L'Année sociologique
P.U.F.

I.S.B.N.9782130546610
356 pages

p. 373 à 398
doi: 10.3917/anso.032.0373

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Vol. 53 2003/2

2003 L'Année sociologique

Les trois temps de l’emploi féminin : réalités et représentations

Catherine Omnès UVSQ
RéSUMé. — La contribution s’interroge sur les décalages entre les représentations et les réalités du travail des femmes, et sur la résistance des clichés malgré les avancées de la recherche historique sur ce thème. Ainsi, persiste la vision d’une entrée massive des femmes sur le marché du travail à la faveur de la Première Guerre mondiale, au moment même où les taux d’activité féminins s’orientent durablement à la baisse ; de même, l’arrivée de la génération du baby-boom sur le marché du travail et la conquête de nouveaux droits pour les femmes laissent croire à une marche inéluctable et linéaire vers l’égalité des sexes et la mixité. Pour expliquer ces illusions d’optique, le travail féminin est analysé à la lumière de sa visibilité au cours de ses trois phases d’évolution. ABSTRACT. — The paper analyses the opposition rising from the reality of the female labor force and its representations. Even though they have been questionned by recent researches, old cliches are still alive. For instance, the idea that women entered, in massive doses, the labor market during World War I is refuted by the falling tendancy in the rate of female employment. Similarly, neither the growing rate of employment among the generation of women born after World War II nor the achievement of new rights for women mean that equality among sexes went on according to a lineary trend. In order to explain these optical illusions, the paper focuses on the visibility of women labor force.
Longtemps balbutiante et focalisée sur les activités traditionnelles des femmes – la femme nourricière, la femme soignante, l’enseignante –, l’histoire du travail féminin est devenue foisonnante au cours des dernières décennies en France. L’élan a été donné, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, par le mouvement féministe, les nouveaux débats de société et l’ouverture de l’histoire sur les autres sciences sociales. Les historiens, et plus souvent encore les historiennes, ont alors enrichi leurs problématiques au contact de la sociologie, de l’anthropologie, de l’économie, de la gestion ; ils ont renouvelé leurs méthodes et leurs sources pour répondre aux nouvelles interrogations de l’histoire sociale. À cet égard, le GDR Marché du travail et genre (MAGE) a joué un rôle décisif. Sa création en 1995 a ouvert un lieu d’échange et de réflexion interdisciplinaire très stimulant.
Promue par les deux numéros de la revue Le Mouvement social dirigés par Michèle Perrot sur « Travaux de femmes » en 1978, puis sur « Métiers de femmes » en 1987 [1], la recherche sur le travail des femmes est devenue prolifique et très diversifiée. Elle a revalorisé et élargi l’approche des groupes sociaux. Loin de se focaliser sur les seuls milieu et mouvement ouvriers, elle a abordé « l’archipel des employés », les salariées du commerce, les surintendantes d’usine, les créatrices d’entreprise, les cadres, les ingénieures, les préposées de la Poste... [2] ; les groupes sociaux et les professions ont été (re)définis à travers les espaces de travail, les outils de travail, le vêtement, le corps, les pratiques sociales, les parcours individuels... L’organisation du travail, les modes de gestion de la main-d’œuvre, les relations sociales dans l’espace de l’usine, du bureau, du magasin, de l’administration ont été lus sous l’angle des rapports masculin/féminin. Les catégories du travail ont été déconstruites (salaire, temps [3], qualification/déqualification, employée [4], indépendance [5], inaptitude [6]...). En recourant de plus en plus souvent à des sources biographiques, longitudinales, l’histoire du travail féminin a mis à jour les processus de mobilités géographiques, professionnelles et sociales, intra- et intergénérationnelles [7], l’évolution des arbitrages effectués dans le cadre familial ou sur les lieux de travail, les déplacements de « la ligne de col », la recomposition des identités professionnelles ou des rapports de genre... Même si la problématique des hiérarchies salariales et sociales et l’approche comparatiste demeurent en retrait en France, la fécondité d’une démarche éclatée, interdisciplinaire, ouverte au dialogue est patente. Elle donne une vision dynamique du travail féminin et souligne la complexité du fonctionnement du marché du travail féminin, la diversité des positionnements des femmes et de leurs comportements individuels.
Face à ce renouvellement disciplinaire, il peut paraître paradoxal que reviennent de façon récurrente, même sous la plume des auteurs les plus avertis, toujours les mêmes représentations du travail féminin. Est accréditée l’idée d’une identité collective des femmes sur le marché du travail. Main-d’œuvre spécifique, les femmes seraient soit une armée de réserve utilisée dans les ajustements à la conjoncture, soit une main-d’œuvre interchangeable, cantonnées sur le marché secondaire, segment dévalorisé du marché du travail où le travail est peu qualifié, précaire et mal rémunéré. Par ailleurs, le travail féminin est presque toujours pensé en relation avec les fonctions procréatrices des femmes. Il serait par nature instable, discontinu, second, les responsabilités familiales entrant en concurrence avec leurs activités professionnelles. Présenté comme un phénomène contingent, le travail féminin serait non seulement lié à la sphère privée, mais également aux événements exceptionnels de la vie publique, à la guerre de 1914-1918 tout particulièrement, qui occupe une place centrale dans les représentations sociales (et dans les manuels scolaires). Les centaines de milliers de munitionnettes travaillant dans les usines de guerre pendant que les hommes sont au front laissent croire à une entrée massive des femmes sur le marché du travail à partir de la Première Guerre, occultant les 4 à 7 millions de femmes qui travaillent dans la France du XIXe siècle, d’une part, et le long repli des taux d’activité des femmes du début du XXe siècle jusqu’aux années 1960.
Comment expliquer la prégnance de cette perception décalée des rythmes de l’activité féminine et la persistance des stéréotypes de genre dans un contexte de profondes mutations économiques et sociales depuis deux siècles ? Ces représentations se fondent-elles sur un immobilisme des rapports de sexe sur le marché du travail ? ou sur la volonté de nier les évolutions pour mieux endiguer un mouvement d’émancipation féminine ?
L’histoire peut aujourd’hui corriger ces visions souvent atemporelles et longtemps faiblement étayées. En éclairant la relation entre représentations et réalité du travail féminin et sa dynamique, elle met en évidence les trois temps qui scandent la contribution des femmes à l’activité, leurs conditions au travail et leurs calendriers personnels. À une relative transparence de la mise au travail des femmes au temps de la première industrialisation (I) succède une longue phase de visibilité accrue qui crée une « illusion d’optique sociale » de la fin du XIXe siècle aux années 1960 (II) ; et enfin, l’accélération récente du travail féminin et de la mixité laisse croire à la conquête de l’égalité sur le marché du travail (III). L’historiographie des vingt dernières années permet ainsi d’inscrire les phénomènes sociaux analysés par l’ensemble des sciences sociales dans une perspective de longue durée.
 
