou n’ayant pas de téléphone et ne sachant pas où se trouve l’école, sont accompagnées (appréhension de toute démarche par crainte du rejet). Il est de toute façon souhaitable qu’il y ait une médiation ( ?) entre l’école et les familles ;

  • parfois insister pour que les enfants aient accès à la cantine. Prévoir de remplir une déclaration de revenus afin que les familles soient facturées en fonction de leur quotient familial. Éventuellement entreprendre une saisine auprès d’un organisme habilité à faire valoir le droit des enfants.

3 - Un exemple : la situation des enfants à Moulin Galant

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À Moulin-Galant, parcelle aux limites de Corbeil et Ormoy, en janvier 2010, une liste de 40 enfants a été dressée dont 18 âgés de 6 à 16 ans répondant à l’obligation scolaire, n’étaient pas scolarisés. Parmi ces enfants très peu ont eu accès à une scolarisation dans leur pays d’origine, et un seul était scolarisé sur Corbeil.

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Ce ne sera qu’en mai et juin, après une bataille administrative, que 13 autres enfants seront scolarisés (6 en maternelle, 8 en élémentaire, 1 au collège).

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La scolarisation comme seul objectif ne suffit pas, puisque les enfants doivent pouvoir être assidus. Or il demeure des obstacles à cette assiduité nécessaire :

  • éloignement des CLIN ;

  • cantine au prix fort faute de document prouvant l’absence des parents ;

  • difficultés liées aux conditions de vie précarisées, avec le fait de se nourrir ou de s’habiller correctement chaque matin, de se laver quand il n’y a pas d’eau sur le site… ;

  • l’exclusion depuis des années de toute structure ou tout dispositif éducatif ;

Tous ces éléments font que ces enfants doivent recevoir un accompagnement spécifique pour leur assurer une prise en charge pertinente de leur scolarité. Parce que leur situation est particulière, elle doit être traitée par une réponse adaptée.

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Or, dans l’Essonne, les administrations banalisent et minimisent la situation d’urgence des enfants roms, par la non prise en compte de leurs spécificités :

  1. L’Éducation nationale ne considère pas assez la situation comme urgente du fait qu’ils voyagent ; de ce fait la scolarisation n’est pas considérée comme urgente et ne se fait pas, car il n’y a pas le souci de transférer les inscriptions des enfants là où ils se déplacent. Ceci nécessite une prise en compte globale des effectifs, à l’échelle du département et de la région, pour que leurs déplacements ne soient pas source de rupture dans leur parcours scolaire ; que les démarches qui sont longues et fastidieuses ne soient pas à refaire depuis le début.

  2. Les mairies : quand elles ne refusent pas les préinscriptions, elles appliquent à ces enfants le même protocole qu’aux enfants en situation sédentaire, ce qui complique les démarches. Il y a également un manque de personnel qualifié pour réaliser tout cet accueil, comme les accompagnements qui ne reposent que sur le volontariat associatif.

Le nombre important d’enfant est vite considéré comme un effet de masse décourageant pour les structures d’accueil. On relève également le manque d’écoute collective multipartenariale des difficultés dans le département.

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Les démarches devraient être facilitées pour ne pas creuser davantage le retard et accentuer le caractère urgent.

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Il est important que la prise en charge des enfants et des familles se fasse collectivement et non individuellement ; que les associations soient plus soutenues dans ces démarches, enfin que les familles soient aidées financièrement.

4 - Notre projet : une expérience en cours de réalisation

a - Mettre en œuvre des ateliers « inconditionnels » éducatifs

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En novembre 2009 nous avons pris contact avec une famille du camp de Moulin-Galant et avec leur aide nous avons mis en place un atelier éducatif en direction des enfants et en coopération avec des parents volontaires, notamment pour l’accueil des enfants en période d’hiver, dans les caravanes. Les parents nous aident également à communiquer avec les enfants qui ne sont pas francophones ou très peu.

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Nous accueillons les enfants sans distinction d’âge sur le principe d’un accueil inconditionnel, sans prérequis, justificatifs, exigences préalables et nous mettons à disposition des enfants et de leurs parents, du matériel pédagogique.

