L'Année sociologique
P.U.F.

I.S.B.N.9782130546610
264 pages

p. 269 à 295
doi: 10.3917/anso.022.0269

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Sport et sociologie

Vol. 52 2002/2

2002 L'Année sociologique Sport et sociologie

Le sport dans la sociologie française

Cécile Collinet Université de Marne-la-Vallée / LEMTAS / GERSSEP
L’article se propose de questionner d’un point de vue sociologique, la sociologie du sport mais aussi la sociologie dans son ensemble sur le sport. Les questions centrales sont les suivantes : quelle est la visibilité de cette spécialité dans l’univers sociologique ? Peut-on identifier une communauté scientifique ? Comment se structure-t.elle ? Où produit-elle ? Comment diffuse-t-elle sa connaissance ? Quelles sont les thématiques les plus porteuses ?
Le corpus étudié est diversifié, il est composé des manuels de sociologie, des revues sociologiques françaises généralistes et centrales de la sociologie, des thèses soutenues dans le domaine de la sociologie du sport, des annuaires concernant les laboratoires (universités, CNRS), des différentes manifestations (colloques...), des diverses formes de production dans ce secteur (articles, ouvrages, actes de colloques).
Nous montrons que le sport occupe une place mineure comme objet d’étude dans la sociologie malgré l’existence d’une sociologie du sport relativement active. C’est essentiellement à partir de la structuration de la recherche et des chercheurs dans ce domaine et du fonctionnement communautaire de certains groupes que nous expliquons cet apparent paradoxe.
This article proposes to study sociology of sport from a sociological perspective, but also the general sociological point of view on sport. The main issues are : to what extent is this issue recognized in the field of sociology. Is it possible to identify an actual scientific community ? And if so, how is it structured ? How does it circulate the advance of its knowledge ? What are the main subject matters ?
The study is based on a diversified corpus : sociology textbooks, French general sociological reviews, doctoral thesis (doctoral dissertation) in sociology of sport, research laboratories yearbooks (universities, CNRS), colloquiums, works and articles.
We demonstrate that sport is minor issue within the field of sociology, though there is a quite active sociology of sport. We assert that this apparent paradox is to be essentially explained by the structuring of research and researchers in this field, and by the functioning of scientific community.
 
I.Introduction
 
 
Le sport est avant tout une pratique et un spectacle voire un mode de vie, mais est-il un objet d’étude sociologique ? En tant qu’élément du social, mobilise-t-il l’attention des sociologues ?
Notre projet dans cet article est de questionner la sociologie sur le sport tout autant que la sociologie du sport.
Nous éviterons une analyse en termes de courants qui étudie davantage les concepts, les théories, les méthodes et leur évolution (une histoire des idées à caractère plus philosophique) pour proposer une réflexion sociologique sur la sociologie du sport. Cette démarche s’inscrit dans le cadre d’une sociologie des sciences par son objet (une spécialité scientifique), mais aussi par la nature de ses interrogations. En effet, seront posées des questions relatives aux dimensions institutionnelles de ce domaine dans la tradition mertonienne, comme des questions sur les liaisons entre ces déterminants institutionnels et les connaissances produites, dans la lignée de la nouvelle sociologie des sciences d’inspiration kuhnienne.
Trois grands thèmes retiendront notre attention.
Le premier tentera de positionner la sociologie du sport dans la sociologie dans son ensemble. Quelle est la visibilité de cette spécialité dans l’univers sociologique ? Que peut-on en déduire sur son degré de reconnaissance et/ou de domination dans le domaine ?
Une analyse de certains manuels et dictionnaires de sociologie, de revues sociologiques généralistes et centrales permettra d’apporter des réponses à ces questions.
Le deuxième thème s’attachera davantage à l’identification des sociologues du sport, à leurs rattachements institutionnels (les laboratoires) et leurs organes de diffusion. Peut-on identifier une communauté scientifique ? Comment se structure-t-elle ? Où produit-elle ? Comment diffuse-t-elle sa connaissance ? Comment se construisent les liens (réseaux) entre les chercheurs ?
L’étude prendra appui sur la production sociologique sur le thème du sport, les thèses soutenues, les sources d’informations sur les laboratoires (universités, CNRS), les différentes manifestations (colloques...).
Enfin, un troisième thème se centrera sur des aspects plus cognitifs en tentant de relier les processus de structuration communautaire avec les connaissances produites. Quelles sont les thématiques de la sociologie du sport ? Peut-on établir un lien entre les positions des chercheurs dans le domaine de la sociologie du sport, dans celui de la sociologie en général et les thèmes d’études privilégiés ?
Les productions (articles, ouvrages, actes de colloques) fourniront l’essentiel du matériau de travail.
Finalement c’est aux chercheurs, aux institutions, aux réseaux, aux communautés, aux organes de diffusion de la connaissance que cet article s’intéressera.
 
II.Sociologie générale et objet « sport »
 