I.La relative transparence de la mise au travail des femmes au XIXe siècle
 
 
En France, les femmes ont toujours et beaucoup travaillé. Dès le XIXe siècle, elles sont massivement mises au travail. En un siècle, le taux d’activité progresse de 7 points, et à l’aube du XXe siècle, il dépasse de plus de 10 points le taux d’activité des femmes britanniques et allemandes (24,9 % contre 36,2 % en France) [8]. Or la mise au travail précoce, massive, des femmes françaises au XIXe siècle est souvent gommée dans les représentations sociales. Certes, les recensements saisissent mal l’activité féminine, particulièrement celle des femmes non salariées, considérées comme des auxiliaires de leur mari. Mais ce sont surtout les conditions économiques, juridiques et familiales de la mise au travail des femmes au XIXe siècle qui contribuent à donner une certaine « transparence » à la femme travailleuse et à minimiser la longue tradition du travail féminin en France. L’activité féminine progresse alors sans bouleverser les rapports entre les hommes et les femmes dans la société et dans la famille, ce qui estompe l’acuité du phénomène.
Une mobilisation économique des femmes sans rupture brutale
La discrétion de la mise au travail précoce des femmes françaises au XIXe siècle renvoie à fois aux caractères de la croissance française au XIXe siècle et à la construction d’une division sexuelle du travail conforme aux rôles sociaux attribués aux femmes.
La croissance française régulière et modérée, qui préserve un équilibre sectoriel et spatial et qui n’induit pas une prolétarisation massive et rapide, facilite une intégration des femmes dans la population active sans rupture radicale avec les pratiques sociales antérieures. Le maintien d’un important secteur agricole structuré, depuis la Révolution française, autour de l’exploitation familiale ouvre des opportunités d’emplois à un très grand nombre de femmes ; près de 3 millions de femmes travaillent dans ce secteur jusqu’au début des années 1890 [9], alors que dans l’agriculture britannique, qui devient résiduelle, les femmes n’ont jamais eu leur place. Sur les exploitations agricoles françaises, les tâches et les espaces masculins et féminins sont complémentaires [10]. Les femmes occupent des tâches variées, spécifiques : outre le travail domestique pour la famille, les domestiques et les journaliers, les femmes se voient attribuer les travaux légers et périphériques comme la surveillance de la basse-cour, la transformation et la commercialisation de ses produits..., la préparation du travail agricole ; la pluriactivité étant fort répandue au XIXe siècle, beaucoup d’agricultrices y ajoutent un travail industriel à domicile, tout aussi sexué. Par leur variété et leur spécificité, les tâches féminines participent à la vitalité (ou la survie) de l’exploitation agricole sans entrer en concurrence avec les travaux masculins, faisant appel à la force physique et à l’usage des outils. Dans le même temps, l’accès à l’indépendance économique, comme petite commerçante ou petite entrepreneuse, est maintenu largement ouvert par la prospérité de la société rurale et par l’urbanisation : Cl. Thélot et O. Marchand comptent environ 1 million de petites patronnes de l’industrie et du commerce au XIXe siècle [11]. Parmi les travaux traditionnels des femmes, figurent également les services domestiques, très florissants au XIXe siècle. Là, les hommes et les femmes se côtoient, mais la mixité n’est qu’apparente. En fait, les femmes s’occupent du dedans (cuisinière, lingères...), les hommes du dehors (jardiniers...) et la hiérarchie de cette partition sexuée est inscrite dans la fiscalité : après avoir supprimé la taxe de luxe perçue sur les seuls domestiques masculins (en 1802), l’administration fiscale y substitue une taxation plus forte sur les hommes que sur les femmes.
À ces emplois traditionnels, la révolution industrielle ajoute des emplois nouveaux, salariés, qui font émerger la figure de l’ouvrière. Les formes françaises de la première révolution industrielle favorisent une forte féminisation de l’industrie (35,8 % en 1906). Fondée sur le textile et le vêtement (40 % du produit industriel français en 1840), sur des structures dualistes (concentrées en amont, dispersées en aval) et géographiquement éparses, l’industrialisation française intègre durablement les femmes sur le marché du travail, sans qu’elles rompent avec leur milieu d’origine, qu’elles travaillent à domicile, en atelier ou dans les manufactures. Là encore, la répartition des travaux obéissant à l’adage « aux hommes le bois et les métaux, aux femmes les tissus » opère une partition sectorielle des emplois et une distribution très sexuée des postes de travail : aux hommes reviennent les emplois requérant force et qualification ou présentant des risques importants ; aux femmes, les travaux se référant à leurs « qualités naturelles » de délicatesse, de minutie, de dextérité.
Les femmes apportent donc une très large contribution à la croissance française du XIXe siècle, soutenue pendant les deux premiers tiers du XIXe siècle par la vitalité de la société rurale. Loin d’être une main-d’œuvre d’appoint, elles occupent une place à part entière dans l’activité. Leur positionnement est néanmoins spécifique. La mixité est exceptionnelle, voire tabou. Les exclusions professionnelles sont nombreuses. Elles sont liées à l’exclusion des femmes des droits civiques, à leur infériorité face à l’éducation [12] et à leur statut dans la famille [13]. Ainsi s’enracine une division sexuelle des tâches très marquée et se construit l’engrenage d’enfermement et d’infériorisation des femmes sur le marché du travail, qui tendent à occulter l’entrée en activité de 3 millions de femmes supplémentaires.
Une vocation maternelle préservée
Le deuxième facteur de transparence de l’emploi féminin au XIXe siècle est le faible impact de l’activité sur la fécondité féminine jusqu’aux années 1880. La mise au travail des femmes dans des structures économiques dispersées et sur un marché du travail ouvrant des opportunités d’emploi aux enfants ne remet pas en cause la vocation procréatrice que la société leur assigne.
Pendant une grande partie du XIXe siècle, le tissu économique français où dominent de petites unités, dispersées sur le territoire, favorise la permanence des comportements des couples face à la maternité. L’entrée des femmes sur le marché du travail s’effectue en effet sans rupture brutale, dans des structures dispersées, voire dans le cadre familial. C’est le cas bien sûr dans l’agriculture où le nombre des exploitations continue à croître jusqu’au début des années 1890. Les femmes d’exploitant assument les tâches maternelles, souvent aidées par la génération précédente, sans pour autant abandonner les activités qui leur reviennent sur l’exploitation familiale ou dans le cadre de la pluriactivité. La coïncidence du lieu de travail et du domicile, ou du moins la proximité, se retrouve dans l’industrie et plus encore dans le commerce. En France, jusqu’à la Grande Dépression, c’est l’industrie qui va vers la main-d’œuvre, et non l’inverse, et la grande usine reste l’exception. Aussi beaucoup d’ouvrières évitent-elles le déracinement que connaissent leurs homologues britanniques dès les premières décennies du XIXe siècle. Qu’elles travaillent à domicile ou à proximité dans les ateliers ruraux, elles participent pleinement au dynamisme de l’économie et de la société rurales et en conservent les comportements démographiques.
Quant à l’ouvrière de la grande usine, généralement recrutée très jeune dans un rayon plus large, souvent encore active une fois mariée car le marriage bar anglo-saxon n’existe pas en France, la question de la maternité se pose dans d’autres termes. C’est là qu’intervient le second facteur contribuant au maintien d’une fécondité élevée dans les milieux populaires, à savoir les potentialités du marché du travail infantile. Les travaux de J. Scott et L. Tilly sur les villes d’Anzin et de Roubaix ont montré que les arbitrages entre fécondité et activité féminine se font dans le cadre du foyer en prenant en compte chacun des membres de la famille et l’état du marché du travail local [14]. Or, jusque dans les années 1880, le marché du travail infantile reste actif et aucune entrave législative, hormis la loi de 1841 qui réglemente l’âge d’accès et le temps de travail des enfants dans les ateliers, ne vient freiner le travail des enfants. Très jeune, l’enfant trouve des possibilités d’emploi et il relaie la mère sur le marché du travail. Aussi l’enfant est-il vu comme une source de revenu dans les familles populaires.
Jusqu’aux années 1880, le contexte économique et législatif ne pose guère la question de la maternité en termes d’alternative avec l’activité et ne met pas encore le malthusianisme à l’ordre du jour. La société ne vit donc pas la mise au travail des femmes sur un registre dramatique, d’autant que parallèlement les femmes sont exclues du droit commun.
Une position subordonnée
Au XIXe siècle, l’accès des femmes au marché du travail s’est fait sans que leur soit reconnu le droit au travail, qu’elles revendiquaient dès les années 1840 et qui aurait signifié un accès à la citoyenneté [15]. Les femmes demeurent des mineures. Elles sont placées par le Code civil sous tutelle de leur père, puis de leur mari (voire des deux pour les femmes mariées mineures) [16]. Sur le plan juridique, mieux vaut être veuves, séparées de corps (après la loi de 1893) ou divorcées que mariées ou célibataires. Le statut subordonné des femmes dans la société et dans la famille se répercute sur le marché du travail à la fois sur le plan juridique, salarial et disciplinaire.
Les femmes mariées ont besoin d’une autorisation maritale pour entrer dans un métier, pour se syndiquer (jusqu’en 1920), pour disposer librement de leur salaire (jusqu’en 1907). Il en est de même pour exercer un commerce, bien que la liberté du commerce soit un principe fondamental hérité de la Révolution. Cependant les marchandes publiques font, grâce à leur métier, l’apprentissage de l’autonomie juridique et financière. La jeune fille mineure émancipée qui fait du commerce est considérée comme majeure à partir de 18 ans et elle peut contracter. Les femmes mariées, une fois obtenue l’autorisation maritale, peuvent également contracter, engager les biens de la communauté... Le commerce a sans doute un effet émancipateur, mais les femmes restent sous l’emprise de leur mari car le consentement est révocable.
L’infériorité juridique des femmes et la force du modèle de la femme épouse et mère ont des incidences financières. Elles sous-tendent la conception du salaire d’appoint et les inégalités de salaire entre hommes et femmes. Dans le secteur privé, où règne une liberté totale des employeurs, les femmes gagnent généralement la moitié du salaire masculin à la veille de la guerre de 1914 et les salaires féminins sont soumis à de nombreuses amputations. Dans la fonction publique, un traitement minimum est certes garanti aux institutrices depuis 1867, mais la loi de 1889 sur les traitements de la fonction publique inscrit l’inégalité de salaire entre homme et femme et la justifie par l’inégale dépense. Aussi les femmes sont-elles toujours au bas de l’échelle des hiérarchies professionnelles.
Enfin, dernière implication de leur subordination, les femmes ont besoin d’être encadrées, contrôlées, disciplinées sur le marché du travail. Aussi sont-elles souvent maintenues dans un certain isolement par un travail strictement individuel ou par des interdictions de parler, de se déplacer... dans l’espace de travail ; elles reçoivent des punitions, des récompenses comme des écolières que l’on souhaite moraliser. Et jusqu’à la loi de 1892, partant du principe que le travail familial est libre, elles restent peu protégées.
Au XIXe siècle, les formes de la croissance française ont permis de confiner beaucoup de femmes actives dans l’espace privé de l’exploitation agricole, de l’atelier domestique ou de la boutique. Pour les autres, la ségrégation, l’infériorisation et l’encadrement dont elles font l’objet sur le marché du travail reproduisent les rôles et le statut qu’elles occupent dans la société et dans la famille. Ainsi, l’essor précoce et continu de l’emploi féminin au XIXe siècle, qui singularise la France en Europe, heurte peu les mentalités et donne à cette première phase de mise au travail des femmes une discrétion et une faible visibilité qui contrastent avec la période suivante.
 
