2001
Journal Français de Psychiatrie
Psychothérapie,psychothérapeutes : pourquoi légiférer ?
Bernard Accoyer
[*]
Médecin avant d’être
député, j’ai depuis longtemps été intrigué par la nébuleuse des «
psychothérapeutes », interloqué par certaines dérives, inquiet que des hommes
et des femmes, des jeunes, par définition plus fragiles que d’autres, puissent
se confier à des « professionnels » dont les plaques plus ou moins rassurantes
ou racoleuses n’apportent, en toute légalité, aucune sorte de
garantie.
Mon exercice professionnel de médecin
orl, englobant le vaste champ
médico-chirurgical qui va de l’enfant sourd au cancéreux en passant par les
manifestations dites psychosomatiques vertigineuses et autres aphonies
pithiatiques, la place qu’y tient l’attente comme celle du ressenti dans la
chirurgie esthétique m’ont totalement convaincu que la psychothérapie la plus
élémentaire, mais aussi la plus directe et évidente, est celle que le médecin
engage, ou devrait engager systématiquement, lorsqu’un patient est en face de
lui, quelle que soit son affection, son âge et les circonstances.
Ayant acquis cette conviction, et surtout mesuré l’impact d’un
état psycho-pathologique préexistant sur les suites opératoires, spécialement
en chirurgie esthétique, j’ai pris l’habitude de collaborer avec un confrère
pour les cas – au demeurant heureusement peu nombreux – où mes capacités
d’évaluation m’apparaissaient insuffisantes. C’est ainsi que j’ai pu apprécier,
pendant plusieurs années, de travailler avec le docteur Christian Vasseur,
médecin psychiatre.
Si depuis longtemps les pouvoirs publics ont mis en place des
garanties pour l’accès à des soins somatiques généralement de bonne qualité, si
depuis quelques années les préoccupations de santé publique, de sécurité
sanitaire et de droits des malades sont énoncées comme prioritaires, force est
de reconnaître que bien des défaillances persistent à l’information des malades
qui sont autant d’insuffisances de notre système médico-social.
Telle est bien le constat qui m’a motivé pour proposer de
combler le vide législatif concernant les psychothérapies et les
psychothérapeutes. L’inquiétude manifestée par nos concitoyens à l’égard des
sectes a facilité l’accueil réservé à ma démarche par le ministère de la Santé,
par mes collègues parlementaires ainsi que les médias. L’évolution législative
vers l’exigence de compétences professionnelles non seulement validées mais
sans cesse mises à jour est par ailleurs cohérente avec cette
démarche.
Enfin, la revendication légitime d’une large information des
malades met l’accent sur le droit fondamental que constitue pour l’usager, le
malade potentiel, la certitude de se confier à un professionnel diplômé dont
l’exercice présente une garantie de compétence et qui offre la sécurisation du
contrôle, notamment disciplinaire par ses pairs, ou une juridiction
professionnelle.
Alors qu’au-delà des psychopathologies, elle est de plus en
plus utilisée pour accompagner des traitements d’affections organiques, la
psychothérapie ne peut plus rester complètement à part des autres procédés de
traitement.
Moyen thérapeutique comme un autre, l’indication de mise en
œuvre d’une psychothérapie ne peut être décidée par un individu, même de bonne
volonté, qui n’a pas été formé à déceler le plus précisément possible les
psycho-pathologies. Il en est de même, évidemment, de la conduite qui en est
aussi la surveillance.
Pour ces raisons, il apparaît indispensable de tendre, à terme,
vers un exercice des psychothérapies exclusivement par des médecins psychiatres
ou psychologues cliniciens, compétents en psycho-pathologies et ayant effectué
un travail personnel.
Bien sûr, il existe aujourd’hui des professionnels qui
dispensent des psychothérapies sans être titulaires de l’un de ces deux
diplômes et beaucoup le font de façon satisfaisante. Ainsi, le dispositif que
je propose pour eux passe par une validation par un jury composé
d’universitaires et de professionnels reconnus pour statuer sur les compétences
de chacun et, par conséquent, sur le droit de diligenter des psychothérapies.
Cette disposition serait nécessairement transitoire.
Si une évolution se concrétise, c’est-à-dire si ma proposition
de loi devait être votée, plus précisément si le gouvernement, qui peut en
décider, l’inscrit à l’ordre du jour des travaux du Parlement, alors, et alors
seulement, se posera de façon beaucoup plus pertinente la question de la prise
en charge des psychothérapies par l’assurance maladie, ce qui en France est
devenu la condition obligée pour accéder au statut de moyen thérapeutique
reconnu.
La santé mentale, la santé publique et probablement les comptes
de l’assurance maladie, affectés par le record du monde de la consommation de
psychotropes, en sortiront renforcés.
[*]
Médecin, député.