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Journal du droit des jeunes

2010/7 (N° 297)


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Dans le cadre du plan national de prévention de la délinquance et d’aide aux victimes dont les objectifs ont été déterminés en octobre 2009 par le Comité interministériel de prévention de la délinquance [1][1] http://www.gouvernement.fr/presse/comite-intermini..., une charte a été élaborée pour surmonter les difficultés que les maires rencontrent souvent pour mettre en place les groupes d’échanges d’information au sein des Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD).

2

Cette charte a fait l’objet d’un avis du Conseil supérieur du travail social (CSTS), ainsi que des recommandations « de bonne pratique » de l’Association nationale des assistants de service social (ANAS) que nous reproduisons à la suite du document.

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La loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance contient deux dispositions relatives à l’échange de l’information aux fins de prévention de la délinquance :

  • l’article 8, qui concerne le partage des informations « à caractère secret », entre les professionnels de l’action sociale, et l’autorisation donnée à ces derniers de révéler au maire et au président du Conseil général les « informations confidentielles » strictement nécessaires à l’exercice de leurs compétences ;

  • l’article 1, qui concerne l’échange des faits et informations « à caractère confidentiel » entre les participants aux groupes de travail et d’échanges d’informations à vocation territoriale ou thématique constitués au sein des C.L.S.P.D.

La présente charte a pour objet, après avoir rappelé les dispositions de l’article 8, de préciser les règles et le contenu des échanges dans cadre de l’article 1.

Rappel des dispositions de l’article 8

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  1. Lorsqu’un professionnel de l’action sociale constate que l’aggravation des difficultés sociales, éducatives ou matérielles d’une personne ou d’une famille appelle l’intervention de plusieurs professionnels du travail social, il en informe le maire de la commune de résidence et le président du Conseil général.

  2. Saisi de ces informations, le maire peut désigner un coordonnateur parmi les professionnels de l’action sociale « lorsque l’efficacité et la continuité de l’action sociale le rendent nécessaire ». Ces professionnels sont autorisés à partager entre eux des informations à caractère secret, donc nominatives (par exception à l’article 226-13 du CP), afin d’évaluer une situation, de déterminer les mesures d’actions sociales nécessaires et de les mettre en œuvre. Le partage de ces informations est limité à ce qui est strictement nécessaire à l’accomplissement de la mission d’action sociale.

  3. Les professionnels de l’action sociale, dont le coordonnateur, sont autorisés à transmettre au maire et au président du Conseil général « les informations confidentielles qui sont strictement nécessaires à l’exercice de leurs compétences ».

  4. Mais l’article 8, dont les modalités d’application ont été définies par la circulaire NOR INT/K/07/00061/C du 9 mai 2007, « relative à l’application des articles 8 à 10 de la loi du 5 mars 2007 relatifs à l’action sociale » fixe une limite à l’utilisation de ces informations :

    « les informations ainsi transmises ne peuvent être communiquées à des tiers sous peine des sanctions prévues à l’article 226-13 du Code pénal »

  5. L’article 8 de la loi du 5 mars 2007, s’applique donc aux seuls échanges d’informations à « caractère secret », généralement nominatives, entre professionnels de l’action sociale, telle que celle-ci est définie à l’article L. 116-1 du Code de l’action sociale et des familles (« L’action sociale et médico-sociale tend à promouvoir, dans un cadre interministériel, l’autonomie et la protection des personnes, la cohésion sociale, l’exercice de la citoyenneté, à prévenir les exclusions et à en corriger les effets… »). Elle autorise ces derniers à révéler au maire et au président du Conseil général des « informations confidentielles » qui sont strictement nécessaires à l’exercice de leurs compétences.

  6. Mais l’article 8 autorisant le partage des informations à « caractère secret » ne s’applique pas aux échanges entre les membres du C.L.S.P.D. ou des groupes de travail et d’échange d’informations constitués en leur sein (Éducation nationale, police, gendarmerie,…).