II.Le temps de l’illusion d’optique sociale (fin du XIXe siècle - années 1960)
 
 
À la fin du XIXe siècle, et surtout à la faveur de la Première Guerre mondiale, la perception du travail féminin change. Au moment même où s’amorce, en France, une longue phase de repli des taux d’activité féminine du début du XXe siècle au milieu des années 1960 (36,3 % en 1906, 28,2 % en 1962), les contemporains ont le sentiment que les femmes travaillent plus, qu’elles prennent la place des hommes et qu’elles oublient leur fonction maternelle. Comment expliquer cette « illusion d’optique sociale » [17] ? Elle se fonde sur la visibilité nouvelle que les femmes actives acquièrent à la faveur de la seconde industrialisation. Le changement de statut des femmes au travail, leur irruption dans des univers masculins et la diffusion du malthusianisme semblent faire voler en éclats les rapports masculin/féminin construits sur le marché du travail au XIXe siècle et donnent de l’activité féminine une vision en trompe-l’œil.
Changements de statut et visibilité de l’activité féminine
À partir de la fin du XIXe siècle, les femmes acquièrent un nouveau statut économique et juridique qui occulte le repli structurel des emplois féminins, aux yeux des contemporains.
S’impose progressivement, à la suite de la Grande Dépression et du démarrage de la seconde industrialisation, un nouveau modèle de développement qui ouvre un deuxième temps de l’emploi féminin et un mouvement de salarisation de la population active féminine. Le déclin de l’industrie rurale, la longue crise agricole du dernier tiers du XIXe siècle enclenchent un recul de la petite entreprise familiale agricole, industrielle et commerciale, un repli des emplois féminins traditionnels (agriculture, textile, vêtement...) et un exode rural massif qui oblige les migrants et les migrantes à des reconversions professionnelles. Or la seconde industrialisation est moins propice à l’emploi féminin que la première révolution industrielle. Les nouveaux pôles moteurs de la croissance sont des branches très masculines qui n’emploient qu’une infime minorité de femmes (7 % de femmes dans la métallurgie avant la Première Guerre mondiale), tandis que les industries traditionnelles, très féminisées, du textile et du vêtement, entrent dans une longue période de stagnation (taux de croissance de 1,1 % de 1896 à 1929 et de 1,2 % entre 1929 et 1963) [18]. Et la « révolution administrative », qui s’amorce à la fin du XIXe siècle sous la pression du développement de la bureaucratie privée et publique, est plus tardive et moins développée en France que dans les pays voisins [19]. Au total, les emplois perdus dans le textile et le vêtement (1 million), le secteur agricole (1 million et demi) et les services domestiques entre 1906 et 1962, ne sont pas compensés par les nouveaux emplois féminins.
En revanche, cette nouvelle phase de l’emploi féminin occasionne à la fois un changement de statut de nombreuses femmes actives et une dissociation croissante entre le lieu de travail et le lieu de résidence. Le passage de l’indépendance au salariat, les déplacements quotidiens des femmes dans la ville rendent visible l’activité féminine. Dès lors, le travail féminin est perçu comme un détournement des femmes de la sphère domestique et de leur fonction première, à savoir la procréation. Cette évolution alimente de violentes campagnes pour le retour de la femme au foyer dans le climat d’inquiétude démographique qui règne en France de la fin du XIXe siècle à la fin des années 1930.
Dans le même temps, les nouvelles conditions juridiques des femmes au travail sortent les femmes travailleuses de l’ombre et partiellement de leur infériorisation. À partir de la fin du XIXe siècle, celles-ci font l’objet d’une législation spécifique, protectrice, moralisatrice et hygiéniste, à vocation nataliste. C’est en effet pour protéger la double fonction productive et procréatrice des femmes que le législateur réglemente la durée de travail (lois de 1874, 1892, 1900), les conditions de travail des femmes salariées (loi des chaises de 1900) et prend une série de dispositions en faveur des femmes enceintes (lois de 1909 et 1913).
Dans la sphère économique, les femmes conquièrent le droit de vote et d’éligibilité bien avant de disposer de droits politiques. Malgré les fortes résistances politiques et professionnelles, les femmes deviennent électrices et éligibles aux tribunaux de commerce en 1898 et 1931 et aux tribunaux des prud’hommes en 1907-1908. « En droit commercial, la différence de sexe s’efface devant le commerce. » [20] L’idée que l’émancipation féminine pourrait venir du secteur indépendant, des petites classes moyennes « dites traditionnelles », mérite d’être retenue, d’autant qu’au XXe siècle plus de 30 % des femmes qui créent leur petite entreprise à Paris entre les deux guerres choisissent un régime marital conventionnel leur permettant de gérer et de disposer de leurs biens [21], avant que la loi du 18 février 1938 supprime l’incapacité civile de la femme mariée.
Puis, lentement, souvent à l’initiative de l’État, certaines barrières génératrices d’inégalités entre les hommes et les femmes tombent, dans le domaine scolaire par exemple (en 1924, création par le décret Bérard d’un cursus menant les filles au baccalauréat et à l’université) ou en matière de rémunérations dans le secteur public (en 1919, institution de l’égalité de traitement des instituteurs et des institutrices, étendue en 1927 aux enseignants du second degré et à l’ensemble de la fonction publique en 1946). Mais l’émancipation juridique des femmes est lente en France ; au début des années 1960, celles-ci ne disposent pas encore d’une indépendance civile : un mari peut encore interdire à sa femme l’exercice d’un métier. Les résistances et l’âpreté des débats soulevés par la définition du statut juridique des femmes participent à la mise en lumière du travail féminin.
Irruption des femmes dans des espaces masculins et ségrégation recomposée
L’entrée des femmes dans des univers jusqu’alors très masculins est un autre facteur de visibilité des femmes sur le marché du travail. La guerre de 1914 est à cet égard un moment fort du brouillage de la division sexuelle du travail héritée du XIXe siècle. L’image des munitionnettes remet en question les fondements de la ségrégation pratiquée jusque-là qui avait érigé la midinette en modèle féminin dominant. Elle réveille également la peur de la concurrence féminine et ravive le débat sur la compatibilité entre la maternité et le travail en usine. La profusion d’images, d’écrits, d’enquêtes et la violence des réactions qui s’affrontent à cette occasion témoignent du choc profond et durable de l’irruption des femmes dans l’usine métallurgique [22].
De même, la féminisation des emplois de bureau, qui accompagne la « révolution administrative », substitue à l’image de l’employé du XIXe siècle qui est un homme, en faux-col, tenant ses registres à la plume, celle de l’employée du XXe siècle que les publicitaires dessinent sous l’apparence d’une jeune fille en bas de soie, tapant allégrement sur le clavier d’une machine à écrire. Ainsi se construit la figure emblématique du travail féminin au XXe siècle : la sténo-dactylographe [23]. Ces emplois de bureau offrent des opportunités d’emploi nouvelles et honorables aux jeunes filles des classes moyennes qui sont restées jusque-là à l’écart du marché du travail. À ce titre, ils symbolisent l’émancipation des femmes de ce milieu.
Et, à un niveau de qualification supérieure, la levée des obstacles à l’accès des filles au baccalauréat et à l’université se traduit par l’entrée des femmes dans les professions libérales, restées jusqu’à la fin du XIXe siècle un domaine réservé des hommes. Les effectifs demeurent squelettiques avant la Seconde Guerre mondiale. En revanche, au-delà, la forte progression de ces professions, supérieure à celle de toutes les autres catégories socioprofessionnelles, soulève la crainte que la féminisation induise une dévalorisation de ces métiers.
L’irruption des femmes dans des espaces jusque-là réservés aux hommes, les progrès de la scolarisation féminine accréditent l’idée que la division sexuelle du travail construite au XIXe siècle cède la place à la mixité professionnelle, voire à une substitution des femmes aux hommes. En réalité, la mixité demeure exceptionnelle sur le marché du travail. La redistribution des emplois féminins s’accompagne d’une réorganisation du travail et de la construction de nouvelles ségrégations. Dans l’industrie métallurgique, par exemple, la féminisation, amorcée pendant la guerre de 1914-1918 et réactivée par la pénurie de main-d’œuvre au cours des années 1920, est la résultante de plusieurs processus parallèles [24]. Le mieux connu correspond à la mécanisation et à la rationalisation du procès de production qui permettent de baisser les exigences physiques et professionnelles du travail et de décomposer le travail des ouvriers professionnels en postes parcellisés, interdépendants, à cycle de travail très courts, réservés à des femmes. La féminisation résulte également de la création de branches nouvelles, comme la TSF par exemple, dont les postes exigeant minutie et rapidité sont définis, dès le départ, comme des emplois féminins. Dans ces deux premiers cas, on ne peut parler ni de substitution des femmes aux hommes ni de mixité. La mixité résulte d’un troisième processus impulsé par l’État pendant la guerre de 1914 ; celui-ci impose, dans les usines de guerre, de placer des femmes sur un certain nombre de postes sur machines [25]. Aussi une petite minorité de professions deviennent-elles mixtes et le demeurent pendant tout l’entre-deux-guerres. Mais, « la mixité n’est pas indifférenciation » car le degré de mixité varie d’une profession à l’autre selon les clivages traditionnels fondés sur les qualités attribuées à chaque sexe ; et, au sein d’une même profession, la nature de la machine confiée à l’ouvrière (le plus souvent une machine semi-automatique) positionne systématiquement les femmes comme manœuvres spécialisées, à partir de 1926. À cette date, les ouvrières de la métallurgie parisienne classées professionnelles jusque-là se retrouvent déclassées, mais ce déclassement n’a pas d’implication sur les salaires [26].
