2002
L'Année sociologique
Logiques sportives et conduites sociales
Sociabilité des pratiquants sportifs
Renaud Laporte
Université Paris XII, UFR SESS, Lasmas-Idl, Lemtas
L’enquête « loisirs 1987-1988 » de l’INSEE est analysée selon une double optique, sportive et de sociabilité, afin d’étudier les rapports existants entre ces deux dimensions. Les résultats classiques montrant que les activités sportives sont pratiquées par les individus les plus favorisés socialement sont retrouvés. Il apparaît également que les sports les plus associés à la sociabilité générale ne sont pas ceux qui mettent les individus en interaction, mais plutôt ceux dans lesquels les individus se confrontent à l’incertitude du milieu de pratique.
The survey « leisure activities 1987-1988 » of the INSEE is analyzed in a double perspective concerning sports and sociability, to study the existing connections between these two dimensions. The classic results – that sport activities are practised by individuals who are better off socially – are re-etablished. It also seems that sports more associated to general sociability are not those which put individuals into situations of interaction, but rather those in which the individual is confronted with the uncertainty of the environment of practice.
La question est ici de savoir quels sont les rapports entre la pratique sportive et la sociabilité. Les différenciations de sociabilité selon les types d’activités sportives ont été plus particulièrement recherchées.
On peut supposer que des liens devraient exister entre ces deux dimensions. En effet, les activités physiques et sportives peuvent être considérées comme une forme de sociabilité. Il est vraisemblable que les modalités de ces activités sont en rapport avec la sociabilité générale, et peut-être de façon plus évidente que pour des variables de position des individus dans la société tels l’âge ou le statut social.
L’hypothèse principale sur laquelle se base ce travail est alors que les activités sportives mettant en relation motrice les individus, sont associées aux plus fortes sociabilités.
La seule étude découverte portant sur ces deux domaines est celle d’Olivier Choquet (Choquet, 1988). Ses résultats établissent d’abord que la pratique sportive est une occasion de sociabilité extérieure à la famille, c’est-à-dire qu’elle s’effectue plutôt avec des amis ou d’autres relations (collègues, voisins, membres d’une association...). Il montre ensuite que les sports de duels se pratiquent plutôt avec des amis. Inversement, les sports individuels sans adversaires se pratiquent plutôt avec des relations autres que les amis et la famille. Les sports collectifs, eux, se partagent entre amis, famille et autres. Cette dernière catégorie d’activités sportives semble donc présenter le spectre le plus large de sociabilité, conformément à l’hypothèse précédente.
C’est à partir d’une enquête existante mais dont la problématique n’était pas orientée vers l’une ou l’autre de ces directions, que leur possible corrélation est étudiée ici. Cette enquête a été réalisée par l’INSEE en 1987-1988 auprès d’un échantillon aléatoire de 15 000 ménages dont furent interrogés 10 872 individus, avec un questionnement s’intéressant à leurs loisirs. L’activité sportive y tient une place importante même si ce n’est pas le sujet principal. Elle est par contre très complète sur les caractéristiques sociodémographiques des individus, comme la plupart des enquêtes de l’INSEE. L’âge, le sexe, la profession, le lieu de résidence et ses caractéristiques, etc., sont autant de variables qui permettront d’explorer les pratiques sportives et la sociabilité.
D’autre part, le questionnaire proposé n’avait pas pour but d’expliciter les relations interpersonnelles des individus, comme par exemple dans l’enquête de l’INSEE « contacts entre les personnes 1982-1983 ». Il a donc fallu construire des variables de sociabilité à partir des données proposées, principalement les occasions de sorties, ainsi que les réceptions et les invitations à déjeuner ou dîner.
