Accueil Revues Revue Numéro Article

L'Économie politique

2001/3 (no 11)


ALERTES EMAIL - REVUE L'Économie politique

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 7 - 33 Article suivant
1

Au printemps 2000, des étudiants français ont contesté la forme et le fond de l'enseignement d'économie qui leur était dispensé. Ce fait, en soi légitime et assez voisin de ce qui s'était produit dans d'autres pays, a provoqué chez nous la résurgence d'une croyance persévérante en l'existence d'une stratégie de recherche qui constituerait une alternative prometteuse à celle généralement suivie en économie et qui donnerait même accès à une compréhension synthétique de l'ensemble des phénomènes économiques et sociaux. J'ai bien peur que cette croyance se révèle, une fois de plus, trompeuse. Je suis certes convaincu de ce que les interactions utiles entre économie et autres sciences sociales se multiplieront. Mais elles se situeront à des niveaux beaucoup plus analytiques que certains l'espèrent, et cela dans le cadre d'approches déjà familières chez nous. En d'autres termes, elles n'aboutiront pas à des percées révolutionnaires, mais contribueront plutôt à des évolutions déjà engagées. Afin d'éviter à mes collègues les déceptions qui pourraient résulter de vains espoirs, je sens le devoir de m'expliquer en survolant ce que je perçois comme avenir pour les relations entre notre discipline et les autres.

2

La nécessaire concision de cet article impose qu'il s'en tienne au principal et évite des développements annexes, même s'ils ont des liens avec le sujet. Ainsi, il ne sera question ni des évolutions internes à la science économique ni de ses rapports avec la philosophie, qu'il s'agisse d'épistémologie ou d'éthique  [1][1] Sur les échanges avec la philosophie, voir S.-C. Kolm.... Il faudra d'abord reconnaître que, appartenant aux sciences sociales par les phénomènes dont elle traite, la discipline économique est douée d'une forte identité, notamment en raison du rôle qui lui est assigné.

3

Afin d'alterner les angles de vue, l'ordre de passages des diverses sciences sociales sera ensuite structuré par référence aux trois propositions suivantes : le rôle assigné à l'économie explique la présence d'un malentendu sur ce que peut être une " théorie " du développement économique et social et de quelle discipline elle relève ; en revanche, il n'y a pas de doute sur le fait que les méthodes de l'économie ont été appliquées par des économistes, au cours des dernières décennies, à diverses questions relevant d'autres sciences, ni de doute sur le fait que les économistes éprouvent de plus en plus le besoin d'apports provenant de sciences voisines. Ce plan sera par moment artificiel, mais devrait aider à soutenir l'attention.

Identité de la science économique

4

On s'entend aisément sur ce que sont les phénomènes économiques : l'inflation ou le chômage, la détermination des prix des biens, des taux de salaire, des taux d'intérêt ou des cours des valeurs, celle de l'excédent ou du déficit de la balance des paiements, l'efficacité du système productif d'une collectivité et les niveaux de vie qui en résultent, etc. Sans doute aucun de ces phénomènes n'est-il jamais dans les faits purement économique. Néanmoins, on s'accorde à reconnaître qu'il revient surtout à la discipline économique de donner la connaissance de ces phénomènes dans ce qu'ils peuvent avoir de général.

5

Mais l'identité de la science économique ne réside pas seulement dans celle de son champ d'étude. Elle tient aussi aux buts qu'on lui assigne. On n'attend pas d'elle seulement une description systématique, ni même une explication, mais aussi une prescription. Elle devrait bien diagnostiquer ce qui pourrait être amélioré et proposer de bons remèdes pour y parvenir. A elle de définir comment organiser au mieux l'" allocation des ressources ", c'est-à-dire l'utilisation des ressources de la nature et du travail, ainsi que plus généralement la production, la distribution et la consommation des biens. A elle de dire s'il faut réglementer tel ou tel marché et comment. A elle de dégager les avantages et inconvénients de divers systèmes fiscaux et de politiques économiques ou financières envisagées par les pouvoirs publics. A elle de dire comment résorber le chômage, etc. La vocation de la science économique est donc opératoire.

6

La préoccupation prescriptive est ancienne, mais elle s'est affirmée au cours de ce siècle. Autrefois, on pouvait concevoir que les économistes aient visé surtout à reconnaître un aspect important de l'histoire des sociétés et à l'intégrer correctement dans la narration des événements vécus, ou même qu'ils aient recherché des fils conducteurs pour comprendre ce qu'ils constataient, en particulier pour rendre intelligibles les évolutions économiques et leur degré de coïncidence avec les évolutions techniques et sociales. Une telle conception ne suffit plus du tout aujourd'hui.