Dans les bureaux, également, la féminisation est liée à une réorganisation profonde du travail. La mécanisation fait entrer les machines à écrire, à reproduire, à calculer, les machines comptables, les machines statistiques... Elle génère une nouvelle organisation du travail rationalisée, en espaces spécialisés, ordonnés autour des objets techniques, au sein de laquelle les femmes tiennent désormais une place centrale (en 1931, déjà 40 % des employés sont des femmes). Mais les femmes n’ont ni le même statut ni les mêmes tâches que leurs prédécesseurs masculins. Alors que l’employé du XIXe siècle exerçait un métier polyvalent et était appelé à de belles perspectives de carrière, l’employée du XXe siècle est assignée à des tâches répétitives, parcellisées, et son avenir est moins prometteur [27]. Certes, les employées bénéficient d’un traitement mensuel qui leur donne une sécurité de revenu que n’ont pas les ouvrières. Mais, avec les avancées de l’État-providence et avec la stagnation des salaires des employés après la Première Guerre, la distinction s’estompe entre les cols bleus et les cols blancs. C’est dans ce contexte que se développe le thème de l’employé(e) prolétaire qui sert de slogan fédérateur lors de la grande grève des employés de banque en 1925 [28].
Les mécanismes de la féminisation des salariés du commerce, étudiés sur la longue durée dans le cadre du Grand Bazar de Lyon [29], sont comparables. Il ne s’agit pas d’une simple substitution des femmes aux hommes car, là comme ailleurs, la mixité est rare, les postes sont fortement sexués sur la même base que dans l’industrie : les postes d’électriciens, les rayons de la quincaillerie et du bois sont masculins, les nouveautés reviennent aux femmes. La féminisation progressive du Grand Bazar de Lyon résulte à la fois d’une nouvelle organisation du travail et d’un nouvel équilibrage des activités et des produits en faveur des postes jugés féminins.
Dans le cadre du nouveau modèle de développement qui s’impose avec la seconde industrialisation dans les années 1880 et qui s’épanouit jusque dans les années 1960, les rapports masculin/féminin sont donc redéfinis ; les frontières entre les emplois féminins et les emplois masculins se déplacent, s’assouplissent quelque peu, laissant apparaître une légère mixité, mais elles ne disparaissent pas. La ségrégation sexuelle se recompose tout en s’appuyant sur les mêmes représentations qu’au XIXe siècle. Le principe « à travail égal, salaire égal » reste un objectif à atteindre et les disparités de salaire n’évoluent pas de façon linéaire dans le sens d’un resserrement. La qualification et le pouvoir d’encadrement demeurent des attributs largement masculins attestant que les voies de la promotion sont plus étroites pour les femmes et que la mobilité féminine se fait surtout dans la sphère des emplois peu qualifiés de l’industrie et des services. Les inégalités entre les hommes et les femmes restent fortes sur le marché du travail. Y participent les carences et les inadaptations du système de formation professionnelle pour les jeunes filles, la fermeture de certains métiers aux femmes, l’égalité juridique encore incomplète, et bien sûr l’ensemble des préventions à l’égard du travail féminin, qu’elles viennent du côté des employeurs, des syndicats, des ménages ou des intéressées elles-mêmes.
Faut-il en déduire que les femmes évoluent sur le marché du travail secondaire, déqualifié, dévalorisé et précaire ? La diffusion de la rationalisation du travail et les mutations structurelles et organisationnelles de l’économie française ont ouvert aux femmes des opportunités d’emplois dans des secteurs qui leur étaient jusque-là fermés. Celles-ci leur ont souvent permis d’éviter les emplois domestiques, si mal vécus par les jeunes filles, d’accéder à des emplois plus rémunérateurs, moins insalubres que beaucoup d’emplois dans des industries traditionnelles. Aussi les témoignages d’ouvrières parisiennes recueillis ne participent-ils guère au discours dominant de dénonciation de la rationalisation du travail [30]. Beaucoup de femmes réussissent alors à s’implanter durablement sur les marchés professionnels où elles négocient leur expérience en acceptant, comme leurs homologues masculins, une forte mobilité d’emploi. Loin d’y occuper les branches délaissées par les hommes, les femmes investissent souvent des secteurs neufs, en pleine expansion, qui leur permettent d’être généralement plus abritées du chômage que les hommes pendant la crise des années 1930. D’autres femmes se stabilisent sur les marchés internes. Seule une minorité semble correspondre à la main-d’œuvre interchangeable du marché secondaire [31].
La menace du malthusianisme
Dernier facteur de visibilité des femmes, le changement des comportements familiaux. Il se manifeste, à la fin du XIXe siècle, au moment même où s’installe une profonde et durable inquiétude démographique, aggravée au début du XXe siècle par la montée de l’antagonisme franco-allemand et après la guerre par la saignée humaine du conflit. De nombreuses voix s’élèvent alors pour dénoncer la dénatalité. Elles incriminent l’égoïsme des ménages, le règne du calcul, la propagande néo-malthusienne... et bien sûr le travail féminin. La femme qui travaille au dehors, la femme salariée qui recourt à « l’élevage mercenaire » (les nourrices) est la principale cible du discours médical et religieux de la fin du siècle, puis des ligues catholiques féminines (comme l’UFCS) entre les deux guerres qui fustigent :
« la mère ouvrière au dehors, c’est
la dénatalité,
le lien conjugal distendu
l’enfant mal élevé
l’élément pondérateur enlevé au foyer » [32].
La mère ouvrière qui délaisse le foyer et ses fonctions maternelles relève-t-elle du discours dénonciateur et moralisateur ou de la réalité sociale de la seconde industrialisation ?
Le malthusianisme a effectivement gagné les milieux populaires. Les travaux de L. Tilly ont montré une inflexion durable des modes d’arbitrage entre fécondité et activité au sein des ménages, à partir des années 1880 [33]. L’obligation scolaire, les effets pervers des lois sociales [34] et la crise de l’apprentissage resserrent les opportunités d’emploi des enfants. Aussi les mères sont-elles de plus en plus difficilement relayées sur le marché du travail et l’enfant devient un coût. Dans ce contexte, les femmes des classes populaires, qui ont besoin de faire entrer deux salaires dans le ménage, font de plus en plus souvent le double choix d’une activité plus continue et d’une fécondité contrôlée. La lenteur des progrès de l’État-providence en France pèse dans le même sens. La norme devient, pendant un demi-siècle, la famille restreinte. Parmi un échantillon de femmes nées au début du siècle (en 1901 et 1911), ouvrières en région parisienne, plus de 40 % d’entre elles sont sans enfant ou elles ont un enfant unique. Ces femmes considèrent la naissance d’un second enfant comme une catastrophe et disent leur angoisse de la maternité [35].
La maternité demeure cependant un élément structurant des cycles de travail et des trajectoires féminines. Le suivi longitudinal des carrières des ouvrières parisiennes nées en 1901 et 1911 montre que la maternité est la première grande rupture de la vie active (six et huit ans en moyenne) car trois quarts des mères élèvent elles-mêmes leur enfant. Le retour temporaire au foyer répond à la pression sociale et à la lourdeur des charges domestiques à l’époque. Facteur de discontinuité et de forte amplitude des carrières féminines, la maternité est également un facteur de mobilité professionnelle. Parmi les femmes qui restent en activité, beaucoup cherchent des emplois-refuges (loge de concierge, travail à domicile, rapprochement du domicile) pour mieux concilier les charges familiales et la nécessité de garder un revenu. Pour celles qui reprennent après une interruption plus ou moins longue, c’est souvent l’occasion d’une reconversion, d’un passage dans les bureaux. Ainsi les deux grandes voies de mobilité des ouvrières vers les emplois de bureaux et de personnel de service sont intimement liées aux cycles de vie des femmes, à la maternité. Malgré la baisse de la fécondité, l’imbrication de la vie familiale et de l’activité professionnelle caractérise les parcours féminins.
En plus, l’approche longitudinale, intergénérationnelle montre que, loin d’abandonner leurs fonctions maternelles, les femmes changent doucement d’attitude face à la maternité. D’une génération à l’autre, la descendance finale des mères ouvrières parisiennes augmentent (1,98, 2,33), annonçant le baby-boom [36] ; elles sont plus nombreuses à s’interrompre et s’arrêtent plus longtemps. Le desserrement progressif des contraintes financières grâce à l’amélioration du pouvoir d’achat et à l’élargissement de l’État-providence n’est pas étranger à ce recul du malthusianisme. En contradiction avec la vision d’un accident démographique démarrant en 1942, le baby-boom apparaît inscrit dans un processus de longue durée de croissance de la fécondité, non seulement dans le milieu ouvrier, mais dans l’ensemble de la population, comme le confirme l’enquête « famille » de 1975 [37].
Loin de travailler plus, de se substituer aux hommes, d’oublier leur rôle maternel pendant ce deuxième temps de l’emploi féminin, les femmes trouvent moins d’opportunités d’emploi, subissent de nouvelles ségrégations et desserrent peu à peu leurs pratiques malthusiennes. Mais, les contemporains, qui perçoivent bien la forte implication des femmes dans les grandes inflexions qui traversent le marché du travail pendant ces décennies (salarisation, féminisation des secteurs de la seconde industrialisation et des emplois de bureau), la traduisent, de façon illusoire, en termes quantitatifs et en termes de concurrence entre les hommes et les femmes et d’émancipation féminine à l’image de la garçonne dans les années 1920. De là naît une vision inquiète et défensive face au travail féminin qui génère les illusions d’optique sociale sur une activité féminine en trompe-l’œil.
 
