Journal français de psychiatrie
érès

I.S.B.N.2-7492-0143-8
52 pages

p. 2 à 2
doi: 10.3917/jfp.018.0001

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no18 2003/1

2003 Journal Français de Psychiatrie

Éditorial La culture des surdoués ?

Marika Bergès-Bounes Sandrine Calmettes-Jean
Mais que cache donc l’inflation actuelle du signifiant « sur-doué » ? À partir d’une stricte définition liée aux résultats des tests d’efficience intellectuelle, devient actuellement surdoué ou enfant intellectuellement précoce celui qui en présente le « profil psychologique », ou la dyssynchronie caractérisée par un dysfonctionnement secondaire, évocateur des notions de dysharmonie évolutive ou de troubles instrumentaux… Cette classification établit une nosographie basée sur des critères cognitifs primant sur les considérations cliniques fondatrices de notre pratique, qu’elle va même jusqu’à renverser, puisque ce dont souffriraient ces enfants ne serait plus que l’effet de leur précocité intellectuelle ; avec le risque que cette précocité se trouve posée dans la culture enseignante comme étiologie de diverses inadaptations scolaires. D’où vient donc cet attachement récurrent et obstiné à la valeur de l’intelligence ? Cherche-t-il une fois de plus à éluder la question du désir et des théories sexuelles infantiles ? Que vient masquer la reprise dans la dynamique familiale de ce signifiant érigé dans le social ? Ne peut-on craindre que ces enfants, à faire ces économies, n’en paient ultérieurement et diversement le prix, selon ce qui, là, leur est demandé de soutenir ou de mimer comme objet au regard de l’idéal ?
Ce numéro sur les enfants intellectuellement précoces approfondit les thèmes abordés lors de la journée du samedi 30 novembre 2002 à l’hôpital Sainte-Anne à Paris. Il n’est pas uniquement fondé sur notre préoccupation des effets coûteux tant de cette élection hors rang que de la marque de ce signifiant à succès, car il existe de fait des enfants pris dans des relations privilégiées avec le discours, leur activité de pensée et la question du savoir. Quelles interrogations théorico-cliniques soulèvent-ils au-delà de leurs précoces et perpétuelles questions ?
La psychanalyse se place dans une tout autre perspective : elle pose la réalité d’un savoir sans sujet déterminé par le refoulement. Sans être abusée ou se défendre de la pression de l’imaginaire social, la psychanalyse elle-même ne peut faire l’économie inverse des questions posées par les rapports qu’entretient un enfant avec ses fonctions cognitives. D’expérience, le concept de sublimation s’avère insuffisant à en rendre compte.
La diversité clinique de cette population dite de surdoués force à s’interroger sur ce qui, chez un enfant, vient l’arracher à un hyperinvestissement cognitif. Pour certains de ces enfants, peut-on parler de symptôme et, si tel est le cas, quelle en est son adresse ? Objet plutôt que sujet de son savoir, l’enfant y est de toute façon présent au titre d’une jouissance. Pour d’autres, s’agit-il d’une suppléance, d’un sinthome, où seul cet hyperinvestissement permettrait de prêter consistance au sujet au titre d’une écriture, comme, à propos de Joyce, Lacan en fait l’hypothèse ?
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