2002
L'Année sociologique
Sports, entreprises et collectivités
La diversification territoriale des activités sportives
Jean-Pierre Augustin
Université Michel-de-Montaigne - Bordeaux 3INTERMET-MSHA
L’émergence d’autres pratiques et la diversification territoriale des activités sportives complètent les sports de compétition établis. Plus qu’une transformation radicale, on assiste à une recomposition et une complexification d’interactions qui font système. Cette recomposition fondée sur des situations motrices proches des gestes sportifs joue sur la diversité des territoires de pratiques et interroge sur les enjeux qui se posent pour l’aménagement du territoire.
New practices, new areas : the territorial diversification of sports activities : along with a territorial diversification of sports practices, we are witnessing the emergence of sports activities other than competitive sports. More than a radical transformation, this is a recomposition and also the development of a system of complex interactions. Based on motor situations which bear similarities with sports gestures, this recomposition plays on a diversity of areas and puts into question our conceptions of national and regional development.
Le thème des nouvelles pratiques sportives et de la diversification territoriale des activités est un thème récurrent depuis la fin des années 1960, et certains n’hésitent pas à parler de rupture et de révolution dans l’analyse qu’ils font de l’émergence d’autres comportements s’opposant aux sports de compétition établis. Le foisonnement d’activités nouvelles qui participent à la dynamique sportive de la société française en ce début du XXIe siècle pose, en effet, de sérieuses questions d’interprétation par rapport aux situations antérieures et interrogent sur la cohésion d’un ensemble longtemps fondé sur des choix normatifs caractérisant le modèle sportif français.
Ce modèle, construit progressivement depuis le début du XXe siècle, est contesté par l’irruption d’activités liées à l’invention de techniques extra-institutionnelles et porté par de nouveaux opérateurs sportifs et économiques qui en ébranlent la légitimité. Cependant, et c’est l’hypothèse développée dans cette contribution, plus qu’une transformation radicale que certains croient déceler, on assiste à une recomposition et à une complexification d’un ensemble d’interactions qui font système. Cet ensemble est fondé sur des situations motrices proches des gestes sportifs qui s’expriment dans les clubs et les consommations, et sur la diversification des espaces de pratiques. La nouveauté vient de la multipolarité des échelles territoriales, de la diversité des rapports aux lieux et aux espaces qui peuvent se résumer à travers la notion de multiterritorialité. Afin de situer les enjeux de cette recomposition, il convient d’abord de revenir sur l’évolution des modes de pratiques en soulignant l’émergence de celles hors institutions qui complètent l’organisation fédérale. Il faut ensuite préciser la diversification territoriale des activités sportives et s’interroger enfin sur les nouvelles formes d’actions publiques qui par des aménagements multiples contribuent au développement des cultures sportives.
L’évolution des modes de pratiques
La France est sans doute, parmi les pays développés, celui qui a le plus œuvré à un projet de démocratisation sportive en favorisant l’accessibilité aux sports et l’édification massive d’équipements normalisés. Ce modèle a permis la progression des affiliations, mais a été doublé par le développement rapide d’autres consommations ludosportives.
Les clubs et l’organisation fédérale
Ce qu’il est convenu d’appeler le mouvement sportif est organisé, en France, par les clubs et les fédérations sous une forme privée associative. Ces associations sont toujours au premier rang dans le fait associatif non seulement par l’ampleur de l’adhésion, mais aussi par l’ampleur de la mobilisation, par l’ancienneté et la longévité des premières sociétés et enfin par le modèle universel de pratiques qu’elles proposent. Elles ont reçu le soutien de l’État qui a délégué une large partie de son pouvoir aux fédérations et leur demande d’organiser les compétitions inhérentes à la pratique du sport. Le système sportif se caractérise ainsi par l’existence de fédérations autonomes les unes par rapport aux autres. Chaque fois qu’une forme de pratique sportive apparaît, elle cherche à s’organiser en fédération indépendante. Ce sont ces fédérations qui assument le développement du mouvement sportif en établissant les règles et l’organisation de la compétition et en proposant une hiérarchisation nationale ayant des relais régionaux, départementaux et locaux
[1].
