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L'Économie politique

2001/3 (no 11)


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Quel avenir pour le travail, l'emploi et la protection sociale ? C'est pour répondre à cette (vaste) question que le ministère français de l'Emploi et de la Solidarité et l'Organisation internationale du travail (OIT) organisaient conjointement un séminaire à Annecy en janvier dernier. Alain Supiot, professeur à l'université de Nantes, a présenté dans ce cadre ses observations liminaires sur les nouvelles régulations du travail, de l'emploi et de la protection sociale, dont vous trouverez ici une version résumée.

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Cette initiative a rassemblé une cinquantaine de participants, de treize nationalités différentes et d'horizons eux aussi très divers (syndicalistes, chefs d'entreprise, élus, universitaires, fonctionnaires, journalistes...). Un mélange particulièrement stimulant, pour des discussions riches, et parfois vives, en présence d'Elisabeth Guigou, ministre de l'Emploi et de la Solidarité, et de Juan Somavia, directeur du Bureau international du travail (BIT). Pour ouvrir le débat, Eileen Appelbaum, de l'Economic Policy Institute (EPI) de Washington, l'un des instituts de recherche de gauche les plus réputés aux Etats-Unis  [1][1] Site Web : www. epinet. org, a dressé le tableau des transformations du travail et de l'emploi depuis vingt-cinq ans. Elle a insisté en particulier sur la place des femmes dans la société, ainsi que sur les problèmes sociaux et familiaux colossaux qu'ont soulevé la concomitance de leur entrée massive sur le marché du travail et d'un creusement fantastique des inégalités. En effet, au vu des statistiques, la montée du taux d'activité des femmes aux Etats-Unis à partir de la fin des années 70 apparaît comme le moyen privilégié pour compenser la chute des salaires des travailleurs peu qualifiés dans les familles pauvres. Cela, sans que les infrastructures collectives de la société américaine s'adaptent à cette nouvelle donne, dans un contexte où la priorité va au freinage des dépenses publiques. Le débat, éclairé notamment par les remarques de Jean Gadrey, professeur à l'université de Lille, et de Robert Castel, de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), a permis de vérifier que, finalement, la situation de la France et des Etats-Unis étaient plus proches qu'il n'y paraissait. En matière de précarité, de développement des emplois à bas salaires, en particulier pour les femmes, les évolutions ont été assez parallèles dans les deux pays depuis quinze ans. Cette proximité des évolutions ne suffit pas, cependant, à trancher le débat récurrent sur les causes de la dégradation de la situation des salariés : effet inéluctable de la mondialisation et du changement technologique, ou volonté de revanche des riches et des puissants, au moment où le rapport de force leur devenait plus favorable ?

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Robert Freeman, professeur à Harvard, ne partage pourtant pas cette idée d'une proximité des modèles sociaux européen et américain. Pour lui, il y a d'un côté les Etats-Unis, paradis des drogués du travail, le monde du live to work (" vivre pour travailler "), et de l'autre l'Europe, monde du work to live (" travailler pour vivre "), de la belle vie des gens qui passent leur temps à la terrasse des cafés parisiens... Raymond-Pierre Bodin, le directeur de l'European Foundation for the Improvement of Living and Working Conditions, dite Fondation de Dublin  [2][2] Site Web : www. eurofound. ie, a cependant relativisé cette vision par trop binaire en décrivant l'hétérogénéité des formes de travail et d'emploi en Europe, et particulièrement le développement du temps partiel (féminin pour l'essentiel) et l'ampleur prise par les différentes formes d'emploi précaire. Avec cependant, au sein de l'Europe, des différences importantes et persistantes qui ne plaident guère pour une responsabilité, en tout cas unique, de la mondialisation dans la dégradation de la situation des salariés dans des pays comme la France. Constat classique désormais : les petits pays s'en sortent relativement mieux que les grands.

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Suite à l'intervention de Philippe Lemoine, co-président du groupe Galeries Lafayette, le débat à beaucoup porté sur l'impact futur des nouvelles technologies de la communication (NTIC) sur l'emploi et le travail. En faisant entrer une partie significative du commerce - jusque-là secteur " protégé " des effets de la concurrence internationale - dans une logique de localisation proche de celle de l'industrie, le développement du e-commerce, même s'il sera forcément plus lent que ne l'annoncent les technophiles, pourrait bien poser à l'avenir des problèmes colossaux, notamment dans des espaces économiques très intégrés comme l'Europe. En effet, on le voit déjà avec les call-centers installés en Irlande, de nombreux métiers qui, auparavant, devaient être exercés auprès du client final, peuvent désormais, de manière quasiment transparente, être implantés au loin. Une tendance qui devrait plutôt s'accroître au fur et à mesure que les technologies progresseront. Le dumping social et fiscal à l'intérieur de l'Union européenne a de beaux jours devant lui...

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Comme on pouvait s'y attendre, c'est autour des politiques publiques à mener que les échanges ont été les plus contradictoires. En plaidant pour la flexibilisation du marché du travail et en indiquant qu'à son avis il n'était plus possible de trouver en Europe un support politique suffisant pour maintenir des taux de prélèvements obligatoires élevés, Fritz Scharpf, directeur du Max Planck Institute de Cologne, a suscité un vif débat, s'attirant notamment les remarques critiques de Christian Baudelot, professeur à l'Ecole normale supérieure, et Bernard Gazier, professeur à Paris I. C'est autour des thèses d'Alain Supiot, sur un nouvel ordre social international, que cette réunion s'est conclue. Ce serait évidemment mentir que de prétendre que l'avenir du travail, de l'emploi et de la protection sociale est devenu subitement lumineux. Mais ce type de confrontation profite incontestablement à la mise au point de politiques publiques nationales et internationales de nature à améliorer la situation de ceux qui travaillent et à rompre avec une période marquée bien souvent par des reculs importants de ce point de vue. Nous remercions Alain Supiot, le ministère de l'Emploi et l'OIT de nous avoir autorisés à vous en faire profiter également.

Notes

Pour citer cet article

Duval Guillaume, « Les nouvelles régulations du travail », L'Économie politique, 3/2001 (no 11), p. 34-36.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2001-3-page-34.htm
DOI : 10.3917/leco.011.0034


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