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Journal du droit des jeunes

2011/8 (N° 308)


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Telle est la devise portée par l’Association de la fondation des étudiants pour la ville (AFEV) à l’occasion de sa 4ème journée pour le refus de l’échec scolaire, consacrée aux « familles face à la pression scolaire », qui s’est tenue le 21 septembre 2011.

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C’est au cours de ce début public annuel, placé cette année sous le parrainage du pédopsychiatre Boris Cyrulnik, que l’AFEV a présenté les résultats de 2 enquêtes, menées par le cabinet Trajectoires Réflex, le « baromètre 2011 du rapport à l’école des enfants des quartiers populaires », menée auprès de 750 enfants suivis par les étudiants bénévoles de l’AFEV et l’enquête menée auprès de 600 familles, dont les enfants sont également suivis par l’AFEV.

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Les enfants interrogés ont manifesté leur « peu d’appétence pour l’école » (57% disent s’ennuyer) et leur difficulté à demander de l’aide (plus de la moitié ne demande rien et 18% arrêtent de travailler). La peur de se tromper serait le plus souvent à l’origine de ce silence. Les problèmes de concentration ont été mis en avant, soulevant la question des rythmes scolaires inadaptés aux rythmes biologiques. Boris Cyrulnik a par ailleurs insisté sur la souffrance des enfants à l’école, avec sa déclinaison ultime, le suicide des élèves.

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Des propositions, pour améliorer leur relation à l’école, ont été formulées par les enfants eux-mêmes : avoir un cartable moins lourd ; des journées moins longues ; moins de devoirs ; être jugés moins sur les notes que sur leurs qualités.

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L’enquête, menée auprès des parents, avec le concours de l’Union nationale des associations familiales (UNAF), a révélé un rapport ambivalent des parents à l’école, teinté à la fois de respect mais aussi d’inquiétude vis-à-vis de la réussite scolaire de leurs enfants.

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Cette inquiétude serait alimentée par leurs difficultés à suivre la scolarité de leurs enfants. A cet égard, le sociologue Pierre Perier, intervenant lors de ce débat, parle de « décrochage scolaire parental » et de « disqualification scolaire ». D’après ce spécialiste de l’éducation, 50% des mères non diplômées se sentiraient dépassées dès l’école primaire. L’étude de l’AFEV montre que 24% des parents ayant répondu ne se sentent pas capables d’aider leurs enfants et que 42% ne se sentent capables que de les aider un peu. La nécessité de favoriser le rapprochement des parents de l’école a tenu une place prépondérante dans les débats.

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Un paradoxe souvent souligné est la demande de rencontres avec les enseignants exprimée par les parents, qui pourtant fréquent peu les classiques « réunions parents-profs » : 66% disent ne pas aller à toutes les réunions et 55% aimeraient plus de relations avec les enseignants. Outre les horaires de travail de certains parents, qui sont incompatibles avec les horaires d’accueil des parents à l’école, ces réunions semblent en effet convenir davantage aux parents dont les élèves n’ont pas ou peu de difficultés scolaires.

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Il s’avère que la participation des parents d’élèves à la communauté éducative, selon le principe de co-éducation [1][1] Consacrée par la circulaire n° 85-246 du 11 juillet..., n’est pas appropriée de la même manière par tous les parents, car tous les parents ne disposent pas des ressources socio-culturelles nécessaires. La co-éducation peut même avoir un effet culpabilisant pour les parents qui ne se sentent pas capables de relever ses enjeux.

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Quels outils fabriquer pour y remédier ? La « mallette des parents », une initiative de l’AFEV, s’inscrivant dans le cadre de la co-éducation et consistant à proposer des modules de formation à destination des parents, afin d’expliquer comment fonctionne le collège, semble avoir eu un impact très positif sur les enfants (amélioration de la réussite scolaire et surtout amélioration de la vie scolaire).

