L'Année sociologique
P.U.F.

I.S.B.N.9782130545064
296 pages

p. 235 à 243
doi: 10.3917/anso.031.0235

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Note critique

Vol. 53 2003/1

2003 L'Année sociologique Note critique

Pour introduire Peter Fuchs

1 / Peter Fuchs, Die Erreichbarkeit der Gesellschaft : Zur Konstruktion und Imagination gesellschaftlicher Einheit, Frankfurt, Suhrkamp, 1992.
2 / Peter Fuchs, Moderne Kommunikation : Zur Theorie des operativen Displacements, Frankfurt, Suhrkamp, 1993.
Peter Fuchs appartient à ce qu’on peut appeler l’école luhmannienne du systémisme. Il est, en Allemagne, l’un des épigones les plus féconds et les plus en vue de l’école de Bielefeld. C’est en effet ici qu’il a été initié à la théorie par Luhmann lui-même, dont il fut l’un des plus proches élèves. Venu d’un horizon assez éloigné de la science universitaire – il a travaillé plus de dix ans, au début de sa carrière, comme éducateur-thérapeute –, ses études auprès de Luhmann le mettent assez tôt sur la voie d’une production scientifique toute vouée au développement et à l’application de la théorie luhmannienne [1].
Les textes de Fuchs ne sont pas d’une lecture aisée. Ils supposent une familiarité certaine avec l’œuvre de Luhmann. Sa démarche est celle d’une amplification des thèmes luhmanniens qui aide à mieux les comprendre et à prolonger la théorie en vue d’une applicabilité à une variété de phénomènes. Le travail accompli dans ce sens est considérable.
Cette proximité par rapport à Luhmann se traduit par la distribution du travail théorique sur les mêmes genres de textes que Luhmann a différenciés pour son propre usage : théorie pure, lectures sociologiques de la théorie, sémantique historique – laquelle explicite ces lectures par un retour sur l’évolution des configurations sociales dans la diachronie. Le style de Fuchs est, lui aussi, assez proche de la diction luhmannienne, laquelle reste cependant en deçà des tentatives fuchsiennes d’exprimer les rapports théoriques à l’aide de métaphores très concrètes ou encore en deçà des maniérismes de langage qui mettent à dure épreuve le lecteur allemand qui aurait peu de goût pour les emprunts terminologiques forcés. La préciosité des conceptualisations de Fuchs peut, en effet, paraître excessive. Par ailleurs, le style se dégage souvent dans les notes – fort copieuses – de bas de page où un certain humour allège la tension de l’abstraction et l’appareil des renvois érudits [2].
1. La thèse majeure de Die Erreichbarkeit der Gesellschaft est la suivante : ce qui se donne à nous comme postmoderne dans les comportements, les structures, la production du sens en général dans nos sociétés peut et doit être décrit par une théorie sociologique de l’hypercomplexité, la polycontexturalité et l’hétérarchie des systèmes sociaux actuels. C’est autour de ces trois facteurs structurels que s’articule la théorisation de Fuchs, dans une amplification et une précision des thèmes luhmanniens.
Le problème de la description de Fuchs est que les phénomènes de non-hiérarchisabilité (ou latéralité) de la multitude de perspectives que la société postmoderne ouvre sur elle-même (sans pouvoir décider d’une priorité de l’une sur l’autre) sont interprétés dans les termes relativement opaques d’une théorie de l’observation peu connue en dehors du luhmannisme. L’observation y est vue – avec la protologique de George Spencer Brown – comme une opération de distinction sans critère, autocontenante, ouvrant la possibilité de récursions qui la confirment et lui donnent une densité pour ainsi dire objective. La différenciation de la société moderne en sous-systèmes sociaux organisant chacun un champ de communication autour d’une fonction donnée (le droit, le pouvoir, l’échange monétaire, l’éducation, la santé...) et se stabilisant de manière autorécursive par l’établissement d’une clôture autopoïétique, est vue par Fuchs comme relevant de la logique de la distinction brownienne, avec ses circularités et ses paradoxes. En effet, cette logique ne peut présupposer aucune unité ni substantialité des choses ; elle ne connaît que des enchaînements d’opérations de distinction spécifique, sans équivalence, sans homomorphie et sans hiérarchie d’une espèce opérative à l’autre.
C’est cette constitution différentielle, pluricentrée et horizontale d la société qui, pour Fuchs, annule la possibilité de la saisir comme unité et comme totalité, la rendant inaccessible et, selon sa terminologie, « sans adresse ». Toute intention de l’appréhender part vers la confusion et le vide. La « société » n’est donnée nulle part, ni idéellement, ni physiquement, ni symboliquement. La société moderne – au sens de société fonctionnellement différenciée – héberge structurellement des dissensus insurmontables et ne se construit ni ne fait son unité autour d’adhésions générales à des valeurs et des normes. Ce fait est une conséquence de la disparité des sites d’observation de la société par elle-même, sites constitués par les différents sous-systèmes et par leurs codages strictement autoréférentiels. Aucun de ces sites n’a de priorité par rapport à un autre, aucun ne domine tous les autres.
