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S'inscrire Alertes e-mail - Journal français de psychiatrie Cairn.info respecte votre vie privéeVous consultezL’assistance à la procréation
AuteurAnne Joss de Ter Beest[*] [*] Psychanalyste. ...
suitedu même auteur
Voilà plus de vingt ans que la fécondité et la procréation humaines sont inscrites au rang d’assistées, si l’on en juge d’après les termes utilisés : on parle d’assistance à la procréation ! La fécondité et la procréation ont ainsi croisé les nouveaux enjeux de la médecine qui, au nom de l’assistanat, investit des champs plus larges que ceux de la maladie. À moins que la maladie ait elle-même changé de statut. Dès 1946, l’oms définit la santé comme « un état de complet bien-être physique, mental et social ». Si l’on s’en tient à ces critères, la maladie se caractériserait par un état défaillant au complet bien-être. D’où il résulte que maladie et incomplétude deviendraient équivalents. Le symptôme de cette nouvelle maladie s’appelle désormais « ce-qui-manque-au-complet-bien-être ». Un manque d’autant plus intolérable que, dans ce glissement, il cesse d’être une caractéristique de l’existence humaine pour devenir une pathologie qu’une thérapeutique appropriée parviendrait à éradiquer, un problème dont quelque autre aurait la solution. Dans la langue d’aujourd’hui, le terme de solution s’efface au profit de celui de gestion. Ce quelqu’un d’autre, nécessairement compétent et outillé, aura pour tâche la gestion des corps, qu’il s’agisse du corps physique, du corps « comportemental » ou du corps social, selon ladite définition.
2 Que la santé soit ainsi mise en position d’idéal ne nous étonne pas dès lors que les grands idéaux de société semblent dévalués au profit d’un plus-de-jouir, toujours plus exigeant et ravageant. « Ta pensée n’importe pas : jouis seulement ! Lorsque les idéaux traditionnels s’effondrent, le corps lui-même devient l’idéal, le corps mis à toutes les sauces – génétiques, neuronale, hormonales – devient cause de lui-même, causa sui au nom de la religion neurophysiologique[1] [1] G. Pommier, Les corps angéliques de la postmodernité,...
suite. » La santé est prise dans ce mouvement et ne peut qu’appeler le corps à se parfaire toujours plus, dépassant ses propres limites. Jusqu’à la butée qui lui serait imposée par le sexe et la mort, seuls lieux conjuguant le corps et la finitude. D’ailleurs, il semble bien qu’il nous faille constater aujourd’hui que ni la mort ni le sexe ne font plus limite. Lucien Sfez nous indique dans son ouvrage La santé parfaite quels seraient les concepts repris dans les utopies actuelles, celles du xxie siècle : « Un homme parfait, immortel, construit par des techniques de simulation, et qui pense, sent et imagine un monde infiniment meilleur que le nôtre. Cette utopie a valeur de paradigme, car nous en utilisons les thèmes, mais de manière discontinue, ponctuelle, un par un, sans nous apercevoir qu’en réalité cette utopie fonde une vision globale de la société future. Il s’agit de la Grande santé, qui tend à s’imposer comme seul et unique projet mondial[2] [2] L. Sfez, La santé parfaite, Paris, Le Seuil, 1995, p. 21. ...
suite. »
3 Pour ce qui nous intéresse ici, retenons que ce glissement fait apparaître la maladie comme un état dévoilant ce qui vient à manquer. Si la santé n’est plus compatible avec la catégorie du manque, elle véhicule donc un implicite : ce qui manque est à chercher du côté de ceux qui pourvoient à la bonne santé. Le médecin, le psy, l’assistant social seront convoqués en ce lieu du manque comme prescripteurs de produits et de techniques servant à l’amélioration de cette santé défaillante. C’est ainsi que la médecine est mise en position de technoscience pouvant offrir l’objet qui pallie certains de ces manques. Nous tâcherons d’en approcher les effets dans le domaine appelé désormais l’amp.
4 Quand bien même ces techniques de procréation humaine n’en sont plus à leurs premiers essais puisqu’elles ont débuté au siècle dernier (le vingtième), il nous paraît judicieux d’en interroger certains aspects, en ce moment où une certaine banalisation de l’acte se fait jour. Non pas pour les couples qui y sont confrontés mais bien pour les professionnels et le grand public. Car mis à part quelques cas de figures plutôt extrêmes, rapidement épinglés par les médias, il nous faut remarquer que les pratiques d’amp ne font plus question. Ou si peu. Et cela est inquiétant. L’amélioration des techniques et la banalisation de l’acte auraient-elles pour effet de noyer les questions dans l’œuf, de rendre les praticiens de l’amp sourds au questionnement, le leur ou celui de l’autre ?