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Tous les jeudis, nous nous rendons donc à Moulin-Galant en binôme pour deux heures d’atelier. Ce n’est pas une simple activité qui est proposée aux enfants, mais la possibilité de se rencontrer dans un contexte différent de leur quotidien qui semble plutôt vide et en défaut d’école depuis des mois, des années, voir depuis toujours pour certain. Ils peuvent avoir de 5 à 12 ans et avoir été très peu ou jamais scolarisés.

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Chaque semaine un nouvel atelier est proposé : peinture, dessin, confection et petites mises en scène de marionnettes, jeu de balles. Au cours des ateliers, nous créons un lien entre certains enfants qui ne se connaissent pas et échangeons du vocabulaire. Les enfants réalisent des progrès dans l’apprentissage du français, très rapidement.

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Exceptionnellement, et à un petit groupe d’enfants, nous proposons certaines sorties de proximité destinées à sortir du camp et à expérimenter des situations collectives de groupes d’enfants.

b - Public

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Compte tenu du fait qu’en hiver nous ne pouvons bénéficier de l’espace extérieur, et à défaut d’une mise à disposition d’une salle ou d’un véhicule type camion-école, les ateliers avaient lieu dans une ou deux caravanes, ce qui restreignait les possibilités d’accueil et de diversité du public.

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Nous accueillons les enfants de tous âges, soit des enfants de 2 à 18 ans, avec leur famille, ou sans, si les parents sont absents ou occupés.

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Les ateliers comptent entre 9 et 20 enfants, qui viendront spontanément. Nous pouvons monter jusqu’à une trentaine, voire plus si nous allons chercher les enfants chez eux, et disposons de l’espace extérieur.

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En période de saison plus clémente, nous accueillons en moyenne 15 enfants au cours de chacun de nos ateliers, âgés de 2 à 17 ans.

c - Effets

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  • socialisation des enfants et des familles ;

  • nous mettons les enfants en situations de communication verbales, avec nous et avec les autres. Ils vont acquérir du vocabulaire. Les enfants vont communiquer entre eux autrement, et avec leurs parents, et avec nous, ce qui contribue à stimuler leur désir d’apprendre… des connaissances qui seront utiles pour eux afin de s’insérer… ;

  • échanges linguistiques, français, roumain et romani ;

  • soutien des parents ;

  • début d’apprentissage du français pour les enfants et les parents présents ;

  • la régularité fait qu’une relation de confiance se construit et le public se fidélise très rapidement ;

  • repères temporels ;

  • nous contribuons faire acquérir, renforçons ou réhabilitons une estime de soi en les rassurant sur leur compétences, et par un regard extérieur bienveillant ;

  • nous permettons que leurs compétences se développent.

d - Perspectives

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Compte tenu des progrès observés et de l’importance de la demande, il est souhaitable d’être en mesure de proposer aux enfants un deuxième atelier dans la semaine, avec une intervention spécialisée afin d’orienter les ateliers davantage sur le scolaire en attendant que ceux qui ne sont pas scolarisés ne soient pas trop décalés par rapport aux autres lorsqu’ils entreront à l’école, et pour apporter du soutien à ceux qui sont partiellement scolarisés, les parents ayant des difficultés à permettre à leurs enfants d’être assidus.

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Pour les enfants qui attendent une scolarisation qui sera difficile, les ateliers permettront de les soutenir

5 - Notre proposition

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En lien avec Hors la rue[4][4] Hors la rue, 70 rue Douy Delcupe 93100 Montreuil Tél. :..., Intermèdes-Robinson propose de mettre en œuvre une expérimentation d’assistance éducative adaptée aux situations de rue des enfants roms vivant en campements.

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Cette action éducative reposerait sur une ou plusieurs équipes mobiles, pluridisciplinaires, à même d’intervenir dans différents lieux du territoire essonnien.

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Les actions proposées par ces équipes s’appuieraient sur l’intérêt immédiat des enfants pour des activités éducatives et d’expression.