Les plus anciennes fédérations ont vu le jour au tournant du XIX
e siècle et un premier bilan en 1947 fait apparaître l’existence de 43 fédérations rassemblant un million et demi de licenciés qui sont dans leur immense majorité des jeunes de moins de 30 ans. Dès cette période, le mouvement sportif est bien installé en France, mais c’est dans la seconde moitié du siècle que la progression et le renforcement institutionnels sont les plus forts. En 1998, 109 fédérations regroupent plus de 14 millions de licences réparties dans 171 000 clubs ou sections de clubs
[2]. Ainsi, en un demi-siècle, entre 1947 et 1998, le nombre des fédérations a été multiplié par plus de deux, le nombre de clubs ou de sections de clubs par six et le nombre de licenciés par près de dix. Ces chiffres doivent cependant être pondérés à la baisse en raison de la tendance au gonflement des effectifs et surtout des doubles comptes entre différents types de fédérations. Mais au-delà de ces réserves, les tendances et les comparaisons restent valables. Les 109 fédérations sportives agréées sont rassemblées en trois collèges par l’administration Jeunesse et Sports qui distingue 29 fédérations unisports olympiques, 52 fédérations unisports non olympiques et 28 fédérations et groupements multisports. Le premier collège délivre le plus grand nombre de licences (6,7 millions soit 46 % du total), le deuxième en compte 2,5 millions (18 %) et le troisième plus de 5 millions (36 %). Cet ensemble qui constitue le mouvement sportif est rassemblé dans le Comité national olympique et sportif français (CNOSF) et organisé au niveau régional (CROS) et départemental (CDOS). Ce sont les modalités d’interdépendances entre le mouvement sportif, l’implication de l’État et des collectivités territoriales qui donnent, en France, force et cohérence au modèle.
Les consommations ludosportives
À côté du modèle sportif pur, dominé par l’organisation des clubs et la compétition, se précise un autre modèle centré sur les sports de loisirs qui affirme sa vitalité à l’écart des structures d’encadrement traditionnelles
[3]. Alors que les institutions sportives doivent garantir les gestes (la règle du jeu), les lieux (équipements et espaces sportifs) et organiser les rôles (les pratiquants, les champions, les dirigeants), le modèle du loisir fait souvent l’économie des lieux et des rôles. Il s’organise, à côté des espaces de compétition ou des clubs, dans d’autres lieux urbains ou de nature qui se trouvent investis par des pratiques ludosportives : les exemples sont multiples autour des parcs, des plans d’eau, des espaces verts, des bases de loisirs, des plaines de jeux aménagées à l’extérieur des villes. Ainsi, le sport loisir, en s’organisant en dehors des lieux normalisés, a été un premier vecteur de délocalisation des pratiques.
Cette territorialisation périphérique n’a pas le même sens que celle réalisée par les clubs, les sociétés ou les patronages. Au modèle de socialisation locale fondé sur le recrutement de proximité et l’identification communautaire
[4] se substitue une territorialisation plus floue liée à la mobilité et à la promotion d’une société de consommation individuelle
[5]. Ces tendances s’accentuent avec la valorisation des sports de plein air et de grande nature qui correspondent à une autre perception de l’espace où la nature devient support d’activités et participe à la production de nouveaux lieux identitaires ; elles sont valables pour toute une série de pratiques, mais sont particulièrement pertinentes pour celles liées à la montagne et à la mer.
La multiplication d’activités ludosportives, correspondant aux besoins d’expression et de singularisation des individus, s’explique à la fois par une logique d’ouverture qui cherche à renouveler les pratiques et à s’adapter aux évolutions, et par une logique de technologisation des activités qui s’appuie sur les inventions incessantes d’instruments de pratiques. La tendance se manifeste par hybridation autour des sports classiques et surtout autour des sports de plein air et des sports de glisse. Les dérivés du surf
(body board,
body surf,
kayak surf,
skim...) ou ceux liés aux machines volantes (delta, parapente, cerf volant tractif,
fly surf...) sont particulièrement nombreux, mais toutes les disciplines et notamment les plus anciennes comme la bicyclette sous toutes ses formes sont touchées par le phénomène. Les progrès techniques, la découverte de nouveaux matériaux et la création de brevets sportifs sont immédiatement accaparés par les entreprises commerciales qui participent à l’invention, à la production d’abord artisanale, puis industrielle d’appareillages. Ces inventions sont reprises par le marché et les médias dans des discours énonciateurs de nouveaux sens. La recherche de sensations inconnues, d’émotions et leur exploration intéressent une proportion plus forte de la population. Dans le jeu sportif
[6] et notamment dans les jeux de plein air, l’individu retrouve une attitude face à la vie, à la nature, mais les relations sont souvent floues et éphémères, elles s’établissent dans des lieux multiples, souvent inédits qui correspondent aux néo-territorialités. Des stratégies multiples ont renforcé le rôle et la place du sport qui s’affirme dans sa diversité comme un mode majeur de loisir et de culture. Les équipements, les espaces et les lieux donnent à l’ensemble des activités physiques et sportives une force et une visibilité nouvelles. Deux faits se dégagent de ces évolutions. Le premier résulte des liens faibles mais persistants, notamment au niveau de l’imaginaire, entre les sports de compétition et les cultures de consommation ludosportives. Le second concerne l’évolution des activités physiques et sportives et des relations qu’elles entretiennent avec les territoires.
Interpréter la pluralité des pratiques
À côté de la thèse de la démocratisation sur laquelle reposait le projet collectif construit depuis plus d’un demi-siècle, diverses interprétations proposent d’expliquer la diversification des pratiques et la phase de recomposition où le projet d’intervention de l’État est en partie limité par l’arrivée de nouveaux acteurs économiques et sociaux. Trois d’entre elles peuvent être rappelées.
