2001
Journal Français de Psychiatrie
Le counseling
Entretien avec Catherine Tourette-Turgis
[*]
[**]
Denise Vincent
Nazir Hamad
Le counseling désigne
un ensemble de pratiques aussi diverses que celles qui consistent à orienter,
aider, informer ou traiter. En général, on retient trois aspects
majeurs.
On travaille dans la durée, on assiste à un changement dans
l’état psychologique du client et le dispositif peut s’étendre de la relation
duelle au groupe.
Pour C. Tourette-Turgis, counseling n’a pas sa traduction adéquate en
France. Cela risque de se traduire en conseil, aide, alors que c’est le domaine
des services sociaux. Je voulais introduire le counseling en médecine et si je
disais « aide », les médecins allaient entendre assistante sociale.
Accompagnement, ça passe bien, mais parfois, les gens pensent que ce concept
n’est pas assez tenu. Nous avons pensé à accompagnement psychosocial mais cela
ne correspondait pas du tout. On a donc gardé le terme couseling. Cela permet
d’avoir un lien avec les collègues du monde entier qui tous appellent ça
counseling. Cela nous permet de garder
notre territoire dans les rencontres internationales, de nous sentir appartenir
à une communauté professionnelle. En France, le counseling n’est pas encore une spécialisation ;
il l’est en Angleterre où on l’étudie à l’université et fait l’objet d’un
diplôme.
Le counseling apparaît
comme la réponse adéquate quand les autres types d’intervention se révèlent
inappropriés. Il est centré autour de la mobilisation des ressources et des
capacités de la personne à faire face à ses problèmes, grâce à l’établissement
d’une relation de type thérapeutique n’a rien à voir avec les dispositifs
classiques.
Q : Le couseling est
une technique de thérapie ?
C. Tourette-Turgis :
On ne fait pas de la psychothérapie. À la limite, les clients peuvent faire une
démarche quand ils sont en mesure de renouer avec les institutions. Je reçois
dans le cadre d’un hôpital où un espace de couseling a été ouvert. Nous allons
à la rencontre des gens et nous leur proposons ce travail d’écoute. En 1986,
j’ai eu l’idée de faire un groupe de parole pour les malades du sida, de faire
de l’aide ambulatoire. J’ai entendu la souffrance de gens stigmatisés
socialement.
J’ai découvert qu’il y avait quelque chose de commun entre les
survivants du sida et les survivants d’autres catastrophes. Je me promène dans
la société, je suis dehors et dans le dehors, je me place, j’écoute et je
témoigne.
Q : J’ai lu votre
livre (Le Counseling, « Que sais-je »,
puf, 1996) avant de venir vous voir,
et je remarque que la référence que vous y faites à la psychanalyse disparaît
complètement dans ce que vous dites.
C. T.-T. : Pas du
tout. La psychanalyse fait l’hypothèse de l’existence de l’inconscient. C’est
évident quand on travaille et quand on a fait une psychanalyse soi-même. C’est
encore évident d’entendre quelque chose du côté de l’inconscient et que l’on
n’a pas à introduire dans ce travail d’écoute. C’est qui compte, ce ne sont pas
les courants mais les patients. On regarde ce dont ils ont besoin. Les
Américains se sont aperçus qu’il y a 250 disciplines différentes de
psychothérapie pour lesquelles le patient apparaît comme le dernier élément qui
entre en compte.
Ce qu’il y a d’agréable aux États-Unis, c’est qu’il n’y a pas
de conflits d’écoles. On se réunit ensemble pour travailler autour d’un cas
sans que quelqu’un se dise supérieur ou prioritaire par rapport aux autres.
C’est le client qui est au centre du dispositif. On est donc dans un marketing
dans lequel c’est le client qui va choisir en fonction de la prestation qu’on
lui offre. Voilà, pour moi, tous les courants sont intéressants.
Q : Vous avez dit
qu’il n’y a pas de formation en France, alors comment entre-t-on dans cette
discipline ?
C. T.-T. : Il faut
plusieurs entretiens de base pour saisir l’expérience de la personne. Il faut
qu’elle puisse témoigner d’un parcours, d’une histoire, d’une trajectoire et
d’un ensemble de motivations. Pour le moment, ce n’est pas quelque chose sur
quoi je travaille. Il faut voir ce qui se fait, et dans ce qui se fait le volet
est assez large.
Q : La référence de
départ est K. Rogers. C’est lui qui a introduit le mot, je crois.
C. T.-T. : Non, le mot
a dû être introduit avant. Rogers représente un courant à lui seul dans le
couseling. Il a créé et développé son propre courant. Après, il y a eu les
existentialistes. Il y a quatre courants, c’est très éclectique. Le courant qui
m’a le plus surprise, c’est le courant existentialiste parce que je ne savais
pas qu’ils s’intéressait à ça.
En tout cas, moi je prends des éléments dans l’existentialisme.
Ayant à travailler sur des thèmes liés à la vie et à la mort, à la sexualité ou
au temps, aux courts-circuits biologiques, je pense que je suis
existentialiste. L’approche de Rogers est centrée sur la personne. Là, il est
fort, il est l’avocat de la personne, et pour cela, il va développer des
attitudes, mais il ne va pas s’occuper de la question du sens. Dans le courant
des existentialistes, la question du sens est une question à part entière. Dans
la question liée au vih, une personne
qui a une très mauvaise santé, qui avait un diagnostic de vie de dix-huit mois,
on s’apercevait que lorsque son état de santé se stabilisait avec le
traitement, elle avait du mal à se rehabituer à l’idée de survivre.
On s’apercevait donc que si une personne arrivait à donner du
sens au sida ou à ce qui se passait pour elle, elle s’en sortait mieux que la
personne qui restait bloquée sous le choc de l’annonce.
Q : Ne pensez-vous pas
que vous n’êtes pas loin de la démarche américaine qui pose l’approche de
l’individu en terme de ressources, les ressources en vous ?
C.T.-T. : Les
ressources en vous bien sûr. Il y a aussi les ressources dans la société qu’il
faut mobiliser, des ressources à tous les niveaux. C’est pour cela que je suis
militante. Je témoigne au niveau sociétal pour faire part de la souffrance que
nous découvrons et qu’il faut transformer en stratégie d’action politique.
[*]
Maître de conférences à l’Université.
[**]
Catherine Tourette-Turgis est maître de conférence à
l’université de Rouen en science de l’éducation.
Nous nous sommes référés à son livre
Le Counseling, théorie et pratique, «
Que sais-je ? », 1996.