2. Construction de la sociabilité
Des études sur la sociabilité ont montré que celle-ci était grandement associée aux occasions de contacts informels, c’est-à-dire non professionnels, les sorties de loisirs en particulier (Forsé, 1993 ; Choquet, 1988). Ce sont ces occasions de contacts informels qui ont été retenues pour servir à la construction de variables de sociabilité. Les fréquences des différentes sorties ou réceptions étaient présentes dans l’enquête. Une analyse factorielle en composantes principales sur ces fréquences a permis de dégager un premier facteur semblant expliquer un volume de sociabilité. En effet, toutes les variables intégrées à l’analyse contribuent au facteur dans le sens positif de la plus grande fréquence. C’est-à-dire qu’un coefficient élevé dans ce premier facteur indique une valeur élevée de fréquentation sociale pour l’individu concerné. D’autre part, ce facteur contribue loin devant les autres à l’inertie de l’analyse (22 % contre 9 % pour le second facteur et 7 % pour le troisième). Le système des différentes variables de contacts sociaux est donc relativement unidimensionnel, une dimension représentée par ce premier facteur. Celui-ci peut être ainsi considéré comme un volume de sociabilité.
Le deuxième facteur est aussi intéressant car il semble opposer une sociabilité « populaire » à une sociabilité « intellectuelle ». Il servira donc à l’analyse en tant que structure culturelle de la sociabilité.
Les variables utilisées pour la construction de la sociabilité sont présentées dans le Tableau 1 ci-dessous. Leurs contributions respectives aux deux premiers facteurs de l’analyse factorielle sont exposées. Ces variables sont ordonnées selon les contributions décroissantes au deuxième facteur ce qui permet de constater l’opposition nette de celles ayant une contribution positive et celles ayant une contribution négative sur ce facteur. Ces dernières semblent en effet correspondre à des pratiques sociales plus intellectuelles que les premières.
Tableau 1. — Variables ayant servi à la construction des variables de sociabilité, ordonnées selon la contribution au deuxième facteur de l’analyse factorielle en composantes principales effectuées sur ces mêmes variables
Source : Enquête « loisirs » réalisée par l’INSEE en 1987-1988.
La sociabilité est observée sous la forme d’un plan factoriel. Les Graphiques 2 et 3 présentés plus loin, sont des exemples de ce plan factoriel. L’axe vertical correspondant au premier facteur représente le volume de sociabilité. L’axe horizontal correspondant au deuxième facteur représente sa structure culturelle. Les modalités des variables à croiser avec cette sociabilité sont alors placées dans ce plan, en tant que variables supplémentaires de l’analyse factorielle. Leur placement les unes relativement aux autres indique lesquelles sont plus particulièrement associées à la sociabilité.
Les variables des activités physiques et sportives, qui nous intéressent dans ce rapport à la sociabilité, ont été construites à partir des questionnements sur les pratiques sportives de la population interrogée dans l’enquête « loisirs ».
Dans cette enquête un chapitre relativement important était consacré aux activités sportives. Étaient proposées tout d’abord des questions sur des activités sportives particulières, dans l’ordre : la randonnée pédestre (qui n’est pas étudiée ici), la randonnée cycliste, les boules, les différents types de gymnastique, les sports collectifs tels le football ou le rugby, et le ski, puis une dernière question ouverte, question balai, sur toutes les autres activités sportives pratiquées.
Ce sont ainsi soixante-cinq activités physiques et sportives qui sont répertoriées comme pratiquées par les répondants (plus quelques sports non spécifiés, classés sous la rubrique « autres sports »). Parmi ces activités sportives, celles pour lesquelles des questions spécifiques étaient posées semblent avoir un taux de réponses très élevé pour le nombre d’activités qu’elles représentent.
Citer des activités et demander à l’individu interrogé s’il les pratique n’est pas identique au fait de lui demander quelles activités il pratique et d’attendre ses réponses. Dans le premier cas il y a presque toujours plus de réponses que dans le second. C’est le genre de problème de formulation de questionnaire mis en évidence par Jean-Paul Grémy (Grémy, 1994).