Une des plus utilisées en France note que les pratiques dans leurs variantes multiples restent un reflet social qui remplit, à l’image de la plupart des rituels, un rôle relationnel de classement lié aux catégorisations à l’
œuvre dans la société
[7] ; dans cette perspective, chaque acteur social s’inscrit dans le champ des pratiques en fonction d’un rapport au corps qui est largement déterminé par la position sociale. L’usage de nouvelles valeurs et de nouvelles techniques participe aux compétitions entre fractions de classe en permettant notamment la valorisation des groupes moyens et dominants et de leur classe d’âge jeune.
Une autre interprétation de la place grandissante et de la prolifération des activités sportives souligne que le sport est lié aux valeurs de la société des années 1980, à l’esprit de conquête et au culte de la forme et de la compétition. Ce culte de la performance
[8] se présente comme un substitut aux grands desseins sociaux et offre une vision séduisante de la chose publique et une version spectaculaire du projet égalitaire cher à la jeunesse. L’effort, la conquête, la victoire participent aux comportements des leaders et des managers et deviennent le symbole de l’émancipation individuelle ; pour un plus grand nombre d’individus, le gagnant est « responsable de ce qu’il fait et de ce qu’il est dans un rapport d’affrontement à l’existence ».
L’explication des nouvelles formes de pratiques est aussi ramenée à la recherche d’autonomie individuelle
[9] conduisant les sportifs à se libérer des emprises sociétales et à choisir des activités alternatives qui privilégient la sensation, le contrôle, l’appartenance à de petits groupes restreints plutôt que les affiliations fédérales
[10]. Ces approches apportent leurs contributions à la compréhension des recompositions et de la complexification du système sportif. À l’évidence, celui-ci ne peut être interprété qu’en relation avec les tendances fortes qui traversent les sociétés occidentales et bouleversent, progressivement mais durablement, les équilibres établis. Parmi celles-ci, il est possible de retenir les plus manifestes.
Les mobilités accélérées favorisent un changement d’échelles remettant en cause la distance physique comme indice de proximité ou de distance sociale ; elles jouent sur le rapport à l’espace en prolongeant l’espace de résidence bien au-delà du quartier et en recomposant d’autres solidarités où se juxtaposent les territoires de l’ici et ceux de l’ailleurs. Le délitement des organisations traditionnelles de proximité favorise une rétraction de l’espace social du quartier qui perd de sa consistance en se prolongeant dans des espaces de parcours entre de multiples lieux. Les mutations de l’organisation économique entraînent une remise en cause de l’intégration par le travail productif ; une société différente est en train de naître où les temps libres forcés s’ajoutent aux temps libres conquis et posent de façon aiguë la question des activités de substitution. Enfin, l’individuation s’affirme comme un principe fondateur devant être distingué de l’individualisme qui entraîne un repli sur soi ; ainsi, se construit une société d’individuation manifestant une conscience élargie d’appartenance, une multiappartenance qui amène l’individu à chercher dans des groupes et des lieux divers et fluctuants un sens à son existence.
La multiplication des disciplines résulte d’un triple mécanisme lié à l’importation de modèles étrangers (jogging, aérobic, arts martiaux...), à la ramification de sports existants (vélo, bicross, VTT, gymnastique et leurs versions artistiques...) et à la création de nouvelles activités comme celles des sports de glisse (planche à voile, surf et dérivés, deltaplane...). Ces transformations créent des variations de croissance, certains sports d’équipes attirent moins d’adeptes alors que des disciplines nouvelles faisant appel à des techniques particulières, à la concentration ou à l’adresse plus qu’à la force physique, sont en développement rapide.
Les économistes soulignent, de leur côté, que le sport et les activités ludosportives sont devenus des objets de consommation qui ne sont plus seulement pratiqués mais vendus et se voient progressivement soumis à la règle commune des produits et services industriels. Dans cette perspective, la prolifération des disciplines doit être comprise comme une méthode permettant de mieux segmenter et exploiter les marchés : le sport doit être consommé à tout âge et à tout niveau pour augmenter la taille de ces marchés. La proposition de stages clés en mains comme l’organisation du sport spectacle résulte de la même logique qui utilise le produit programmé et tout préparé. Pour les chercheurs du CREDOC
[11], la possession par l’économique est la tendance majeure qui modèle le phénomène sportif : « Ce n’est pas dans la psychologie des individus que s’est brusquement opérée une révolution sportive. Si phénomène de société il y a, paradoxalement, ce n’est pas l’explosion du phénomène sportif. En réalité, la société est saisie par le sport parce que le sport est saisi par l’économie. »
Les explications historiques, sociologiques et économiques sont utiles à l’analyse, mais elles délaissent souvent l’approche territoriale. On peut cependant admettre que les phénomènes sociaux et économiques ne s’inscrivent pas seulement dans des processus et des chiffres, mais aussi dans des lieux. Les nouvelles configurations des loisirs sportifs et les multiples espaces appropriés participent à des dynamiques spatiales qui débordent largement le seul phénomène sportif.