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À partir de ces vacations, les parents sont contactés et sensibilisés aux démarches nécessaires ; les actions mises en œuvre par ces équipes constituent par ailleurs un espace d’échange et d’apprentissage à la communication mutuelle.

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Sur chaque campement concerné, l’équipe mettrait en œuvre d’un à deux ateliers éducatifs hebdomadaires à médiation culturelle.

Évaluation

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L’évaluation de la mission sera faite en lien avec l’association Hors la Rue. Cette action devrait être à même d’améliorer grandement les conditions de vie des enfants, de les soustraire à la plupart des dangers sociaux ou sanitaires auxquels ils sont exposés. Ces enfants, suivis, accueillis ne seront plus ou seront beaucoup moins présents dans les espaces publics.

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Les notions mises en œuvre seront évaluées sur leur capacité à mobiliser les familles, et devraient constituer une alternative à la rue pour les enfants en errance, mendicité ou risque de prostitution.

Trouver sa « voix » de conteur, travailler l’imaginaire, l’échange oral…

Un compte rendu d’atelier

Atelier 10, jeudi 25 février 2010 : 12 enfants

Nous sommes attendus, six petits yeux devaient nous guetter : Cassandra, Izabella et Denissa nous ont accueillis dans leurs bras.

Nous nous sommes dirigés vers la caravane de Lola, peut-être un peu rapidement pour nous qui souhaitons faire de ces ateliers des ateliers ouverts à tous. Mais les enfants ont visiblement envie de former avec nous un groupe restreint et nous dérobent assez subtilement du regard des autres.

Nous commencerons aujourd’hui un atelier avec un groupe d’habitués et une nouvelle camarade.

Les enfants s’assoient et sont déjà dans une attente un peu vive de ce qui va sortir de nos sacs : aujourd’hui, des livres, albums et petits livres format poche, illustrés.

Rappel du contexte de la semaine précédente : nous leur présentons un livre, qu’ils n’ont pas en main, et leur donnons la consigne d’imaginer une histoire à partir des illustrations. Cela n’a pas marché malgré le fait que la consigne avait pu être traduite. Les enfants sont restés presque sans voix et l’air dubitatif…

Nous disposons les livres en quantité sur la table, et cette fois, nous avons prévu de les laisser « seuls » dans un premier temps, pour s’emparer de ces objets. Puis de la prise en main de ces livres, j’espérais une « prise en main » par les enfants eux-mêmes des illustrations, des scènes, puis d’une histoire qui serait la leur, ce qui n’avait pas marché la semaine dernière.

Le but de l’atelier étant de promouvoir les échanges verbaux entre les enfants, et de travailler l’imaginaire, peu importe que cela se passe en roumain.

Nous laissons donc les enfants s’amuser avec les livres, et assister à ce dont on ne pouvait pas s’attendre : ils ont tous passé un temps incroyable à jouer avec les pages, à chercher quelque chose qui les interpelle dans les illustrations, à s’exclamer sur une image, à faire partager leur étonnement, à échanger le vocabulaire, sans doute à faire émerger de minidébats, avec une tension rarement vue ! Tous, autant qu’ils étaient, se sont montrés curieux, chercheurs et si disposés à nous faire partager leurs découvertes, éprouvant manifestement un réel plaisir, autant tactile que visuel. Aucun n’aurait eu envie de quitter l’atelier. De gré, ils sont donc entrés en dialogue. Nous nous sommes aperçus que nos deux langues avaient de nombreux mots en commun.

Après cette récréation, nous avons donné exactement la même consigne que la semaine dernière. Lola a retransmis la proposition qu’elle a comprise en quelques mots, a comblé ceux qu’elle ne connaissait pas par les siens, et le tour était joué, sur-le-champ les enfants se sont mis deux par deux et ont improvisé, recomposé leurs histoires, déchiffré à partir des dessins.

Denissa a commencé à raconter. Nous avons rapidement montré qu’il existait une chronologie, un début au livre, et une fin. Je m’étonnais de voir que pour Denissa, ce qui se passait sur la couverture avait autant de valeur que ce qui se passait à l’intérieur du livre. Je découvre encore que le ton du récit n’est pas le ton habituel du parlé courant. La narration est-elle pour eux une nouveauté ?