5 Rester sourd à ce questionnement, ce ne sera pas le cas de ces journées de Grenoble, organisées à partir de l’interrogation de plusieurs gynécologues à propos de certaines demandes d’intervention à visée procréative. Des demandes dont la caractéristique aujourd’hui serait d’être toujours plus pressantes, voire incessantes. Pourquoi et jusqu’où certaines femmes ou certains couples sont-ils prêts à endurer tous ces traitements ? Quel prix sont-ils prêts à payer au niveau de leur économie psychique et de leur conjugalité ? Ces questions très cliniques méritent qu’on s’y attarde. Elles reviennent très souvent dans les entretiens qui suivent ou précèdent une fiv.
6 Ainsi nous en parle madame B. qui, à l’aube de ses 40 ans et après plusieurs tentatives de fiv, hésite à recommencer. Elle dit ne plus supporter ces traitements, ni physiquement ni moralement. La déchéance dans laquelle elle se (re)trouve après chaque tentative lui procure un tel sentiment d’échec et de ratage qu’elle souhaiterait tout arrêter. Pourtant elle ne peut s’y résoudre : « Je ne veux pas me reprocher plus tard de ne pas avoir tout essayé. » Ce reproche anticipé la préserve d’un arrêt de l’amp qu’elle vivrait comme un abandon du projet. C’est ainsi qu’elle a entendu le « il ne faut pas arrêter le traitement maintenant, tant que vos ovaires répondent bien à la stimulation. Vous avez encore toutes vos chances ». L’arrêt, dont elle devrait porter toute la responsabilité, est donc perçu par elle comme une démission, une incapacité à tenir le coup, à persévérer dans le « tout essayer ».
7 Mais comment en finir avec ce « tout essayer » quand le dispositif médical met en place une succession de traitements de plus en plus invasifs et convaincants ? Il ne s’agit pas ici de critiquer l’évolution des techniques d’amp ni leurs améliorations. En revanche, il est question d’en mesurer les effets et cela à partir de la clinique. Chaque nouveau traitement en procréatique vise à contourner ou à déplacer ce qui, en amont, viendrait faire obstacle à la fécondation. Mais ce faisant, la médecine technoscientifique travaille sur deux niveaux : celui de l’organique et celui de l’imaginaire. Elle fait d’une pierre deux coups. Tout en produisant un nouveau traitement de l’infertilité par les voies biochimiques et techniques, elle fabrique du leurre. C’est pourquoi elle peut être si fascinante. Si chaque nouveau traitement permet de déplacer la limite à laquelle tant la médecine que le couple sont confrontés, il entraine un mouvement de pensée vers un déplacement à l’infini de la limite. Cela ne cesse de se déplacer. À l’infini, il n’y aurait plus de limites[3] [3] À l’ infini se retrouve l’homme immortel, non marqué...
suite. Tout serait possible. Tout serait à essayer. Avoir « tout essayé » prend donc dans ce contexte une note infinie puisque la médecine techno-scientifique se meut selon les axes du capitalisme ambiant : produire toujours plus, à condition d’en perdre le moins (de temps et d’argent). Certains couples s’inscrivent alors dans une chaîne sans fin. À l’horizon, le mirage de l’enfant appelé bien étonnamment « bébé-éprouvette » se déplace sans arrêt. L’objet de la techno-science médicale serait-il donc un objet illimité, jamais perdu ? (Contrairement à ce que la psychanalyse propose de penser concernant le rapport du sujet à l’objet : un sujet marqué par la limite sous condition de son objet à jamais perdu.)
8 L’infini indique également que ce sera à la charge des couples d’en décider la poursuite ou l’arrêt. Mais pour ce faire, il leur faudra se décaler d’une position dans laquelle ils s’en remettent à cet autre de qui ils attendent une solution ou une réparation. Se déprendre de cette attente à l’endroit de l’Autre[4] [4] La graphie de la majuscule à Autre indique qu’au-delà...
suite exige un certain effort subjectif[5] [5] Si nous insistons ici sur le travail de « décalage »...
suite.