La diversification territoriale des pratiques
La progression des loisirs sportifs avérée par les enquêtes nationales souligne les formes différentes qu’ils prennent selon les âges, les genres et les groupes sociaux et tous les indicateurs s’accordent à montrer les tendances à la diversification. La nouveauté vient surtout de l’élargissement territorial des pratiques qui ne sont plus enfermées dans des lieux fonctionnels, mais s’inscrivent dans des territorialités multiples. À côté des équipements normalisés, les espaces urbains et les espaces de nature sont investis, occupés, appropriés par des groupes de pratiquants y inscrivant un marquage sociosportif. On assiste à une expansion territoriale des activités de loisirs.
Les équipements normalisés
Après la création des premières installations sportives par l’initiative privée, les collectivités locales ont pris le relais sans pouvoir rattraper le retard par rapport aux demandes des clubs et des pratiquants. L’urbanisation et notamment la croissance périphérique des villes a relancé, dans les années 1960, l’intervention de l’État dans l’édification des équipements sportifs. Les besoins étaient considérables et la première loi-programme de 1961 n’envisageait pas seulement ceux à court terme, mais fixait un objectif de vingt-cinq ans correspondant à cinq Plans successifs et l’horizon 1985 pour rattraper le retard. Le premier Plan d’équipement (1961-1965) a mis en évidence l’ampleur des besoins à satisfaire, les législateurs ont augmenté le nombre moyen théorique de mètres carrés de terrains de sports par habitant dans les zones urbaines et les plans suivants ont accéléré la construction d’équipements normalisés. Les ouvrages du Centre de recherche d’urbanisme (CRU) et les documents de la mission technique de l’équipement du ministère de la Jeunesse et des Sports publiés en coéditions avec le Moniteur des travaux publics et du bâtiment (huit éditions entre 1963 et 1977) ont développé l’idée d’une politique d’aménagement sportif en proposant des principes et des normes qui ont été largement diffusés et appliqués au niveau local. Les résultats ont été à la hauteur des ambitions du projet puisque des milliers d’équipements ont été édifiés et, sans aucun doute, les pratiques se sont développées grâce aux nouvelles infrastructures. Ce modèle reste en partie valable, et ces installations ont généralement montré leur efficacité.
La France dispose d’un patrimoine d’équipements sportifs considérable, mais mal connu faute d’un recensement national. L’inventaire communal de l’INSEE n’indique que la présence ou l’absence d’un type d’équipements dans une commune sans en préciser le nombre éventuel. Les services de la mission de l’équipement du ministère de la Jeunesse et des Sports ont regroupé les informations disponibles en soulignant qu’il ne s’agit que d’estimations
[12]. Celles établies en 1995 évoquent un parc de 150 000 équipements constitué de 115 000 installations de plein air (dont 22 500 stades, 35 000 terrains de petits jeux, 45 000 courts de tennis et 2 500 piscines) et de 35 000 installations couvertes (dont 15 000 salles multisports, 10 000 salles spécialisées, 4 000 tennis couverts et 1 750 piscines couvertes). Outre le fait qu’une large part de ce patrimoine doit être restaurée, le constat établi par François Vigneau souligne la faible diversité typologique du parc puisque quatre types d’installations (grands et petits terrains, courts de tennis et salles multisports) représentent 80 % du total. La question de la rénovation, de l’adaptation et de la redéfinition des équipements sportifs est donc posée, d’autant que de nouvelles offres issues du marché et utilisant les techniques modernes de commercialisation s’instaurent progressivement. L’édification des équipements et l’animation par les clubs ont permis la progression du sport éducatif et le développement des activités individuelles et collectives sans pour autant freiner la croissance de nouvelles pratiques urbaines
[13].
Sports de rues et pratiques récréatives
Dans les villes, il convient de distinguer les sports de rues d’autres pratiques et en particulier celles à caractère récréatif et hygiénique. Les unes et les autres utilisent des espaces variés, les rues, les parcs, les terrains de sport ou des aires de jeu aménagés ou non à cette fin. Elles se sont imposées avec les modes du footing, du jogging, du cyclisme, du skate et du roller qui amènent les habitants à investir les lieux publics.