C’est ce schéma d’interprétation qui constitue la trame de l’ouvrage et qui découvre en même temps le caractère quelque peu redondant des analyses de Fuchs dans les préliminaires théoriques de ce premier travail. En effet, ces préliminaires ont beau adopter les conceptualisations hautement sophistiquées de la théorie luhmannienne, ils n’en accusent pas moins un schématisme finalement assez simple qui, à ce titre, est assez courant dans les études culturelles des dernières décennies. Il s’agit du schématisme ressassé par les théories de la postmodernité opposant – souvent tabellairement – la catégorie et les champs sémantiques et comportementaux de l’unité à ceux de la diversité (non unifiable). La diversité postmoderne est souvent analysée en termes d’absence de site d’observation sans concurrence. L’absence de sommet ou de centre résulte pour Fuchs de la différenciation ou du démembrement fonctionnel de la société qui fait éclater la rationalité sociale en une multiplicité de rationalités subsystémiques, lesquelles ne se laissent pas accorder ni sommer.
Le schématisme adopté par Fuchs apparaît, à cet endroit, insuffisamment complexe. En effet, si l’inaccessibilité de la société n’était due qu’à cet éclatement, nous aurions affaire à une version très classique – et inutilement compliquée – de la guerre des dieux wébérienne. Ce que la théorie luhmannienne permet de voir, nous semble-t-il, au-delà de la différenciation subsystémique comme disruption insurmontable de l’unité sociale, ce sont les très nombreuses disruptions au sein de ses sous-systèmes eux-mêmes et de leurs ordres du sens. C’est au sein du droit, de la politique, de l’économie, de la science, de l’art, de l’éducation, de la famille, de la relation intime... qu’ont lieu les phénomènes d’élusion et d’incongruence qui font que le sens à chaque fois projeté par les systèmes décentraux et autoréférentiels est en lui-même fuyant, inconsistant, conflictuel. Issu d’une observation qui « blesse » le monde et y trace une distinction qui le partage en un désigné et un reste non marqué, il est en lui-même paradoxal (ou paradoxique) et ne peut être totalisé. Au-devant de lui court sa « différance » qui le transforme au gré de ses contextes. Fuchs ne cessera de développer ce point de vue dans ses travaux ultérieurs. Dans Die Erreichbarkeit der Gesellschaft, sa perspective est comme rétrécie par une tendance à s’aligner sur les théories de la postmodernité.
Un chapitre sur le patriotisme aux XVIIIe et XIXe siècles prolonge les préliminaires théoriques par une étude de sémantique historique dans le genre luhmannien. Il se situe au point de vue de la problématique de la différenciation fonctionnelle et de ses effets désintégrateurs des représentations unitaires et ontologisantes. Pour Fuchs, de telles représentations se sont couplées historiquement avec des tentatives d’affirmation de l’unité de la société par le biais de valeurs et de formules totalisantes comme la vertu ou la patrie. Ces formules créent, en dépit de l’accomplissement de la différenciation fonctionnelle, l’illusion d’une possibilité de cohérence entre les ordres de sens différenciés. Elles permettent surtout à l’individu de croire en une harmonie entre sa personne comme élément constitutif de l’ensemble social et celui-ci. Or la problématique de la différenciation et de ses tensions paradoxiques se retrouve encore une fois à la base de l’éclatement ou de la distribution de l’individu sur différents rôles sociaux sans cohérence interne. Fuchs parle de « dividu » comme d’une référence personnelle multiple distribuée sur différents faisceaux d’attribution de profils communicationnels.
C’est dans ce contexte de l’ouvrage qu’est reprise et développée la théorie luhmannienne de la séparation ou de l’altérité radicale des deux systèmes autopoïétiques que sont la communication (la société) et la conscience (l’individu, la personne, l’homme). Le fait fondamental ici est celui du rejet de l’idée que la société est constituée par des individus comme ses éléments de base : les individus, réunis par une homologie du penser, du sentir et de l’agir, seraient aptes, enclins ou obligés de fonder une communauté sur le fondement de leurs ressemblances et de leur empathie. Il faut, à l’encontre de cette manière de voir, maintenir une séparation stricte entre communication et conscience comme deux systèmes autocentrés qui ne peuvent entrer en conjonction que par des mécanismes d’ « interpénétration » intersystémique (le terme est parsonien, rénové conceptuellement par Luhmann) dont la condition de possibilité est précisément la complète autoréférence et la stricte clôture des systèmes concernés. Fuchs interprète cette altérité comme la différence moderne entre société et communauté, la société étant conçue comme le pôle différentiel par rapport, d’une part, à l’interaction face à face entre personnes et, d’autre part, à la communauté comme postulat d’un système social constitué par la rencontre et l’intégration d’une multitude de volontés personnelles d’interaction au bout de laquelle se trouve la substantiation de cette multitude comme unité collective.
Une telle reconstruction fait apparaître la rigidité et l’intolérance des codes sous-complexes que sont la morale ou la rationalité, ainsi que leurs politiques orientées sur des valeurs de communio (fusionnant la référence systémique psychologique – les individus – et sociale – la communication ou la société). La société moderne s’éloigne de ces codes dans une prise en compte de son hypercomplexité, sa polycontexturalité et son hétérarchie. Elle ne peut être atteinte par eux, parce qu’elle est incapable de se consolider en une instance à qui l’on pourrait attribuer un agir et imputer une responsabilité : « Elle ne se laisse pas observer comme un acteur » (p. 226), c’est-à-dire comme l’auteur (Urheberin) de sélections de sens qui déterminent la reproduction de la communication sociale. Elle ne peut être assimilée ni à une organisation qui aurait un sommet et un porte-parole, ni à une superorganisation régie par une élite qui représenterait l’ensemble social au sens d’une repraesentatio identitatis – ouvrant ainsi le champ à une théorisation critique de la structure sociale. La société est l’horizon de toute communication sans être elle-même ni une communication ni un supercommunicant.
2. Moderne Kommunikation poursuit l’appropriation et la continuation de la théorie luhmannienne. L’ouvrage s’articule autour du thème central et de la « découverte » majeure de cette théorie, le concept de communication. En effet, ce concept condense les intuitions les plus novatrices de Luhmann, le tour de force luhmannien ayant été de séparer strictement conscience et communication et de les concevoir comme deux autopoïèses indépendantes, tout en étant structurellement couplées. L’effort de Fuchs dans son deuxième ouvrage, paru un an après le premier, c’est d’explorer encore plus avant cette disposition théorique. Le mérite de son travail est triple :
a / Il représente une « répétition » de la théorie qui a un effet d’apprentissage et d’assouplissement certain. La réexposition insistante des concepts, les tentatives répétées de faire sens d’eux, l’adhésion aux postulats luhmanniens les plus exigeants, tout cela contribue à familiariser le lecteur avec la théorie et à lui suggérer qu’elle n’est pas une construction gratuite – qui semble n’avoir d’autre finalité qu’une montée indéfinie en complexité.
b / Au-delà de la « répétition », Fuchs tente une exploration résolue de la consistance et de la puissance explicative de la théorie. C’est là un aspect intéressant et fort utile du travail qui consiste à faire fonctionner la théorie dans ses propres termes, mais en dehors de ses circuits initiaux. Ainsi, sur la question du couplage entre conscience et communication, Fuchs développe des cadres théoriques, des concepts, des manières de se représenter les choses qui vont au-delà de ce que Luhmann avait proposé et qui peuvent ainsi valoir comme des apports valides à son projet.
c / Enfin, Fuchs est soucieux de ne pas se confiner ni de s’empêtrer dans une algèbre conceptuelle extrêmement abstraite, faisant appel à une imagerie cognitiviste d’un effet ambigu quand elle est appliquée sans sauvegardes à la matière sociologique. Parler d’attracteurs, de processeurs, de couplages, de réticulations ou, par exemple, de « déprécision des possibilités communicatives de connexion dans des contextes de surinformation » (pour caractériser un style de communication apparu avec le romantisme allemand) n’est instructif que si ces conceptualisations éclairent et font comprendre la réalité sociale dans sa matérialité et son historicité. Fuchs est conscient que la transposition, dans les termes de la théorie des systèmes, de la description de phénomènes sociaux, ne peut se suffire. C’est pourquoi il propose quasi systématiquement dans ses ouvrages – en particulier dans celui-ci – des études de sémantique historique qui se présentent comme autant d’illustrations de la théorie et de preuves de la fécondité de ses abstractions.
Moderne Kommunikation n’énonce pas de « thèses » mais livre des apports analytiques explorant dans le détail la manière dont conscience et communication sont closes sur elles-mêmes (autoréférentielles), en même temps qu’elles s’agencent de manière à s’irriter mutuellement, c’est-à-dire à se pourvoir mutuellement des impulsions qui mettent en marche et maintiennent leurs autopoïèses respectives. Les difficultés du projet sont énormes quand on sait que, à la différence du couplage entre le cerveau et la conscience – dans lequel le premier est conçu comme l’infrastructure bioneuronale de la seconde –, conscience et communication se font dans le même médium, celui du sens, et articulent les mêmes événements ou opérations (ici des vécus) dans des autopoïèses simultanées mais différentes. Cela suppose l’enchevêtrement de deux « sélectivités », impliquant des temporalités différentes, mais restreintes par un principe de synchronicité qui exige que les opérations aient lieu dans le même monde et sa chronologie linéaire. Fuchs a recours ici, pour clarifier sa conception, à l’analyse conversationnelle (dans le genre de Harvey Sachs) : il montre ainsi, dans le vif de la matière communicationnelle, le rôle joué par le quant-à-soi autopoïétique des consciences engagées dans la communication et la structuration de celle-ci selon des lignes complètement indépendantes des vécus clos et mutuellement inaccessibles des consciences. L’agencement se fait, pour Fuchs, par un jeu de maillage, une « configuration lacunaire » (Lückenkonfiguration) qui fait que ce qui est un vide (le trou d’une maille) pour la conscience est un plein (la maille de la maille) pour la communication [3].