Denissa s’est lancée la première, pourtant je n’avais rarement vu d’enfant aussi capable de discrétion. Elle parle là avec une petite voix rauque et douce à la fois, déchiffre les images et déroule instantanément son histoire.

La plupart des enfants sont volontaires pour raconter aux autres. Certains n’ont pas encore le réflexe d’écouter celui qui parle, mais chacun prend ce qu’il a à prendre au moment qu’il le souhaite ou au moment qui sera le meilleur pour lui.

Pour le deuxième duo d’enfants, la chronologie n’avait déjà plus de sens, si tant est qu’elle en ait eu un jour, et l’on peut imaginer pourquoi : ces enfants n’ont aucun autre rythme que celui des jours et des nuits, que celui des saisons, puisqu’ils ne sont inscrits dans aucune structure éducative, ils ne vont pas à l’école. Ils ont pour eux seuls, la charge d’un temps vide, leurs parents étant très occupés aux impératifs de la survie.

C’est ainsi que sans problèmes, Abel et Cassandra ont navigué d’un page à l’autre du livre, mais à « rebrousse-page »… Peu importe, il me semblait avoir atteint un objectif.

C’était beau, car Abel est un enfant qui me semble timide et intimidé même par le groupe. Cassandra l’a aidé, elle lui donnait des phrases qu’il répétait. Cassandra trouvait dans ce jeu un plaisir fou pour lequel elle semble avoir employé tout son zèle. Abel a pu investir sa petite voix de conteur.

J’ai alors fait une erreur, celle de vouloir demander à Abel de faire comme ma maîtresse, à savoir, montrer aux autres les images. C’était vraiment inutile car cela l’a perturbé, il s’est arrêté de raconter. Je me suis dit alors, qu’en pédagogie sociale, il était vraiment important d’abandonner ses réflexes, ses repères. Cela implique d’accepter un temps un certain déséquilibre, un renoncement à ce que l’on croit être une sécurité ou une référence. Mais cela implique aussi une opportunité de découvrir autre chose, de laisser à l’enfant nous enseigner lui-même qui il est. Et c’est à partir de ce que nous aurons accepté d’apprendre de lui, que nous pourrons travailler pertinemment.

Cette approche pédagogique me semble très porteuse en direction des enfants roms qui sont encore assez vierges de l’empreinte institutionnelle. Et ces conditions sont assez favorables pour nous, je pense, car c’est ensemble que nous construisons. Il ne s’agira en aucun cas de faire entrer les enfants dans des cases dont il est clair qu’aujourd’hui tout le monde souffre. Finalement, le projet pédagogique est un projet commun qui se construit au jour le jour.

Je pense que leur intelligence a vite compris qu’un temps s’écoulait au fil des pages, et je pense que le livre est un bon outil pour leur donner des repères temporels qu’on peu imaginer qu’ils puissent perdre. Pour certains enfants plus que d’autres je crois, du fait par exemple que les parents ne connaissent pas la date de naissance de leurs enfants. On peut imaginer qu’ils ont une idée approximative de leur âge. À quoi bon, personne ne leur demande jamais. Ils ne possèdent peut-être pas le rituel d’anniversaire que nous connaissons et qui est si évident pour nous ; ils ne possèdent évidemment pas non plus le rituel symbolique de passage d’une classe à l’autre, d’une école à l’autre, pour avoir été si peu, voire pas du tout à l’école !

Cette masse de temps a laquelle ils sont soumis me fait penser à une pierre qui les écrase, puisqu’en plus d’être là, et de n’avoir qu’à être là, leur présence est illégitime, insupportable pour les riverains et les maires des communes concernées, le préfet…

Les ateliers que nous leur proposons peuvent alléger la pénibilité de cette situation, puisque du fait de la régularité dans notre rythme d’intervention, les enfants sont reconnus et inclus dans quelque chose de « régulier » qui leur accorde quelques moments de légitimité, d’existence…

Les ateliers font se dissiper un moment, je pense, le brouillard lié à l’absence de perspectives que l’institution française leur refuse.