7

C'est le plus souvent pour atteindre ses objectifs opératoires que la discipline a été conduite à donner des définitions précises, donc étroites, aux concepts de plus en plus nombreux qu'elle utilise, à collecter des données pour la mesure régulière de beaucoup de ces concepts, à formaliser rigoureusement ses théories, donc à les exprimer par des systèmes mathématiques dont l'étude exige de longs efforts, à appliquer souvent de savantes procédures statistiques pour tester des hypothèses ou estimer des paramètres, à élaborer des modèles quantifiés servant à prédire les effets de changements subis ou de décisions envisagées. Vue de l'extérieur, la discipline a aujourd'hui une allure qui la fait souvent ressembler aux sciences de la nature et de la vie plus qusciences sociales. Pour marquer l'identité de la discipline, les méthodes qu'elle met en oeuvre s'ajoutent ainsi à la nature des phénomènes qu'elle étudie et aux objectifs qui lui sont assignés.

8

Bien entendu, il ne faudrait pas pousser ce qui précède à la caricature. La plupart des tendances affectant la science économique se manifestent aussi ailleurs dans les sciences sociales ; mais elles y ont moins d'emprise. Il ne faudrait pas non plus ignorer l'existence de problèmes résultant de l'évolution vers une conception plus opératoire et plus quantitative de la discipline. Le premier de ces problèmes est, sans aucun doute, que l'évolution en cause a sensiblement éloigné, au cours des dernières décennies, l'étude des phénomènes économiques de celle de phénomènes sociaux voisins. Cela comporte évidemment des inconvénients, particulièrement manifestes quand il s'agit de comprendre les grandes tendances de l'histoire économique et sociale, le sujet par lequel on va ici commencer.

Une théorie générale du développement économique et social ?

9

Se donner pour objectif de comprendre l'évolution des sociétés humaines dans toutes ses dimensions vient naturellement à l'esprit. Ce fut et c'est toujours une motivation profonde pour beaucoup d'historiens, d'anthropologues, de sociologues et d'économistes. S'agissant de ces derniers, on pense en France aujourd'hui à l'école dite de la régulation ; mais elle n'est évidemment pas seule à se soucier des transformations économico-sociales que nous vivons. Malgré la force de cette motivation, beaucoup d'économistes s'interdisent de prétendre à une compétence pour l'explication globale de l'histoire. Pourquoi une telle réserve ?

10

Se proposer d'appréhender simultanément les tendances économiques et les transformations sociales se justifierait par les interdépendances existant entre ces deux catégories d'évolutions. Non seulement les phénomènes économiques à long terme s'expliquent en partie par des facteurs sociaux, mais ils affectent aussi les changements sociaux. Quiconque isole une catégorie de phénomènes s'interdit de traiter des interdépendances avec d'autres catégories (mais non, bien entendu, d'identifier des déterminants en provenance de ces catégories). Etudier la seule croissance économique, ainsi que beaucoup le font, constitue une restriction des ambitions scientifiques, restriction que le chercheur peut vivre comme un appauvrissement. Ce n'est donc pas de gaieté de coeur que l'on accepte de se contraindre ainsi, mais plutôt avec le sentiment d'être incapable de faire mieux. Le reconnaître ne relève d'aucun dogmatisme idéologique ou méthodologique, mais seulement du réalisme.

11

Quant à moi, je propose une distinction entre ce qui relève de la science économique et ce qui relève de l'histoire, avec notamment sa composante dite " histoire économique ". Je ne crois pas que la science économique puisse avoir l'ambition d'élaborer une théorie générale du développement économique et social ; en revanche, je comprends que ce soit un sujet d'étude passionnant pour l'histoire. Ce partage des rôles correspond à ce qui convient aux positions respectives des deux disciplines.

12

Les buts opératoires assignés à l'économie imposent aux théories mises en oeuvre d'être, d'une part, étroitement spécifiées, d'autre part, objectives, c'est-à-dire reconnues comme fiables par au moins la majorité des spécialistes. Ce sont des exigences sévères. Elles ne peuvent être respectées que si l'on accepte de restreindre les ambitions explicatives. Or, s'agissant de développement économique et social, nous sommes si peu avancés dans la compréhension de déterminants même assez immédiats que prétendre appréhender le phénomène global, au niveau de précision attendu des économistes, me paraît relever d'une vaine fuite en avant et d'un manque de réalisme  [2][2] Je me suis déjà expliqué assez longuement sur ce point....

13

La position des historiens est différente : on n'attend pas d'eux qu'ils proposent des politiques de développement, mais plutôt qu'ils nous aident à nous reconnaître face à une réalité fort complexe. Dès lors, ils peuvent s'en tenir à décrire, à critiquer et à éclairer.

14

Au stade de la description, qui relève évidemment de l'histoire mais à laquelle beaucoup d'économistes ont contribué et continueront à contribuer, il convient souvent de ne pas chercher à isoler ce qui serait purement économique (que l'on pense, par exemple, à ce que peut être la meilleure façon de suivre les modalités changeantes du travail et de l'emploi). Ce n'est qu'au stade de l'analyse qu'on sera obligé de circonscrire étroitement les aspects étudiés ; mais l'historien n'a pas à s'y engager à fond.