Ce qui permet de différencier les sports de rues d’un ensemble plus vaste, c’est d’abord leur caractère spectaculaire et volontiers exhibitionniste. En réinventant les usages physiques de la ville, les pratiquants créent leur propre dialogue avec les lieux investis. Ce sont ensuite majoritairement des pratiques d’adolescents et de jeunes qui cherchent une émancipation vis-à-vis des familles et des groupes et visent à affirmer leur place et à laisser leurs marques dans la ville. C’est enfin qu’elles participent à de nouvelles formes de cultures urbaines où se mêlent d’autres activités artistiques, musicales, plastiques et chorégraphiques. Les études empiriques sont encore insuffisantes pour évaluer la diversité des trajectoires de ces adeptes, mais les premiers travaux laissent apparaître une appartenance aux classes moyennes et supérieures ayant un effet d’entraînement sur l’ensemble des groupes sociaux, des genres et des âges, même si le noyau reste encore jeune et masculin
[14].
C’est la nouveauté et le caractère rebelle de certains pratiquants défendant leurs droits au hors-piste urbain et rétifs à toute sorte d’embrigadement qui amènent parfois à considérer que les sports de rue s’inscrivent dans un mouvement de contre-culture et de rejet d’activités traditionnelles. Rien n’est moins sûr car le désir de pratiquer librement en dehors des contraintes et des encadrements rigides participe à une vision différente, mais complémentaire de l’institution sportive ; une partie non négligeable de ces sportifs « en liberté » est d’ailleurs licenciée dans les clubs. Il s’agit, pour les adeptes de l’auto-organisation, de se donner l’occasion d’une pratique discontinue et de revendiquer le droit à la versalité et au libre choix des lieux et des modalités de leurs activités.
L’analyse des espaces publics permet de préciser plusieurs types de sites par rapport à leurs fonctions premières
[15] : les espaces dits « urbains » (parkings, places, rues...), les espaces piétonniers et cyclistes (allées, pistes cyclables, berges...), les espaces de détente (plages, jardins...), les espaces naturels de loisir (bois, parcs...) et les espaces dits sportifs (aires de jeux, plateaux sportifs...). À ce niveau, il faut noter les résultats non négligeables des activités sportives de proximité dans les quartiers fragiles.
L’ensemble de ces espaces laisse à chacun des possibilités de loisirs sportifs peu contraignants adaptés à leurs désirs. Alors que dans le modèle classique, l’adhésion, l’entraînement et la compétition sont au centre du dispositif, dans le modèle des sports de rue comme dans celui des loisirs, la pratique devient un but en soi, et l’individu ne se sent plus autant solidaire des membres d’un même club. La cohésion et la conscience du groupe d’appartenance se défont et le sport devient un objet de consommation parmi d’autres. Avec l’amenuisement de l’aspect groupal se renforce le rapport de l’individu avec lui-même et s’intensifie la dépendance aux offres et aux espaces sportifs ouverts.
La croissance des pratiques de pleine nature
Les sports de rues et les pratiques urbaines qui se multiplient dans les espaces publics ne doivent cependant pas cacher d’autres tendances fortes qui s’expriment hors des villes et notamment l’utilisation des espaces de nature à des fins ludosportives. La croissance spectaculaire des sports de plein air mérite attention. Les contributions des régions pour le Schéma de services collectifs des sports (SSCS) inscrits dans la loi d’orientation pour l’aménagement et le développement durable du territoire (LOADDT) du 25 juin 1999 soulignent la très forte progression de ces pratiques en milieu naturel et les questions d’aménagement qu’elles posent. Qu’il s’agisse d’activités de campagne, de montagne
[16] ou de bord de mer
[17], on assiste à une utilisation accentuée d’espaces souvent proche de la catégorie d’espaces publics. Parmi d’autres, le désir de rivage qui attire sur les plages des millions de vacanciers s’accompagne de la progression d’activités ludosportives qui transforment la perception et l’usage des lieux.
Les termes d’activités physiques de pleine nature (APPN), de sports de nature, de sports outdoors sont des désignations génériques pour des pratiques s’organisant en espace naturel où se mêlent la découverte du milieu, la recherche de sensations, l’effort, la convivialité. Plusieurs classements ont été proposés et certains opposent les activités liées à l’eau (voile, plongée, surf, rafting, canoë-kayak, canyoning...), à l’air (parapente, parachutisme, deltaplane...), à la terre (randonnées pédestres, équestres, cyclistes, alpinisme, escalade mais aussi ski, snowboard, raquette...). Le SSCS envisage six familles d’activités : les randonnées non motorisées, les sports nautiques et d’eaux vives, les sports de montagne, les sports de neige, les sports aériens, les activités multisupports ou périphériques (raids aventures, randonnées motorisées...). Dans tous les cas, on assiste à la multiplication des espaces de pratique et, pour ne prendre qu’un exemple, notons que les loisirs subaquatiques intéressent un nombre grandissant de pratiquants (dont 160 000 licenciés) qui ont favorisé une organisation autour de 2 500 clubs et qui utilisent des espaces sous-marins variés situés en particulier dans la zone photophyle littorale de moins de 50 m de profondeur
[18]. D’autres typologies proposent des classements selon les aspirations sportives, les services envisagés, la nature de l’offre ou les filières
[19].