Que faire pour que leur expérience du monde, de la vie, ne se résume pas à un parcage parmi des piles de déchets servant d’abris pour les rats ; à un carré de boue battu par des abris de fortune semi-roulants ; quelques heures pour quelques-uns, je n’ose dire, privilégiés, passées devant une télé ; ou encore à ce qu’ils vivent en « voyage », chassés d’un lieu à un autre, pas plus légal, jamais plus accueillant…

La poza !

Notes

[*]

Installée au cœur d’un quartier populaire de Longjumeau (Essonne), de 20 000 habitants, l’association Intermèdes se propose de réinvestir pour des activités de convivialité, sociales et éducatives, les espaces délaissés de la ville : espaces publics interstitiels entre bâtiments, d’une part, et friches péri-urbaines, d’autre part. Parmi ses objectifs, « il s’agit de revaloriser les parents en situation d’isolement ou d’exclusion, créer du lien social, offrir aux familles la possibilité d’initier des projets » :http://assoc.intermedes.free.fr, Intermedes@orange.fr

[1]

Le traité d’adhésion du 25 avril 2005 de la Bulgarie et de la Roumanie prévoit que, pendant les deux premières années après l’adhésion, l’accès au marché de l’emploi des États membres faisant partie de l’UE avant ces adhésions relèvera de la politique et du droit nationaux de ces États membres qui pourra être prolongée de trois années supplémentaires. Ensuite, les États membres qui appliquent des mesures transitoires pourront être autorisés à continuer à appliquer des mesures nationales pour une période de deux années supplémentaires, mais uniquement s’ils constatent de sérieuses perturbations sur leur marché de l’emploi. La durée des dispositions transitoires ne pourra excéder un maximum absolu de sept ans, soit jusque 2013 inclus.

En France, depuis janvier 2008, les travailleurs bulgares et roumains bénéficient d’une procédure d’autorisation de travail simplifiée et accélérée (non-opposition de la situation de l’emploi) pour l’accès à 150 métiers (dits « en tension » comme informaticien d’étude ou d’exploitation, cuisinier, serveur, électricien ou aide-soignant, par exemple) dont la liste est fixée en annexe de l’arrêté du 18 janvier 2008 relatif à la délivrance, sans opposition de la situation de l’emploi, des autorisations de travail aux ressortissants des États de l’Union européenne soumis à des dispositions transitoires (http://www.immigration.gouv.fr).

Toutefois, en qualité de ressortissants européens, les ressortissants de ces deux pays bénéficient de la liberté de circulation dans les États membres sans autre restriction que celles-ci-dessus décrites.

[2]

Démarches qui nécessitent parfois un accompagnement des familles. Si les familles ne sont pas accompagnées, leur donner les moyens d’une autonomie (fournir adresses, téléphone, horaires d’ouverture des lieux où ils doivent se rendre.

[3]

Voy. article « Empêcher la ségrégation scolaire », p. 22.

[4]

Hors la rue, 70 rue Douy Delcupe 93100 Montreuil Tél. : 01.41.58.14.65 - Fax : 01.43.62.94.36contact@horslarue.org ; www.horslarue.org

Plan de l'article

  1. 1 - Conditions de vie dans les squats et terrains d’implantation illégale
  2. 2 - L’intérêt d’agir en action éducative
  3. Insuffisance de l’objectif de scolarisation
  4. 3 - Un exemple : la situation des enfants à Moulin Galant
  5. 4 - Notre projet : une expérience en cours de réalisation
    1. a - Mettre en œuvre des ateliers « inconditionnels » éducatifs
    2. b - Public
    3. c - Effets
    4. d - Perspectives
  6. 5 - Notre proposition
  7. Évaluation

Pour citer cet article

« Projet d'expérimentation sociale : assistance éducative en milieu ouvert auprès d'enfants et de familles roms », Journal du droit des jeunes, 7/2010 (N° 297), p. 31-37.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2010-7-page-31.htm
DOI : 10.3917/jdj.297.0031


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