15

L'histoire contribue indirectement à notre compréhension du monde quand elle nous conduit à porter un regard critique sur les théories à notre disposition. La remarque s'applique en particulier aux théories économiques, qui sont notoirement partielles, pour les raisons que nous avons vues, mais dont certains adeptes naïfs pourraient exagérer la portée si on ne les ramenait pas à la conscience des réalités. Il arrive d'ailleurs que la critique joue un rôle constructif en suggérant des révisions aux théories existantes, voire la mise au point de théories nouvelles, par exemple une théorie s'appliquant à telle interface entre phénomènes économiques et sociaux.

16

Enfin, les historiens peuvent nous éclairer en proposant des thèses synthétiques, à la manière de K. Marx, de M. Weber ou de A. Toynbee. De telles thèses ne constituent pas de véritables théories opératoires, mais elles contribuent à la culture en véhiculant un ensemble d'idées que la réflexion sur le monde a fait naître. Elles peuvent dès lors stimuler l'intuition et même conduire à l'élaboration de théories beaucoup plus spécifiques, qui pourront alors être testées et éventuellement retenues. Nombre d'économistes prétendent ainsi avoir été inspirés dans leurs recherches par les thèses de J. Schumpeter.

17

Des considérations analogues s'appliquent aux différences naturelles entre les préoccupations respectives des anthropologues et des économistes. On ne rendrait pas bien compte des structures d'une société si on négligeait de porter l'attention sur ses activités de production, de distribution et d'échange, dont l'organisation obéit à des règles plus ou moins spécifiques. Animés du souci de bien comprendre l'aspect économique des sociétés qu'ils étudiaient, beaucoup d'anthropologues ont même envisagé l'existence d'une discipline particulière, l'anthropologie économique (voir M. Godelier, 1974). Que cette discipline ait ou non une véritable autonomie par rapport à l'anthropologie, il faut bien reconnaître qu'elle se constitue sans recevoir des économistes plus qu'une aide conceptuelle fort générale. En retour, les économistes n'auront sans doute guère d'enseignements à en tirer pour résoudre les problèmes contemporains sur lesquels ils doivent travailler.

18

Après ces considérations sur les ambitieux projets visant à une explication globale, il est opportun de jeter maintenant un regard sur les échanges plus localisés entre histoire et théories économiques, en adoptant bien entendu la définition large du terme théorie, qui ne le restreint pas à la théorie formalisée  [3][3] Les rapports entre les théories économiques au sens.... Les échanges sont à double sens. D'une part, comme nous l'avons vu, les théories économiques trouvent dans l'histoire (éventuellement intégrant des contributions des autres sciences sociales) des idées pour des développements nouveaux. De même, les théories puisent dans l'histoire les " faits stylisés " qu'elles ont à expliquer, faits qui, au cours de ce siècle, ont porté de plus en plus souvent sur des grandeurs quantifiées (d'où l'importance de l'" histoire quantitative "). D'autre part, des historiens de plus en plus nombreux éprouvent le besoin d'utiliser des théories économiques, voire des modèles ou des procédures économétriques précises  [4][4] On a parlé de cliométrie pour caractériser le courant..., pour tester certaines explications de grandes évolutions historiques : rôle d'institutions, de structures sociales ou d'innovations techniques particulières dans telle ou telle région, à telle ou telle époque.

Des économistes visitent les sciences sociales

19

Les apports offerts par les économistes aux sciences sociales tirent parti de la longue pratique que leur discipline a acquise dans l'usage de deux méthodes d'analyse qui peuvent se révéler fructueuses ailleurs : d'une part, la maximisation sous contraintes et l'individualisme méthodologique qui souvent l'accompagne, d'autre part, la définition et la détermination d'équilibres. Il est inutile d'insister sur la première méthode, qui est bien comprise et s'applique au cas d'un agent cherchant à se comporter au mieux dans une situation où sa liberté de choix est limitée par des contraintes que son environnement lui impose. En revanche, il faut s'expliquer ici sur le rôle joué par les équilibres, à l'encontre desquels existent des préventions dues à une méconnaissance de leur nature logique.

20

Le concept d'équilibre est aujourd'hui, en économie, purement méthodologique, en ce sens qu'il n'est associé à aucune théorie particulière, contrairement à ce que l'on croit souvent. Ce concept s'applique au contraire dans le cadre de toutes les théories, sauf les plus rudimentaires. Il n'a pratiquement plus guère à voir avec l'idée d'absence de mouvement. C'est de fait la traduction donnée à l'idée d'interdépendance et de compatibilité mutuelle  [5][5] Une définition précise et une discussion circonstanciée.... Chaque théorie est libre de poser comme elle l'entend les interdépendances et les compatibilités qu'elle retient ; chaque théorie a ainsi sa définition particulière des équilibres qu'elle étudie. Raisonner sur des équilibres s'avère efficace partout où interviennent des interdépendances et un degré plus ou moins lâche ou strict de compatibilité mutuelle. Tel est souvent le cas, non seulement dans l'étude des phénomènes économiques, mais aussi dans celle d'autres phénomènes sociaux.

