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Journal du droit des jeunes

2011/4 (N° 304)


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I - Les modalités éducatives

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Vouloir avant tout faire « prendre conscience de la réalité » est erroné dans son principe même. En effet, si l’ouverture (critique, si possible) à la réalité sociale est évidemment un de nos buts initiaux, elle ne peut en aucun cas être obtenue d’emblée et directement. Les échecs répétés de cette ligne de conduite le prouvent.

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Le mieux-être extérieur passe nécessairement par un mieux-être à l’intérieur (de soi même, au Foyer).

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Ce mieux-être intérieur, nous pouvons aider à le susciter par divers moyens, par exemple :

  1. un comblement aussi complet que notre disponibilité temporelle, matérielle et affective le permet, des manques concernant les besoins les plus élémentaires de sécurité matérielle et affective ;

  2. un apport culturel et intellectuel permettant de réveiller une créativité qui ne demande qu’à s’exprimer et qui n’ose pas d’emblée s’exercer ailleurs qu’au Foyer. Ce qui encourage à s’exprimer autrement que par le passage à l’acte irréfléchi et à accéder à des zones culturelles inaccessibles d’une autre manière ;

  3. une volonté d’arriver à chaque occasion, à un consensus de groupe, chaque fois renouvelable, destiné à éviter le recours facile à un « règlement » et à des « sanctions ». Un tel consensus peut s’obtenir par le truchement des réunions de tous, mais aussi et surtout grâce aux modèles de comportement que nous présentons, nous les adultes.

    Cette nécessité semble souvent sous-estimée par les responsables. Il serait intolérable qu’au nom de l’accès à la réalité nous imposions aux jeunes nos caprices, nos colères ou bien notre indifférence ou encore nos sentiments possessifs ;

  4. Une aide psychologique individuelle, faisant appel aussi aux techniques corporelles comme audiovisuelles, informatiques.

Enfin, s’appuyant sur ce qui précède, mais ne pouvant avoir d’efficacité qu’en liaison avec le reste, un guidage progressif vers la réalité sociale : aide aux démarches (travail, scolarité, loisirs extérieurs) et accessibilité au monde extérieur (aller vers/ou inviter au Foyer).

II - Processus

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Au niveau du processus, cela revient à ceci, chronologiquement :

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Les filles et les garçons auxquels nous avons affaire, sont, de par leur biographie, emprisonnés de façon rigide dans un mode de comportement : détruire le monde et/ou se détruire, en réponse à la moindre frustration. Le but final que nous espérons atteindre est un accroissement du degré de liberté et de la tolérance. C’est-à-dire que les jeunes ne soient pas obligés de recourir au passage à l’acte hétéro ou autoagressif en tant que seule réponse à la frustration mais qu’ils aient à leur disposition une gamme de réactions qui ne lèsent ni les autres, ni eux-mêmes.

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Dans un premier temps de leur séjour au C.F.D.J., si nous voulons les sortir de cette alternative agressive, nous devons leur montrer qu’ils peuvent être acceptés et aimés tels qu’ils sont. La seule preuve de notre acceptation et de notre amour, c’est notre refus de la répression et du rejet automatiques. Un tel refus est seul capable de briser un conditionnement social répétitif.

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À nous de supporter l’escalade de provocations que, dans un premier temps, cela entraîne (afin de tester les limites de notre tolérance). Nous nous devons en même temps de susciter suffisamment de voies d’expression riches et dignes, aptes à remplacer le passage à l’acte.

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La tolérance en aucun cas ne veut dire laisser faire (qui n’est qu’indifférence), mais acceptation profonde d’un individu quels que soient ses comportements gênants, voire insupportables. Notre attitude sera donc active et non pas neutre ou laxiste.

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Notre outil principal étant l’image que nous offrons. À nous de faire qu’elle soit aussi ambitieuse que possible dans le sens de la créativité et du mieux-être.

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Peut-être les garçons et les filles qu’on nous confie « n’ont-ils pas tous les droits », sans doute aucun. Mais nous non plus. Ils n’ont pas choisi d’être là. Nous, si ! Et avons-nous besoin encore de nous opposer aux jeunes pour nous sentir exister ? Sommes-nous présents pour comprendre ou pour être compris ?

III - La clientèle des jeunes

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L’institution se propose d’accueillir garçons et filles âgés de 13 à 18 ans. Leurs difficultés se traduisent par des troubles du comportement tels qu’activités délictueuses, manifestations caractérielles, conduites agressives. Il n’est pas envisagé de recevoir des jeunes présentant des troubles psychotiques graves ni des jeunes aux performances intellectuelles trop modestes qui ne leur permettraient pas d’accéder dès le début du séjour à une autonomie dans la vie quotidienne en dehors du Foyer.

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Le placement des jeunes fait appel à leur volontariat. Le contrat éducatif qui leur est proposé est celui d’une aide de longue durée et en profondeur en contrepartie de leur accord à respecter de leur mieux la « Constitution » de l’institution. Celle-ci, accessible au langage des adolescents, peut être périodiquement modifiée avec l’accord de l’équipe éducative et des jeunes présents. Elle constitue l’ensemble des principes qu’adultes et jeunes s’engagent à respecter et à faire respecter.