De ce fait, dans la définition de la pratique sportive, le cyclotourisme, les boules et le ski ont été laissés de côté, car leurs effectifs importants auraient masqué l’effet des autres activités sportives. Ces activités sont donc étudiées à part. Par contre, la gymnastique et les sports collectifs ont été conservés dans la construction des variables sportives. En effet ces deux catégories regroupent chacune plusieurs activités sportives différentes. Il apparaît donc des effectifs plus réduits en considérant indépendamment chaque activité sportive de ces catégories.
Toutes les activités sportives peuvent se réaliser selon trois niveaux de pratique : la pratique occasionnelle, la pratique régulière et la pratique compétitive. Une première variable sportive sera donc définie par le fait de pratiquer au moins une activité sportive à quelque niveau que ce soit. La deuxième sera de pratiquer au moins un sport en compétition, la troisième de pratiquer régulièrement sans compétition et la quatrième de pratiquer occasionnellement uniquement.
Une analyse en termes de logique interne des activités sportives permet de dégager plusieurs autres variables d’activités sportives par la réunification en classes de logique interne définies par Pierre Parlebas (Parlebas, 1986).
Le Graphique 1 ci-dessus présente les classifications effectuées pour toutes les activités sportives répertoriées. L’analyse en termes de logique interne se fera tout d’abord selon les différentes dimensions de celle-ci.
Ainsi qu’il est visible sur le Graphique 1, une activité sportive se décompose dans sa logique interne selon trois dimensions : le fait de se pratiquer avec des partenaires (P) ou non, de se pratiquer avec des adversaires (A) ou non, de se pratiquer dans un milieu certain ou incertain (I). Un partenaire ou un adversaire n’est considéré ainsi qu’à partir de l’instant où il y a interaction ou contre-interaction motrice. C’est-à-dire quand ce partenaire ou cet adversaire influe physiquement sur le jeu du ou des autres joueurs. Le milieu de pratique est « certain » quand il est standardisé et sans variations. Par exemple en athlétisme où les pistes sont plates et standardisées. Le milieu de pratique est « incertain » quand le milieu est changeant et non prédéterminé. C’est le cas de la plupart des activités sportives de pleine nature, comme la voile, l’alpinisme ou la spéléologie.
Graphique 1. — Simplexe selon les trois dimensions de logique interne des activités sportives
(I : avec incertitude de milieu de pratique ; P : avec partenaires ; A : avec adversaires) répertoriées dans l’enquête « loisirs 1987-1988 » (sauf cyclotourisme, boules et ski). Chaque activité indiquée par les répondants a été située dans sa classe correspondante du simplexe (modèle : Parlebas, 1986, p. 80).
Trois variables sont ainsi obtenues par les trois faces entières du simplexe présenté sur le Graphique 1 : les activités sportives avec incertitude du milieu de pratique (Incertitude), celles avec interaction de partenaire (Partenaire) et celles avec interaction d’adversaire (Adversaire). Les huit différentes classes de logique interne, les boules, le cyclotourisme et le ski, sont aussi étudiés lors de l’analyse finale.
Les croisements des variables de sociabilité avec des variables sociodémographiques vont tout d’abord être exposés. Les mêmes croisements sont ensuite établis pour les variables sportives et l’analyse se terminera avec l’étude de la liaison de ces dernières et des variables de sociabilité.
4. Sociodémographie et sociabilité
La sociodémographie est représentée ici par les variables classiques de sexe, d’âge, de niveau de diplôme, de catégorie socioprofessionnelle, d’origine sociale, de nombre de personnes dans le ménage, de type de composition du ménage, de revenu et enfin de catégorie de lieu de résidence. L’origine sociale est approchée par la profession du père.
Graphique 2. — Plan factoriel de l’âge et des professions t catégories socioprofessionnelles selon le volume sur l’axe vertical et la structure de la sociabilité sur l’axe horizontal
L’observation des croisements de la sociabilité et de ces variables sociodémographiques se fait par le placement des modalités de chacune de ces dernières variables dans le plan factoriel de la sociabilité. Cette figure permet d’estimer les relations existant entre ces deux dimensions.