Démographie

21

Longtemps après les écrits de Malthus, l'intérêt porté par des économistes à la démographie a été renouvelé par le programme de recherche sur " l'économie de la famille " qui a été entrepris vers 1960 et dont la figure dominante est Gary Becker. Il s'est agi de tirer parti des méthodes de l'analyse économique pour étudier l'effet des déterminants économiques de la fécondité, de la décision de mariage ou de divorce, du partage des tâches dans le ménage, etc. (D. Strauss-Kahn, 1977 ; J. Silber, 1981). Ce point de vue, adopté systématiquement, a conduit à générer des hypothèses qui constituent un ensemble cohérent et sont articulées sur celles relatives à d'autres comportements économiques. Une impulsion nouvelle a ainsi été donnée à des recherches empiriques pour le test de ces hypothèses ou l'estimation des effets qu'elles impliquent. Les travaux économétriques n'ont pas toujours été couronnés de succès, loin de là ; mais leurs résultats constituent un corpus non négligeable auquel tout spécialiste doit se référer (R. Willis, 1987 ; G. Becker, 1989).

22

Ce cas de recherches à la marge de la discipline économique telle qu'elle était habituellement conçue, offre l'avantage d'être maintenant assez ancien pour que l'on tente de répondre à deux questions qu'il suscite. Est-il l'amorce d'une invasion plus profonde des économistes dans le champ des démographes ? Il ne le semble pas, car le programme de recherche ne va pas au-delà de l'étude de déterminants que l'on qualifiait depuis longtemps d'économiques. Peut-être a-t-il montré l'importance de ces déterminants et la complexité de leur action, mais l'étude démographique garde par ailleurs sa méthodologie et considère bien d'autres facteurs.

23

L'économie de la famille contribue-t-elle en retour à une meilleure analyse des grands phénomènes économiques tels que la croissance ? G. Becker a essayé de le montrer dans sa conférence présidentielle à l'American Economic Association (1988). Je ne suis pas sûr qu'il ait convaincu, mises à part quelques remarques de bons sens indépendantes du reste de ses travaux.

Droit

24

De longue date, les économistes ont étudié les effets économiques des lois et règlements ; l'influence de la fiscalité, du protectionnisme, du contrôle des prix, etc., ont toujours constitué la matière de nombreux ouvrages et articles. Mais au cours des quatre dernières décennies, la recherche a débordé de ces thèmes traditionnels dans trois directions (voir A. Hannequart, 1990).

25

Premièrement, des économistes se sont intéressés à l'étude des activités illégales et de la justice pénale. Ainsi, pour expliquer le niveau de la criminalité, on fait appel à un concept d'équilibre dans lequel intervient, non seulement la sévérité des sanctions et le risque qu'a un contrevenant d'être découvert, mais aussi l'importance des mesures de protection prises par les victimes potentielles. Cette voie de recherche a bien des similitudes avec l'économie de la famille et occupe parfois les mêmes économistes.

26

Deuxièmement, une école cherche à expliquer les lois et la jurisprudence comme déterminées, de façon à assurer l'efficacité des résultats de l'activité économique et sociale. La notion d'efficacité est directement tirée de la réflexion théorique en économie. L'étude de certaines législations, telle celle sur les pollutions, prolonge directement la réponse à des questions posées aux économistes. Mais la méthode d'analyse est appliquée plus généralement au droit dans des domaines d'une tout autre nature (R. Posner, 1987).

27

Troisièmement, les économistes ont naturellement rencontré les juristes dès lors qu'ils ont travaillé sur la théorie des contrats. Ils étaient motivés, pour ce faire, tant par des questions apparues dans le prolongement des théories microéconomiques de l'allocation des ressources que par des demandes d'avis venant des tribunaux, dans le cadre de litiges relevant du droit économique (droit des affaires, réglementation de la concurrence, etc.). Une collaboration durable en a résulté entre juristes et économistes. Les premiers mettent en valeur, tantôt le contexte juridique et institutionnel régissant l'application des contrats, tantôt les interprétations données du concept de justice dans la vie de relations contractuelles confrontées à des éventualités qui npas été prévues (J. Ghestin, 2000 ; A. Schwartz, 2000). Les économistes analysent comment législation et jurisprudence devraient tenir compte de l'interférence des effets des stimulants économiques auxquels les contractants réagissent, d'abord quand ils s'entendent sur les termes du contrat, puis quand ils l'appliquent, enfin quand ils le renégocient à la suite d'événements imprévus (E. Brousseau et J.-M. Glachant, 2000).

28

L'ensemble de ces travaux à la frontière entre droit et économie se trouve d'ailleurs favorisé par un élargissement de la recherche économique à la théorie des organisations. Il y avait bien des raisons, à l'intérieur de la discipline, pour cet élargissement, en particulier le souci de résoudre le difficile problème de l'articulation entre le marché et l'intervention centrale, qu'elle soit impérative, incitatrice ou indicative ; en particulier aussi la préoccupation de disposer d'une théorie de l'entreprise qui soit moins schématique que la formalisation classique de l'unité de production face à son marché. Pour déterminer la législation adéquate à tel ou tel domaine, l'économiste n'a plus nécessairement à raisonner en termes de demande, d'offre et d'équilibre de marché ; il peut aussi faire appel à la théorie des organisations, quelque imprécise qu'elle soit encore (O. Williamson, 2000).

