Accueil Revues Revue Numéro Article

Journal du droit des jeunes

2011/6 (N° 306)


ALERTES EMAIL - REVUE Journal du droit des jeunes

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 20 - 21 Article suivant

La situation à Mayotte

1

En tant que conseillère de la défenseure des enfants, je voudrais remercier votre initiative en direction des enfants qui souffrent d’enfermement et pour laquelle notre dernière défenseure, Dominique Versini, tout au long de son mandat, s’est positionnée de manière tout à fait claire et forte. Pour les nombreuses saisines qui nous ont occupés, elle a fait systématiquement la recommandation d’assigner à résidence les familles en cours d’expulsion afin de prendre en compte, conformément à la CIDE, l’intérêt supérieur des enfants à ne pas être enfermés et vivre les conditions de la rétention.

2

Je vais ce jour apporter un témoignage, de la manière qui m’incombe, au regard et dans le respect de mon appartenance à une autorité indépendante, anciennement défenseur des enfants, aujourd’hui défenseur des droits, tel que l’a prévu la Constitution.

3

Je suis allée à Mayotte (…) Durant ces deux jours j’ai priorisé, à la demande de la défenseure des enfants, les visites institutionnelles et particulièrement la visite du centre de rétention administrative de Mayotte à Pamandzi-Petite-Terre. Ma visite a eu, lieu le mercredi 9 mars 2011 à 8 h 30 heures. Ce jour là, plus d’une trentaine de personnes s’y trouvaient, ce qui est peu, dont un peu plus d’une dizaine d’enfants entre deux ans, trois ans et sept et huit ans tout au plus., y étaient retenues. La température était déjà de 35 degrés à l’extérieur, celle du centre probablement bien plus élevée.

4

Actuellement le centre est séparé en deux grandes pièces, salles toutes deux carrelées au sol accueillant d’un côté les hommes, et de l’autre côté les femmes et les enfants. Une circulation est autorisée entre les deux salles, favorisant les rapprochements et les discussions entre les personnes retenues, éventuellement celle des familles.

5

Le couloir de circulation est contrôlé par les agents de la police aux frontières qui observent les comportements des adultes et plus particulièrement ceux des adultes qui ont des enfants.

6

Les deux pièces communiquaient pour permettre des rapprochements entre membres d’une même famille. Les surveillants observent les personnes retenues en vu de repérer d’éventuelles anomalies. Juste avant ma visite, des lignes budgétaires ont été débloquée pour la rénovation du centre. La volonté est de carreler les murs pour éviter l’arrachage du papier peint par les adultes les plus nerveux. Lors de ma visite, les douches pour les femmes étaient fermées, je n’ai donc pas pu les voir.

7

En ce qui concerne la santé, couches et biberons sont à disposition des familles. La cuisine a été refaite, femmes et enfants mangent en premier, vient ensuite le tour des hommes. Les crédits ont notamment permis le changement du restaurateur et une meilleure hygiène de vie. La question de la nourriture est en effet considérée comme une priorité. En ce qui concerne le repos, il est très insuffisant, quelques nattes sont posées au sol. Les enfants que j’ai pu voir semblent plonger dans leurs rêveries, les pleurs ne sont pas l’unique signe de mal-être, il y a une régression de leur état psychique, aucun jeu, aucun éveil. Seul le lien à la mère permet une réassurance.

8

L’objectif actuel à Mayotte est de réduire le temps de détention. En effet, cet objectif est lié au problème de surpopulation, qui entraîne des réactions particulièrement violentes des adultes, des attitudes de destruction, dont sont témoins les enfants.

9

Dans ce centre, les atteintes au droit de l’enfant sont multiples, même s’il faut noter une légère amélioration en ce qui concerne la satisfaction des besoins primaires. Cependant, il faut alerter les citoyens, non seulement sur les conditions de rétention (et de surpopulation), mais aussi sur la situation de nombreux enfants renvoyés vers les Comores, sans pour autant que leurs parents aient été identifiés.

10

Dans ce cadre, je rends hommage à l’immense travail accompli par les associations. Le caractère expéditif est un vrai problème et ne doit pas faire croire qu’il est un signe d’efficacité.

Plan de l'article

  1. La situation à Mayotte

Pour citer cet article

« Témoignage de Catherine Claveau, directrice du pôle " promotion des droits de l'enfant " et conseillère de la défenseure des enfants », Journal du droit des jeunes, 6/2011 (N° 306), p. 20-21.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2011-6-page-20.htm
DOI : 10.3917/jdj.306.0020


Article précédent Pages 20 - 21 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback