L'Année sociologique
P.U.F.

I.S.B.N.9782130546610
356 pages

p. 459 à 485
doi: 10.3917/anso.032.0459

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Vol. 53 2003/2

Donner un sens à la plainte de fatigue au travail

Marc Loriol
RéSUMé. — La fatigue est une plainte fréquente dans le monde du travail, mais difficile à analyser. Les travaux ayant cherché à produire une théorie explicative de la fatigue se sont en effet heurtés à la dimension subjective et multidimensionnelle du phénomène. D’où la volonté de nombreux spécialistes de la fatigue au travail de centrer leurs travaux sur ce qui constituerait la dimension psychosociale de la fatigue dans les économies industrialisées et tertiarisées : l’ennui, la monotonie et la souffrance morale. Si ces recherches ont permis d’élargir notre compréhension de la question de la fatigue au travail, elles restent marquées par une représentation implicite d’un être humain doté de besoins psychologiques et sociaux invariants. Elles ne permettent donc pas de rendre compte des variations dans le sens attribué aux différentes difficultés rencontrées par les salariés ni dans la mise en forme du malaise qui en découle éventuellement. Une approche plus constructiviste tenant compte des représentations collectives, des enjeux et des rapports de force propres à chaque milieu professionnel, montre que les catégories mises en œuvre pour penser la fatigue au travail et le vécu de cette fatigue par les salariés sont difficilement dissociables. Les exemples des troubles musculo-squelettiques dans les entreprises industrielles et du burn out des infirmières hospitalières permettent d’illustrer la complexité des interactions entre des formes spécifiques d’expression de la fatigue et des contextes de travail particuliers. ABSTRACT. — Tiredness is a frequent complaint in the labour sphere, but difficult to analyse. Works that sought to produce an explanatory theory of tiredness ran up indeed against the subjective and multidimensional dimension of the phenomenon. From there comes the will of many specialists in tiredness at work to concentrate their studies on what would constitute the psychosocial dimension of tiredness in the industrialized and tertiarized economies : boredom, monotony and mental suffering. If these researches made it possible to widen our comprehension of the question of tiredness at work, they remain marked by an implicit representation of a human being equipped with invariant psychological and social needs. Thus they do not make it possible to account for the variations in the meaning of the various difficulties the workers meet, nor in the imposition of the feeling of discomfort which might result. A more constructivist approach, holding into account the collective representations, the stakes and the specific balance of power to each professional environment, shows that the categories used to think tiredness at work and the experience of this tiredness by the employees are not easily dissociable. The examples of the musculo-skeletal disorders in the industrial companies and of the burn out of the hospital nurses make it possible to illustrate the complexity of the interactions between specific forms of expression of tiredness and particular contexts of work.
I.Concentrer l’attention vers les dimensions psychosociales de la fatigue au travail : l’ennui et la souffrance
— L’ennui
— Le paradigme de la souffrance
II. Analyser la fatigue comme une construction sociale
— La logique sociale des discours sur la fatigue
— Sens de travail, sens de la plainte et présentation de soi
— La mise en forme de la plainte
• BIBLIOGRAPHIE


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