La prise en compte de l’espace, du local, du territoire comme éléments d’analyse est une tendance bien engagée. Le territoire permet de traduire le lien primordial de l’homme et de la terre
[20] dans la mesure où il est un espace enrichi par le sens que les sociétés lui confèrent et sur lequel elles agissent, qu’elles contrôlent et qu’elles construisent. Guy DiMéo note que le territoire, par sa capacité à ménager « une médiation particulièrement fluide, éminemment sociale entre l’individu et ses lieux de vie familiers, mais aussi entre l’individu et l’espace incontrôlé, étranger et menaçant qui le cerne », joue un rôle essentiel de régulateur et de médiance. On doit souligner ici comment l’analyse des pratiques sportives peut bénéficier des outils de l’analyse territoriale, car elles participent clairement aux constitutions et aux médiations territoriales. Les loisirs sportifs en s’imposant comme moyens d’identité individuelle ou collective et en se substituant aux desseins qui font défaut à nos sociétés, deviennent des éléments des constitutions et des médiations territoriales. Ces éléments peuvent être illustrés par l’exemple de la Côte Aquitaine
[21]. Ce littoral était hier encore un espace naturel, mais connaît depuis trois décennies un marquage social qui est en l’occurrence un marquage de loisirs sportifs. Les sites de Lacanau et des stations du Médoc sont exemplaires à ce niveau : des lieux quasi désertiques sont devenus les territoires du surf, du windsurf, du funboard, du tennis, du golf, de la randonnée. Il s’agit d’une territorialisation sportive et de nombreux exemples peuvent être pris dans d’autres espaces naturels français, qu’il s’agisse des bords de mer, de la montagne ou de la campagne. Il faut aussi évoquer la conquête sportive des grands espaces de nature du monde. Les déserts, les océans, les montagnes inaccessibles hier deviennent des espaces banalisés de raids et d’exploits sportifs. Les années vagues
[22] sont celles des grandes épreuves océanes ; les transats, la course du rhum, les courses autour du monde, les passages des caps et des cinquantièmes rugissants se succèdent à un rythme accéléré. Grandes machines ou petites embarcations, voiles traditionnelles et sports de glisse, occupent l’espace maritime, balisent le littoral, mais envahissent aussi l’espace médiatique. La montagne n’est pas en reste et les années neige et glace n’ont rien à envier aux années vagues : les raids bancs, les enchaînements, les escalades se multiplient. Antoine Haumont n’hésite pas à parler d’une « culturalisation sportive de la nature où le monde entier a vocation d’être un territoire pour la pratique » alors que simultanément, « la pratique urbaine vise la naturalisation par le corps sportif d’un milieu artificialisé »
[23]. Cependant, de même que le sport de haut niveau, les nouvelles pratiques fondées sur le risque et l’aventure n’intéressent qu’un nombre limité d’usagés et il convient de ne pas surévaluer les pratiques dites de « glisse ». Les sciences sociales doivent éviter de reproduire les excès de la publicité et des médias qui n’ont pas pour visée d’expliquer la société, mais de vendre des produits. Les activités scolaires, les compétitions de masse et les loisirs sportifs de détente restent quantitativement dominants. C’est cet ensemble de nouveautés et de continuités qui questionne les enjeux autour de l’aménagement du territoire.
Les enjeux pour l’aménagement du territoire
La France s’est engagée dans une transition territoriale en délaissant le modèle d’aménagement centralisé proposé dans les années 1960. Les lois de décentralisation ont limité les préoccupations nationales d’aménagement sportif et l’État a laissé une large partie de ses prérogatives aux collectivités locales. Mais, au-delà de ces changements, l’intérêt soutenu pour les activités sportives s’est maintenu car elles constituent un instrument pour l’organisation territoriale et un atout social et économique non négligeable. Le sport crée des solidarités locales et régionales, le spectacle de haut niveau participe à l’animation des villes, et la croissance des cultures sportives dans les espaces de nature favorise un développement plus équilibré des régions françaises. Cet intérêt ancien prend aujourd’hui des formes nouvelles en raison de la progression des pratiques et d’un renversement dans la conception des politiques sportives. Traditionnellement, le mouvement sportif, l’État et les collectivités proposaient des installations et des activités. L’évolution actuelle, tout en maintenant cette offre, conduit à être plus attentif aux demandes et à favoriser les coopérations intercommunales.
Le renforcement des coopérations intercommunales
Ce qui paraît une tendance forte est la nécessité, pour les pouvoirs publics comme pour les sciences sociales, de prendre en compte la dimension territoriale des phénomènes sociaux et économiques. Nécessité qui résulte sans doute des évolutions évoquées et du déclin de l’explication en termes de classes et de groupes sociaux, mais aussi des nouvelles orientations concernant l’aménagement du territoire
[24]. Les deux lois de juin et juillet 1999, celle du 25 juin sur l’orientation pour l’aménagement et le développement durable du territoire et celle du 12 juillet relative au renforcement et à la simplification de la coopération intercommunale, concernent, même si elles ne sont pas spécifiquement sportives, la place du sport dans la société et son rôle territorial. Pour limiter les concurrences entre les communes et répondre à la diversification des demandes sociales, les collectivités sont amenées à élaborer des politiques partenariales susceptibles de contribuer à structurer les territoires en jouant sur l’essor de l’intercommunalité.