9 Pourquoi ? Tout d’abord parce qu’il s’agit là de notre pente à tous, ce cocooning que le névrosé maintient (non sans souffrance) dans son rapport à l’Autre afin de préserver cet espoir secret qu’il y en ait un autre qui tranche pour lui ce qui lui semble indécidable. Telle se présente en effet la médecine technoscientifique en congruence avec ces voeux d’un Autre habité et doté de ce pouvoir de délester le sujet des embarras de sa subjectivation. « Si la science fait des progrès, la médecine fait des miracles » : n’est-ce pas ainsi que nous en parlons parfois ? Attribuer un pouvoir divin à la médecine permet de maintenir intacte la croyance en une instance Autre qui pourrait résoudre nos questions, voire nos désirs engagés dans une impasse. Ce dont les couples et plus particulièrement les femmes témoignent quand ils disent qu’à la limite ce serait plus facile si le médecin leur disait d’arrêter. « Si le médecin me disait que je suis franchement stérile, ce serait un choc, ce serait dur, mais je pense que je m’en ferais une raison[6] [6] Ici encore, il nous faudrait nuancer. Dans cet appel des...
suite. » Ensuite parce que cette décision (continuer ou arrêter) les renvoie à la réalité de couple sans enfants, une réalité mi-voilée tant que les essais sont relancés. Des essais appelés étrangement « tentatives » et qui nous plongent dans une perplexité quand une dame nous annonce qu’elle a refait une tentative. Coïncidence langagière où la mort et le sexe se rejoignent.
10 Le déplacement de la limite introduit donc un autre déplacement, celui de la douleur et du chagrin de ne pouvoir enfanter qui se voient également reportés vers un « plus tard ». Chaque nouvel essai ravive l’espoir enfoui par l’échec de la précédente tentative sans que ce soit plus facile à vivre pour autant. Les tiraillements dans le couple sont fréquents, témoins d’une oscillation entre deux positions : renoncer ou continuer jusqu’au bout. Souhaitons à ce couple de ne pas en arriver à être vraiment à bout, à bout du conjugal, à bout de paroles, à bout de désir. Nous pourrions dire que déplacer la limite vers un infini risque d’entrainer l’attente de cet enfant-là, dans un deuil infini, autrement dit : un deuil impossible. L’effort du sujet consisterait à engager son désir dans une voie moins mortifère que celle des échecs répétés, une autre voie qui ne serait pas sans issue quant à son désir mais qui demanderait un renoncement et un repositionnement subjectif.
11 Mais revenons à cette remarque de Mme B. qui dit ne pas vouloir se reprocher plus tard de n’avoir pas tout essayé. Ne soulève-t-elle pas une autre interrogation ? Pourquoi se vouloir sans reproche, irréprochable, et de quoi ? Sans reproches, sans taches, nous voilà subitement ramenés à l’Immaculée Conception. Une conception divine, sans taches, sans traces de la marque qui nous fait humains, c’est-à-dire désirants. Au risque de paraître ringards, nous nous permettrons de reprendre ici que la conception humaine n’est pas réductible à la procréation animale. La conception humaine nécessite une entame, une faille qui permet ce que Marie-Magdeleine Châtel appelle une rencontre signifiante[7] [7] Marie-Magdeleine Châtel, Malaise dans la procréation,...
suite : la rencontre d’un signifiant chez l’autre, un signifiant qui prend corps et cela à l’insu des partenaires. Cela est bien loin des théories enseignées qui proposent un modèle positiviste et purement biologique de la conception, la résumant à la seule rencontre pénétrante des gamètes. Et encore, parler de rencontre pénétrante indique qu’il s’agit bien de rencontre, d’un lieu (famé ou mal famé) de rencontre de désirs inconscients qui effectueront un certain nouage.
12 Parler de conception et de désirs inconscients introduit tout ce qui de l’inconscient vient signifier ce désir d’enfant. Le reproche dont il est question ici, ne serait-ce pas l’émergence de la culpabilité œdipiennne ? Une culpabilité qui se profile du côté de la faute, d’avoir fauté ou d’être pris en faute : « Vous ne me reprocherez pas d’avoir désiré ailleurs. » Pourtant le désir a toujours à faire avec un air venu d’ailleurs. Voilà bien ce qui se donne à entendre dans cette clinique du désir d’enfant.
