Journal français de psychiatrie
érès

I.S.B.N.2-86586-883-4
56 pages

p. 54 à 54
doi: 10.3917/jfp.013.0054

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no13 2001/2

2001 Journal Français de Psychiatrie

Lettre à Maître Henri Leclerc

Charles Melman Marcel Czermak Thierry Jean
Permettez-nous de vous remercier pour l’intéressante et animée contribution que vous avez bien voulu faire aux récentes Journées du Journal Français de Psychiatrie à Sainte-Anne : « Faut-il juger et punir les malades mentaux ? »
Comme vous l’avez justement dit, nous vous avons « cherchés ». Nous avons en effet espéré que le président de la Ligue des droits de l’homme voudrait soutenir un combat dont l’importance n’a d’égales que notre solitude et la faiblesse de nos moyens.
Il est en effet scandaleux que, dans un consensus qui pourrait être général, 17 % de la population carcérale soit composée de malades mentaux ; privés donc de soins, de relations et de conditions d’existence appropriés.
Comme vous le savez, la façon dont une société traite la folie est souvent révélatrice de la réalité de son dispositif politique. Or, lorsque l’imputabilité n’est plus par elle dissociée de la responsabilité, au point qu’une mise en question de cette dernière puisse même contribuer à l’affirmer, c’est la pratique du lynchage qui se profile à l’horizon.
On l’a vue récemment à l’œuvre en Angleterre, vieux pays démocratique et civilisé.
Cette analyse que nous avançons de la situation justifie peut-être la vivacité du ton de nos échanges ; l’enjeu ne lui est pas disproportionné. En tout cas, déposséder le psychiatre de son savoir au profit de délibérations collectives, voire publiques, où une opinion forcément influençable viendrait prévaloir sur les connaissances ne nous paraît pas encourager les mesures salvatrices nécessaires.
On ne peut attendre du psychiatre qu’il tranche régulièrement et automatiquement avec certitude des situations complexes où la science « exacte » des expertises convoquées est, à l’occasion, elle-même impuissante.
Mais l’inflation actuelle de malades mentaux dans nos prisons est moins liée à l’incapacité de tels ou aux conflits de pouvoir entre les instances concernées qu’à l’acéphalie qui dissout, déplace ou neutralise leurs responsabilités.
Si elles deviennent alors celles du citoyen, comment ne pas résolument compter sur vous pour qu’il tienne tête ?
Avec nos sentiments de cordiale et assurément profonde sympathie. â– 
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