La loi du 12 juillet 1999 donne un nouvel essor à la solidarité territoriale en instaurant des communautés de villes et en rationalisant le cadre géographique et financier de ces coopérations. Parmi les structures nouvellement instituées, le texte distingue trois niveaux de coopérations. La communauté d’agglomération se présente comme un établissement public de coopération intercommunale (EPCI) regroupant plusieurs communes formant à sa création un ensemble de plus de 50 000 habitants. La communauté urbaine est un EPCI rassemblant des communes dont la population totale dépasse 500 000 habitants. La communauté de communes est une formule plus limitée groupant plusieurs communes d’un seul tenant et sans enclaves. Ces nouvelles configurations sont une alternative à l’émiettement communal et portent en germe une refonte d’armature territoriale. Après avoir édifié des équipements conçus industriellement et implantés selon des normes quantitatives résultant du rapport entre le nombre d’habitants et les mètres carrés de surfaces sportives, les communes sont invitées à s’organiser dans le cadre de la décentralisation et à appliquer les dispositifs contractuels et multipartenariaux. Si l’on prend l’exemple des communautés d’agglomérations créées début 2001, on constate que plus de trois quarts d’entre elles ont choisi de construire, d’aménager et de gérer des équipements sportifs d’intérêt communautaire
[25]. Certaines de ces installations destinées à de vastes bassins de population et d’autres proposées à des publics plus ciblés diversifient les lieux de pratiques. Cette tendance visible à tous les niveaux de coopération intéresse les zones rurales, les secteurs péri-urbains et les agglomérations avec une attention particulière portée aux quartiers fragiles.
Le sport et ses équipements sont mis à contribution pour revaloriser les espaces de relégation des banlieues françaises. De multiples initiatives ont été lancées dans le cadre de la politique de la ville. Celles organisées autour des 50 grands projets de ville (GPV) mettent en œuvre des partenariats interinstitutionnels entre collectivités locales et intervenants associatifs, et débouchent sur des opérations de recomposition des sites et de renouvellement urbain. Il s’agit de valoriser, sur le plan architectural, urbanistique, social et économique, des secteurs sensibles en jouant sur les politiques et les animations intercommunales en faveur du développement des sports et des loisirs. Les élus et les stratèges locaux y voient une occasion de modernisation urbaine en accélérant les investissements dans les équipements, la voirie ou les transports.
Les collectivités locales, régions, départements, villes, en créant des services et en soutenant des projets inscrits dans de nouvelles formes d’actions publiques, contribuent au développement des cultures sportives. On peut évoquer les schémas départementaux et régionaux des sports qui évaluent le potentiel des équipements, proposent leur modernisation, soutiennent les événements et forment l’encadrement nécessaire à l’animation. Si ces politiques d’aménagement apparaissent nécessaires, les conditions de leur mise en œuvre se complexifient car leur légitimité ne présente plus l’unité qu’elles avaient dans les années 1960. L’idéologie entreprenariale et les critiques sur l’efficacité des services publics ébranlent le système et amènent d’autres propositions sur le pilotage par la demande qui se superpose à un pilotage par l’offre.
Une planification à visée territoriale
L’essor de l’intercommunalité, l’élargissement des zones d’influence visent à agrandir les bases territoriales de l’organisation sportive
[26], et la loi d’orientation (LOADDT) de juin 1999 exprime l’ambition de rester au plus près des réalités territoriales. Les schémas de services collectifs (SSC) deviennent centraux dans les dispositifs de planification avec le triple objectif de susciter et fédérer le dynamisme et la coopération des territoires, de garantir et d’optimiser le fonctionnement des services publics et d’intégrer les impératifs du développement durable. Ces documents de planification, élaborés sur la base d’un horizon de vingt ans (2020), anticipent certaines évolutions déjà engagées et affichent des ambitions nationales de long terme au service du développement des territoires et des citoyens. Plutôt que de promouvoir l’extension systématique d’une offre standardisée d’équipements, comme cela a été le cas dans les années 1960, la notion de SSC conduit à inverser la perspective pour concevoir la planification en termes d’usage et de service collectifs sur des territoires différenciés. À l’ancienne logique de planification prioritairement centrée sur l’offre, la perspective des SSC substitue une démarche plus attentive aux besoins. La visée planificatrice s’ouvre à des secteurs qui ne sont pas nécessairement « équipementiers » comme les espaces publics et les espaces naturels et ruraux. Ainsi se transforme l’élaboration même des documents de planification qui instaurent désormais des modalités de mise en
œuvre partagées et donc différenciées selon les territoires.