29

Il ne fait pas de doute que la collaboration amorcée avec les juristes par certains économistes engagés dans la troisième direction de recherche est utile et perdurera. Mais que penser des autres apports de l'économie à la théorie du droit ? Ne risquent-ils pas de demeurer artificiels quand ils s'aventurent en dehors du droit économique ? Peut-être certains d'entre eux aideront-ils à mieux identifier ce qui, dans nos législations, ne relève pas du souci de l'efficacité collective (entendue dans un sens large, bien sûr), mais de la mise en oeuvre d'idées communément admises (ou d'idéologies) sur les finalités de la vie humaine.

Science politique

30

Les contributions des économistes à la science politique sont nombreuses et de natures diverses, à tel point qu'un économiste pourrait parfois se demander si cette science ne lui appartient pas. Ce serait évidemment une grave erreur d'optique, car il y a beaucoup plus dans la science politique, avec de grands thèmes tels que le rôle de la société civile ou les interdépendances entre le fonctionnement de la démocratie et l'évolution du système des valeurs collectives. Les incursions de la réflexion économique s'expliquent cependant bien, puisqu'on attend de cette réflexion qu'elle éclaire les interventions des pouvoirs publics : comment le faire sans jamais s'interroger sur les conditions dans lesquelles les décisions politiques sont prises ?

31

Quatre thèmes ont particulièrement retenu l'attention. Le premier, ce que devraient être les objectifs de justice et d'équité dans nos sociétés, sera cité ici pour mémoire. Il intéresse beaucoup les économistes, puisqu'ils ont à s'occuper de la distribution des biens, des services, des revenus et des richesses, mais il sort du domaine retenu pour cet article, car il appartient à l'éthique et à la philosophie plus qu'à la science politique - des interfaces avec cette dernière existent cependant, surtout quand la justice est vue comme le respect des libertés individuelles (sur ce premier thème, voir S.-C. Kolm, 1972, M. Fleurbaey, 1996).

32

La théorie du vote est au contraire bien dans notre sujet. Or, si ses bases sont anciennes, elle a connu un renouveau à la suite des contributions de certains économistes dans les années 40 et 50. Pourquoi la percée devait-elle venir d'eux ? Sans doute parce qu'ils disposaient des outils conceptuels requis, le problème étant que des agents ayant des préférences distinctes doivent prendre une décision en commun. Etudier l'effet des procédures de vote s'imposa d'autant plus aux économistes que l'un d'entre eux, K. Arrow, démontrait un " théorème d'impossibilité " qui semblait fermer la voie à leurs modes antérieurs de raisonnement (en termes simples, ce théorème énonce qu'il est impossible de trouver une formule qui, à partir d'un ensemble quelconque de systèmes de préférences individuelles, en déduise un système de préférences collectives, et cela d'une façon respectant certains axiomes assez naturels). Les capacités de formalisation des économistes mathématiciens, leur intérêt pour l'approche axiomatique et leur implication dans la théorie des jeux les prédisposaient à réussir dans l'étude des questions posées à propos des systèmes de vote (pour un point actuel, voir A. Sen, 1999, et N. Miller, 1987).

33

Par " théorie des choix publics ", on entend aujourd'hui un ensemble de travaux concernant l'orientation prise par les décisions publiques en fonction des intérêts de ceux qui les inspirent, les prennent ou les appliquent : électeurs, groupes de pression, gouvernements esclaves de réélections ou fonctionnaires poursuivant leurs propres objectifs. L'ambiance dans laquelle se placent certains de ces travaux est marquée par une défiance systématique vis-à-vis de l'Etat et de ses agents, une défiance qu'un vieux serviteur public comme moi trouve exagérée ; parfois, ce qui est qualifié de théorie ne va pas au-delà de l'expression de préjugés. Il y a donc des excès. Cependant, cette voie de recherche a un sens évident, pour des raisons de réalisme fort adroitement argumentées par J. Buchanan (1987) dans sa conférence Nobel. Plus positive est d'ailleurs l'attitude de J.-J. Laffont (2000), qui, s'exprimant sur la réforme de l'Etat, prend en compte tout un ensemble de travaux récents consacrés à l'économie des incitations. Il montre comment en déduire de nouvelles règles du jeu pour le secteur public, de façon à y réduire dysfonctionnements, privilèges abusifs et corruption, tout en évitant les effets pervers de réformes qui déprécieraient le travail de fonctionnaires se consacrant à leur tâche avec le sens du service public.

