Journal français de psychiatrie
érès

I.S.B.N.2-86586-797-8
44 pages

p. 5 à 5
doi: 10.3917/jfp.012.0005

Veille sur la revue
Veille sur l'auteur
Vous consultez

no12 2001/1

2001 Journal Français de Psychiatrie

Psychothérapie,psychothérapeutes : pourquoi légiférer ?

Bernard Accoyer  [*]
Médecin avant d’être député, j’ai depuis longtemps été intrigué par la nébuleuse des « psychothérapeutes », interloqué par certaines dérives, inquiet que des hommes et des femmes, des jeunes, par définition plus fragiles que d’autres, puissent se confier à des « professionnels » dont les plaques plus ou moins rassurantes ou racoleuses n’apportent, en toute légalité, aucune sorte de garantie.
Mon exercice professionnel de médecin orl, englobant le vaste champ médico-chirurgical qui va de l’enfant sourd au cancéreux en passant par les manifestations dites psychosomatiques vertigineuses et autres aphonies pithiatiques, la place qu’y tient l’attente comme celle du ressenti dans la chirurgie esthétique m’ont totalement convaincu que la psychothérapie la plus élémentaire, mais aussi la plus directe et évidente, est celle que le médecin engage, ou devrait engager systématiquement, lorsqu’un patient est en face de lui, quelle que soit son affection, son âge et les circonstances.
Ayant acquis cette conviction, et surtout mesuré l’impact d’un état psycho-pathologique préexistant sur les suites opératoires, spécialement en chirurgie esthétique, j’ai pris l’habitude de collaborer avec un confrère pour les cas – au demeurant heureusement peu nombreux – où mes capacités d’évaluation m’apparaissaient insuffisantes. C’est ainsi que j’ai pu apprécier, pendant plusieurs années, de travailler avec le docteur Christian Vasseur, médecin psychiatre.
Si depuis longtemps les pouvoirs publics ont mis en place des garanties pour l’accès à des soins somatiques généralement de bonne qualité, si depuis quelques années les préoccupations de santé publique, de sécurité sanitaire et de droits des malades sont énoncées comme prioritaires, force est de reconnaître que bien des défaillances persistent à l’information des malades qui sont autant d’insuffisances de notre système médico-social.
Telle est bien le constat qui m’a motivé pour proposer de combler le vide législatif concernant les psychothérapies et les psychothérapeutes. L’inquiétude manifestée par nos concitoyens à l’égard des sectes a facilité l’accueil réservé à ma démarche par le ministère de la Santé, par mes collègues parlementaires ainsi que les médias. L’évolution législative vers l’exigence de compétences professionnelles non seulement validées mais sans cesse mises à jour est par ailleurs cohérente avec cette démarche.
Enfin, la revendication légitime d’une large information des malades met l’accent sur le droit fondamental que constitue pour l’usager, le malade potentiel, la certitude de se confier à un professionnel diplômé dont l’exercice présente une garantie de compétence et qui offre la sécurisation du contrôle, notamment disciplinaire par ses pairs, ou une juridiction professionnelle.
Alors qu’au-delà des psychopathologies, elle est de plus en plus utilisée pour accompagner des traitements d’affections organiques, la psychothérapie ne peut plus rester complètement à part des autres procédés de traitement.
Moyen thérapeutique comme un autre, l’indication de mise en œuvre d’une psychothérapie ne peut être décidée par un individu, même de bonne volonté, qui n’a pas été formé à déceler le plus précisément possible les psycho-pathologies. Il en est de même, évidemment, de la conduite qui en est aussi la surveillance.
Pour ces raisons, il apparaît indispensable de tendre, à terme, vers un exercice des psychothérapies exclusivement par des médecins psychiatres ou psychologues cliniciens, compétents en psycho-pathologies et ayant effectué un travail personnel.
Bien sûr, il existe aujourd’hui des professionnels qui dispensent des psychothérapies sans être titulaires de l’un de ces deux diplômes et beaucoup le font de façon satisfaisante. Ainsi, le dispositif que je propose pour eux passe par une validation par un jury composé d’universitaires et de professionnels reconnus pour statuer sur les compétences de chacun et, par conséquent, sur le droit de diligenter des psychothérapies. Cette disposition serait nécessairement transitoire.
Si une évolution se concrétise, c’est-à-dire si ma proposition de loi devait être votée, plus précisément si le gouvernement, qui peut en décider, l’inscrit à l’ordre du jour des travaux du Parlement, alors, et alors seulement, se posera de façon beaucoup plus pertinente la question de la prise en charge des psychothérapies par l’assurance maladie, ce qui en France est devenu la condition obligée pour accéder au statut de moyen thérapeutique reconnu.
La santé mentale, la santé publique et probablement les comptes de l’assurance maladie, affectés par le record du monde de la consommation de psychotropes, en sortiront renforcés.
 
NOTES
 
[*] Médecin, député.
© Cairn.info 2009 Vie privée | Conditions d’utilisation | Conditions générales de vente
Cairn.info | Éditeurs | Bibliothèques | Aide à la navigation | Plan du site | Raccourcis
[*]
Médecin, député. Suite de la note...