Le SSC du sport se veut un instrument de cohérence et de mobilisation de l’ensemble des acteurs, notamment le mouvement sportif, les services de l’État, les collectivités locales et territoriales. Il envisage une concertation permanente à partir de schémas régionaux qui doivent contribuer au développement durable du territoire et à la modernisation du pays. Nous disposons depuis l’automne 2000 des contributions des régions françaises et du schéma national du sport. Pour le schéma national, le ministère de la Jeunesse et des Sports propose de retenir cinq objectifs qui engagent l’État : faire du sport un droit pour tous, accroître la place et le rayonnement de la France sur la scène internationale, tenir compte du rôle du sport dans le développement durable des territoires, valoriser les espaces naturels et ruraux en proposant un accès raisonné, enfin contribuer à la croissance économique et à la cohésion sociale par la formation, l’emploi et les services. Ces objectifs très généraux prennent des formes variées selon les régions que l’analyse des SSCS locaux met en lumière.
Les délais de consultation dans les régions ont cependant été trop serrés et déjà des critiques apparaissent çà et là
[27]. Il faut admettre que les enjeux sont complexes puisqu’il s’agit à la fois de définir des objectifs, de tenir compte des découpages territoriaux, de jouer sur le rapport entre le public et le privé, de mesurer les mutations économiques avec l’arrivée des opérateurs de matériel sportif et des chaînes de télévision. Mais le processus engagé, en valorisant les gisements sportifs de la France, joue sur la diversification des lieux et des pratiques.
L’émergence d’autres pratiques et la diversification territoriale des activités sportives sont des tendances fortes et trois pistes méritent d’être développées. Il convient d’abord de souligner que le goût exprimé par les Français pour les sports de compétition et de loisirs est sans équivalent dans l’histoire. Cette sportivation de la société qui a bénéficié de l’effet cumulé de l’augmentation du temps libre, du souci de la forme physique et de la publicité que les médias lui offrent, a favorisé une recomposition du modèle. Les orientations et les pratiques ne dépendent plus seulement de la seule offre sportive des autorités publiques, même si celle-ci présente des variations jamais atteintes auparavant. Cette recomposition ne doit cependant pas être perçue comme un rejet de la culture sportive traditionnelle car les loisirs sportifs n’auraient pas, comme le note A. Haumont, la visibilité physique et la capacité classificatoire sans la gestuelle fournie par les sports de compétition. À l’évidence, l’imaginaire des pratiques se nourrit des exploits de la compétition et de leur médiatisation. À ce niveau, les interprétations concernant les supposés virages à angle droit et les ruptures brutales, doivent être revues à la baisse afin de mieux prendre en compte les recompositions sociospatiales.
Il faut ensuite mesurer les effets de la diversification territoriale des activités. Le rôle des villes et des régions urbanisées est décisif dans le processus de sportivation de la société. La création de hiérarchies selon les niveaux de pratiques ou d’équipements laisse clairement apparaître la place des grandes métropoles. Les répartitions sportives dans la structure interne des villes de même que les flux entre centre et périphérie soulignent les réorganisations à l’œuvre. L’aménagement des grands espaces de nature entrepris dans les années 1960 pour équiper les parties du littoral et de la montagne insuffisamment exploitées a été relayé par de multiples entreprises à plus petite échelle dans l’ensemble des régions afin d’adapter la variété et la richesse du territoire français à la forte demande de vacances et de loisirs sportifs. Le développement des ports de plaisance, la diversification des stations de sports d’hiver, la création de sites d’activités sportives soulignent l’attraction des espaces de nature pour des pratiques variées et les atouts, dans ce domaine, de l’espace français.
Il faut enfin rappeler les enjeux de l’aménagement dans la construction d’un modèle rénové d’organisation territoriale. Qu’il s’agisse des métropoles et des villes, des zones spécialisées de nature ou des secteurs à développer, un large chantier est ouvert afin de valoriser le patrimoine du pays et de renforcer les partenariats entre acteurs publics et privés dans des systèmes d’évaluation et de compétence. Les recompositions microterritoriales en pays et en agglomérations, les coopérations intercommunales de même que de possibles recompositions macroterritoriales soulignent comment l’approche spatiale participe à l’évolution d’un champ d’étude prioritaire. Un ensemble original de territorialisation des pratiques sportives s’est constitué progressivement en France et son efficacité vient de l’articulation entre les initiatives privées et l’intervention publique. L’émergence d’autres territoires sportifs est en effet souvent indissociable de l’engagement des pouvoirs publics, État et collectivités locales, qui participent à la production des espaces sportifs
[28]. Ces espaces ne doivent pas être interprétés comme relevant de mouvements spontanés qui seraient en rupture avec la culture sportive traditionnelle, car leur ouverture est inscrite dans une perméabilité où les notions de multiappartenance, de multiactivité et de multiterritorialité se renforcent.
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