2001
Journal Français de Psychiatrie
Combinaisons ?
Gabriel Balbo*
Il se présente à l’officier de l’état civil, afin de renouveler
sa carte d’identité. Conformément aux lois et règlements en vigueur, la
profession exercée y est mentionnée.
– C’est obligatoire, de mettre « psychothérapeute » ?
– Non, pas du tout, monsieur. Si vous n’êtes pas «
psychothérapeute », j’inscris autre chose : il suffit que la profession figure
sur mon répertoire. Quelle profession exercez-vous ?
– Psychanalyste.
– Ah oui ? Ça n’a rien à voir avec « psychothérapeute » en
effet, c’est tout autre chose : c’est l’étage d’en haut (et il accompagne son
propos d’un geste et d’une moue signifiant l’excellence, la considération, le
respect).
– N’est-ce pas ?
– Et puis, pour être « psychothérapeute », il faut en apporter
des preuves : diplômes requis, inscription à l’Ordre, attestation de formation
et de psychothérapie personnelle, et tuti
quanti !
– Tant de preuves ?
– Y’a tellement de ruffians, dans ces métiers de la psychologie
vous savez.
– Je sais bien.
– « Psychanalyste », voyons : oui bien sûr, c’est dans mon
répertoire… Un beau métier, que vous exercez-là : vous êtes fortuné.
Et ce 21 juin 2000, il repart avec sa nouvelle carte d’identité
où se trouve mentionné qu’il exerce la profession de psychanalyste.
Telle est la simplicité de l’administration italienne de l’état
civil : elle ne s’embarrasse ni de confusions, ni de « combinazioni ». Melanie
Klein, à Londres, ne s’en embarrassait pas non plus.
Comme Anna Freud lui demandait de bien vouloir participer à un
débat organisé par la Société britannique de psychanalyse sur la différence à
faire entre psychanalyse et psychothérapie, elle lui répondit, après l’avoir
remerciée, qu’elle se trouvait dans l’impossibilité d’y participer: « J’ignore
ce qu’est une psychothérapie, ma chère, je ne pratique que la psychanalyse. »