Dans ce plan factoriel, la dimension verticale représente le volume de la sociabilité tandis que la dimension horizontale représente sa structure culturelle. Les différentes modalités des variables analysées conjointement peuvent alors être placées dans cet espace. Un seul diagramme est exposé ici, celui des catégories socioprofessionnelles et de l’âge. Au niveau des catégories socioprofessionnelles, il est frappant de constater qu’il présente des similitudes avec celui de Pierre Bourdieu (Bourdieu, 1979, p. 141) quand il analyse les classes sociales en termes de volume et de structure du capital.
Ce plan factoriel, Graphiques 2 et 3, n’est quantifié sur aucune des deux dimensions, seuls les axes faisant référence à la moyenne globale. C’est-à-dire que le point de croisement des axes indique la moyenne de sociabilité en volume et en structure de l’ensemble des individus interrogés dans l’enquête. Il faut néanmoins avoir à l’esprit que, pour des raisons de lisibilité, la dimension structurelle a été doublée par rapport à celle du volume. Ainsi le graphique présente une surévaluation de la structure par rapport au volume.
Les variables d’âge et de professions et catégories socioprofessionnelles sont disposées ici ensemble de façon à mettre en évidence deux des types de relations qui peuvent apparaître entre les variables sociodémographiques et la sociabilité.
En effet, les professions et catégories socioprofessionnelles traversent le plan factoriel de la zone de faible sociabilité populaire (ouvriers, agriculteurs) jusqu’à la zone de grande sociabilité intellectuelle (cadres supérieurs et professions libérales). Par contre, les âges le font de la zone de grande sociabilité populaire (18 à 24 ans) jusqu’à la zone de faible sociabilité intellectuelle (plus de 64 ans). Les deux directions sont perpendiculaires, ce qui indique l’indépendance des deux variables qu’elles représentent, dans leurs rapports avec la sociabilité. Dans ce cas précis cette indépendance est générale et non restreinte à la seule sociabilité.
D’autres analyses permettent de retrouver les résultats classiques de la sociabilité (voir notamment Forsé, 1991 ; Degenne, Lebeaux, 1991 ; Héran, 1988), c’est-à-dire que les individus ayant le plus de chance d’avoir une grande sociabilité sont des hommes entre 20 et 30 ans, cadres supérieurs ou professions libérales, habitant dans une grande ville (et plus particulièrement à Paris), avec un bon salaire et célibataires, et à l’opposé les individus ayant le plus de chance d’avoir une faible sociabilité sont des femmes agricultrices, plutôt âgées, ayant un salaire faible mais pas minimal, habitant une commune rurale et vivant seules ou à deux.
5. Sociodémographie et pratique sportive
Le croisement des variables sociodémographiques est par ailleurs réalisé avec les variables sportives, afin de se faire une idée plus précise de la valeur de ces variables.
5 A. Pratique régulière, occasionnelle et compétition
Les différences de pratique sportive selon le sexe, l’âge, le niveau de diplôme, la catégorie socioprofessionnelle, le revenu du ménage, le lieu de résidence et le nombre d’individus dans le ménage, sont successivement exposées ci-dessous.
Les femmes sont moins sportives que les hommes : ce fait, qui se retrouve dans tous les résultats d’enquêtes, est confirmé ici. La différence est ici la plus grande dans la pratique compétitive. La pratique sportive diminue avec l’âge et c’est surtout vrai pour la compétition. Le niveau de diplôme offre une relation inverse, c’est-à-dire que la pratique sportive croît avec le niveau de diplôme. C’est vrai pour les pratiques régulières et occasionnelles, mais un peu moins pour la compétition. La catégorie socioprofessionnelle du répondant est un critère important de différenciation de pratique sportive. En effet, les cadres supérieurs et les professions libérales sont les pratiquants sportifs les plus assidus et les ouvriers et les agriculteurs les moins assidus. La compétition présente un profil différent. Les cadres supérieurs et professions libérales ne sont pas particulièrement portés sur la compétition alors qu’ils sont les plus assidus à la pratique sportive, tandis qu’à l’inverse les ouvriers sont très peu assidus en pratique sportive, mais relativement portés sur la compétition. En ce qui concerne le revenu du ménage, le taux de pratique sportive croît avec celui-ci. La pratique de l’activité sportive croît aussi avec l’urbanisation, mais ce facteur est moins important que l’âge, le diplôme ou le revenu du ménage. Paradoxalement la compétition n’augmente pas avec le niveau d’urbanisation : le taux le plus bas apparaît même sur l’agglomération parisienne qui est pourtant le lieu de résidence où la pratique sportive en général s’effectue le plus. Enfin le nombre d’individus dans le ménage n’est pas vraiment un facteur très discriminant de la pratique sportive.
