Journal français de psychiatrie
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I.S.B.N.2-7492-0143-8
52 pages

p. 1 à 1
doi: en cours

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no18 2003/1

2003 Journal Français de Psychiatrie

Scène de la vie psychiatrique ordinaire

Nicole Anquetil  [*]
Allô ! J’éééééécOUUUte
– Allô ! C’est combien ?
– …
– Allô ! Je suis bien chez le docteur D. ?
– Oui, c’est de la part de qui ?
– C’est le docteur O. qui m’a donné votre numéro, c’est combien ?
– À qui ai-je affaire ?
Est-ce un sondage ? s’interroge le praticien.
– Ah, oui, je suis madame M. C’est combien ?
– Bonjour, madame.
– Voilà, je veux savoir combien ça coûte votre consultation, c’est pour prendre rendez-vous.
– Je peux vous proposer…
– Vous êtes remboursée par la Sécurité sociale ?
– Moi non, pas pour ma consultation, mais si vous êtes assurée, vous le serez.
– Ah, oui ! Pardon ! On est remboursé combien ?
– …
– Remarquez, j’ai une mutuelle, vous savez combien rembourse la mutuelle ?
– Madame, je suis en rendez-vous, si vous le souhaitez, je peux vous en donner un et nous discuterons de tout cela.
– C’est que je travaille, voilà, c’est mon mari qui ne va plus du tout. Il est devenu méchant. Je voudrais vous parler de lui, je voudrais savoir en combien de temps il pourra changer et ce que vous allez faire.
– Madame, peut-être peut-il prendre rendez-vous lui-même ? C’est ce qu’il y aurait de mieux, mais là je suis occupée, je vous remercie de votre appel.
– Mais non docteur, je veux vous voir, bien sûr c’est bien qu’il vienne vous voir, mais je veux savoir combien de temps va durer sa thérapie, ce que vous allez faire et combien ça va coûter, pour le lui dire ; pour l’instant il dit qu’il va bien, mais je vous assure qu’il a besoin d’une thérapie, moi je n’en peux plus.
– Le mieux est qu’il puisse en discuter lui-même s’il le désire.
– Je vois que vous ne comprenez rien. Au revoir docteur.
C’est vrai qu’il ne comprend rien ce professionnel de santé, il ne comprend pas qu’il a affaire à une usagère en santé mentale qui lui demande, somme toute, ce qu’il a en magasin comme outil en thérapie et combien cela va lui coûter que de transformer son conjoint en objet idéal, dans une valeur d’usage, selon les critères en cours sur le marché du juste fonctionnement mental en vertu de la Démocratie sanitaire.
Toutefois, une notion semble devoir s’introduire dans le débat que cela pourra susciter : qu’en est-il de l’abus de bien social ?
 
NOTES
 
[*] Nicole Anquetil, psychiatre, psychanalyste.
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