34

Très active depuis quinze ans, la " nouvelle économie politique " a pour objet l'étude des politiques économiques, non plus quant à leurs effets (aspect étudié presque exclusivement auparavant par les économistes), mais quant à leur genèse. Les politiques ne sont plus vues alors comme provenant d'objectifs donnés ou de la maximisation d'une fonction d'utilité sociale, mais comme résultant d'un mécanisme politique et traduisant les intérêts des groupes les plus puissants. G. Saint-Paul (2000) profite de sa propre expérience de chercheur dans cette voie - et de la parution de deux livres qu'il commente - pour constater que la recherche n'a pas réussi encore à faire émerger une théorie centrale où apparaisse un ensemble de prédictions robustes et testables. Il explique cela par des doutes sur la pertinence de l'hypothèse de rationalité quand on l'applique au jeu politique, par la relative pauvreté des bases empiriques mobilisées et par le fait que, souvent, l'analyse repose sur des modèles trop particuliers. Mais il n'entend évidemment pas décourager ceux qui consacrent leurs efforts à une discipline nouvelle.

35

Que conclure de l'ensemble de telles interventions des économistes dans le territoire de la science politique ? G. Miller (1997) estime qu'il y eut indiscutablement un effet bénéfique quant à la méthodologie, de nombreux spécialistes de la discipline comprenant les avantages de la rigueur et de la formalisation. Il constate, en revanche, que la simple transposition au monde politique des postulats familiers aux économistes fut décevante et ne fit qu'aider la science politique à mieux prendre conscience de l'importance contraignante des normes sociales et des rapports institutionnels qui gouvernent l'échange politique dans sa diversité.

Les économistes recevront des autres sciences sociales

36

Vues rétrospectivement, les décennies de 1950 aux années 80 apparaîtront à l'historien des sciences comme caractérisées par une concentration des efforts des économistes sur le coeur de leur discipline : l'étude des marchés. C'est surtout par rapport à ce coeur que leur système conceptuel s'est précisé et enrichi. C'est pour disposer d'une théorie rigoureuse de l'économie de marché que beaucoup ont travaillé sur des modèles mathématiques fondamentaux étroitement articulés entre eux. C'est par application de cette théorie que les diverses branches de l'économie ont le plus progressé. En conséquence, la littérature scientifique des économistes est apparue dans les temps modernes beaucoup plus détachée du contexte social que ce n'était le cas autrefois.

37

Afin d'éviter tout malentendu, il faut préciser : " détaché du contexte social " ne veut pas dire que la science économique ne s'intéresserait plus aux phénomènes à implications sociales. Au contraire, en approfondissant comment se déterminent et sont influencés les niveaux de vie, l'inflation et l'emploi, elle s'attache à bien tenir le rôle qui lui revient dans la répartition des fonctions entre disciplines sociales. Mais privilégiant la recherche à des niveaux ayant au moins quelque généralité, elle n'a guère valorisé, durant une longue période, la description des multiples formes que peut revêtir l'insertion des activités économiques dans les sociétés actuelles.

38

C'est grâce à l'accent mis sur un tel développement autocentré que la science a gagné en profondeur, en rigueur, en cohérence et même en pertinence. Mais il était sans doute inévitable qu'une telle évolution se paye de quelques coûts. D'un côté, elle a encouragé chez certains économistes le dogmatisme, le dédain vis-à-vis des sciences sociales autres que la leur et l'ignorance de nombreux aspects de la vie sociale, voire de la vie économique. A l'inverse, d'autres économistes ont refusé de se laisser entraîner par le mouvement général et se sont sentis de plus en plus mal à l'aise dans une profession qui les traitait en marginaux et qui leur paraissait faire fausse route.

39

Ces temps d'enthousiasme, marqués parfois de naïvetés et d'exclusives, sont aujourd'hui révolus. Certes, il reste à faire, dans le coeur de la discipline et pour l'irrigation centrifuge de ses multiples branches. Mais une telle stratégie scientifique est sujette, finalement, à rendements décroissants ; elle bute maintenant, ici et là, sur des obstacles qu'elle réussit mal à contourner et qui apparaissent de plus en plus gênants. C'est pourquoi on voit se manifester dans la profession un intérêt croissant pour certaines recherches empruntant à d'autres disciplines.

40

Cet intérêt ne signifie le plus souvent pas qu'il y ait lieu de modifier les théories et méthodes d'analyse de l'économie. Il s'agit parfois de circonscrire plus étroitement le domaine de validité de ces théories et méthodes ; il s'agit surtout d'expliquer un certain nombre d'éléments que les économistes prenaient pour données et de faire appel pour cela à d'autres disciplines. Il y a alors prise de conscience de l'utilité de ces disciplines dans tels et tels cas, dont on peut même chercher à établir la typologie.

41

Parfois, on peut envisager davantage. Alors que l'économie a concentré ses efforts sur la coordination réalisée par les marchés, on constate l'existence d'autres modes de coordination sociale et d'autres interactions que celles habituellement prises en compte. On peut alors se proposer d'intégrer de nouvelles dimensions dans les théories et analyses des phénomènes économiques. Voyons un peu plus précisément ce qu'il en est dans quelques cas importants.