En définitive cette étude de la pratique sportive correspond aux résultats classiques quand il s’agit de pratique régulière ou occasionnelle, et plus particulièrement pour la première (voir notamment Garrigues, 1988 ; INSEP – Irlinger, Louveau, Metoudi, 1987 ; INSEP – sous la direction de Pociello, 1981 ; Thomas, 1983 ; Le Pogam, 1979 ; Leblanc, 1979 ; McPherson, 1978 ; Lüschen, 1962). Les hommes plus que les femmes, les jeunes plus que les vieux, les plus diplômés plus que les moins diplômés, les catégories sociales favorisées plus que les catégories sociales populaires, les riches plus que les pauvres et les urbains plus que les ruraux s’approprient ces activités. La compétition ne se plaque pas exactement sur ce schéma puisque, si elle est principalement l’apanage des hommes et des jeunes, elle traverse les autres catégories sociales selon des fluctuations moins régulières.
Il reste à étudier les variables concernant la logique interne de la pratique sportive selon leur croisement avec les variables sociodémographiques.
5 B. Logique interne de la pratique sportive
Les relations entre la logique interne des activités sportives pratiquées et les variables sociodémographiques sont dans certains cas peu apparentes et dans d’autres plus marquées.
Sur les trois dimensions de logique interne, les femmes pratiquantes sportives sont du côté de l’absence plutôt que de la présence du paramètre. En effet, elles pratiquent moins que les hommes des activités sportives avec partenaire, adversaire ou incertitude. L’âge est une variable très distinctive : elle entraîne des conséquences tranchées quant au traits de logique interne des pratiques sportives adoptées. En effet, plus l’âge avance plus la pratique sportive devient une pratique sans incertitude, ni partenaire, ni adversaire, le plus souvent de la gymnastique d’entretien.
Toutes les autres variables sont bien moins discriminantes. Néanmoins, la pratique avec incertitude est croissante avec le niveau de diplôme, faiblement mais régulièrement. La pratique d’activités sportives avec adversaire ne présente pas de croissance stricte, mais plutôt une opposition entre les peu ou pas diplômés et les autres, les premiers étant moins nombreux dans ce type d’activité. Mais le niveau de diplôme ne différencie pas significativement les pratiques sportives avec partenaire. Le revenu du ménage ne paraît pas être un facteur prépondérant dans la pratique sportive selon les trois dimensions de la logique interne. Il existe quelques différenciations selon les professions et catégories socioprofessionnelles, mais elles sont faibles et ne semblent pas correspondre à l’échelle sociale sauf légèrement pour les activités sportives avec incertitude. Le nombre d’individus dans le ménage semble être un facteur un peu plus déterminant sur les pratiques avec partenaire et celles avec adversaire. En effet il y a une croissance dans les deux cas, à partir de deux individus dans le ménage jusqu’à cinq et plus. Par contre, il ne semble pas y avoir de relation claire avec les activités sportives avec incertitude. Une famille nombreuse va donc de pair avec des activités sportives pratiquées collectivement, mais cette association est de faible valeur. Enfin le lieu de résidence est la variable la moins discriminante sur les trois dimensions. Elle semble même ne pas du tout les différencier. C’est-à-dire que les pratiques sportives avec incertitude ne sont pas plus réalisées par les citadins que par les ruraux, par exemple.