 
Notre objectif est d’envisager la place du sport comme objet d’étude dans l’univers de la sociologie. Nous nous sommes intéressée à deux sources principales : un échantillon (non exhaustif) de manuels et dictionnaires de sociologie et des revues généralistes importantes du domaine.
1.Les manuels et dictionnaires
Parmi onze manuels et dictionnaires de sociologie consultés [1], six abordent le thème du sport, les autres l’ignorent. Trois dictionnaires présentent des entrées directes ou indirectes sur le terme.
Deux traités récents proposent une analyse structurée en thèmes et auteurs (Boudon, 1992) et en courants et domaines (Berthelot, 2000). Ces différentes entrées n’intègrent pas le sport ou la sociologie du sport ; elle ne fait pas partie des « grands domaines » de la sociologie française contemporaine (Berthelot, 2000) et s’efface devant celles centrées sur le travail, l’exclusion, la ville, la famille, l’éducation, la politique, la maladie, les médias, les religions, l’art et la culture, la connaissance et la science.
Dans l’ouvrage de M. Verret et H. Mendras (1988) le dernier chapitre introduit quelques éléments de sociologie du loisir sous la plume de J. Dumazedier. Il évoque la question du spectacle, de la pratique et des équipements sportifs en quelques lignes.
L’Introduction à la sociologie de G. Ferréol et J.-P. Noreck (1993) aborde, lui aussi, le thème du sport dans le sixième chapitre consacré à la culture et aux styles de vie. C’est le seul ouvrage à traiter (très rapidement) du sport dans une partie centrée sur la « Culture » alors que les autres privilégient d’autres objets culturels comme les concerts, le cinéma, le bal, la télévision, la littérature et délaissent le sport, comme le jeu, ce qui est significatif d’une hiérarchie des activités culturelles.
Parmi les manuels sociologiques abordant réellement le thème du sport, on ne trouve que celui de J.-P. Durand et R. Weil. Il est le seul à réserver un paragraphe entier au sport dans le chapitre sur les champs de la sociologie. Douze pages écrites par R. Thomas présentent un historique du domaine d’étude, ses secteurs de recherches ainsi qu’une bibliographie. Cette présence reste assez marginale pour l’ensemble de notre corpus (les manuels). Il semble que cette caractéristique soit essentiellement liée à l’éditeur. En effet, les éditions Vigot présentent une collection réservée au sport (collection « Sport et enseignement ») dans laquelle se côtoient des ouvrages pratiques ou plus théoriques sur les sciences du sport [2]. Le directeur de cette collection n’est autre que R. Thomas rédacteur du chapitre de l’ouvrage de J.-P. Durand et R. Weil. Cet ouvrage présente donc un contexte éditorial particulier qui le rend atypique par rapport au reste du corpus.
Pour les dictionnaires, seul celui d’A. Akoun et P. Ansart (1999) propose une entrée directe sur le sport (p. 500 à 501). Les thèmes de l’histoire sociale des sports, de la sociologie des pratiquants, du spectacle sportif, des imaginaires sociaux du corps et des rapports avec la politique y sont abordés et une bibliographie très restreinte est proposée.
Dans le Dictionnaire de la sociologie (1998), le sport est présent indirectement dans deux sections : « Loisir » et « Corps » (le terme « Sport » apparaît dans l’index thématique mais renvoie à ces deux autres termes). La section « Loisir » est écrite par J. Dumazedier, un petit paragraphe débouche sur le sport (p. 461) et sont abordées les questions relatives à son histoire, au spectacle et à la diversification des pratiques. Il mêle cet exemple à d’autres types de loisirs comme l’artisanat, le domaine artistique et les loisirs intellectuels.
Le chapitre sur le « Corps » (p. 215 à 219), rédigé par L. Boltanski, s’attache à mettre en évidence les liaisons entre culture somatique et classes sociales à travers les comportements face à la santé et à la maladie. L’auteur élargit ensuite ces constatations à l’ensemble des comportements corporels : alimentation, sexualité et sport.
Le Dictionnaire de sociologie de Boudon et al. (1999) laisse une place beaucoup plus faible au thème puisque quelques lignes seulement lui sont consacrées dans l’article sur le « Corps » de M. Druhle (p. 50). L’auteur précise que la sociologie du corps permet de mieux saisir l’ancrage des pratiques sportives et leur extension.
À partir de cette rapide analyse, nous pouvons constater que la part accordée au sport reste très faible dans les manuels de sociologie étudiés, les développements relatifs au sport sont réduits à des données générales presque caricaturales sans approfondissements ni polémiques. La bibliographie relative à des travaux de sociologie du sport est, de plus, souvent absente ou assez pauvre. L’entrée sur le « sport » est la plupart du temps indirecte. Elle se fait par d’autres objets sociologiques comme le loisir (entrée la plus fréquente), le corps et la culture (entrée la plus rare).
Finalement, le sport apparaît avant tout comme un indice de phénomènes sociaux plus généraux, mais non comme un objet d’étude à part entière. La sociologie du sport, comme sous-discipline ou spécialité [3], émerge dans quelques ouvrages (deux au total) mais reste peu présente voire, parfois, complètement absente.
Les manuels restant un corpus particulier réclamant concision et sélection, voyons sur un corpus différent (celui des revues sociologiques françaises généralistes et prestigieuses) la place réservée au sport et à sa sociologie.
2.Les revues sociologiques généralistes
L’Année sociologique présente un ensemble intéressant. Si l’on se penche sur tous les numéros de 1960 à nos jours, on est frappé par l’absence presque totale d’intérêt pour le sport. La revue propose un éventail important de thématiques correspondant à des domaines de la sociologie : sociologie politique, du travail, de l’économie, des goûts, des mœurs, de la religion, de la santé, de l’art... (ces catégories variant un peu selon la période mais relativement faiblement). La revue distingue deux grandes catégories d’articles : les articles de fond (les travaux et études ou mémoires originaux) et les comptes rendus d’ouvrages. Un seul article aborde directement le thème du sport, c’est celui de M. Coornaert en 1979-1980 [4].
Sur l’ensemble des numéros (un par an sur quarante ans), on trouve trois comptes rendus d’ouvrages évoquant le sport. En 1965 (3e série, vol. 16) et 1966 (3e série, vol. 17), deux ouvrages recensés [5] le sont indirectement à travers des études sur le loisir. Le troisième ouvrage (3e série, vol. 16, 1965) est, en revanche, entièrement consacré à la sociologie du sport puisque c’est celui de G. Magnane [6].
Il semble que la littérature soit restée peu abondante sur le sujet car aucun autre ouvrage n’est signalé depuis lors.
Si l’on s’intéresse à la Revue française de sociologie, le paysage se transforme un peu. On ne trouve aucun article de fond consacré au sport proprement dit. En revanche, sont présents des articles sur le loisir intégrant quelques développements sur le sport [7]. On note, enfin, la mention d’un ouvrage (octobre-décembre 1982, XXIII-4, p. 697-760) sur les fêtes et la culture traitant de manière importante des jeux traditionnels populaires et sportifs comme les joutes nautiques (R. Bernard, M. Buisson, J. Camy, L. Roulleau-Berger, G. Vincent) [8].
