L'Année sociologique
P.U.F.

I.S.B.N.9782130557197
256 pages

p. 247 à 249
doi: 10.3917/anso.062.0247

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Vol. 56 2006/2

2006 L'Année sociologique

In memoriam Jean-Michel Berthelot (1945-2006) : sociologue et épistémologue des sciences sociales

Jean-Christophe Marcel GEMAS, Maître de conférences à l’Université de Paris IV - Sorbonne Olivier Martin CERLIS, Maître de conférencesà l’Université de Paris V - René-Descartes
Jean-Michel Berthelot vient de nous quitter. Normalien et agrégé de philosophie, il s’est « converti » sans réserve à la sociologie comme en témoigne sa thèse de doctorat (1980). Sa brillante carrière a pris dès lors un tour fulgurant, puisqu’il est nommé professeur de sociologie en 1981 aux Universités de Toulouse - Le Mirail (1981-1997), à Paris V - René-Descartes (1997-2002) et à Paris IV - Sorbonne (depuis 2002).
Il laisse une œuvre variée qui reflète sa soif de connaissance et la pluralité de ses centres d’intérêt. De la sociologie de l’éducation (Le piège scolaire, 1983, tiré de sa thèse ; École, orientation et société, 1993), à la sociologie du corps, ce sont surtout des travaux relevant de l’épistémologie des sciences sociales, de la sociologie de la connaissance scientifique et de l’histoire de la sociologie qui valent à Jean-Michel Berthelot, à la fin de la « période toulousaine » une large notoriété et le placent au premier rang de la discipline. De L’intelligence du social (1990) aux Vertus de l’incertitude (1996), en passant par les chapitres rédigés dans son Épistémologie des sciences sociales (2001) qu’il a dirigée, il analyse les différents « schèmes d’intelligibilité » selon un terme qu’il affectionnait, et les divers programmes de recherche à l’œuvre dans les travaux de sociologie et de sciences sociales. Il laisse aussi une contribution à l’histoire de la sociologie (nouvelle édition critique des Règles de la méthode sociologique, 1988 ; 1895 Durkheim, l’avènement de la sociologie scientifique, 1995). Ses derniers travaux sont plus orientés vers la sociologie des sciences et de la connaissance scientifique, où il fait preuve d’un réel intérêt pour la démarche empirique dont il reconnaissait et défendait (a fortiori auprès de ses étudiants) les vertus, comme en témoignent les deux ouvrages collectifs, Figures du texte scientifique (2003) et Savoirs et savants (2005).
Mais Jean-Michel Berthelot n’était pas seulement un chercheur. Possédant des talents remarquables d’organisateur et d’ « entrepreneur des sciences sociales » il avait créé à Toulouse - Le Mirail le Centre d’études des rationalités et des savoirs (CERS). À l’Université de Paris-Sorbonne il avait récemment relancé les activités du Centre d’études sociologiques de la Sorbonne (CESS), et avait stimulé la création d’un groupe de recherche en sociologie des sciences (G4S : Groupe Sciences, savoirs et société de la Sorbonne). Il y a été aussi l’instigateur d’un Observatoire de l’insertion professionnelle. Il dirigeait ses équipes de main de maître, conciliant la rigueur et l’efficacité, livrant sans dissimulation ses compliments et critiques, mais toujours avec une telle humanité que tous en arrivaient à partager avec lui, même dans les moments les plus durs, la satisfaction de la tâche accomplie.
Tous ceux qui ont fréquenté ses séminaires n’oublieront jamais non plus l’extraordinaire chaleur humaine, la bienveillance et l’affection presque paternelle dont Jean-Michel entourait ses étudiants et ses jeunes collègues, tout en restant un directeur d’études attentif et exigeant. Avec lui, ils ont pris des leçons de rigueur intellectuelle et d’ardeur à la tâche, compris ce que signifie se dévouer à ses étudiants, vécu dans une ambiance d’émulation intellectuelle et de réflexion collective si propices à l’avancement de la recherche.
 
BIBLIOGRAPHIE
 
·  1983 (issu de sa thèse, 1980), Le piège scolaire, Paris, PUF, 304 p.
·  1983 (en collab. avec S. Clément, M. Drulhe, J. Forné et G. Mbodj), « Les sociologies et le corps », Current Sociology, vol. 33, no 2, Londres, 209 p.
·  1988 (éd.) É. Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, nouvelle édition critique avec notice biographique, index, variantes, précédée d’une étude originale, « Les règles de la méthode sociologique ou l’instauration du raisonnement expérimental en sociologie », 60 p., Paris, Flammarion, coll. « Champs ».
·  1991 La construction de la sociologie, Paris, PUF, coll. « Que-sais-je ? », 128 p., no 2602 (5e éd. 2001).
·  1995 1895 Durkheim : l’avènement de la sociologie, Toulouse, PUM, 186 p.
·  1996 Les vertus de l’incertitude. Le travail de l’analyse dans les sciences sociales, Paris, PUF, 271 p. (rééd. « Quadrige - Essais Débats », 2004).
·  1999 (sous la dir. de J.-M. Berthelot, B. Dumas et L. Racine), « L’interdisciplinarité ordinaire : le problème des disciplines en sciences sociales », Sociologie et sociétés, vol. XXXI, no 1.
·  2000 Sociologie. Épistémologie d’une discipline. Textes fondamentaux, Bruxelles, De Boeck, 479 p.
·  2000 (sous la dir. de), La sociologie française contemporaine, Paris, PUF, 274 p. (rééd. « Quadrige », 2001, 2003).
·  2000 (sous la dir. de), « Les sciences : institutions, pratiques, discours », Cahiers internationaux de sociologie, vol. CIX, t. 2, Paris, PUF.
·  2001 (sous la dir. de), Épistémologie des sciences sociales, Paris, PUF, coll. « Premier cycle », 600 p.
·  2003 (sous la dir. de), Figures du texte scientifique, Paris, PUF, 314 p.
·  2005 (avec Olivier Martin et Cécile Collinet), Savoirs et savants. Les études sur la science en France, Paris, PUF, 286 p.
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