Les analyses théoriques sont ensuite utilisées pour éclairer des types de communication cristallisés à un moment de l’histoire, et dans lesquels l’exploitation de la structure brisée et hautement irritable d’une communication irrémédiablement clivée de la conscience et vivant de son intransparence mène à des jeux d’autodissimulation d’une très grande réflexivité et complexité. L’ironie romantique est un type privilégié – parce que, dès son émergence, abondamment analysée et théorisée – de ces jeux de la dissimulation de la dissimulation de la dissimulation... par un dire qui se dit et se dédit de la volonté de ne pas dire... Dans les termes de la théorie systémiste qui distingue trois moments constitutifs de la communication que sont l’information (Information), la transmission (Mitteilung) [4] et la compréhension (Verstehen), ce type de communication est caractérisé par un « déplacement » (Displacement, dit Fuchs) des distinctions standard et de leur fonctionnement normal vers une surdétermination de la communication par la transmission (Mitteilung). Celle-ci devient le porteur principal du sens dans la communication. Inversement, la communication des Lumières qui, elle, est intéressée par un savoir universellement communicable au détriment de l’individualité ineffable, « déplace » les distinctions fondamentales de la communication en minimisant la sémantique autonome de la transmission, menant ainsi à l’exclusion de contributions authentiques de la « conscience » comme autopoïèse de l’expérience subjective. Enfin, Fuchs s’intéresse à une cristallisation historique de la communication qu’il appelle communication « nébuleuse » (nebulös) et qui désigne un type de communication, émergeant dès le XIXe siècle et arrivant à dominance au XXe, où la conscience, étant opaque et inaccessible pour elle-même, doit se laisser imputer dans la communication toute une sémantique intentionnelle sur laquelle elle n’a aucun contrôle – Fuchs a, bien sûr, en vue la psychologisation de la communication avec l’intégration du motif de l’inconscient. Le « déplacement » opératif qui a lieu ici précarise à l’extrême le statut tant de l’information que de la transmission et détruit au fond la stabilité de cette distinction.
Fuchs comprend le travail sociologique sur les displacements opératifs de la communication et la « logique des glissements » (Gleitlogik) structurels qui s’ensuivent comme une heuristique passionnante de l’extraordinaire raffinement, de l’extrême ingéniosité, de la richesse des biais élaborés par la communication sociale [5]. Or la pointe de l’approche théorique de Fuchs est la distinction fondamentale qu’il fait entre le niveau opératif et le niveau objectif de constitution de la réalité sociale. En effet, en adhérant strictement au théorème luhmannien qui identifie la réalité et l’unité constituante du social dans l’opération de communication, Fuchs délaisse la perspective d’une sociologie qui observe les communicables (les significations circulant dans la communication touchant le quotidien et ses régions – droit, politique, économie, éducation, famille... – ou le supraquotidien) ; il tente de développer une sociologie axée exclusivement sur l’opération de communication telle qu’elle se structure dans une combinatoire tridimensionnelle impliquant information, transmission et compréhension. Les displacements opératifs sont pour lui l’espace dans lequel les modèles de signifiances eux-mêmes sont découpés – d’après lesquels les différentes significations, les communicabilia, sont configurés. Le travail sociologique consiste à analyser les distributions de relevance qui se font, dans chacune des formations historiques où se cristallisent les grandes sémantiques (époquales), entre les différentes dimensions opératives de la communication. Ce sont ces logiques de substitution, de transférance, de jeu sur les différences avec leurs immenses possibilités de variation, de complexification et de réflexivisation qui font la subtilité des arrangements communicationnels qu’une théorie du social doit thématiser. L’exemple de l’art est marquant qui montre une communication qui n’arrive plus à circonscrire ce qu’elle est à partir ni de son contenu ni de son intention, mais doit recourir à une pause et un « look » caractéristiques qui deviennent la substance de l’être-artiste et son identifiant.
Jean CLAM
CNRS
 