La revue fait plus de place que L’Année sociologique aux ouvrages de sociologie du sport. On en compte six [9]. Notons que les recensions de M. Bouet, J.-M. Brohm, P. Yonnet sont toutes négatives et soulignent la faiblesse du travail proprement sociologique. Il semblerait que la sociologie du sport ait du mal à affirmer sa valeur scientifique. Si l’on fait le bilan des ouvrages recensés, on s’aperçoit que six auteurs seulement sont mentionnés : un pionnier de ce secteur de recherche (Magnane), un autre plutôt d’orientation philosophique (Bouet), un essayiste (Yonnet), un représentant d’un courant de la sociologie critique (Brohm), un tenant de l’approche structurale (Parlebas). J.-P. Callède propose, en revanche, un ensemble diversifié de travaux sur le sport qui ne permet pas de classement. Si l’on tient compte des remarques faites à propos des ouvrages, pour trois d’entre eux sur six est fait mention de problèmes méthodologiques et de la faiblesse de l’analyse sociologique. Ne restent finalement que trois auteurs dont le premier fait office de pionnier. Seul les travaux de P. Parlebas et plus récemment de J..P. Callède apparaissent comme des travaux de sociologie du sport dans la Revue française de sociologie.
Les Cahiers internationaux de sociologie présentent une ouverture bien plus grande au sport. Les comptes rendus d’ouvrages directement centrés sur le sport sont faibles (deux seulement depuis 1960 : ceux de P. Parlebas et P. Sansot) [10]. On en compte deux autres sur le thème de la sociologie du corps intégrant une réflexion sur les sports (ce sont les ouvrages de D. Le Breton) [11]. On perçoit une présence marquée de la sociologie du corps dans la revue à la fin des années 1980 (à travers D. Le Breton mais aussi J.-M. Berthelot) ; elle laisse souvent une place aux pratiques physiques et sportives. Les articles sur le sport proprement dit sont présents au nombre de neuf sur quarante ans (1963 à 2000 : M. Clouscard, P. Lucas, P. Sansot, A. Ehrenberg, P. Baudry, A. Rauch, Y. Le Pogam et O. Pécard) [12].
Les Actes de la recherche en sciences sociales (créés en 1975) s’inscrivent dans l’orientation particulière de leur créateur (P. Bourdieu). À côté de domaines plus classiques comme la science, l’école, la religion, la littérature..., on trouve de nombreux articles sur les usages sociaux du corps, sur la perception sociale des corps, le langage du corps... Dans cette perspective, la revue accorde une place au sport. La recension d’ouvrages est pratiquement inexistante, mais on trouve des articles de fond entièrement consacrés au sport. Deux articles en 1976 : le premier est une traduction d’un article de N. Elias réalisée par J. Defrance (« Sport et violence », Actes, no 6, décembre 1976, p. 2-19), le second écrit par J. Defrance concerne l’histoire sociale de la gymnastique (« Esquisse d’une histoire sociale de la gymnastique », p. 22-46). On peut relever deux autres articles sur le football en 1994 (no 103) et entre ces deux périodes deux numéros spéciaux sur le sport (no 79, septembre 1989 ; no 80, novembre 1989) : dix articles en tout. Les articles s’attachent à mettre en évidence les rapports entre données sociologiques (âge, sexe mais surtout classes sociales) et le sport (tennis, boxe, parachutisme, rugby), les styles de jeu en fonction des groupes sociaux (football, tennis) et l’histoire sociale du sport. C’est la revue dans laquelle le sport est le plus présent, on peut y percevoir une orientation marquée constituant un courant de recherche avec des acteurs identifiés (J. Defrance, A.-M. Waser, C. Suaud) auxquels s’ajoutent d’autres acteurs (non présents dans la revue). Ce courant s’inscrit tout entier dans la théorie de P. Bourdieu.
Ainsi, certaines revues proposent-elles une faible proportion d’articles sur le sport (L’Année sociologique et la Revue française de sociologie). Pour les autres (Les Cahiers internationaux de sociologie et les Actes de la recherche en sciences sociales), on note la présence de travaux sociologiques sur le sport qui mettent en scène un nombre très limité d’acteurs (J. Defrance, A. Ehrenberg, P. Parlebas, P. Sansot...). Un courant lié à la sociologie de P. Bourdieu se détache à travers les Actes de la recherche en sciences sociales. De manière fréquente on remarque l’intégration du thème du sport à l’intérieur d’autres thèmes et surtout son inclusion dans les approches sur le loisir (J. Dumazedier) ou le corps (D. Le Breton). Enfin, la recension d’ouvrages sur le thème reste très faible (six ouvrages de sociologie du sport proprement dit).
3.Conclusion
Finalement, le sport n’apparaît pas comme un objet d’étude sociologique bien constitué dans les organes de diffusion de la sociologie générale (manuels, revues généralistes). Peu d’articles concernent ce thème en priorité, il intervient souvent comme un indicateur de thèmes plus généraux (le corps et le loisir). La sociologie du loisir, en la personne de J. Dumazedier principalement, trouve une place marquée dans l’univers sociologique des années 1960 jusqu’à la fin des années 1970. Cette approche ne permet pas de constituer une sociologie du sport à part entière puisqu’elle ne reconnaît pas au sport l’autonomie sociologique nécessaire pour constituer un domaine de recherche. Il en est de même pour la sociologie du corps. Le domaine de la culture, quant à lui, reste réservé dans la plupart des cas à d’autres pratiques sociales comme l’art, la littérature, le cinéma, la télévision... Le sport est même souvent séparé explicitement des activités culturelles. La sociologie de la culture s’intéresse davantage aux formes valorisées de la culture.
Seule la sociologie du courant de P. Bourdieu laisse une place plus grande à cet objet [13], liée à l’importance accordée aux dimensions corporelles comme lieu d’inscription de l’habitus de classe.
La sociologie du sport représente dans ce corpus un ensemble peu étoffé, quoique présent. Elle semble s’appuyer sur un nombre restreint de travaux et de chercheurs et rester de ce fait un domaine d’étude peu investigué. Est-ce réellement le cas ? Une étude plus approfondie de l’univers de la production devrait nous renseigner sur la réalité de ce constat.
La faible visibilité de la sociologie du sport est en tout cas indéniable.
On pourrait faire l’hypothèse d’une faiblesse quantitative et qualitative des travaux dans le domaine. Discipline jeune, elle ne renfermerait que peu de travaux sociologiques dignes de constituer une spécialité à part entière. Le mode de structuration de la discipline et de ses chercheurs peut, lui aussi, empêcher la visibilité des travaux sur la scène sociologique.
Plusieurs questions émergent : quels sont les travaux dans ce domaine de connaissance ? Où se diffusent les connaissances de ce secteur de recherche ? Peut-on évaluer le volume et la diversité des travaux produits ? Qui travaille sur ce thème et dans quels laboratoires ? Quelles sont les appartenances institutionnelles ? Comment est structurée la sociologie du sport ? Autant d’interrogations dont les réponses devraient permettre de mieux comprendre sa position en retrait.
Finalement, nous sommes confrontés à un problème de construction disciplinaire qui renvoie à des questions institutionnelles, humaines et cognitives. Nous tenterons, à travers l’étude de corpus définis, d’apporter des éléments de réponse.
 