En définitive le sexe, l’âge et dans une moindre mesure l’instruction, jouent le plus grand rôle dans la différenciation de la pratique des activités sportives en termes de logique interne. Les effets des autres variables sont légers et manquant souvent de régularité.
L’analyse proposée va se terminer avec le croisement de la sociabilité et des variables sportives pour pouvoir notamment caractériser la sociabilité selon la logique interne des activités sportives.
6. Pratique sportive et sociabilité
Le Graphique 3, établi ci-dessous, présente le plan factoriel de la sociabilité contenant les variables de pratique sportive, notamment les catégories de logique interne des activités physiques et sportives.
Graphique 3. — Plan factoriel des modalités sportives selon le volume et la structure de la sociabilité. ∅, P, A, I, PA, PI, AI et PAI sont les différentes classes de logique interne des pratiques sportives
Deux modalités, AI et PAI, dépassent du cadre du plan car celui-ci possède le même dimensionnement horizontal que le Graphique 2. Ainsi le point de croisement des axes indique les moyennes de sociabilité de l’ensemble des répondants à l’enquête et non des seuls pratiquants sportifs.
Un regard général sur ce graphique indique une tendance nette pour les modalités sportives à se trouver dans la zone du plan de grand volume et de structure populaire. Toutes sont au-dessus de la moyenne en volume, indiquant ainsi que la pratique sportive s’ajoute à la sociabilité générale : elle n’en est pas une compensation mais une composante. Il n’y a pourtant pas une homogénéité totale des variables sportives. En effet, il est visible qu’à la différence des autres, certaines modalités ont un placement excentré vers une sociabilité intellectuelle, notamment la classe PAI, la classe PI et la modalité de « pratique régulière ». Ceci montre qu’il n’y a pas un cantonnement exclusif des activités sportives dans un seul type de sociabilité, en l’occurrence la sociabilité la plus populaire. D’ailleurs la modalité de « pratique sportive » – qui est le positionnement moyen de toute la population des pratiquants sportifs – se trouve pratiquement à la moyenne en structure de sociabilité, bien que légèrement du côté du populaire.
Des différences nettes apparaissent entre les intensités de pratique. En volume, la compétition et la pratique régulière sont sensiblement au même niveau. Par contre, la pratique occasionnelle est légèrement inférieure, montrant que les plus assidus en pratique sportive ont aussi le plus fort volume de sociabilité. En structure culturelle, l’opposition apparaît entre la pratique régulière, qui se caractérise par une sociabilité plutôt intellectuelle, et la compétition, qui se place très nettement du côté populaire. La pratique occasionnelle est, elle, à peu près à la moyenne des pratiquants sportifs.
Les trois activités sportives qui ont été laissées de côté dans l’analyse effectuée ici – les boules, le cyclotourisme et le ski – ont aussi des relations quelque peu différenciées avec la sociabilité. Si le ski et le cyclotourisme sont relativement proches de la pratique sportive générale, les boules s’en distinguent grandement par un volume très faible, le plus faible de toutes les modalités étudiées ici ; ainsi que par une structure bien plus populaire, et plus pour ceux qui pratiquent régulièrement cette activité sportive que pour ceux qui le font occasionnellement. La pratique des boules, au contraire du ski et du cyclotourisme, irait donc peu dans le sens d’une sociabilité forte.
Il apparaît un ordre régulier entre les trois dimensions « incertitude du milieu de pratique », « partenaire » et « adversaire ». Ainsi la recherche du partenariat dans les activités sportives, dimension qui était supposée, a priori, sociale, est la moins associée au volume de sociabilité. Elle correspond aussi à la sociabilité la plus populaire. Tandis que la recherche des pratiques avec milieu incertain, dont le rapport à la sociabilité ne paraît pas direct, serait plus associée à un grand volume et une structure intellectuelle. Les pratiques avec adversaire se situent entre ces deux placements.