III. Une égalité illusoire ?
 
 
Il faut attendre les années 1960 pour que la perception d’une accélération de l’activité féminine, d’une conquête de l’égalité et d’un rapprochement des calendriers masculin et féminin semble se concrétiser. Mais, après avoir longtemps accrédité une image misérabiliste de la femme au travail, ne pencherait-on pas maintenant vers une vision trop optimiste d’une émancipation féminine inéluctable ?
La marche vers l’égalité
Avec l’entrée de la génération du baby-boom sur le marché du travail, les taux d’activité des femmes connaissent une brusque accélération qui ne se dément pas jusqu’à nos jours. Au début des années 1990, le niveau de 1906 est récupéré et aujourd’hui près d’une femme sur deux travaille, et 80 % pour les 25-49 ans. Aussi la population active française s’est-elle fortement féminisée en une génération : d’un peu plus d’un tiers en 1962, le taux de féminisation a dépassé 45 % à la fin des années 1990.
Ce renversement de tendance est intimement lié aux mutations structurelles de l’appareil productif, en particulier à la tertiarisation de l’économie qui profite prioritairement aux femmes : en 1990, un actif tertiaire sur deux est une femme et plus de trois actives sur quatre travaillent dans le tertiaire. Leurs emplois sont d’un niveau de qualification très inégal. Ce sont des emplois qualifiés et des postes de responsabilité, mais aussi et surtout des emplois de bureau peu qualifiés qui se multiplient dans les administrations et les entreprises à la fin des années 1950 ou des emplois de personnel de service dans les grandes entreprises de nettoyage ou auprès des particuliers pour la garde des jeunes enfants ou des personnes âgées. Mais, à ces facteurs économiques s’ajoutent des mutations culturelles décisives.
Les barrières à l’encontre de l’emploi féminin et de la mixité professionnelle tombent. Dans le système scolaire, la plupart des obstacles ont été levés dès l’entre-deux-guerres, mais il faut attendre les années 1970 pour que les filles deviennent majoritaires parmi les bacheliers, que les étudiantes mènent leurs études jusqu’au bout et accèdent aux professions libérales, aux métiers qualifiés et aux postes à responsabilité. L’image d’Anne Chopinet défilant le 14 juillet sur les Champs-Élysées, à la tête de la première promotion mixte de l’École polytechnique (1972), en tant que major, symbolise la brèche ouverte dans les bastions masculins et la réussite des filles dans le système scolaire. À l’embauche, également, les interdictions et les discriminations reculent. Dans la fonction publique, par exemple, la mixité des concours de recrutement n’est imposée qu’en 1974 ; elle met fin à la pratique de contournement du principe de l’égalité des sexes proclamé dans le Statut de la fonction publique en 1946 [38]. Elle entraîne la féminisation de nombreuses professions, en haut comme en bas de l’échelle, auxquelles s’applique l’égalité salariale comme dans le reste de la fonction publique. À la Poste, par exemple, l’emploi de préposé est alors ouvert aux femmes : un tiers des préposés recrutés en 1977-1980 sont des femmes ; elles sont confrontées alors à une culture très masculine, voire machiste, aux dires des facteurs eux-mêmes [39].
Plus largement, les mentalités évoluent. L’idée d’une émancipation des femmes par le travail s’est imposée à toute la génération du baby-boom sous l’influence du mouvement féministe et des avancées de la condition juridique des femmes. En 1965, les femmes deviennent majeures quand l’indépendance civile des femmes mariées est prononcée, conquérant ainsi leur indépendance professionnelle : la liberté d’exercer un métier, d’ouvrir un compte en banque, de disposer librement de leurs gains. Mais les épouses travaillant avec leur mari dans l’entreprise familiale ne se voient reconnaître la possibilité d’opter pour le statut de collaborateur, de salarié ou d’associé qu’au début des années 1980. La marche vers l’égalité progresse encore avec la loi de 1972 sur l’égalité des rémunérations pour « un même travail ou pour un travail d’une valeur égale » et avec la ratification des législations contre les discriminations encouragées par l’Europe (lois de 1975 et de 1983 sur l’égalité professionnelle).
Dans le même temps, les femmes acquièrent le droit à une maternité contrôlée avec le vote de la loi Neuwirth (1967), autorisant la prescription de la pilule par le médecin, et de la loi Weil (1974) sur l’interruption volontaire de grossesse, qui mettent fin à la législation répressive de 1920. Dans ce contexte, la norme n’est plus la femme au foyer mais la femme qui travaille. S’impose alors un nouveau modèle de cycle de vie féminin qui se rapproche de celui des hommes. Les femmes s’interrompent moins et moins longtemps au moment des naissances, du moins à l’occasion des premières naissances. Or l’archétype de la structure familiale de la génération du baby-boom est la famille de deux enfants (36,4 %) ; les familles nombreuses de trois enfants et plus régressent de dix points d’une génération à l’autre [40].
Devenues majeures, affirmant leur supériorité à tous les niveaux du système scolaire, arbitrant davantage en faveur du travail, contrôlant leur maternité, les femmes ont investi le marché du travail et y ont fait reconnaître leurs compétences, leur droit à l’égalité professionnelle. Tout au long de cette marche vers l’égalité, l’État s’est, semble-t-il, montré meilleur garant de l’émancipation féminine que les partenaires sociaux et la certification scolaire a été un vecteur essentiel de la promotion féminine. À l’heure où la mondialisation et les mutations organisationnelles affaiblissent le rôle de l’État et de la formation initiale, l’égalité des sexes sur le marché du travail ne serait-elle pas ou ne risque-t-elle pas de devenir un nouveau trompe-l’œil ?
Les faux-semblants de l’égalité
Derrière la tendance à l’égalisation des taux d’activité des hommes et des femmes et la généralisation du salariat, se cachent en fait des disparités de statut qui vont croissant. En 1998, 16,4 % des femmes salariées travaillent sous un statut particulier contre 13,3 % pour les hommes. Dans le secteur privé, la forte progression des statuts atypiques concerne davantage les femmes que les hommes (+ 62 % entre 1990 et 1998 contre 42 % pour les hommes) ; dans le secteur public où le nombre de ces emplois est plus stable, les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes dans des statuts de contractuels, d’auxiliaires, de vacataires (5,6 % contre 2,9 %), si bien qu’en 1998, 60 % de ces emplois sont occupés par des femmes. Cela relativise l’image d’un État garant de l’égalité des sexes : la tradition de l’auxiliariat dans la fonction publique a la vie dure. Au-delà des disparités de statut (et les renforçant), les inégalités salariales entre hommes et femmes subsistent. L’écart actuel de 20 %, toutes choses égales par ailleurs, est sans doute moindre que dans la plupart des pays européens, mais supérieur à l’abattement prévu dans les usines de guerre pendant la Première Guerre mondiale (15 %), dans les conventions collectives de la métallurgie parisienne pendant le Front populaire (15 %) et dans les grilles Parodi (10 %). Aussi faut-il récuser l’idée souvent admise d’une régression linéaire et irréversible des inégalités salariales.
Le travail à temps partiel est une autre source d’inégalité. Alors que la France l’avait peu développé par rapport à ses pays voisins, celui-ci décolle au début des années 1990 et concerne, en 1998, 31,5 % des femmes contre 5,5 % des hommes, parmi les actifs occupés. Sans nier qu’il réponde au souci de nombreuses femmes de concilier charges familiales et activité professionnelle, le temps partiel est pour beaucoup un temps imposé et non un temps choisi (40 % des personnes à temps partiel souhaitent travailler davantage). Il contribue par ailleurs à renforcer les disparités entre les hommes et les femmes car ces emplois ont des spécificités marquées : flexibilité et précarité plus grandes, taux de salaire et avantages sociaux moindres.