III.Les territoires de la sociologie du sport
 
 
1.Les lieux de production
Dans cette partie, l’étude porte sur les articles de périodiques (français) afin de repérer les territoires investis par la sociologie du sport et compléter l’analyse du premier chapitre. La question centrale est la suivante : si la sociologie du sport diffuse peu ses connaissances dans les grandes revues généralistes de la sociologie alors, où le fait-elle ?
Nous avons procédé par croisement des données issues de deux sources : la base de données Francis [14] (qui présente une bibliographie multilingue pour les sciences humaines, sociales et économiques issue de 9 000 périodiques) et la base Héraclès [15] (répertoriant toutes les parutions sur le sport et les domaines proches). Nous avons consulté uniquement la production de langue française et retenu les périodiques français dans ces catalogues. Deux cent soixante-deux articles de revues sont répertoriés dans ces deux bases, le premier au début des années 1960, le dernier en 2000, ce qui représente un corpus relativement faible pour une quarantaine d’années malgré la jeunesse de la discipline (75 % des articles se situent dans la période des années 1990-2000). Les articles s’éparpillent dans soixante-cinq revues différentes que nous avons classées en cinq catégories (les revues scientifiques disciplinaires ou pluridisciplinaires proches des sciences sociales, les revues scientifiques des STAPS [16], les grandes revues d’opinion, les revues grand public, les revues du monde de l’Éducation physique et sportive scolaire, les revues sportives et fédérales). Les données recueillies permettent de faire des regroupements et de mettre en évidence certains points saillants.
Si la sociologie du sport est peu présente dans les grandes revues généralistes de sociologie, elle trouve, en revanche, une place dans d’autres revues sociologiques ou ethnologiques (les frontières disciplinaires sont souvent ténues). Ces articles représentent 30 % de l’ensemble des articles et peuvent concerner des revues sociologiques généralistes mais significatives d’un courant (comme la revue Sociétés de M. Maffesoli), des revues plus spécialisées comme les Annales de la recherche urbaine (pour la sociologie urbaine), des revues ethnologiques (Terrain, Ethnologie française...), des revues scientifiques pluridisciplinaires (Communications, Sociétés et représentations, Réseaux pour ce qui touche aux sciences de l’information et de la communication).
30 % des articles se trouvent dans des revues émanant du domaine des STAPS (Revue STAPS et Science et motricité) dans lequel deux revues sont plus ciblées sur la sociologie (Corps et culture et Quel corps ?). Si l’on groupe les articles des STAPS avec ceux de l’EPS (Revue EPS, Revue DIRE en APS, Revue Spirales, Hyper...) (en tant que domaine d’application) on obtient 43 % des articles. Si l’on ajoute à cela les revues sportives (Sport et plein air, Golf magazine, Subaqua...) on obtient près de 56 %.
Enfin, 30 % des articles recensés sont écrits dans des revues non scientifiques destinées au grand public (Phosphore, L’étudiant...), revues d’opinion ou de vulgarisation scientifique (Sciences humaines, Esprit, Le Débat...) auxquelles on peut ajouter les revues du monde de l’EPS et du monde sportif.
Pour finir, on peut souligner la place particulière des articles de sociologie du sport dans les revues scientifiques. Le sport est présent mais apparaît de manière toujours ponctuelle et rassemblée sous la forme de dossier à la faveur de grands événements sportifs. Si l’année 1998 est particulièrement riche en numéros spéciaux (trois dont un sur le football et un autre sur le spectacle sportif) ce n’est certainement pas sans lien avec l’organisation par la France de la coupe du monde.
Les lieux de productions non scientifiques sont nombreux pour le domaine (le tiers de la production étudiée), cela confirme les hypothèses de difficulté de reconnaissance scientifique de la discipline, mais en même temps laisse penser qu’il existe une demande sociale de ces analyses qui trouvent des supports dans les revues pour le grand public et dans les revues sportives les plus diverses.
Enfin, le domaine de la sociologie du sport reste attaché à celui des STAPS et de l’EPS. Ce constat rejoint les analyses de B. During (1979 et dans ce numéro) ou R. Thomas (1987) sur les courants de la sociologie du sport et leur inscription dans le monde des enseignants d’EPS. Il pose cependant un problème plus général relatif au statut et à la place des STAPS comme lieu de recherche scientifique au sein de l’univers scientifique général. La confidentialité de la recherche dans ce domaine laisse penser que le travail scientifique (ici sociologique) effectué en son sein est peu connu et reconnu par la communauté scientifique de la discipline mère (la sociologie). Une étude de la structuration des laboratoires et des chercheurs devrait nous éclairer sur ce point.
2.Les acteurs et les laboratoires
Les acteurs marquants ont été identifiés à partir de trois sources : le volume des productions, les directions de thèses, la présence aux colloques (repérés par les Actes). Afin de bien identifier les laboratoires nous avons consulté les annuaires du CNRS recensant les personnels et les structures de recherche. Nous avons consulté les annuaires sur papier et les annuaires en ligne sur internet [17] pour obtenir les dernières réactualisations.
La combinaison des sources permet de dresser deux profils typiques :
Les chercheurs qui travaillent principalement sur le sport et pour une bonne part (voire exclusivement) sur la sociologie du sport. On y trouve :
les chercheurs du laboratoire de sociologie de l’INSEP [18] avec successivement C. Pociello, C. Louveau, P. Irlinger puis P. Duret et enfin P. Mignon. Leurs parutions sont dans l’ensemble denses et leurs présences aux colloques très fréquentes ;
l’équipe « Jeux et sports » de P. Parlebas appartenant au LEMTAS [19] de Paris V (EA 246) visible notamment par le nombre d’étudiants ayant soutenu leur thèse dans le domaine de la sociologie du sport. B. During appartient à ce groupe ;
le Centre de recherche et d’innovation sur le sport (CRIS) de l’UFRAPS de Lyon dirigé par P. Arnaud dans lequel on retrouve J. Camy, M. Fodimbi ; il est visible à tous les niveaux : production, participation aux manifestations et thèses dirigées ;
le Centre de recherche sur la culture sportive du département STAPS d’Orsay (Paris XI) avec à sa tête C. Pociello, on y trouve J. Defrance jusqu’au début des années 1990 ;
le groupe de « Corps et culture » autour d’Y. Le Pogam et dans lequel on retrouve entre autres C. Pigeassou, G. Lacroix (pour ce qui concerne la sociologie du sport proprement dite). Ce groupe est présent dans les colloques et dans les parutions notamment à travers la revue Corps et culture ;
le laboratoire d’Études et recherches sur l’offre sportive (EROS) de Grenoble avec P. Chifflet, B. Chantelat. Ce groupe est moins visible quantitativement que les précédents ;
le Centre d’Études des transformations des activités physiques et sportives (CETAPS) de Rouen dirigé un temps par C. Louveau. A. Loret appartient à ce laboratoire, A.-M. Waser y a appartenu également.
Nous n’avons pas retenu les acteurs se situant dans un champ proche comme l’anthropologie par exemple. De plus, certains acteurs apparaissent mais sans ancrage institutionnel réel. C’est le cas du courant critique de J.-M. Brohm. Ils s’organisaient autour de la revue Quel corps ? (jusqu’en 1997). C’est à travers les ouvrages de J..M. Brohm et les articles de la revue Quel corps ? que le courant émerge mais il est peu présent dans les colloques et manifestations.
Les chercheurs travaillant sur le domaine, mais dans des laboratoires (de sociologie ou d’ethnologie) dont le sport n’est qu’un des thèmes (où le thème du chercheur lui-même) :
J.-P. Callède est un des personnages les plus marquants du champ par le volume de sa production. Il est chargé de recherche au CNRS (Bordeaux) et rattaché au GEMAS (Groupe d’étude des méthodes d’analyse sociologique) de Paris IV dirigé par R. Boudon et M. Cherkhaoui (selon l’annuaire du CNRS) ;
C. Bromberger est très présent dans l’univers de la sociologie du sport (dans une perspective ethnologique). Il est directeur d’un laboratoire d’ethnologie : l’Institut d’ethnologie méditerranéenne et comparative (IDEMEC, UMR 6591) à Aix-Marseille dont un thème est centré sur les pratiques sportives et les rituels dans le monde contemporain (annuaire en ligne du CNRS) ;
J.-M. Faure fait partie du Centre de recherche interdisciplinaire sur l’histoire du monde occidental à l’université de Nantes [20]. On y retrouve C. Suaud. Il est surtout rattaché à l’ancien laboratoire de P. Bourdieu : le Centre de sociologie de l’éducation et de la culture (qui a fusionné avec le Centre de sociologie européenne) ;
P. Gaboriau fait partie du SHADYC (Sociologie, Histoire, Anthropologie des dynamique culturelles) dirigé par J.-L. Fabiani (UMR 8562) (CNRS-EHESS) qui présente un thème sur la sociologie des sports et des loisirs.