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La fonction de l’école ne serait plus d’émanciper, mais désormais de faciliter l’insertion professionnelle. Dans ce contexte, l’école serait tiraillée entre des logiques contradictoires, d’une part la réussite de tous, dans une logique d’égalité des chances, d’autre part la sélection des meilleurs, dans logique individualiste, concurrentielle.

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Dans cette configuration, la notation a fait également l’objet de vives critiques, dans la mesure où elle met l’accent sur les défaillances et non sur les compétences des élèves, sapant ainsi la confiance en soi des élèves. Ces derniers ont tendance auraient s’identifier à leurs notes et à se sentir stigmatisés, c’est pourquoi L’AFEV a ainsi réitéré son appel, lancé fin 2010, en faveur de l’abolition de la notation en primaire.

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De même, les participants ont tiré à boulets rouges sur les devoirs à la maison, qui amplifient les inégalités, en plaçant l’apprentissage sous la responsabilité des familles, « lécole [externalisant] le travail des élèves ». Or, les familles, souvent au moment de l’entrée en 6ème, vont « décrocher », comme l’a expliqué Séverine Kapko, chercheure en éducation à l’Université Paris VIII, précisant que, si les parents décrochent, ils ne démissionnent pas pour autant. Cette chercheure a aussi souligné que cette « exportation des tâches scolaire » n’a pas toujours existé ; elle serait concomitante de la massification scolaire, dans les années soixante. Boris Cyrulnik d’ajouter que les parents ne sont pas les mieux placés pour aider aux devoirs, en raison de leur trop grande proximité éducative et de préconiser le tutorat, à l’instar de ce que font les bénévoles de l’AFEV.

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Le climat scolaire a également retenu l’attention des participants et suscité des propositions de la part de Georges Fotinos, membre de l’Observatoire de la violence scolaire et administrateur de l’UNICEF-France, axées sur le « développement des abilités sociales » et sur l’ouverture des écoles aux parents, notamment via l’information des parents, leur participation à l’élaboration du règlement intérieur (les sanctions des élèves étant une importante source de conflit) et via la formation des enseignants à la relation avec les parents.

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Le journaliste Peter Gumbel, qui a comparé différents systèmes scolaires dans le monde, s’est étonné des résistances françaises à réformer un système qui a pourtant montré ses limites, si l’on en juge notamment par les résultats de l’enquête internationale PISA. Il a noté que d’autres pays, tels que le Canada et l’Allemagne, ont pris acte des résultats et engagé des réformes avec succès, tandis que la France s’est bornée à contester les méthodes et les résultats de l’enquête.

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Nous retiendrons enfin les préconisations faites par les familles interrogées : permettre aux plus faibles de réussir ; qu’il y ait moins de tensions entre élèves ; savoir aider ses enfants.

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Pour revoir les débats retransmis sur la chaine Curiosphère : http://www.curiosphere.tv/nuage/8501-1-debat-IRES-2011


Biblio

  • Peter Gumbel, Pierre Perier, L’ordre scolaire négocié - Parents, élèves, professeurs dans les contextes difficiles, PU Rennes, 2010 ; Pierre Périer, Ecole et familles populaires - Sociologie d’un différend, PU Rennes, 2005.

Notes

[1]

Consacrée par la circulaire n° 85-246 du 11 juillet 1985 portant mesures concernant le rôle des parents dans l’école, puis par le décret du 28 juillet 2006 relatif aux parents d’élèves, aux associations de parents d’élèves et aux représentants des parents d’élèves et sa circulaire d’application, la circulaire n° 2006-137 du 25-8-2006 portant sur le rôle et la place des parents à l’école.

Pour citer cet article

Turkieltaub Sandrine, « Il faut stopper la course à l'armement scolaire ! », Journal du droit des jeunes, 8/2011 (N° 308), p. 44-44.

URL : http://www.cairn.info/revue-journal-du-droit-des-jeunes-2011-8-page-44.htm
DOI : 10.3917/jdj.308.0044


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