Psychologie

42

Il est clair que les économistes ont intérêt à bénéficier d'apports en provenance de la psychologie, plus qu'ils ne l'ont fait pendant les années 50, 60 et 70, malgré les efforts de quelques précurseurs tels que G. Katona (1951) ou P.-L. Reynaud (1974). Ces apports potentiels proviennent non seulement d'importants progrès réalisés par les psychologues dans la connaissance des comportements, mais aussi des efforts consacrés récemment par eux aux sciences cognitives, par lesquelles nous allons ici commencer (pour un vaste panorama des possibilités ouvertes actuellement aux économistes par la psychologie, voir P. E. Earl, 1990).

43

Parlant dès les années 50 de " rationalité limitée ", H. Simon (1957) insistait sur le fait que, pour se comporter de façon pleinement rationnelle face à la complexité de leur environnement, les agents devraient avoir des capacités cognitives supérieures à celles dont ils disposaient. Le développement ultérieur des théories économiques ne pouvait que le conforter dans cette idée. Or, l'attention portée en psychologie aux limites de ces capacités cognitives a augmenté beaucoup avec l'apparition de l'intelligence artificielle en informatique et le progrès des neurosciences, mobilisant de nouvelles techniques d'études du cerveau. En fait, la psychologie n'est, à cet égard, guère plus avancée dans la formalisation conceptuelle que ne l'est le traitement par les économistes de la rationalité limitée. Cependant, divers exemples montrent que ces derniers peuvent avoir intérêt à s'inspirer des approches des psychologues pour affermir le traitement de questions qui les préoccupent (F. Laville, 2000). Ainsi en est-il du rôle des conventions dans les relations entre agents  [6][6] Bien comprendre ce rôle implique de faire appel à plus.... Depuis Durkheim, nous comprenons bien que " le contrat ne se suffit pas à soi-même ", qu'il exige un droit contractuel ainsi que des conventions communes sur le sens des termes et sur les normes à respecter. Le reconnaître " ne doit [cependant] pas conduire à renoncer aux préceptes de l'individualisme méthodologique " (J.-P. Dupuy et al., 1989).

44

Passons maintenant à ceux des apports de la psychologie relatifs à la connaissance des comportements. On savait depuis longtemps que la rationalité, traduite en théorie économique par un ensemble d'axiomes précis, était une idéalisation. Mais l'intuition de ceux qui, tel H. Simon (voir sa conférence Nobel en 1979), insistaient sur la prise en compte d'une rationalité limitée, les portait à prévoir l'existence de biais systématiques dans les conclusions déduites de l'approche usuelle. Une telle existence est maintenant confirmée pour un certain nombre de situations et de phénomènes ; le " paradoxe d'Allais " est l'un d'eux, mais il y en a bien d'autres, par exemple beaucoup de ceux qui ont alimenté la rubrique " Anomalies " présente dans quinze numéros successifs du Journal of Economic Perspectives de 1987 à 1991. Les anomalies semblent souvent tenir aux termes dans lesquels l'agent se pose les choix, notamment quand il impose une structure artificielle à la succession des décisions qu'il aura à prendre ou lorsqu'il privilégie une référence que rien n'impose. Les anomalies semblent aussi traduire une préférence irrationnelle pour le présent et pour le certain (voir M. Rabin, 1998 ; B. Caillaud et al., 1999).

45

Dans un domaine voisin, on s'intéresse aussi de plus en plus à bien repérer en quoi les comportements économiques sont affectés par l'altruisme, la réciprocité, l'envie ou les normes sociales, toutes considérations étrangères aux hypothèses habituellement retenues dans le corps de la théorie. De même encore est-il reconnu depuis longtemps que les comportements dépendent des anticipations, des attentes et des aspirations. Or, ces dernières ne sont pas données sans relation avec les évolutions vécues et la compréhension que les agents en ont. Face à ce problème, les économistes ont le plus souvent recours à des hypothèses simples, telles celles d'anticipations adaptatives ou d'anticipations rationnelles. Mais les tests empiriques montrent que ces hypothèses approchent mal la réalité (voir, par exemple, section 1.4 du chapitre 8 de E. Malinvaud, 1982).

46

Les indications qui précèdent font une part trop belle aux recherches empiriques d'économistes, du fait des limites de ma connaissance (l'article de P. E. Earl [1990] est mieux équilibré, les articles de M. Rabin [1998] et J. Elster [1998] sont aussi riches d'informations sur les progrès faits dans la connaissance des comportements). Mais, même quand il s'agit de travaux d'économistes plutôt que de psychologues, ils proviennent souvent de l'" économie expérimentale ", qui s'est inspirée dans ces méthodes de ce qui était antérieurement pratiqué par la psychologie expérimentale. Plus généralement, les méthodes d'analyse de la psychologie pourraient se révéler utile pour nous. Le défi consiste à savoir intégrer correctement et utilement dans la théorie ce qui peut être qualifié aujourd'hui d'anomalie, mais qui, ayant un caractère systématique, doit aussi avoir une origine identifiable. Or, détecter cette origine et connaître ses liens d'interdépendance avec d'autres phénomènes économiques s'avère difficile. Il est peu probable que les économistes y réussissent sans recevoir l'aide des psychologues ou s'inspirer de leurs démarches. Peut-être même faudra-t-il mobiliser une partie du corpus scientifique de la psychologie.