On peut citer aussi G. Vigarello (directeur du Centre d’étude transdisciplinaire [Sociologie, Anthropologie, Histoire], CETSAH, URA 883 dans lequel on retrouve A. Erhenberg), J.-P. Augustin (membre de la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine et professeur de géographie, CESURB/Bordeaux), P. Sansot (au Centre d’études des pratiques sociales [CEPS] à Grenoble), D. Le Breton (Laboratoire de sociologie de la culture européenne de Strasbourg II (ESA 7043) dirigé par P. Watier) et A.-M. Waser (présente un temps en STAPS et membre détaché au sein du Centre de sociologie européenne de P. Bourdieu).
Finalement, les sociologues du sport travaillant exclusivement sur le sport appartiennent majoritairement au monde des STAPS, six groupes occupent largement le domaine. Un seul n’a pas d’accroche institutionnelle réelle ni d’organe de visibilité depuis la disparition en 1997 de sa revue, c’est le courant critique de J.-M. Brohm. Ces six groupes s’inscrivent tous dans des laboratoires exclusivement centrés sur le sport.
On peut recenser un groupe institutionnalisé dans le domaine de la sociologie (hors STAPS) dont les travaux portent sur les sports (mais aussi les jeux et l’éducation physique). C’est l’équipe de P. Parlebas dans laquelle nous retrouvons B. During à Paris V [21].
On trouve ensuite dix chercheurs réellement impliqués dans l’univers de la sociologie du sport mais travaillant dans un laboratoire aux thématiques plus larges et dont tous les travaux ne portent pas sur le thème du sport (J.-P. Augustin, C. Bromberger, J.-P. Callède, A. Ehrenberg, J.-M. Faure, P. Gaboriau, D. Le Breton, P. Sansot, G. Vigarello, A.-M. Waser). Ces auteurs sont peu nombreux par rapport aux précédents, mais sont très présents dans le domaine de la sociologie du sport par le jeu combiné des productions, participations aux colloques et directions de thèses.
L’étude des annuaires les plus récents du CNRS montre que le sport est un objet assez peu présent ou peu revendiqué dans les thématiques de laboratoires. On ne compte que deux équipes du CNRS dont au moins un des thèmes de recherche porte explicitement sur le sport (l’IDEMEC dirigée par C. Bromberger et le SHADYC dirigé par J.-L. Fabiani).
Deux autres laboratoires CNRS signalent des thématiques approchantes (le CETSAH dirigé par N. Lapierre et G. Vigarello et le Laboratoire de sociologie de la culture européenne à Strasbourg).
Enfin, dans l’annuaire en ligne le plus récent, un GDR (2322) (groupement de recherches) porte sur le thème « Anthropologie des représentations du corps : corps indigne, corps pollué, corps extrême » dirigé par G. Boetsch depuis 2001 en partenariat avec les universités d’Aix-Marseille II et Bordeaux II. Il pourrait laisser croire à une possibilité de travail sur le thème du sport ou des sports extrêmes [22].
On peut remarquer que la majorité des actions du CNRS, comme ses laboratoires, concerne des chercheurs extérieurs aux STAPS. On est là face à une contradiction apparente ; la sociologie du sport est largement investie par les chercheurs des STAPS, mais ceux-ci sont très faiblement présents dans les structures et actions de recherche les plus prestigieuses sur ce thème.
3.Organisation communautaire
Contrairement à l’opinion exprimée par B. Michon [23], l’ensemble des sociologues du sport n’est pas constitué sous la forme d’un désordre aux contours flous (p. 740).
On distingue deux grands groupes dans les chercheurs en sociologie du sport. Le premier est constitué de chercheurs en STAPS dont la grande majorité est issue du monde de l’EPS avec une partie importante venant du laboratoire de sociologie de l’INSEP dont l’origine se trouve dans la création de la nouvelle ENSEP (Thomas, 1987). Le deuxième est celui d’universitaires en sociologie ou disciplines voisines (ethnologie, sociogéographie...) dont certaines thématiques portent sur le sport. Ces deux milieux entrent en interaction lors des manifestations, mais travaillent dans des lieux institutionnels différents (départements universitaires et laboratoires). Ils n’ont pas non plus tout à fait la même visibilité. À quelques exceptions près, ce sont les membres du deuxième groupe que l’on retrouve dans les revues scientifiques nommées dans la partie précédente (Les Cahiers internationaux de sociologie, Les Actes de la recherche en sciences sociales, Terrain, Ethnologie française, Communication, Réseaux...).
Les laboratoires du deuxième groupe sont pour la plupart reconnus par le CNRS alors qu’aucun du premier groupe ne l’est. On ne compte d’ailleurs qu’un seul laboratoire reconnu au niveau national, les autres ne l’étant qu’au niveau de leur université [24]. Dans l’annuaire CNRS de 1998, seul J. Camy apparaît dans la liste des chercheurs comme appartenant à une équipe pluridisciplinaire labellisée par le CNRS.
Cela signifie-t-il qu’il existe deux communautés de chercheurs dans le domaine de la sociologie du sport ?
Pour le premier groupe (celui des chercheurs en STAPS) on peut parler, semble-t-il, d’une communauté. On peut définir une communauté scientifique, d’un point de vue social, comme un ensemble de chercheurs existant par une attache institutionnelle qui fonde sa légitimité et constitue « un moule », forgeant des traditions, des normes, des rites et construisant sa hiérarchie et « son petit terrorisme interne » (G. Duby cité par J.-M. Berthelot, 1998, p. 23-43). Les chercheurs en sociologie du sport issus des STAPS forment bien une communauté à l’histoire particulière, fortement attachée à l’enseignement de l’EPS, à des institutions spécifiques (UEREPS puis UFRSTAPS, INSEP). Si l’on envisage, dans la perspective mertonienne, cette communauté comme régie par un ensemble de normes, alors on peut dire que cette première communauté présente des normes spécifiques qui sont celles proposées par les instances dirigeantes (CNU : 74e section) qui influent sur les carrières, les postes et les responsabilités. Ces règles régissent aussi la diffusion scientifique. Les lieux de diffusion de cette communauté sont identifiables. Ils sont constitués d’ouvrages collectifs, d’articles parus dans des revues du champ des STAPS et de comptes rendus de colloques (souvent organisés par eux-mêmes), et dans certaines revues étrangères (non étudiées ici).
Les chercheurs de l’autre groupe se distinguent par des attaches institutionnelles différenciées, par une formation particulière et extérieure aux STAPS et un univers de production séparé. Les chercheurs publient dans des revues sociologiques de pointe ou dans des ouvrages personnels.
Une communauté scientifique est aussi constituée de réseaux d’échanges [25]. Là encore la forte stabilité des chercheurs du premier groupe lors des ouvrages collectifs et des colloques laissent croire à un réseau bien constitué. Quatre-vingts pour cent des colloques et actes consultés affichent la présence des membres cités dans le groupe des sociologues du sport des STAPS : Pociello, Michon, Bruant, Rauch, Defrance, Le Pogam, Pigeassou, Labridy, Midol, Louveau, Métoudi, Irlinger, Duret, Camy, pour le noyau dur. Des auteurs restent peu présents comme J.-M. Brohm dont la marginalité est certaine. Cette constitution en communauté ou en réseau, n’occulte pas des différences, des tendances ou des écoles différentes (l’analyse de B. During s’attache à les mettre en évidence). L’étude des relations, des réseaux, visibles dans les moments de discussion (colloques) ou d’écriture (revues, ouvrages collectifs) montre que le premier groupe constitué en communauté entre en relation avec le deuxième groupe (on trouve présents dans les manifestations de manière répétée : Augustin, Callède, Faure, Gaboriau, Vigarello, Waser parfois Parlebas, During). En ce sens la communauté des chercheurs sociologues en STAPS est ouverte aux approches sociologiques externes. On trouve, aussi, lors de colloques et dans les actes la présence de sociologues de renom (Maisonneuve, Maffesoli). Les réseaux élargissent la notion de communauté au point de la faire éclater selon certaines analyses [26]. Cette dilution n’est cependant pas réellement à l’œuvre dans le domaine qui nous occupe.
Le deuxième groupe identifié ne semble pas, selon nous, pouvoir être assimilé à une communauté. La diversité des ancrages institutionnels, les relations ponctuelles avec les sociologues du sport, la répartition de leurs travaux dans des revues plutôt généralistes font qu’ils s’identifient plus par rapport à leur champ scientifique d’appartenance général que par référence à leur objet spécifique.
Une communauté scientifique est aussi une communauté cognitive au sens où elle s’articule autour de paradigmes comme l’expliquent les travaux pionniers de Kuhn. Nous avons montré que les deux groupes de sociologues se distinguaient d’un point de vue social, peut-on les distinguer d’après leurs thématiques ? L’analyse de Bertrand During montre qu’à la notion de communauté scientifique comme organisation professionnelle, institutionnelle et historique se combine un ensemble de micro-communautés rassemblées autour d’écoles différentes voire concurrentes. L’univers de la sociologie en STAPS témoigne d’une diversité de paradigmes ou d’écoles avec la domination d’un modèle sur les autres ayant institué une tradition de recherche de « science normale » (c’est la sociologie du sport inspiré des travaux de P. Bourdieu). Voyons à travers les objets d’étude et les thématiques du corpus publié comment se structure l’univers thématique de la sociologie du sport en fonction des acteurs du domaine et des différents groupes mis en évidence.
 