Les différentes classes de logique interne semblent suivre à peu près le même ordre que les dimensions générales partenaire, adversaire et incertitude. Les classes du côté d’une grande sociabilité intellectuelle sont PAI et PI. Les classes à la moyenne sont I, P, A et enfin les classes AI et PA sont associées à une sociabilité populaire et plus réduite en volume.
La classe ∅ (c’est-à-dire les pratiques sportives sans adversaires, ni partenaires se déroulant en milieu certain) se distingue par sa proximité avec l’ensemble des pratiquants sportifs, représenté par la modalité « pratique sportive ». La raison est simplement que 77 % des pratiquants sportifs font au moins une activité sans partenaire, ni adversaire, ni incertitude.
Ainsi les trois classes qui sont le plus du côté d’un grand volume de sociabilité ont l’incertitude en commun, et forment presque l’ensemble de la face incertitude du simplexe de logique interne. Les classes associées à un plus faible volume et à structure populaire, AI et PA, modulent ces résultats. C’est-à-dire que les activités sportives les moins associées à la sociabilité sont celles avec adversaire dans tous les cas, et parfois avec partenaire ou avec incertitude, les deux étant exclusifs.
Ainsi le fait que la dimension partenaire soit moins associée à une sociabilité volumineuse et intellectuelle est essentiellement dû à ce que la classe PA est la plus fournie en pratiquants de toutes les classes avec partenaire, et que celle-ci est elle-même grandement du côté d’une sociabilité plus populaire et d’un volume plus petit. Ce placement ne va pas dans le sens de l’aspect social qu’étaient censés représenter les partenaires et les adversaires. Il paraît même contraire à ce qui était supposé au départ. L’autre classe placée vers les petits volumes populaires, AI, contient notamment le motocyclisme et le sport automobile. L’aspect populaire de ces sports n’est pas un fait avéré mais ne heurte pas le sens commun.
Il est donc possible de dire que la dimension de logique interne des activités sportives la plus importante dans la sociabilité est « l’incertitude de milieu de pratique ». Elle est associée à la fois au plus grand volume de sociabilité et à la structure culturelle la plus intellectuelle. Inversement les dimensions « partenaire » et « adversaire », dont la logique voudrait qu’ils participent à la sociabilité, sont investies par les pratiquants les moins pourvus en volume de sociabilité et avec une structure de sociabilité plus populaire.
L’hypothèse de départ – selon laquelle les activités sportives mettant en relation motrice les individus, sont associées aux plus fortes sociabilités – est donc infirmée.
À partir d’une enquête sur les loisirs, et après construction d’indicateurs de sociabilité, il apparaît que la pratique sportive est globalement associée à un grand volume de sociabilité. Il semble aussi qu’elle fait partie d’une sorte de sociabilité plus populaire qu’intellectuelle.
Le fait qu’elle participe d’une grande sociabilité provient de son investissement par les couches favorisées de la population, tandis que sa structure populaire est en grande partie due à l’âge de ses pratiquants, puisque les plus jeunes y sont grandement majoritaires en nombre, ainsi qu’en nombre de pratiques différentes, et que ceux-ci possèdent la sociabilité la plus populaire (voir Graphique 2).
À l’intérieur de la population sportive, des différences se dégagent selon les dimensions de la logique interne des activités sportives. « L’incertitude du milieu de pratique » est la dimension la plus importante en termes de volume de sociabilité. Inversement, la dimension « partenaire » participe à la fois le moins en volume et le plus populairement en structure de sociabilité.
Ainsi, les deux dimensions qui semblaient être sociables a priori, « partenaire » et « adversaire », sont peu associées à une sociabilité générale. C’est la dimension « incertitude du milieu de pratique » qui présente la sociabilité la plus volumineuse et la plus intellectuelle.
Il était supposé au départ que les interactions avec des individus dans le sport, les dimensions « partenaire » et « adversaire », devaient être en corrélation avec la sociabilité plus générale. Les résultats de l’analyse montrent qu’au contraire c’est la relation au milieu de pratique, la dimension « incertitude », qui possède cette propriété.
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