13 Il vient parfois un moment où l’un ou l’autre du couple s’interroge sur le bien-fondé de la poursuite des traitements. C’est un moment très important, qui inaugure un autre type de questionnement, et c’est peut-être celui auquel la médecine de la technique tente de se soustraire. Après sept années de traitements par fiv et par insémination par donneur (iad), dans l’espoir d’avoir un deuxième enfant, cette dame rencontrée dernièrement témoigne sans voile de ce qui fonde son mal-être actuel : « Après tous ces traitements, je me demande si je suis réellement une femme. » Quand l’intervenant ne referme pas les propos que la patiente tient ainsi dans l’angoisse et accepte de ne pas interférer au-delà ni en deçà de sa parole, il lui permet de soutenir cette question d’être femme à partir de ce manque à avoir. C’est en ce lieu de surgissement d’une vérité naissante qu’elle nous convie et que nous aurons l’humilité ou non de l’y accompagner. Nous pourrions qualifier cet acte de présence aux dires du sujet, d’acte éthique comme nous le rappelait Louis Beirnaert : « Lutter pour la libération des dires » se fera toujours « au risque de perdre quelque chose de son pouvoir ou de sa tranquillité[8] [8] Louis Beirnaert, « Qu’est-ce que l’acte éthique ?...
suite ». J’ajouterai que c’est au risque de perdre quelque chose de son savoir ou de sa philanthropie innocente que le médecin, le travailleur social ou le psy sera convoqué à partager ce lieu de l’en-creux au discours préétabli. En revanche, si une angoisse trop forte pousse l’intervenant à se tenir du côté de la procréation à obtenir à chaque coup, le risque sera grand de maintenir en sourdine ce questionnement d’une femme ou d’un homme à tel moment de sa vie.
14 Mais il ne s’agit pas seulement du questionnement des couples ou des consultants, il est aussi question de celui des équipes d’amp, d’elles-mêmes ou de leurs membres. Car le devoir de réussite est grand et les équipes actuelles déploient beaucoup d’efforts pour améliorer les taux de grossesses à obtenir, tout en tenant compte, dans la mesure de leurs possibilités, des conditions de vie des couples. Néanmoins les équipes ont grand-peine à maintenir ouverte la possibilité de faire se rencontrer des logiques aussi radicalement différentes que celles des technosciences d’une part et celle du sujet (de la subjectivation incarnée dans une parole) d’autre part. En effet, l’objectivable se fait à partir de la généralisation d’observations singulières, alors que le sujet ne se présente que seul face au désir qu’il soutient. Il y aurait donc une incongruence de structure (ou de fait) entre les deux logiques.
15 Pourtant, nous pouvons témoigner de la manière dont, au quotidien, la subjectivité refait surface à l’horizon du discours scientifique, cette conjugaison maintenant les deux logiques dans un rapport ténu. Ainsi, nous entendons, repris par les consultants, de nouveaux diagnostics énoncés en langage ordinaire : ovaires paresseux, réaction allergique au sperme du mari. Le discours scientifique qui se voudrait audible par tous est donc toujours débordé par cet autre discours, à savoir celui des avatars de la rencontre humaine ou, pour le dire encore autrement, celui issu du malentendu des rapports entre humains. Mais apparaît en filigrane une autre raison de ne pouvoir entendre ce dont se plaignent si « amèrement » les couples et plus particulièrement les femmes. Cette plainte concernant le manque d’enfant ne renvoie-t-elle pas, de manière inconsciente, ceux à qui elle est adressée à cet autre manque, celui du pénis ?
16 Ce constat du manque de pénis, dit Freud, causera « une terrible tempête émotionelle » chez le petit garçon « qui se met à croire à la réalité d’une menace dont il se riait jusqu’alors[9] [9] S. Freud : « Quelques conséquences psychiques de la différence...
suite ». Cette menace, Freud la développe sous le terme d’angoisse de castration. Dans cet article, il décrit la mise en place d’un mécanisme de défense, le déni, qui sert à maintenir la croyance en une perception erronée pour se préserver de la menace de castration. Ainsi, tant le petit garçon que la petite fille élaborent un système de croyances pour ne pas avoir à considérer que l’autre, c’est-à-dire la mère, car c’est finalement d’elle qu’il s’agit, est castrée. En d’autres mots, elle n’a pas cet organe. Maintenir cette croyance de la mère non castrée, non manquante, est pour l’enfant une tentative de ne pas avoir à rencontrer et à supporter, lui, son manque à elle.
17 Dans ce même article de 1925, Freud indique qu’au moment du complexe d’Œdipe, « la libido de la petite fille glisse le long de ce qu’on ne peut appeler que l’équation symbolique : pénis=enfant, dans une nouvelle position. Elle renonce au désir du pénis pour le remplacer par le désir d’un enfant et, dans ce dessein, elle prend le père comme objet d’amour. La mère devient objet de sa jalousie ; la petite fille tourne en femme[10] [10] Ibid. , p. 130. ...
suite ».