IV.Les thématiques de la sociologie du sport
 
 
Nous allons tenter dans cette partie de croiser les analyses des acteurs et des structures de la sociologie du sport avec les thématiques privilégiées. La question est double : quelles sont les thématiques de la sociologie du sport ? Quelles sont les thématiques privilégiées par chacun des groupes ? Autrement dit, et compte tenu de la visibilité inégale des chercheurs, existe-t-il des thèmes plus porteurs, susceptibles d’intéresser davantage la recherche scientifique dans son ensemble ?
1.Analyse thématique des productions
À partir de cinq cent cinquante productions [27] (articles de périodiques français, chapitres d’ouvrages ou ouvrages complets) nous avons recensé les thématiques les plus fréquentes [28].
Les thèmes dominants sont au nombre de six dans l’ordre décroissant :
le spectacle sportif. Ces articles abordent prioritairement le cas du supportérisme dans le football. L’approche ethnologique de C. Bromberger [29] y occupe une place centrale. On note la présence d’une version critique du spectacle sportif avec J..M. Brohm et les articles de la revue Quel corps ? [30] ;
l’analyse générale du sport ou de la culture sportive dans son ensemble. On peut distinguer des approches qualitatives (des analyses générales du sport dans la société comme celle, pionnière, de Magnane en 1964) et des approches quantitatives. Ces dernières consistent en des mesures du phénomène sportif qui débutent avec les premières enquêtes de l’INSEE (1968 pour l’enquête sur les loisirs) et se poursuivent jusqu’à aujourd’hui ;
la transformation des sports, les nouvelles pratiques de glisse, d’aventure et auto-organisées. Ces pratiques sont celles de la glisse sur air, neige ou eau, les raids aventures, mais aussi les pratiques urbaines auto-organisées (comme le skate-board). On trouve des analyses générales sur les nouvelles pratiques « fun » comme celles de C. Pociello [31] ou A. Loret [32], et celles, plus précises, de B. Chantelat [33] sur le skate-board ;
les réflexions sur la sociologie du sport elle-même. Ces parutions font parfois un point méthodologique sur les outils de mesure sociologique des APS ou présentent des analyses réflexives sur la sociologie du sport elle-même. Ces articles se sont multipliés depuis ceux de C. Louveau, C. Pociello et B. During en 1979 [34]. On compte des manuels comme ceux de R. Thomas, J. Defrance ou C. Pociello [35] ;
les pratiques physiques et sportives traditionnelles dans leur lien avec la culture locale et la culture populaire. Les travaux de J. Camy [36] sur les quilles aveyronnaises ou les fêtes à Givors, de P. Gaboriau et J.-M. Faure [37] sur les pratiques corporelles de la culture populaire, de J.-P. Callède [38] sur la pelote basque, de M. Pigeassou [39] sur les joutes, entrent dans cette catégorie ainsi que les nombreux travaux de P. Parlebas ;
les pratiques sportives comme lieu de distinction sociale et sexuelle. On y trouve le thème des femmes et du sport, bien présent sur l’ensemble de la chronologie (C. Louveau) [40]. On rencontre également le thème du rapport entre sport et classes sociales. Il se situe davantage dans les années 1980 avec les écrits d’Y. Le Pogam, Y. Léziart, J. Defrance [41].
On trouve ensuite une pluralité de thèmes quantitativement équivalents : l’analyse structurale des sports (praxéologie motrice) et sa mise en perspective avec les dimensions sociologiques (travaux de P. Parlebas, B. During), les valeurs et l’éthique du sport (notamment les valeurs de l’olympisme), l’intégration sociale par le sport (dans la période de la fin des années 1980 et 1990), la réussite sportive, sportifs de haut niveau avec les travaux de l’INSEP et de R. Thomas, l’approche socio-économique du sport, les questions de politique sportive locale, le risque et les conduites à risque dans les différents sports.
Enfin, on peut citer les études sur le dopage, le sport et les médias, les organisations sportives (fédérations, clubs...) et les équipements sportifs.
Si l’on s’intéresse aux pratiques étudiées. On note que les travaux peuvent concerner le sport en général ou des pratiques particulières.
Un premier groupe se distingue avec cinq activités prioritaires : le football (avec un pic des productions en 1998), les activités physiques de pleine nature (l’escalade est l’activité la plus représentée), le rugby, l’athlétisme (la course à pied, le jogging et le marathon), les pratiques traditionnelles. Un deuxième groupe, moins dense, s’intéresse aux pratiques urbaines dites « auto-organisées » ou « sauvages » (skate-board, roller, football de rue...), le ski, le tennis (avec les travaux de A.-M. Waser), les sports de combat, la danse, les pratiques de forme.
2.Les thématiques, les acteurs, les structures
La sociologie du sport se répartit en thématiques variées. Celles.ci peuvent s’articuler sous la forme de dyades contradictoires : les pratiques ultramédiatisées et de masse (comme le football) et les pratiques nouvelles alternatives de l’autre (sports de glisse par exemple) ; la pratique sportive institutionnalisée et les pratiques physiques traditionnelles (jeux traditionnels), l’analyse en termes de distinction sociale (et d’exclusion) et l’approche plus ethnologique en termes de relativisme culturel [42]. On peut noter que la répartition par groupe répond à ces distinctions thématiques. Les sociologues des STAPS présentent une grande variété d’approches puisqu’ils s’inscrivent dans les diverses thématiques évoquées. Pour les thèmes privilégiés ils se positionnent davantage sur l’axe : pratiques nouvelles (fun, glisse, activités de pleine nature), pratiques institutionnalisées, approches en termes de distinction sociale. Ils présentent aussi l’essentiel des auteurs qui concernent les écrits réflexifs sur la sociologie du sport. Ce dernier point nous semble particulièrement révélateur d’une instabilité du domaine. Les analyse de J.-M. Berthelot (1996) ont montré qu’une discipline pouvait se représenter selon une structure en étoile avec des branches interpénétrant d’autres domaines (pour le cas des STAPS cette pénétration est multiple. Elle implique à la fois des disciplines voisines : ethnologie... et les disciplines mères instituées en dehors : la sociologie pour le cas qui nous intéresse). Le cœur est la partie spécifique du domaine, ce qui en fait la caractéristique, mais ce cœur est instable et fragile, sans cesse menacé. C’est par un travail d’autoréflexion assez fort, nous dit l’auteur, qu’une certaine stabilité peut être trouvée. Notre hypothèse de la domination du groupe des sociologues des STAPS trouve ici une forme de confirmation. La reconstruction théorique permanente du domaine témoigne d’une volonté de construction disciplinaire forte en rapport avec une incertitude et une difficulté de reconnaissance. Ce constat est renforcé par le caractère parfois partial des analyses ou des manuels qui analysent le champ de la sociologie du sport en imposant l’image d’une sociologie aux objets stabilisés et identifiables. C’est le cas pour l’ouvrage de C. Pociello (1999) déjà cité qui conclut que la sociologie du sport présente trois grands objets : un aspect économique (avec une sociologie de la demande de produits sportifs), une sociologie des organisations sportives et une sociologie de la culture sportive (des classes sociales et du champ sportif). L’activité sociologique y est réduite, lissée et orientée vers les thématiques du groupe qu’il représente dans un but de stabilisation et de domination. La réalité révèle, en fait, une activité beaucoup plus dense. La communauté des sociologues en STAPS s’organise en effet en des ensembles diversifiés dans lesquels le groupe attaché à la sociologie de P. Bourdieu semble assurer, du moins dans ses revendications, une position de leader. À côté de lui se placent d’autres approches, organisationnelle (Chifflet), urbaine (Chantelat).
Le groupe des sociologues généralistes du sport s’inscrit davantage dans les thèmes du sport hypermédiatisé (football), des pratiques traditionnelles (P. Parlebas, P. Gaboriau, J.-P. Callède...), et des pratiques physiques populaires en termes d’éléments d’une culture populaire plus générale (P. Sansot).
C’est donc au travers de deux éléments centraux que la sociologie s’intéresse au sport : les pratiques à fort impact social et ultramédiatisées comme le football et les pratiques physiques traditionnelles comme éléments de la culture. Il existe bien une différenciation thématique des acteurs (et des structures). Les sujets « porteurs » (ou du moins visibles dans la communauté sociologique générale) semblent répondre à deux logiques. La première est celle de l’importance et de l’impact social d’une pratique. À cet égard le football est l’activité la plus représentative de ce phénomène sportif de masse. La deuxième est apparemment contradictoire et ne répond plus à cette logique de mondialisation mais à une logique du local, du singulier : les pratiques corporelles comme reflet d’une culture particulière (populaire notamment). Ainsi sont explorés deux grands pôles des pratiques physiques : à la fois leur généralisation, uniformisation, mondialisation et à l’opposé leur particularité et leur inscription dans un tissu culturel singulier. Finalement, les sociologues et la sociologie en général s’intéressent au sport lorsqu’il mobilise l’opinion mondiale ou lorsqu’il se fond dans la culture locale comme pilier d’une identité groupale.
Le deuxième point important à relever est la contradiction entre la diversité des thèmes des sociologues du sport dans leur ensemble et le petit nombre de ceux qui pénètrent le monde de la sociologie. Ce phénomène est à mettre en rapport avec le déséquilibre constaté au niveau des acteurs entre l’ensemble des chercheurs et ceux qui bénéficient d’une bonne visibilité dans les organes de diffusion de la connaissance sociologique. Il y a là, à notre avis, un problème de structuration disciplinaire et communautaire fondamental qui confine certains chercheurs dans un univers clos et dévalorisé.
 
V.Conclusion générale
 
 
Sans vouloir répéter les conclusions partielles déjà développées, nous pouvons souligner la place mineure du sport comme objet d’étude dans la sociologie. C’est un objet mal aimé et délaissé même s’il n’est pas absent.
La première hypothèse permettant d’expliquer ce phénomène est d’ordre axiologique. Elle est liée à une hiérarchie des objets sociaux et culturels dans laquelle le corps, les pratiques ludiques occupent une place minorée. Ce n’est qu’au travers d’objets plus nobles que le sport émerge péniblement : le loisir (lorsqu’il est une condition de libération de l’homme et s’articule avec le travail), le corps et la culture. La sociologie du sport telle qu’on la trouve dans les organes reconnus de la recherche (CNRS) est la plupart du temps intégrée à des objets sociologiques plus larges.
La deuxième hypothèse est institutionnelle. Si le sport est un objet peu reconnu par la sociologie, il n’en existe pas moins une sociologie du sport relativement active. Celle-ci est essentiellement rattachée à la filière STAPS dans l’université et à l’INSEP. Cette organisation crée un isolement certain et un fonctionnement en autarcie préjudiciable à la diffusion des idées.
La reconnaissance scientifique de la filière STAPS est posée. La pluralité des approches scientifiques (psychologie, sociologie, histoire, biologie) (ajoutées à la difficulté de faire la distinction entre professionnalisation et recherche) rend difficile une reconnaissance scientifique du domaine et de ses chercheurs. À cela s’ajoute un élément important que nous n’avons pas encore abordé : celui de la formation des chercheurs en STAPS. Une grande majorité de ceux que nous avons cités sont des professeurs d’EPS qui ont parfois rejoint un troisième cycle en sociologie mais qui, pour une bonne part, n’ont pas de formation universitaire attestée dans le domaine de la sociologie. Dès lors, leur compétence sociologique est difficilement reconnue par les membres de la communauté des sociologues. L’autocélébration n’est pas suffisante.
De plus, l’apparente diversité des thématiques des sociologues du sport en STAPS a longtemps été étouffée par la cristallisation d’un groupe sur des problématiques tout à fait particulières (celles de la sociologie de P. Bourdieu). Par des jeux de pouvoir et de réseaux, la domination a été pesante. Elle a contribué à rejeter les conceptions différentes ainsi qu’à présenter les travaux des sociologues du domaine sur ce sujet comme des illustrations ponctuelles d’une théorie sociologique générale dont l’extension et la puissance occultaient l’originalité des productions sur le sport.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  J.-M. Berthelot, 1996, Les vertus de l’incertitude. Le travail de l’analyse dans les sciences sociales, Paris, PUF.
·  J.-P. Callède, 1995, « La sociologie du sport et l’expérience FSGT », Revue DIRE en EPS, no 56, p. 3-10.
·  D. Crane, 1972, Invisible Colleges : Diffusion of Knowledge in Scientific Communities, Chicago and London, The University of Chicago Press.
·  D. De Solla Price, 1972, Little Science, Big Science, New York, Columbia University Press, 1963 ; trad. franç., Science et suprascience, Paris, Fayard.
·  M. Dubois, 1999, Introduction à la sociologie des sciences, Paris, PUF.
·  B. During, 1979, « Une présence discrète : la sociologie dans les recherches et la formation en EPS », INSEP, Travaux et recherche en EPS, no 4, p. 9-17.
·  P. Irlinger, C. Louveau, M. Métoudi, 27 février 1992, « Sociologie des APS, promenade dans la littérature », Revue STAPS, p. 53-72.
·  G. Klein, 2000, « L’aventure des disciplines : trois thèses dans les études de la science contemporaine », Cahiers internationaux de sociologie, vol. CIX, p. 393-414.
·  B. Latour, S. Woolgar, 1979, Laboratory Life, London, Sage ; trad. franç., 1988, La vie de laboratoire, Paris, La Découverte.
·  Y. Le Pogam, 1995, « L’institutionnalisation d’une équipe de recherche en STAPS : un analyseur transactionnel », Corps et culture, no 1, p. 2-7.
·  B. Michon, 1995, « Éléments pour une histoire de la sociologie du sport en France. Hier, aujourd’hui, demain », dans Sport, relations sociales et actions collectives, Actes du colloque de Bordeaux, Éd. MSHA, p. 735-740.
·  R. Thomas, A. Haumont, J.-L. Levet, 1987, Sociologie du sport, Paris, PUF.
·  D. Vinck, 1995, Sociologie des sciences, Paris, A. Colin.
 