Les échanges dans le cadre de ces dernières instances font l’objet des dispositions qui suivent.

L’échange des faits et informations a caractère confidentiel dans le cadre des conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance

Article 1 : cadre juridique

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Aux termes de l’article 1 de la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance (article L 2211-5 du CGCT) : « Le conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance peut constituer en son sein un ou plusieurs groupes de travail et d’échange d’informations à vocation territoriale ou thématique ».

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Le décret d’application du 23 juillet 2007 précise (article 9) : « Il (le conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance) favorise l’échange d’informations entre les responsables des institutions et des organismes publics et privés concernés, et peut définir des objectifs communs pour la préservation de la sécurité et de la tranquillité publiques ».

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L’échange d’informations effectué dans les groupes à vocation territoriale ou thématique s’inscrit dans le cadre des attributions du maire en matière de prévention de la délinquance prévue par les articles L 2211-1 et 2211-4 du C.G.C.T. et de celles du procureur de la République qui, aux termes de l’article 7 de la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance (article 39-1 du C.P.P), veille à la prévention des infractions à la loi pénale et coordonne dans le ressort du T.G.I. la politique de prévention de la délinquance.

Article 2 : nature des informations échangées et protection de la confidentialité

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En vertu de l’article 1 de la loi du 5 mars 2007 relative à la prévention de la délinquance (article L 2211-5 du C.G.C.T.), l’échange porte sur « les faits et informations à caractère confidentiel », mais à l’exclusion des informations à caractère secret au sens de l’article 226-13 du Code pénal. Ces faits et informations à caractère confidentiel échangés dans le cadre des groupes de travail ou d’échange d’informations à vocation territoriale ou thématique ne peuvent être communiqués à des tiers.

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Il appartient à chacun des membres des groupes de déterminer en conscience et au cas par cas si une information qu’il détient relève ou non du secret professionnel dont la révélation est sanctionnée par le Code pénal.

10

Il est du devoir des membres de veiller strictement à ne communiquer que des informations sûres.

Article 3 : finalité des échanges

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Cet échange permet aux membres des groupes de signaler, dans le respect de l’article 2 ci-dessus, les situations difficiles, personnelles ou familiales dont ils ont connaissance et de s’assurer qu’elles sont bien prises en compte par une des institutions concernées. Si tel n’est pas le cas, il convient de rechercher le ou les acteurs les mieux à même de traiter la situation identifiée.

12

Si l’un des acteurs déjà saisi estime que la situation évoquée concerne également un (ou plusieurs) autre(s) acteur(s), il veille à lui (leur) transmettre les informations nécessaires à son (leurs) intervention(s).

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Les personnes intéressées sont informées de l’échange d’informations à caractère confidentiel les concernant.

Article 4 : cadre de l’échange

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L’échange des informations visées à l’article 2 est réalisé dans le cadre des réunions des groupes de travail à vocation territoriale ou thématique constitués au sein des C.L.S.P.D.

15

Ces groupes de travail assurent le suivi et l’animation de la stratégie territoriale de sécurité et de prévention de la délinquance et, à cette fin, la définition, la mise en œuvre et l’évaluation des actions locales de prévention de la délinquance, sans procéder à l’évaluation individuelle des acteurs.

16

L’échange d’information ne doit, en aucun cas, avoir lieu au cours des réunions plénières du C.L.S.P.D.

Article 5

17

Les groupes de travail sont constitués par le maire en concertation avec les membres du C.L.S.P.D. concernés.

18

La composition de chaque groupe de travail et d’échange d’information fait l’objet d’une liste nominative clairement arrêtée. Chaque personne y figurant, avec son accord, doit disposer d’une légitimité pour évoquer des situations ainsi que d’une compétence pour apporter des solutions aux problèmes exposés ; elle signe la charte pour adhésion.