18 Le manque d’enfant peut donc réévoquer, non sans encombres, la plainte que cette personne porte en vérité sur ce manque irrémédiable qui fait par ailleurs l’humanité de son sexe. Il s’agit toujours ici, d’abord, des intervenants dans ce champ de l’amp. Il va sans dire que les consultants sont également confrontés à ce même manque constitutif de leur sexualité. On voit comment peut se nouer ici une véritable complicité inconsciente dans l’effort à dénier la castration. Nous pouvons donc penser que pour tout un chacun œuvrant dans ce champ de l’infertilité, il ne sera pas toujours évident d’entendre ces plaintes, ces regrets et ces souffrances latentes que manifeste ce manque d’enfant. Pour certains, il sera impératif de tenter de le pallier, voire d’y parer. Ainsi, parfois l’amp pourrait être proposée comme bouclier anti-missile, le missile étant ici l’angoisse surgissant de la confrontation à la castration de l’Autre. C’est pourquoi les couples seront relancés vers de nouvelles tentatives, chaque essai relançant bien loin, pour l’équipe cette fois, le reproche de ne pas en faire assez.
19 Tout autre serait la proposition de discussions régulières entre médecins, infirmières, biologistes et « psys » d’une même équipe ou de différentes équipes à propos de situations difficiles. D’abord, parce que cela devrait permettre de construire des repères pour penser les difficultés inhérentes à ce nouveau champ de demandes faites à la médecine et à ses acteurs. Cela invite chacun à se positionner avec ses limites, sans se lancer dans un agir effrené. ? ■
Notes
[ *] Psychanalyste.
[ 1] G. Pommier, Les corps angéliques de la postmodernité, Paris, Calmann-Lévy, 2000, p. 77.
[ 2] L. Sfez, La santé parfaite, Paris, Le Seuil, 1995, p. 21.
[ 3] À l’ infini se retrouve l’homme immortel, non marqué par la division sexuelle et langagière. Dans cette clinique, la limite peut être celle d’avoir un corps sexué qui ne fonctionne pas à la demande mais au désir et à ses avatars.
[ 4] La graphie de la majuscule à Autre indique qu’au-delà de toutes ces figures, on se réfère au principe même d’altérité.
[ 5] Si nous insistons ici sur le travail de « décalage » des couples à l’égard de l’Autre supposé détenir la solution, il ne faudrait pas oublier non plus la part de responsabilité des médecins dans cette affaire. Il semble bien qu’aujourd’hui, beaucoup d’entre eux renoncent à occuper la place d’autorité que le social leur a pourtant reconnue. Non pas qu’ils devraient, de cette place, prendre seuls et « autoritairement » la décision d’arrêter le traitement. Mais on devrait pouvoir attendre d’eux qu’ils osent une parole à l’endroit même où leur technique, leur science et leur pouvoir défaillent. Le plus souvent, ils se taisent (ce qui a pour effet d’augmenter le désarroi des couples et de rendre leur « effort subjectif » plus important) ou, au contraire, ils relancent le traitement dans cette quête infinie dont nous parlons ici.
[ 6] Ici encore, il nous faudrait nuancer. Dans cet appel des patientes à un diagnostic franc de la part du médecin, il y a sans doute plus qu’une volonté de s’en remettre totalement à l’Autre qui sait. Il y a aussi l’espoir qu’une autorité rende possible une décision que la patiente aurait à prendre. L’autorité, notons-le, ne consiste pas à prendre la décision à la place du sujet, mais bien à ouvrir un espace de possibilité à une telle décision.
[ 7] Marie-Magdeleine Châtel, Malaise dans la procréation, Paris, Albin-Michel, 1993, p. 23-24.
[ 8] Louis Beirnaert, « Qu’est-ce que l’acte éthique ? », dans Aux frontières de l’acte analytique, Paris, Le Seuil, 1987, p. 101.
[ 9] S. Freud : « Quelques conséquences psychiques de la différence anatomique entre les sexes », dans La vie sexuelle, Paris, puf, 1969, p. 127.
[ 10] Ibid., p. 130.
POUR CITER CET ARTICLE
Anne Joos de Ter Beerst « L'assistance à la procréation », Journal français de psychiatrie 3/2003 (no20), p. 47-49.
URL : www.cairn.info/revue-journal-francais-de-psychiatrie-2003-3-page-47.htm.
DOI : 10.3917/jfp.020.0047.






