Journal français de psychiatrie
érès

I.S.B.N.2-86586-797-8
44 pages

p. 36 à 37
doi: 10.3917/jfp.012.0036

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no12 2001/1

2001 Journal Français de Psychiatrie

Gestalt-thérapie

Entretien avec Sylvie Schoch  [*]

Denise Vincent Claire Granier
S. Perls a élaboré et développé la gestalt-thérapie dans les années cinquante. C’est au milieu des années soixante-dix, à Esalen en Californie, que la gestalt connut un essor considérable, essor qui s’est accompagné d’un refus de toute théorisation qualifiée de « masturbation des méninges » par Perls lui-même.
Après la mort de Perls en 1970, certains gestaltistes pallièrent l’absence de base théorique en se tournant vers la théorie psychanalytique, surtout anglo-saxonne. D’autres comblèrent leurs carences en accumulant et en associant des techniques (bioénergie, psychodrame, etc.). Cette hérérogénéié vis-à-vis du champ théorique se retrouve aujourd’hui.
Dans la théorie de la gestalt, la nature est évoquée comme une force très puissante et autorégulée et il est postulé qu’il faut coopérer avec cette nature plutôt que chercher à la dominer. La psychologie désigne l’étude des phénomènes de contact qui relient l’organisme et l’environnement. Le mot « gestalt » repris de la gestalt psychologie du début de siècle, désigne une forme, une structure, une configuration. Une figure qui s’organise sur un fond.
La gestalt-thérapie met l’accent sur la conscience de ce qui se passe dans l’instant présent aux niveaux corporel, affectif et mental. Cette expérience est appelée « l’ici et maintenant ». La gestalt postule que cette expérience contient aussi le souvenir, les expériences antérieures, les fantasmes, les situations inachevées, les anticipations et les projets.
Le processus psychothérapeutique se centre sur la prise de conscience de la manière dont le sujet peut distordre cette expérience, ignorer ou refuser ses besoins ou désirs. Cette prise de conscience permettrait de vivre de nouvelles expériences de contact. Cette thérapie a recours à la mise en action du corps, qui permet d’explorer et d’energétiser l’expérience en cours et de créer les conditions favorables au développement, à l’intégration et à l’unification de la personne.
 