IV - La pédagogie curative

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Les éléments qui la résument s’inscrivent dans une prise en charge de longue durée. Cette durée est liée à l’ancienneté et à la profondeur des troubles présentés par les adolescents généralement issus de milieux familiaux profondément désorganisés souvent depuis plusieurs années.

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Notre projet écarte résolument toute perspective de rééducation « accélérée ». Cependant, pour éviter un groupe trop homogène par la gravité des troubles et compte tenu de l’absence de « contagion » jusqu’à présent constatée, il est envisagé d’accueillir quelques adolescents issus de milieux familiaux en crise avec l’espoir d’un retour dans la famille après un séjour de moins longue durée.

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a) La vie quotidienne : tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’institution, son organisation fait appel à la collaboration étroite des jeunes et de l’équipe éducative et de service.

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b) La scolarité et la vie professionnelle : elles sont organisées à l’extérieur de l’institution avec un soutien actif et/ou une aide spécialisée à l’intérieur.

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En vue de faire face aux graves difficultés actuelles de la scolarité et du monde du travail, nous envisageons de poursuivre notre action auprès des jeunes n’ayant aucune fréquentation scolaire ou professionnelle. À leur intention, nous nous proposons d’organiser au Foyer des stages de formation, de préformation, ou de sensibilisation, en envisageant d’y admettre des jeunes de l’extérieur pour une durée limitée.

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c) La sociothérapie

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Elle comporte des activités pédagogiques, culturelles et en même temps curatives qui constituent un véritable tremplin vers l’accession à la vie sociale et professionnelle. Elles sont étroitement liées au soutien psychologique individuel.

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La sociothérapie et le soutien psychologique sont toujours proposés à l’intérieur de l’établissement. Une telle organisation part du constat que la plupart des jeunes confiés à des institutions de rééducation ne sont pas en mesure de s’intégrer d’emblée à des activités organisées à l’extérieur.

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La sociothérapie fait appel aux richesses potentielles d’un groupe. Elle est axée sur le développement des facultés d’expression et sur les débuts de l’accès à la culture générale, base nécessaire de l’épanouissement durable de la personnalité.

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Elle se propose d’offrir des modes d’expression plus adéquats que le passage à l’acte et les violences agies : conseils de maison, jeux de rôles sociodramatiques, soirées de culture générale au Foyer et au dehors, réalisation d’un journal, poésie, musique, dessin.

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Grâce à l’audiovisuel comme l’informatique, et au système de « portes ouvertes », beaucoup de ces activités seront diffusées, échangées avec l’extérieur, ce qui contribuera à la valorisation des jeunes. La collaboration du Service audiovisuel de l’Unité 69 de l’ I.N.S.E.R.M. est assurée dans ce domaine.

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d) Une amorce de formation à caractère plus technique offre un lien plus concret avec la vie professionnelle future : il s’agit, sous une forme aussi peu scolaire que possible, de donner aux jeunes le goût et les bases par exemple, de l’électronique, de l’informatique, de l’imprimerie, de la photographie, la musique et des techniques audiovisuelles.

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Par ailleurs, la socialisation des jeunes et la cohésion du groupe sont grandement aidées par la mise en œuvre de chantiers d’aménagements ou de constructions internes ainsi que par le fonctionnement d’ateliers. Les activités sportives volontaires comme les autres sont pratiquées à l’intérieur (volley, ping-pong, etc.) et à l’extérieur de l’institution.

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e) Le soutien psychothérapeutique : il est étroitement lié à la vie de l’institution et implique également le volontariat des adolescents. Il est assuré par le directeur et la psychologue, sous la supervision du médecin de l’établissement. Trente ans d’expérience, partiellement publiée, permettent de concevoir ce soutien comme l’un des moteurs de la vie de l’établissement et comme élément fondamental de notre efficacité à long terme.

V - L’équipe

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Tous les membres de l’équipe, y compris le personnel de service, participent à la mise en œuvre quotidienne de ce projet et à son adaptation constante à la réalité.

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Les admissions et les départs des jeunes sont discutés en commun. Chaque membre de l’équipe devra donner son avis.

Notes

[1]

À la fermeture du CFDJ de Vitry, en 1983, un nouveau CFDJ mixte, fut créé en 1984, au Plessis-Trévise (Val-de-Marne), administré par « Les Amis du Centre familial de jeunes et de Marie-Magdeleine Revon » (ACFDJ). Ce centre ferma peu de temps après le départ à la retraite de J. Finder qui le dirigeait, en 1992.

Plan de l'article

  1. I - Les modalités éducatives
  2. II - Processus
  3. III - La clientèle des jeunes
  4. IV - La pédagogie curative
  5. V - L’équipe

Pour citer cet article

Finder J.,  Tomkiewicz S., « Projet pédagogique du Centre familial de jeunes (C.F.D.J.) du Plessis-Trévise », Journal du droit des jeunes, 4/2011 (N° 304), p. 38-39.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2011-4-page-38.htm
DOI : 10.3917/jdj.304.0038


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