Les femmes sont également plus exposées au chômage, ce qui n’était pas le cas pendant la crise des années 1930. Leur positionnement dans des statuts atypiques et dans des emplois peu qualifiés n’est pas étranger à leur plus grande vulnérabilité. Les employées, qui comptent une active sur deux, subissent un taux de chômage très proche de celui des ouvrières (respectivement 14,4 et 14,7 % en 1998), qui est trois fois supérieur à celui des 9 % de femmes appartenant à la catégorie des cadres et des professions intellectuelles supérieures. Une fois au chômage, les femmes ont aussi plus de difficultés à réintégrer le marché du travail, car leur moindre qualification est un obstacle majeur dans un contexte de régression des emplois peu qualifiés. S’y ajoute la réactivation des méfiances à l’égard de la concurrence féminine, d’autant que le chômage féminin est moins sensible à la conjoncture. Plus vulnérables face au chômage, plus démunies pour en sortir, les femmes sont en plus sous-représentées parmi les bénéficiaires des politiques de l’emploi, en particulier des préretraites qui sont à 70 % masculines ou des stages de formation professionnelle. Aussi ne leur reste-t-il plus que le recours à des dispositifs, plus anciens, moins avantageux, telle la retraite anticipée au titre de l’inaptitude au travail, quand l’usure et la fatigue d’une vie de travail difficile, souvent précaire, les rendent médicalement inaptes à prolonger leur activité au-delà de 60 ans [41]. La féminisation de l’inaptitude au travail est le signe d’une marginalisation croissante des femmes qui ne leur permet pas d’accéder au même titre que les hommes aux dispositifs récents de retrait d’activité.
Plus largement, les différentiels de statut ou de chômage entre les hommes et les femmes renvoient à la division sexuelle sur le marché du travail et dans le cadre domestique qui persiste malgré les progrès de la mixité et l’évolution des mentalités. Dans un contexte technique, organisationnel, financier, profondément bouleversé, les frontières se déplacent, se recomposent sans cesse, mais les stéréotypes de genre perdurent à tous les niveaux de l’échelle sociale [42]. Les emplois ouvriers demeurent fortement sexués : les femmes continuent à être davantage assujetties à des contraintes de cadences et de discipline qui contribuent grandement à la pénibilité du travail féminin ; en revanche, elles échappent généralement aux travaux de force et aux horaires irréguliers qui valent souvent aux hommes des contreparties financières. La moindre visibilité des risques et des nuisances du travail féminin peut accroître les inégalités entre les hommes et les femmes à un moment où le législateur s’engage à aménager les retraites en fonction de la pénibilité des conditions de travail. Au cours de leur carrière, les femmes ont toujours moins accès à la qualification et à la formation continue ; elles demeurent souvent soumises à une gestion spécifique portant encore l’empreinte paternaliste, nataliste et disciplinaire qui était spécifique à la France au début du siècle [43]. Aussi sont-elles moins autonomes dans leur travail et très largement exclues du pouvoir dans l’atelier. Dans ce contexte d’une inégale valorisation du travail féminin et masculin, le passage à la gestion par les compétences, fondée sur des critères plus flous et plus arbitraires que la certification scolaire, laisse entrevoir un accroissement des disparités de carrière entre les hommes et les femmes.
Même aux échelons relativement élevés qui se féminisent le plus, les ségrégations sont fortes et les inégalités de carrières et de salaires demeurent. Aux postes de direction de la fonction publique, on ne compte que 15 % de femmes dans les années 1990, alors qu’elles sont deux fois plus nombreuses à réussir le concours [44]. De même les polytechniciennes accèdent moins que les polytechniciens aux positions supérieures, elles pantouflent moins et leurs rémunérations sont inférieures, en dépit de cursus scolaires plus brillants, d’une origine sociale très élevée et d’une lignée maternelle au profil très scientifique [45]. Ces inégalités reflètent sans doute les résistances de milieux professionnels restés longtemps masculins et la réticence des filles à investir les filières scientifiques, mais aussi les modes de gestion des carrières au sein des ménages.
L’imbrication entre famille et travail, qui reste étroite, semble en effet perpétuer la distribution des rôles dans la sphère privée, réactiver le retour au foyer et creuser les inégalités sociales depuis quelques années. En contraste avec les discours sur les « nouveaux pères », 80 % des tâches domestiques sont assumées par les femmes au sein du ménage ; de 1985 à 1998, le temps consacré par les hommes aux tâches domestiques a progressé de onze minutes [46]. Les nouveaux pères ont-ils jamais existé ? Dominant, ce modèle féminin du cumul du travail domestique et du travail professionnel est néanmoins socialement discriminant, selon des modalités inversées par rapport aux générations précédentes. Alors qu’entre les deux guerres, c’étaient les mères des catégories favorisées qui étaient en marge du marché du travail pour élever leurs enfants, aujourd’hui ce sont elles qui ont le plus tendance à mener une activité professionnelle continue. Cependant, même si les femmes les plus qualifiées (cadres et professions intermédiaires) ont tendance à s’aligner sur les calendriers masculins, les parcours masculins et féminins diffèrent. L’exemple des polytechniciennes montre que les arbitrages au sein du ménage aboutissent d’une part au maintien de l’activité et d’autre part à une gestion asymétrique des carrières, même quand la femme est à égalité de diplôme. Alors que les polytechniciens ont tendance à investir fortement, voire exclusivement, la carrière, les polytechniciennes cherchent à concilier leur vie familiale et leur vie professionnelle et y adaptent leurs stratégies de carrière : temps partiel (8 %), maintien au service de l’État, choix en faveur d’activités de recherche et d’études [47]. Cet équilibre suppose le recours à un mode de garde souple. Ainsi l’activité continue de la mère induit une nouvelle inégalité, cette fois entre les femmes elles-mêmes, entre celles qui occupent les emplois familiaux et celles, dotées de bons diplômes, qui peuvent mener leur carrière en s’appuyant sur les premières.
À l’opposé, les ouvrières et les employées sont plus nombreuses à s’interrompre et reprennent plus rarement une activité après une naissance [48]. L’extension de l’Aide parentale d’éducation (APE) aux familles de deux enfants, sous condition de ressources, en 1994, les conditions difficiles et la précarité de l’emploi féminin peu qualifié, sont pour beaucoup de femmes des incitations à quitter leur emploi et constituent pour d’autres une alternative au chômage [49]. L’attachement traditionnel des milieux populaires à la famille et à la séparation des rôles au sein du couple [50] aide sans doute les femmes à consentir au retour au foyer. Mais l’aspiration à l’emploi n’en demeure pas moins intacte. Là est la rupture fondamentale avec les générations antérieures au baby-boom.
Le véritable décollage de l’activité féminine est donc relativement tardif en France. La Grande-Bretagne l’a amorcé pendant la Seconde Guerre mondiale et prolongé au-delà sous la pression du recul de la pratique du marriage bar [51] ; en Allemagne, le processus d’intégration des femmes, plus continu, traverse tout le XXe siècle [52]. Ainsi, par ce rythme décalé et par un rattrapage sur les taux d’activité français, s’opère un mouvement de convergence du travail féminin en Europe. S’enracine à cette occasion la vision d’une émancipation féminine par le travail, inéluctable et irréversible. Mais à l’heure de l’harmonisation européenne et d’un choix entre les deux modèles européens concurrents d’intégration et de développement économique et social [53], ce bel optimisme pourrait se muer en aveuglement.
 
