Journal français de psychiatrie 2004/1
Journal français de psychiatrie
2004/1 (no21)
56 pages
Editeur
I.S.B.N. 2-7492-0338-4
DOI 10.3917/jfp.021.0008
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Vous consultezLa psychothérapie en France

8e Congrès européen de psychothérapie, Paris, 25 juin 1998

AuteurSerge Ginger[*] [*] Secrétaire général de la Fédération française de psychothérapie...
suite
du même auteur



Dix minutes en tout ! Et dix minutes en fin de journée !…

2 Je dirai rapidement quelques mots sur la Fédération française de psychothérapie.

3 J’évoquerai les principales thérapies répandues en France aujourd’hui : la réglementation de la profession ; la position originale de la France concernant la Sécurité sociale.

4 Je terminerai en résumant la situation actuelle et les perspectives prochaines.

La Fédération française de psychothérapie (ou ffdp)

5 La ffdp est aujourd’hui, sans contestation possible, le plus important regroupement de psychothérapeutes du pays. Elle a été créée en 1995, avec le soutien efficace de l’eap – et tout particulièrement d’Emmy van Deurzen, que je tiens à remercier encore une fois ici.

6 Au démarrage, nous regroupions dix-sept organismes ; trois ans plus tard, nous en fédérons soixante-dix :

  • des associations nationales ou régionales, des sociétés scientifiques ;
  • des écoles ou instituts de formation ;
  • des syndicats, « multiréférentiels » ou spécialisés (une spécificité française).

La Fédération publie un bulletin d’information détaillé ainsi qu’un annuaire des organismes adhérents. La mise en place du Certificat européen de psychothérapie a contribué à susciter un large mouvement d’intérêt, et l’appartenance à la ffdp est volontiers revendiquée comme une référence de sérieux.

7 Cependant, deux objectifs importants restent à atteindre :

  • d’une part, l’adhésion à la Fédération de l’ensemble des approches principales pratiquées en France ;
  • d’autre part, une procédure d’admission plus exigeante des organismes candidats – qui devraient répondre à des normes de qualité sur lesquelles la FFdP n’a pas encore pris de positions précises.

De nombreuses méthodes ont déjà rejoint la Fédération : analyse transactionnelle, Gestalt-thérapie, pnl, hypnose ericksonnienne, psychosynthèse, analyse bioénergétique, analyse psycho-organique, sophia-analyse, somatothérapies et thérapies psychocorporelles diverses, art-thérapie, sexothérapie, rebirth, psychothérapies transpersonnelles, ainsi que le mouvement de psychothérapie intégrative.

8 Je ne m’étendrai pas ici sur chacune de ces écoles de pensée. Je préfère risquer des hypothèses sur les absents ! En effet, il nous manque notamment trois approches importantes : la psychanalyse, le comportementalisme et les thérapies familiales.

9 Les mouvements psychanalytiques sont particulièrement nombreux et diversifiés en France (une trentaine d’écoles différentes et souvent rivales : freudienne, jungienne, kleinienne, lacanienne, etc., qui regroupent au total environ 5 000 psychanalystes de niveaux d’ailleurs très variés). Un certain nombre de psychanalystes participent à la ffdp, mais cela dans le cadre de leurs fonctions au sein d’organismes de formation ou de syndicats ; en revanche, les structures représentatives des psychanalystes s’opposent encore à toute réglementation officielle de la profession : d’une part, parce qu’ils craignent une limitation de leur liberté ; d’autre part, parce que beaucoup d’entre eux estiment que la psychanalyse n’est pas, à proprement parler, une psychothérapie…

10 Les comportementalistes sont relativement peu nombreux en France par rapport aux pays anglo-saxons. Ils ne sont guère représentés non plus à la Fédération pour le moment. En effet, ils exercent surtout dans les structures publiques hospitalières et universitaires et ne ressentent guère l’urgence d’une réglementation. De plus, ils ne préconisent pas la nécessité d’une psychothérapie personnelle préalable aux études, et ne se sentent donc pas très à l’aise au sein de l’eap – qui insiste sur ce point.

11 Enfin, le mouvement de thérapie familiale n’a pas encore rejoint la Fédération… pour des motifs qui nous échappent !

12 Quittons maintenant le domaine de la Fédération pour un regard plus large sur la situation française.

La psychothérapie en France

13 On estime généralement à environ 10 000 le nombre de psychothérapeutes praticiens et psychanalystes en exercice. Il demeure difficile d’en faire un décompte précis puisque la profession n’est toujours pas officiellement reconnue, ni réglementée, tant sur le plan du diplôme que de l’exercice professionnel. C’est ainsi qu’à l’heure actuelle n’importe qui peut se déclarer « psychothérapeute » ! C’est d’ailleurs le cas d’un certain nombre de praticiens de professions voisines – tels que médecins, psychologues, pédagogues ou travailleurs sociaux– qui s’autoproclament parfois abusivement « psychothérapeutes », cela sans avoir toujours suivi une formation préparatoire sérieuse et spécifique.

La réglementation

14 L’instauration du cep, avec ses normes minimales, nous apparaît donc particulièrement opportune, et notamment son exigence d’une formation approfondie de sept ans, complète et intégrée, incluant un travail sur soi ainsi qu’une supervision régulière.

