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L'Économie politique

2001/2 (no 10)


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Pages 5 - 7 Article suivant
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" Faut qu'ça change ", chantait Boris Vian dans les années 60. Ce mot d'ordre s'applique on ne peut mieux aux institutions de Bretton Woods, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale. Quel que soit l'angle sous lequel on aborde ces institutions, les quatre contributions au dossier que nous publions délivrent le même message : faute de changements d'envergure, elles sont toutes deux vouées à l'inefficacité et à une contestation croissante.

Les années folles

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Jusqu'au milieu des années 90, FMI et Banque mondiale ont pu exercer leur influence sur les pays du Sud dans l'insouciance. Insouciance d'une représentation simple et naïve du monde, fondée sur trois postulats :

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- le développement des pays du Sud ne pose que des questions techniques, dégagées de toute autre considération (politique, sociale, environnementale) et auxquelles un savoir économique rationnel peut apporter les réponses nécessaires ;

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- de ce fait, les techniciens (économistes, ingénieurs...) savent mieux que quiconque ce qui doit être fait : mieux que les gouvernements locaux et surtout mieux que les populations locales, censées respecter les conditions qui leur sont imposées. Et les hauts fonctionnaires des ministères des Finances des pays riches, qui siègent au conseil d'administration des deux institutions, sont les seules autorités compétentes pour valider ces politiques ;

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- compte tenu de l'immense masse de connaissances accumulées au travers d'expériences multiples partout dans le monde, ces institutions affirment proposer le best of des meilleures politiques à suivre : pour résumer, une ouverture rapide de l'économie sur l'extérieur, accompagnée d'un démantèlement de la puissance publique, par nature inefficace et corrompue.

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Mais les faits se sont chargés d'apporter un démenti à ce simplisme. Une véritable claque pour ces institutions, confrontées à un miroir leur renvoyant soudainement une image désastreuse d'elles-mêmes. Leurs propres expériences de terrain montrent combien les programmes de rigueur économique qu'elles préconisent sont peu suivis, tandis que les travaux universitaires démontrent que leur orientation libérale est loin de favoriser le développement. En outre, les problèmes budgétaires rencontrés par les pays industrialisés et les réticences de plus en plus marquées du Congrès des Etats-Unis se traduisent par une remise en cause des financements destinés aux institutions d'aide internationale. Enfin, elles sont devenues, à la fin des années 90, le symbole d'une mondialisation libérale peu respectueuse des hommes et de l'environnement et, à ce titre, la cible d'une contestation internationale organisée et systématique de leurs politiques.

Des changements insuffisants

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Cette évolution n'a pas laissé les institutions de marbre. Au premier rang, la Banque mondiale organise sa riposte, sur le plan financier, sur le plan de son image et, d'abord, sur le plan intellectuel. La Banque va financer nombre d'études et d'ouvrages qui aboutissent à la conclusion que, finalement, économie et politique n'évoluent pas sans interactions. Une véritable révolution au regard de ses présupposés habituels.

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Sur le plan de la communication, les institutions de Bretton Woods se muent en défenseurs mondiaux de la lutte contre la pauvreté. La Banque mondiale en fait son mot d'ordre principal. Le FMI, toujours soucieux de ne pas se laisser distancer sur un thème porteur, continue à préconiser les mêmes recettes, mais remplace, fin 1999, l'appellation douloureuse de " plan d'ajustement structurel " par celle plus sympathique de " facilité pour la réduction de la pauvreté et la croissance ". Sur le plan financier, les deux institutions finissent par reconnaître qu'un endettement extérieur excessif peut être un obstacle important au développement et lancent une procédure d'annulation de la dette pour les pays pauvres très endettés (PPTE).

Une nécessaire révolution

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On en est là aujourd'hui. Malgré les efforts accomplis, notamment par la Banque mondiale, ce premier pas est insuffisant. C'est le message clair qui ressort des contributions de notre dossier qui, pour émaner d'horizons différents, apparaissent étonnamment convergentes.Et proposent une critique à quatre voix.

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L'économiste : votre modèle économique est simpliste, nous dit Dani Rodrik. Non, il ne suffit pas d'ouvrir ses frontières pour bénéficier de la mondialisation. Celle-ci demande un Etat qui soit capable de l'organiser. Et d'autres voies que l'ouverture rapide à tout prix sont parfois plus efficaces.

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L'ONG : ne nous mentez pas, dit Hélène Ballande. Communiquer à loisir sur de " nouvelles approches " ne suffit plus, il faut du concret. Or, en matière environnementale, par exemple, les actes n'ont pas suivi les paroles. La contestation, par les sociétés locales, des solutions qu'on veut leur imposer doit maintenant être prise en compte.

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Le politique : le règne des technocrates est fini, souligne avec force le député Yves Tavernier. Il vous faut rendre des comptes auprès des élus et des sociétés civiles, et pas seulement aux gouvernements qui vous ont créés. Un problème particulièrement criant en France, où les hauts fonctionnaires du ministère des Finances restent persuadés qu'ils sont les seuls à " savoir ".

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L'ancien vice-président : d'accord avec toutes ces critiques, dit Jean-Michel Severino. Mais si les solutions existent, elles réclament une véritable révolution dans les idées et les pratiques, à laquelle le FMI et la Banque mondiale ne sont pas encore prêts. Oui, il faut en terminer avec une conditionnalité imposée depuis Washington, laisser plus d'autonomie aux dirigeants locaux et les juger sur des politiques globales. Pour cela, il faut les aider à avoir des administrations fortes. Sait-on le faire ? Non. Oui, il est nécessaire de comprendre les rapports de force locaux et de tenir compte des problèmes soulevés par la société civile internationale. Pour cela, il faut des négociateurs aptes à déterminer les interlocuteurs crédibles, représentatifs et capables d'élaborer des compromis. Cette compétence est absente aujourd'hui.

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FMI et Banque mondiale sont plus que jamais sous le feu de la critique. Les pays riches qui les dominent ne pourront pas y répondre par des aménagements. Pour disposer d'institutions crédibles et efficaces dans leur soutien aux pays les plus pauvres, ils doivent engager une profonde transformation, qui passe par l'acceptation d'un contrôle démocratique, le recours à un modèle économique moins simpliste et l'apprentissage de la négociation politique. Vaste programme.

Plan de l'article

  1. Les années folles
  2. Des changements insuffisants
  3. Une nécessaire révolution

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « La fin d'une époque », L'Économie politique 2/2001 (no 10) , p. 5-7
URL : www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2001-2-page-5.htm.
DOI : 10.3917/leco.010.0005.


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