Conclusion
 
 
Les apports de la recherche menée depuis deux ou trois décennies en France corrigent l’image simplificatrice souvent donnée au travail féminin et réfutent l’idée d’une identité collective des femmes et d’une main-d’œuvre d’appoint, passive, utilisée dans les fluctuations de la conjoncture et cantonnée sur le marché secondaire. Certes les femmes ont généralement un positionnement spécifique et souvent subordonné sur le marché du travail. Mais elles occupent une place à part entière sur le marché du travail et sont prioritairement impliquées dans toutes les grandes mutations de l’emploi du XIXe et du XXe siècles (passage d’une société agraire à une société industrielle puis tertiaire, rationalisation du travail, mise en place de l’État-providence...). Leur positionnement diversifié résulte d’arbitrages complexes, individuels, familiaux, managériaux, variant dans le temps et dans l’espace (social, national, international). Le travail féminin a ainsi souvent suscité des innovations managériales et servi de laboratoire pour la construction des catégories du travail et du système de protection sociale.
De même qu’elle écarte les clichés, la recherche historique en France réfute généralement les interprétations monolithiques (théories du patriarcat, de la segmentation du marché du travail...) et atemporelles. Elle les convoque les unes et les autres et les brasse. Elle emprunte souvent une démarche sociétale dynamique qui met l’accent sur les interrelations entre le marché du travail féminin, le droit, le système scolaire et péri-scolaire, les structures familiales, les systèmes de protection sociale, les rythmes et les formes de la croissance économique, les représentations sociales... En se plaçant au carrefour des disciplines et en restituant une perspective historique, elle a ainsi réussi à se repositionner parmi les sciences sociales sur un champ qu’elle avait longtemps négligé, tout en maintenant la filiation avec le modèle labroussien et en l’enrichissant.
En croisant l’ensemble de ces facteurs explicatifs sur la longue durée, l’approche historique participe aux avancées de l’analyse comparative. Dans l’Europe du XIXe siècle, coexistent des configurations nationales très divergentes du travail féminin. Puis, selon un rythme décalé, s’est affirmée une tendance à l’homogénéisation des taux d’activité féminine en Europe par un phénomène de rattrapage des taux français, sans que disparaissent les divergences de logique (marchande en Grande-Bretagne, nataliste et productiviste en France, professionnelle en Allemagne) et de calendrier. Au regard de l’emploi féminin, la construction de l’Europe sociale reste à faire. Les évolutions récentes du marché du travail invitent à se méfier de faire fausse route.
 