NOTES
 
[1] A. Akoun, P. Ansard, 1999, Dictionnaire de sociologie, Paris, Le Robert-Seuil ; J..M. Berthelot (sous la direction de), 2000, La sociologie française contemporaine, Paris, PUF ; R. Boudon, 1992, Traité de sociologie, Paris, PUF ; R. Boudon et al., 1999, Dictionnaire de sociologie, Paris, Larousse ; E. Coiffier et al., 1990, Sociologie basique, Paris, Nathan ; Collectif, 1998, Dictionnaire de la sociologie, Encyclopedia Universalis, Paris, Albin Michel ; J.-P. Durand, R. Weil, 1999 (1re éd. 1997), Sociologie contemporaine, Paris, Vigot ; G. Ferréol et al., 1995 (1re éd. 1991), Dictionnaire de sociologie, Paris, A. Colin ; G. Ferréol et J.-P. Noreck, 1993 (1re éd. 1989), Introduction à la sociologie, Paris, A. Colin ; H. Mendras, 1988, Éléments de sociologie, Paris, A. Colin ; M. Verret, H. Mendras, 1988, Les champs de la sociologie, Paris, A. Colin.
[2] On peut y trouver l’ouvrage de C. Pociello (Sport et société, XI, Paris, Vigot, 1981).
[3] Avec son univers social (acteurs, groupes, institutions...) et cognitif (thématiques, controverses...).
[4] M. Coornaert, 1979-1980, « Règle et morale dans le sport », L’Année sociologique, 3e série, vol. 30, p. 161-202.
[5] J. Larrue, 1965, Loisirs ouvriers chez les métallurgistes toulousains, Paris - La Haye, Mouton ; J. Dumazedier, A. Ripert, 1966, Loisir et culture, Paris, Seuil.
[6] G. Magnane, 1964, Sociologie du sport, Paris, Gallimard.
[7] J. Dumazedier, A. Ripert, 1963, « Où en est la sociologie du loisir et la culture populaire », no 1, janvier-mars, p. 41-52 ; J. Dumazedier, « Contenu culturel du loisir ouvrier dans six villes d’Europe », id., p. 12-21 ; E. Morin, 1966, « Adolescents en transition. Classe adolescente et classes sociales, aspiration au divertissement et aspiration à la vie bourgeoise dans une commune du Sud-Finistère », RFS, 7 (4), octobre-décembre, p. 435-455 ; J. Dumazedier, J. Markiewicz-Lagneau, 1970, « Société soviétique, temps libre et loisir, 1924-1964 », RFS, 11 (2), avril-juin, p. 221-229.
[8] R. Bernard, M. Buisson, J. Camy, L. Roulleau-Berger, G. Vincent, 1981, Éducation, fête et culture, Lyon, PUL.
[9] Op. cit. (4 (4), octobre-décembre, 1965, p. 346) ; M. Bouet, 1968, Signification du sport, Paris, Éd. Universitaire (12 (2), avril-juin 1971, p. 263-364) ; J.-M. Brohm, 1977, Sociologie politique du sport, Paris, Delarge (18 (3), juillet-septembre 1977, p. 521-523) ; P. Yonnet, 1985, Jeux, modes et masses, Paris, Gallimard (28 (2), avril-juin 1987, p. 367-370) ; P. Parlebas, 1986, Éléments de sociologie du sport, Paris, PUF (28 (3), juillet-septembre 1987, p. 547-550) ; J.-P. Callède, 2000, Les politiques sportives en France. Éléments de sociologie historique, Paris, Economica (41 (3), octobre-décembre 2000).
[10] P. Parlebas, 1987, op. cit. (Cahiers, vol. LXXXV, 1988, p. 377) ; P. Sansot, 1990, Le rugby est une fête, Paris, Plon (Cahiers, vol. XC, 1991, p. 201-201).
[11] D. Le Breton, 1988, Corps et sociétés. Essai de sociologie et d’anthropologie du corps, Paris, Librairie des Méridiens (Cahiers, vol. LXXXIV, 1988, p. 189-190) ; 1990, Anthropologie du corps et de la modernité, Paris, PUF (Cahiers, vol. LXXXIX, 1990) ; 1991, Passions du risque, Paris, Éd. Métailié (Cahiers, vol. XCII, 1992, p. 218).
[12] M. Clouscard, 1963, « Les fonctions sociales du sport », Cahiers, vol. XXXIV, p. 125-136 ; P. Lucas, 1978, « Le travail-gymnaste : rites mineurs du pays minier », Cahiers, vol. LXIV, p. 83-102 ; P. Sansot, 1984, « Une sociologie des émotions sportives », Cahiers, vol. LXXVII, p. 323-338 ; 1991, « Le tour de France : une forme de liturgie nationale », Cahiers, vol. LXXXVI, p. 91-105 ; A. Ehrenberg, 1988, « L’âge de l’héroïsme. Sport, entreprise et esprit de conquête dans la France contemporaine », Cahiers, vol. LXXXV, p. 197-224 ; P. Baudry, 1992, « Les rituels dans les arts martiaux », Cahiers, vol. XCII, p. 143 à 161 ; A. Rauch, 1995, « La boxe : le ring et l’écran », Cahiers, vol. XCVIII, p. 5-22 ; Y. Le Pogam, 1995, « Imaginaire sportif et fantasme de la performativité », Cahiers, vol. XCVIII, p. 23-41 ; O. Pécard, 1998, « Une pratique ludique urbaine : le skateboard sur la place Vauquelin à Montréal », Cahiers, vol. CIV, p. 185-202.
[13] La part des écrits de P. Bourdieu sur le sport proprement dit reste faible si on la rapporte à l’ensemble de son œuvre : quelques conférences reprises dans certains de ses ouvrages. On peut citer trois articles : « Comment peut-on être sportif ? » (reprise d’une conférence intitulée « Pratiques sportives et pratiques sociales » exposée au VIIe Congrès international de l’HISPA, à l’INSEP en 1978 et reprise dans Questions de sociologie) ; « Programme pour une sociologie du sport » (conférence donnée au VIIe Symposium de l’ICSS à l’INSEP en 1983 reprise dans Choses dites) ; « Les Jeux olympiques. Programme pour une analyse » (communication au congrès de la Philosophical Society for the Study of Sport, Berlin, 1992 et publiée en 1993 dans les Actes de la recherche en sciences sociales, no 103, p. 102-103). On peut ajouter un passage de La distinction. Critique sociale du jugement, Paris, Minuit, 1992, p. 231 à 246.
[14] Consultable sur les Cd-ROM de la Bibliothèque nationale de France.
[15] wwwwww. sportdoc. unicaen. fr/ heracles
[16] Les STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives) constituent la 74e section du CNU. Elles proposent tout un enseignement et une recherche liés aux pratiques ludo-motrices (jeux physiques, sports, activités artistiques comme la danse...).
[17] Annuaires-papiers : Sociologie française et francophone, éd. du CNRS, 1998 ; Annuaire des unités et des personnels de recherche, Département des sciences de l’homme et de la société, CNRS, 1994, 1998. Annuaire en ligne : wwwwww. cnrs. fr
[18] L’INSEP (Institut national du sport et de l’éducation physique) créé depuis 1975 et résultat de la fusion entre l’ENSEP (École normale supérieure d’éducation physique) et l’INS (Institut national du sport) propose, outre la préparation des athlètes de haut niveau et leur formation professionnelle aux métiers du sport, un département de la recherche organisé en laboratoires dont un est centré sur la sociologie.
[19] LEMTAS : Laboratoire d’études des méthodes et des techniques de l’analyse sociologique.
[20] Les traces de ce laboratoire restent très floues.
[21] Bien qu’organisée au sein d’une UFR de sociologie, l’équipe « Jeux, sports et sociétés » de P. Parlebas n’est pas complètement extérieure au domaine des STAPS puisque P. Parlebas est au départ enseignant d’EPS et qu’il a été chercheur à l’INSEP et que B. During, quoique professeur de philosophie, a passé l’agrégation d’EPS et exerce en tant que professeur en STAPS. Les trajectoires de ces deux chercheurs et leur position d’intériorité et d’extériorité par rapport aux domaines de la sociologie et des STAPS est tout à fait intéressante.