Entretien avec Sylvie Schoch, gestalt-thérapeute
 
 
Q : Vous êtes gestalt-thérapeute. Pouvez-vous nous présenter le monde de la gestalt ?
R : Aux États-Unis, la gestalt est beaucoup plus teintée de comportementalisme qu’elle ne l’est en France. En France, comme dans la psychanalyse, le changement vient de surcroît.
Q : Quelle est votre formation ?
R : Je viens de la formation continue. J’ai fait une psychanalyse freudienne et j’ai un dess de psychologie.
Je me suis posé la question de l’exercice de la psychanalyse mais j’avais besoin de quelque chose de plus interactif. C’était dans les années soixante-dix, j’ai rencontré la gestalt entre deux tranches d’analyse et la gestalt m’a permis de franchir une étape.
Je suis gestalt-thérapeute « puriste ». Pour moi, la gestalt n’est pas comportementale. Mais je ne représente qu’un courant. On y met chacun des tas de choses différentes. Certains sont beaucoup plus comportementalistes que moi.
La gestalt part du principe que le sujet structure son expérience au fur et à mesure de sa vie. Un adulte structure son « être au monde », le dasein, en fonction de son expérience passée.
Nous travaillons sur le rapport figure-fond avec le concept de la forme. Le passé est pris en compte dans la situation présente, par exemple, la façon dont une personne rentre en contact rend compte de sa structuration.
Elle va nous donner une apparence, c’est une métonymie et pas une métaphore.
On va travailler à partir de l’ici et maintenant, à partir de ce qu’il va donner à voir.
Q : Vous parlez de ce que le patient va donner à voir. Ce qu’il va donner à entendre vous intéresse donc moins ?
R : C’est vrai, notre but n’est pas de modifier son comportement mais de l’amener à une prise de conscience du moment présent : quels sont les affects qui surgissent ? qu’est-ce qui empêche de former un figure simple et forte ?
Q : Qu’est-ce que c’est une figure simple et forte ?
R : Une figure intègre toutes les dimensions de la personne, que ce soient les émotions, le corps, le contact interpersonnel.
Q : Mais cette figure, c’est votre représentation à vous ?
R : C’est un langage, c’est ce qui émerge d’un fond. Dans mon travail, je vais amener la personne à former cette figure à partir des éléments de fond. Ces éléments vont se rassembler pour former une figure.
Q : Excusez-moi, mais ce travail que l’on fait en analyse n’aboutit pas du tout à une conscience simple, mais ça la complexifie, c’est de plus en plus subtil et compliqué !
R : C’est de plus en plus compliqué dans le processus global, je suis d’accord.
Mais à certains moments, par rapport à certaines situations, c’est comme avec l’insight, il arrive un moment ou les choses font sens. On peut alors passer à autre chose, il y a une figure après tout un travail d’association.
Le patient ne sait pas qu’il forme une figure ; elle se forme quand il est en train de penser, totalement engagé dans la situation ; le thérapeute intervient de façon à rassembler des éléments, amener à faire sens et créer de la nouveauté.
Par exemple, la figure de l’hystérie peut être « je ne peux jamais être satisfaite ».
Q : Qu’allez-vous faire de la frustration de l’hystérique ?
R : C’est tout un travail de deuil par rapport au fait qu’elle puisse être comblée. C’est une figure de souffrance, de manque d’acceptation de perte.
Ce n’est pas la prise de conscience de la frustration qui va l’amener à guérir, mais dans ce travail d’accompagnement, on mettra l’accent sur la prise de conscience de ce qui est difficile. Dans le transfert.
Q : C’est la première fois que vous nommez le transfert…
R : Oui, on nomme différemment des choses analogues.
Q : Utilisez-vous la notion d’inconscient ?
R : On ne l’utilise pas. On puise notre théorie dans la phénoménologie : il y a de l’inconnu qui se déroule.
Les fondateurs de la gestalt comme Perls ont écrit beaucoup de bêtises sur l’analyse. Il ne l’ont pas comprise.
Q : En gestalt, on travail sur le rêve. Le rêve sans inconscient, c’est possible ?
R : On n’interprète pas les rêves.
La position de Perls, c’est de faire travailler les rêves en les mettant en scène. On fait l’hypothèse que chaque élément du rêve est un aspect de la personne qu’elle se désapproprie.
Les rêves peuvent s’adresser au thérapeute : le travail va alors consister à retrouver ce qui n’a pas pu être mis en mots pendant la séance précédente.
En même temps, je ne vais pas me priver d’éléments qui vont émerger de l’assosciation. Le matériel du rêve est très riche.
Ça serait absurde de se priver de cette richesse.
On prend en compte des éléments non conscients même si on ne postule pas l’inconscient.
Q : Quelle est la durée moyenne d’une thérapie ?
R : Quatre ans au rythme d’une fois par semaine, avec des séances de trente à quarante-cinq minutes.
Q : Comment s’effectue la formation en gestalt ?
R : On doit faire une thérapie personnelle approfondie, analytique ou l’on demande un bagage universitaire, une expérience dans la relation d’aide (psychologue, travailleurs sociaux, bénévolat). Le cursus s’effectue sur cinq ans à raison de trois jours par mois. Le programme est à la fois clinique et théorique et on demande des écrits et des exposés.
Q : Ça m’intrigue ces transfuges… Pour votre analyse vous avez un inconscient et puis, tout d’un coup, vous n’en avez plus besoin ?
R : L’inconscient je ne le renie pas, je l’utilise, l’inconscient est là. Une fois l’analyse faite, c’est familier, on sait que l’on fonctionne avec un inconscient et ce n’est pas un problème, c’est tellement assimilé que l’on ne va plus s’en servir pour travailler.
Q : Que voulez-vous dire par assimilé ?
R : Je ne peux pas en parler, et du mien je ne sais rien.
Ce qui est important, c’est la relation que l’on appelle « frontière-contact » et pas l’intrapsychique.
On ne puise pas dans un réservoir inconscient qui préexiste, mais on prend ce qui se présente là.
Le but final, c’est l’assimilation d’une nouveauté contactée, ce qu’on appelle une figure, ou le réaménagement de la représentation de soi-même en pleine conscience.
Q : Vous avez des lectures freudiennes ?
R : Oui, on continue à en avoir. La littérature gestaltiste est pauvre et si on veut se nourrir, on est obligé d’aller chez les analystes.
Q : Et Lacan ?
R : J’ai lu les écrits dans ma jeunesse.
Lacan, ça me parle sans que j’ai besoin de comprendre le sens.
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Sources :
·  Jean-Marie Robine : « La Gestalt-Thérapie », éd. Bernet-Danilo, mars 1998.
·  Marie Petit : « La Gestalt », éd. esf, 1996.
 
NOTES
 
[*] Gestalt-thérapeute.
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