15 Plusieurs syndicats ou associations de médecins et de psychologues revendiquent encore volontiers l’exclusivité de la pratique psychothérapeutique, en contradiction donc avec la déclaration de Strasbourg. Mais de nombreux médecins généralistes, psychiatres et psychologues ont rejoint la Fédération en tant que membres de divers organismes et repoussent tout corporatisme discriminatoire (à titre indicatif, le conseil d’administration élu de la ffdp comprend aujourd’hui plus de 50 % de médecins et psychologues).

16 Le Syndicat national des psychologues a implicitement reconnu la nécessité d’une formation complémentaire pour les psychologues spécialisés en psychothérapie, en proposant deux années de pratique après le diplôme universitaire, suivies de trois ans de spécialisation, ainsi qu’une thérapie personnelle.

17 La position de l’Ordre national des médecins est plus ambiguë puisque :

  • d’une part, il n’autorise pas les médecins à inscrire sur leur plaque ou leurs ordonnances le titre de « psychothérapeute » (puisque cela ne constitue pas une spécialité « médicale », n’étant toujours pas enseignée dans les facultés de médecine) ;
  • mais d’autre part, le Conseil de l’Ordre poursuit parfois des psychothérapeutes non médecins sous le prétexte « d’exercice illégal de la médecine » ! Il faut préciser au passage que, jusqu’à présent, les tribunaux ont régulièrement donné tort à l’Ordre des médecins sur ce point. En résumé, selon leur position originale : un médecin ne peut se déclarer psychothérapeute… et un non-médecin ne peut exercer la psychothérapie !

De son côté, l’afnor (Association française de normalisation) a entrepris depuis deux ans, en liaison avec la Fédération et les pouvoirs publics, une étude détaillée des conditions d’accès et d’exercice de la profession, en vue d’en préciser les critères de référence, de protéger les consommateurs, voire d’amorcer une réglementation officieuse, en l’absence d’une législation proprement dite – dont les conditions ne semblent pas encore réunies.

Le remboursement par la Sécurité sociale

18 Le gouvernement français est confronté à des dépenses croissantes dans le domaine de la santé (entraînant un déficit chronique important de la Sécurité sociale – encore en hausse de 4 % cette année). Sous la pression notamment des laboratoires pharmaceutiques, la consommation française de psychotropes est de loin la plus élevée au monde, trois fois supérieure à celle de l’Allemagne ou du Royaume-Uni. Récemment, le professeur Zarifian a présenté au Premier Ministre un rapport alarmant à ce sujet. Son enquête précise que les prescriptions sont faites à 83 % par des médecins généralistes, non spécialisés en psychiatrie, la plupart du temps sans aucun diagnostic et cela après une consultation de quelques minutes seulement ! Après quoi, la durée moyenne du traitement s’élève à… sept ans et demi, car plusieurs de ces médicaments psychotropes créent une dépendance.

19 Le recours plus fréquent à la psychothérapie permettrait, sans aucun doute, une diminution de cette consommation, parfois aliénante, voire toxique, ainsi qu’une économie financière… d’autant plus substantielle que la ffdpne demande pas le remboursement des psychothérapies par la Sécurité sociale !

20 Pourquoi cette position originale ? Pour plusieurs raisons :

  • les psychothérapeutes ne désirent pas « médicaliser » la profession ; or, la Sécurité sociale, en France, implique une prescription et un contrôle médical du diagnostic et des soins. La durée du traitement, voire même sa nature, risqueraient d’être imposées par des médecins – souvent insuffisamment informés sur la psychothérapie contemporaine ;
  • nous soulignons que les difficultés des demandeurs de psychothérapie sont souvent d’origine relationnelle ou sociale et pas seulement intra-psychique : ainsi par exemple, certains problèmes de couple, des dépressions consécutives au chômage pour lesquelles la prescription d’antidépresseurs pourrait être plus novice que bénéfique… ;
  • par ailleurs, nous pensons important que le client s’implique personnellement dans sa responsabilité de demander une aide, au lieu de la subir comme « patient » sur ordonnance. Cela implique, bien entendu, la modulation des tarifs par les praticiens en fonction des revenus des clients, ainsi que la mise en place de services gratuits en dispensaire pour les personnes dénuées de ressources.

En résumé

21 La psychothérapie française se caractérise aujourd’hui par un excellent niveau qualitatif de recherche théorique, d’élaboration et de pratique clinique, mais par un manque quantitatif (environ 10 000 praticiens – au lieu des 30 000 nécessaires, voire 60 000 selon les dernières normes proposées par Alfred Pritz, secrétaire général de l’eap, soit un pour mille habitants), et surtout par une absence de réglementation officielle de la profession.

22 La mise en place d’un registre national des titulaires du cep devrait constituer à cet égard une première étape importante, permettant d’offrir au public utilisateur un service de qualité, garanti par une compétence humaine et technique, assortie d’une déontologie professionnelle rigoureuse. ■

...


 

Notes

[ *] Secrétaire général de la Fédération française de psychothérapie (ffdp), psychologue clinicien, psychothérapeute didacticien en Gestalt-thérapie à l’École parisienne de Gestalt.Retour

PLAN DE L'ARTICLE


POUR CITER CET ARTICLE

Serge Ginger « La psychothérapie en France », Journal français de psychiatrie 1/2004 (no21), p. 8-9.
URL :
www.cairn.info/revue-journal-francais-de-psychiatrie-2004-1-page-8.htm.
DOI : 10.3917/jfp.021.0008.