19

À titre exceptionnel, les membres des groupes thématiques ont la faculté de convier ponctuellement des personnes ou de solliciter la présence de personnes qualifiées dont l’audition est de nature à favoriser la compréhension d’une situation.

20

Les personnes entendues à titre exceptionnel acceptent de se soumettre aux règles de confidentialité édictées par la charte, mais ne sont pas partie prenante d’une éventuelle décision.

Article 6 : nature de l’information pouvant être partagée

21

Les membres des groupes thématiques sont tenus par le secret professionnel, le devoir de réserve et l’obligation de discrétion inhérents à leurs professions respectives, mais acceptent, dans le cadre de l’échange d’informations telles que définies à l’article 2 ci-dessus, au sein des groupes de travail des C.L.S.P.D. prévus par la loi du 5 mars 2007, de porter à la connaissance des autres membres du groupe les informations strictement nécessaires à leur intervention.

22

Les informations afférentes à des situations personnelles ou familiales communiquées au cours des réunions des groupes de travail doivent être strictement nécessaires à la réflexion collégiale sur la problématique et à la recherche de solutions.

23

Toute information non nécessaire à la compréhension ou la résolution du problème évoqué ne doit pas être exposée. Chacun des membres respecte strictement le principe du « besoin d’en connaître ».

Article 7 : animation des travaux

24

Le maire peut faire appel à un animateur des travaux de groupes qui est le garant du respect de la présente charte.

25

Il prépare les réunions et en fixe l’ordre du jour.

26

Il s’assure qu’un compte rendu synthétique et anonymisé est établi.

27

Il prend toutes les mesures de prudence qui s’imposent pour que les informations partagées en réunion soient inaccessibles à des tiers.

Article 8 : obligations des membres

28

Chacun des membres des groupes de travail des C.L.S.P.D. a l’obligation de préserver la confidentialité des informations recueillies collectivement.

Article 9 : manquements aux devoirs de la charte

29

Tout manquement aux devoirs et au respect de la charte entraîne de facto une exclusion des travaux du groupe.

30

Pour rappel, toute personne qui s’affranchit des règles de partage de l’information s’expose aux poursuites prévues par le Code pénal.

31

Les règles établies par la commission nationale de l’informatique et des libertés (C.N.I.L.) dans le cadre du contrôle des bases de données nominatives doivent faire l’objet d’une vigilance toute particulière. L’échange ne peut en aucun cas servir de base à la création ou l’alimentation de fichiers, automatisés ou non, de données personnelles. Chaque participant est individuellement responsable des notes qu’il prend en séance.

Article 10 : évaluation

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Présenté de façon périodique en réunion plénière du C.L.S.P.D., un bilan est dressé par un membre du groupe préalablement désigné. Un bilan annuel de l’application des mesures de la charte déontologique favorisant le partage d’informations est établi au niveau départemental et est exposé devant le Conseil départemental de prévention de la délinquance.

33

Les échanges d’information sont réalisés dans le respect du droit existant, de la réflexion éthique et des règles déontologiques propres à chaque profession, sous la responsabilité du maire et sous le contrôle du procureur de la République.

Notes

Plan de l'article

  1. Rappel des dispositions de l’article 8
  2. L’échange des faits et informations a caractère confidentiel dans le cadre des conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance
    1. Article 1 : cadre juridique
    2. Article 2 : nature des informations échangées et protection de la confidentialité
    3. Article 3 : finalité des échanges
    4. Article 4 : cadre de l’échange
    5. Article 5
    6. Article 6 : nature de l’information pouvant être partagée
    7. Article 7 : animation des travaux
    8. Article 8 : obligations des membres
    9. Article 9 : manquements aux devoirs de la charte
    10. Article 10 : évaluation

Pour citer cet article

« Charte déontologique type pour l'échange d'informations dans le cadre des conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance », Journal du droit des jeunes, 7/2010 (N° 297), p. 47-48.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2010-7-page-47.htm
DOI : 10.3917/jdj.297.0047


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