NOTES
 
[1] Fuchs a entretenu avec Luhmann une relation très étroite qui s’est traduite par des échanges écrits assez fréquents (un document en a été publié par Fuchs dans la revue Soziale Systeme, 5/1999, 2/, p. 213-237), ainsi que par un coautorat, le livre Reden und Schweigen (Frankfurt/Main, Suhrkamp, 1989), où Fuchs a livré des interprétations systémistes de la mystique monastique et de la poésie moderne.
[2] Il y a un effet de surcharge dans ces notes qui offre très souvent un commentaire très casuel du texte principal – ainsi, dans une note, l’auteur se rappelle une forme du prohibitif latin avec une désinvolture parfaite, se dit n’avoir aucune envie d’aller la vérifier dans une grammaire et en appelle au lecteur pour compléter certaines de ses références.
[3] Un rappel des résultats de ces analyses – rappel très condensé, brillant pour qui a suivi l’élaboration théorique – se trouve p. 139 et s.
[4] Mitteilung est au sens propre mise en commun, com-munication, partage d’un contenu (ici l’information). Elle désigne le moment intentionnel et expressif de la communication : ce qui se trouve derrière son simple contenu informatif – à savoir, l’intention communicative elle-même qui fait sens et doit être comprise au même titre que le contenu informatif. C’est l’acte de comprendre qui, post factum, clôt l’opération temporellement distribuée de la communication en effectuant précisément la distinction entre les deux moments du contenu et de l’intention en même temps que leur synthèse.
[5] Par contre, l’étude de la communication à l’âge des Lumières – qui fait suite à celle sur le romantisme – nous semble moins réussie, parce que trop généralisante et souffrant du coup de certains raccourcis – alors que celle sur le romantisme se limitait à des phénomènes circonscricts, tels le fragment, l’ironie.
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Par contre, l’étude de la communication à l’âge des Lumièr...
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