[22] Un GDR a déjà porté exclusivement sur le sport (GDR 1094) sur la période de 1992 à 1996. On remarque aussi la mobilisation sociologique au sein du CNRS autour de la question du dopage. En 1996, le CNRS (avec la participation du ministère de la Jeunesse et des Sports) a également mis en place une démarche de réflexion et d’expertise scientifique collective sur les problèmes de dopage. Des comités thématiques d’experts ont été mis en place. Pour l’aspect sociologique on retrouve : B. During, J.-M. Faure, P. Parlebas et A.-M. Waser sur les aspects culturels et sociaux du dopage.
[23] B. Michon, « Éléments pour une histoire de la sociologie du sport en France. Hier, aujourd’hui, demain », dans Sport, relations sociales et actions collectives, Actes du colloque de Bordeaux, Éd. MSHA, 1995, p. 735 à 740.
[24] La reconnaissance sous la forme du BQR (Bonus qualité recherche) est une reconnaissance de l’université et permet d’obtenir des crédits, mais est différente d’une reconnaissance nationale (les critères de sélection sont alors différents).
[25] « Les scientifiques sont, avant tout, des êtres en relations » (D. Vinck, 1995, p. 65). Ces relations s’expriment par des réseaux, des unités relationnelles par lesquelles différents acteurs de la recherche sont liés de façon plus ou moins durable (M. Dubois, 1999). Ils relient certains membres d’une communauté scientifique et sont visibles dans les articles et ouvrages collectifs, dans les différentes manifestations mais aussi dans les citations mutuelles. La dimension sociale est doublée d’une dimension cognitive, les réseaux réunissent les individus en fonction d’intérêts cognitifs communs (D. J. Solla Price, 1963, 1972 ; D. Crane, 1972 ; B. Latour et S. Woolgar, 1979).
[26] G. Klein, 2000, « L’aventure des disciplines », Cahiers internationaux de sociologie, vol. CIX, p. 393-414.
[27] Ces références sont obtenues à partir du croisement des bases de données déjà mentionnées.
[28] Une analyse thématique de la production en sociologie du sport a été proposée par P. Irlinger, C. Louveau et M. Métoudi en 1992 (« Sociologie des APS, promenade dans la littérature », Revue STAPS, 27 février 1992, p. 53-72). La classification, bien qu’intéressante, n’a pas été retenue puisqu’elle ne définissait pas rigoureusement l’objet d’étude. On trouve ainsi des productions relatives au sport ou à l’EPS, certaines relèvent plus de la didactique que de la sociologie.
[29] Pour chacun des auteurs évoqués nous citerons une ou deux références indicatives. C. Bromberger, 1995, Le match de football : ethnologie d’une passion partisane à Marseille, Naples et Turin, Paris, Maison des sciences de l’homme.
[30] J.-M. Brohm, 1993, Les meutes sportives : critique de la domination, Paris, L’Harmattan ; 1990, « Le spectacle du football impérialiste », Quel corps ?, no 90, p. 8-13.
[31] C. Pociello (sous la direction de), 1981, Sports et société. Approches socioculturelles des pratiques, Paris, Vigot.
[32] A. Loret, 1995, Génération Glisse : dans l’eau, l’air, la neige... La révolution du sport des « années fun », Paris, Autrement.
[33] B. Chantelat, 1998, « Lieux et déplacements sportifs auto-organisés dans la ville », Agora, no 13, p. 15-28.
[34] C. Louveau, C. Pociello, 1979, « Le pluriel a son importance ou sociologie des pratiques sportives », INSEP, Travaux et recherche en EPS, no 4, p. 15-24 ; B. During, 1979, « Une présence discrète : la sociologie dans les recherches et la formation en EPS », INSEP, Travaux et recherche en EPS, no 4, p. 9-17.
[35] R. Thomas et al., 1987, Sociologie du sport, Paris, PUF ; R. Thomas, 1993, Sociologie du sport, Paris, PUF, « Que sais-je ? » ; J. Defrance, 1995, Sociologie du sport, Paris, La Découverte, coll. « 128 » ; C. Pociello, 1999, Sport et sciences sociales, histoire, sociologie, prospective, Paris, Vigot.
[36] J. Camy, 1995, « Les quilles en Gascogne : entre jeu et sport », Terrain, t. 25, p. 61-72.
[37] P. Gaboriau, 1983, « Sport populaire et pratiques symboliques nouvelles », Ethnologie française, t. 83, no 2, p. 151-162 ; J.-M. Faure, 1989, « La culture populaire et le sport », Science et motricité, no 8, p. 18-26.
[38] J.-P. Callède, 1987, « Les jeux de pelote basque à Bordeaux : de l’identité culturelle au loisir sportif », dans Sport et changement social, Actes des premières journées d’étude de Bordeaux, p. 27-42.
[39] C. Pigeassou, 1995, « Les joutes languedociennes : le prix de la tradition dans les enjeux de la modernité », dans colloque Sport et culture traditionnelle, IRS imp., p. 24.32.
[40] C. Louveau, 1981, La femme d’aujourd’hui et le sport, Amphora ; 1998, Sports, école et société : la différence des sexes, Paris, L’Harmattan.
[41] Y. Léziart, 1989, Sport et dynamique sociale, Paris, Action ; J. Defrance, 1976, « Esquisse d’une histoire sociale de la gymnastique », Les Actes, no 3, p. 22-46.
[42] Distinction déjà proposée par J.-P. Callède, 1995, dans « La sociologie du sport et l’expérience FSGT », Revue DIRE en EPS, no 56, p. 3 à 10.
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A. Akoun, P. Ansard, 1999, Dictionnaire de sociologie, Par...
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[2]
On peut y trouver l’ouvrage de C. Pociello (Sport et socié...
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[3]
Avec son univers social (acteurs, groupes, institutions......
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[4]
M. Coornaert, 1979-1980, « Règle et morale dans le sport »...
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[5]
J. Larrue, 1965, Loisirs ouvriers chez les métallurgistes ...
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[6]
G. Magnane, 1964, Sociologie du sport, Paris, Gallimard. Suite de la note...
[7]
J. Dumazedier, A. Ripert, 1963, « Où en est la sociologie ...
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[8]
R. Bernard, M. Buisson, J. Camy, L. Roulleau-Berger, G. Vi...
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[9]
Op. cit. (4 (4), octobre-décembre, 1965, p. 346) ; M. Boue...
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[10]
P. Parlebas, 1987, op. cit. (Cahiers, vol. LXXXV, 1988, p....
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[11]
D. Le Breton, 1988, Corps et sociétés. Essai de sociologie...
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[12]
M. Clouscard, 1963, « Les fonctions sociales du sport », C...
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[13]
La part des écrits de P. Bourdieu sur le sport proprement ...
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[14]
Consultable sur les Cd-ROM de la Bibliothèque nationale de...
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[15]
wwwwww. sportdoc. unicaen. fr/ heracles Suite de la note...
[16]
Les STAPS (Sciences et techniques des activités physiques ...
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[17]
Annuaires-papiers : Sociologie française et francophone, é...
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L’INSEP (Institut national du sport et de l’éducation phys...
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