NOTES
 
[1] Respectivement les nos 105 et 140 de Le Mouvement social.
[2] D. Gardey, La dactylographe et l’expéditionnaire. Histoire des employés de bureau 1890-1930, Paris, Belin, 2001 ; A. S. Beau, Grand Bazar, modes d’emploi. Les salarié-e-s d’un grand magasin lyonnais 1886-1974, thèse de doctorat d’histoire, Lyon II, 2001 ; A. Fourcaut, Femmes à l’usine, Paris, Maspero, 1982 ; L. L. Downs, L’inégalité à la chaîne, Paris, A. Michel, 2002 ; Cécile Omnès, La gestion du personnel au Crédit lyonnais (1863-1939), thèse de doctorat d’histoire, Paris X - Nanterre, 1997 ; M. Cartier, Les facteurs et leurs tournées. Un service public au quotidien, Paris, La Découverte, 2003.
[3] Colloque sur La construction des normes temporelles de travail, Paris X - Nanterre, octobre 2003.
[4] A. S. Beau, op. cit.
[5] C. Zalc, Immigrants et indépendants. Parcours et contraintes. Les petits entrepreneurs étrangers dans le département de la Seine (1919-1939), thèse de doctorat d’histoire, Paris X - Nanterre, 2002.
[6] C. Omnès et A. S. Bruno (éd.), Les mains inutiles. Inaptitude au travail et emploi en Europe, Paris, Belin, 2003.
[7] M. Dubesset, M. Zancarini-Fournel, Parcours de femmes, réalités et représentations, Saint-Étienne 1880-1950, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1993 ; C. Omnès, Ouvrières parisiennes. Marchés du travail et trajectoires professionnelles au XXe siècle, Paris, 2e éd. de l’EHESS, 1997.
[8] B. R. Mitchell, European Historical Statistics 1750-1970, London, 1980, pour l’Allemagne et la Grande-Bretagne ; O. Marchand, C. Thélot, Deux siècles de travail en France, Paris, INSEE, 1991, pour la France.
[9] Ibid.
[10] M. Segalen, Mari et femme dans la société paysanne, Paris, Flammarion, 1980.
[11] O. Marchand, Cl. Thélot, op. cit.
[12] Sont interdits les métiers liés à la puissance publique (secrétaire de mairie par exemple) et ceux dont l’accès nécessite un diplôme ou un concours (par exemple, la profession d’avocat est interdite aux femmes jusqu’en 1900). En 1906, on ne compte que 37 avocates, 58 pharmaciennes, 326 dentistes, 573 femmes médecins.
[13] Ainsi la position du mari peut exclure l’épouse de certains métiers : la femme d’un agent ministériel, d’un agent de change, d’un notaire ne peut exercer un commerce. À l’inverse, dans certains cas, le statut du mari ouvre à la femme des droits par délégation, telle la veuve qui obtient le droit de tenir un débit de tabac.
[14] L. Tilly, « Structure de l’emploi, travail des femmes et changement démographique dans deux villes industrielles : Anzin et Roubaix, 1872-1906 », Le Mouvement social, octobre-décembre 1978, p. 33-58.
[15] S. Schweitzer, Les femmes ont toujours travaillé, Paris, O. Jacob, 2002.
[16] S. Buchet-Thomas, La condition juridique des femmes au travail en France au XIXe siècle, thèse de droit sous la dir. de F. Fortunet et Ph. Jobert, Université de Dijon, 2002.
[17] J.-J. Carré, P. Dubois, E. Malinvaud, La croissance française. Un essai d’analyse économique causale de l’après-guerre, Paris, Le Seuil, 1972, p. 75.
[18] Ibid., p. 46.
[19] D. Gardey, op. cit. ; S. Kracauer, Les employés, Paris, Éd. Avenue, 2000.
[20] S. Buchet-Thomas, op. cit.
[21] C. Zalc, Immigrants et indépendants. Parcours et contraintes. Les petits entrepreneurs étrangers dans le département de la Seine (1919-1939), thèse de doctorat d’histoire, Paris X - Nanterre, 2002.
[22] M. Dubesset, F. Thébaud, M. Zancarini-Fournel, « Les munitionnettes de la Seine », in L’Autre Front, 1914-1918, Cahiers du mouvement social, no 2, p. 216.
[23] D. Gardey, « Du veston au bas de soie : identité et évolution du monde des employés de bureau, 1890-1930 », Le Mouvement social, avril-juin 1996, no 175, p. 72 sq.
[24] C. Omnès, Ouvrières parisiennes, op. cit.
[25] Les circulaires d’Albert Thomas de 1915 et de 1916, cf. C. Omnès, Ouvrières parisiennes, op. cit., p. 98 et s.
[26] C. Omnès, « Féminisation, qualification et salaires dans la métallurgie parisienne d’une guerre à l’autre », Les Cahiers du Mage, CNRS, 2/97, p. 5-46.
[27] D. Gardey, La dactylographe, op. cit.
[28] C. Omnès, op. cit.
[29] A. S. Beau, op. cit.
[30] C. Rhein, La vie dure qu’on a eue : neuf récits de vie de travailleuses parisiennes retraitées, Cordes, 1980 ; C. Omnès, Ouvrières parisiennes, op. cit.
[31] Ibid.
[32] Aux industriels, appel de soutien au Comité du retour des mères au foyer, UFCS, sans date.
[33] L. Tilly, « Structure de l’emploi... », op. cit.
[34] La loi de 1900 qui aligne les horaires des adultes sur ceux des enfants dans les ateliers mixtes décourage très fortement l’embauche infantile.
[35] C. Omnès, Ouvrières parisiennes, op. cit.
[36] Ibid.
[37] G. Desplanques, J.-C. Deville, « Fécondité et milieu social : les différences demeurent », Économie et statistique, mai 1979, p. 28.
[38] Pour le recrutement des facteurs, par exemple, les concours de recrutement pour les femmes avaient une périodicité irrégulière.
[39] M. Cartier, op. cit..
[40] G. Desplanques, J.-C. Deville, « Fécondité... », op. cit., p. 28.
[41] C. Omnès, « Les trajectoires sociales et professionnelles des travailleurs déclarés inaptes au travail de 1941 à nos jours », in C. Omnès, A. S. Bruno, Les mains inutiles. Inaptitude au travail et emploi en Europe, Paris, Belin, 2003.
[42] M. Gollac, S. Volkoff, « La mise au travail des stéréotypes de genre : les conditions de travail des ouvrières », Travail, Genre et Sociétés, no 8, novembre 2002.
[43] En Grande-Bretagne, le paternalisme et le natalisme n’inspirent guère les milieux patronaux.
[44] S. Schweitzer, op. cit., p. 268.
[45] C. Marry, « Polytechniciennes = polytechniciens ? », Les Cahiers du Mage, 3-4/95, p. 73-86.
[46] « Famille : les “nouveaux pères” ont disparu », Le Monde, 27 mai 2000.
[47] C. Marry, op. cit.
[48] G. Desplanques, « Activité féminine et fécondité », Données Sociales, 1987, p. 498-499.
[49] F. Battagliola, « Des femmes aux marges de l’activité, au cœur de la flexibilité », Les Cahiers du Mage, 3-4/95, p. 157-177.
[50] O. Schwartz, Le monde privé des ouvriers. Hommes et femmes du Nord, Paris, PUF, 1990.
[51] En 1931, seulement 15 % des femmes mariées britanniques travaillaient, 43 % en 1951, 59 % en 1970. Voir C. Omnès, « La seconde industrialisation et le travail féminin », Le Bulletin de la SHMC, 1998, 1-2, p. 20-31.
[52] Entre les deux guerres, la féminisation est forte car le marché du travail allemand est plus tendu et la révolution administrative plus précoce et plus intense qu’ailleurs.
[53] S. Walby, « Analyses sociologiques de la division sexuelle du travail », Les Cahiers du Mage, 3-4/95, p. 115-123.
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[4]
A. S. Beau, op. cit. Suite de la note...
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[6]
C. Omnès et A. S. Bruno (éd.), Les mains inutiles. Inaptit...
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[7]
M. Dubesset, M. Zancarini-Fournel, Parcours de femmes, réa...
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[8]
B. R. Mitchell, European Historical Statistics 1750-1970, ...
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[9]
Ibid. Suite de la note...
[10]
M. Segalen, Mari et femme dans la société paysanne, Paris,...
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[11]
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[12]
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