Sociologie

47

Les rapports entre sociologie et économie, par lesquels nous terminons notre tour d'horizon, mériteraient à eux seuls tout un article. Ces rapports sont anciens, de même que l'intérêt porté par certains économistes à la sociologie. Il suffit de rappeler ici la personnalité de Vilfredo Pareto au tournant du siècle passé et le rôle qu'il joua dans les deux disciplines. On ne cherchera ni à résumer l'histoire de ces rapports, souvent présentés comme conflictuels, ni même à définir la frontière naturelle entre économie et sociologie. Ce serait trop long et il existe de bons écrits à ce sujet, par exemple l'article de E. Archambault et C. Baudelot (1990), les numéros spéciaux consacrés par la Revue économique à " Economie et sociologie " (janvier 1988) et par la Revue française de sociologie à " Sociologie et économie " (juillet-septembre 1997), ou encore les longs articles de R. Swedberg (1987) et J. Baron et M. Hannan (1994). On sait que les deux disciplines se distinguent autant par leurs méthodes que par leurs objets et on pense aisément à des points de contact tels que le rôle des références sociales dans les mobiles des comportements économiques ou l'intervention de relations sociales " non marchandes " dans les entreprises, les administrations et même parfois sur les marchés.

48

Mais il nous faut identifier l'origine de l'intérêt croissant porté par certains économistes à la sociologie, dans des domaines d'ailleurs souvent voisins de ceux attribués ici à la psychologie. Cette origine est très naturelle : cherchant à remonter les chaînes causales pour l'explication des phénomènes, les économistes en arrivent souvent à un point où, ayant bien repéré le rôle de certains facteurs non économiques, ils voudraient comprendre le pourquoi de leur présence. C'est ainsi que, dans le cadre de notre étude de la croissance française, nous avions établi il y a trente ans un questionnaire adressé aux sociologues pour l'explication de certains changements de comportements constatés dans les décennies 50 et 60 par rapport à l'entre-deux-guerres (J.-J. Carré et al., 1972).

49

Très fréquemment, l'idée de faire appel à des considérations sociologiques naît de la réflexion sur la rigidité des prix et des salaires. Celle-ci est contraire à l'hypothèse habituellement faite selon laquelle prix et salaires seraient parfaitement flexibles et assureraient en permanence l'égalisation entre offre et demande sur les marchés. On a, bien entendu, tenu compte de la rigidité dans la théorie de certains phénomènes, surtout du chômage et de l'inflation. Mais deux questions viennent alors naturellement à l'esprit : quelle est l'origine de cette rigidité, qui ne cadre pas avec la théorie usuelle des marchés ? Comment s'expliquent les variations dans le temps et l'espace de l'intensité des rigidités constatées ? Bien que les réponses données à ces deux questions soient diverses et encore incertaines, on note qu'elles impliquent souvent des facteurs sociologiques.

50

Voici, concernant la seconde question, trois exemples simplifiés jusqu'à la caricature pour les besoins de l'exposé. M. Olson (1982) a argumenté la thèse selon laquelle, en dehors des périodes de forte perturbation provoquées par les guerres, les révolutions ou autres événements majeurs, les sociétés démocratiques seraient sujettes à une rigidification croissante, donc seraient menacées par le déclin, en raison du rôle qu'y jouent nécessairement les groupes de pression. Interprétée par les économistes, la thèse dite " du corporatisme " veut que les rigidités et les dysfonctionnements macroéconomiques concernent surtout les pays ayant un régime intermédiaire entre un pur système de marché, pour le travail notamment, et un plein corporatisme où les décisions seraient prises par concertation ou confrontation directe entre partenaires sociaux fortement organisés. P. d'Iribarne (1990) met, lui aussi, principalement l'accent sur l'idée qu'un régime intermédiaire serait sujet à des dysfonctionnements graves, mais, pour lui, ce serait surtout la situation des sociétés qui, vis-à-vis du travail, n'ont pas choisi entre la logique marchande et la logique de la légitimité statutaire.

51

Bien comprendre le rôle des interactions sociales est une préoccupation commune à nombre d'économistes. Ainsi E. Fehr et S. Gächter (2000) partent de l'observation faite par les psychologues, selon laquelle beaucoup de comportements contraires à la recherche de l'intérêt personnel s'expliquent par le souci de la réciprocité, dans la malveillance comme dans la bienveillance. Ils y ajoutent que, selon l'environnement social, tantôt la recherche de l'intérêt, tantôt le souci de la réciprocité dominera, le second cas s'avérant beaucoup plus favorable à l'action collective et au respect des normes sociales que le premier. Cela importe pour juger de l'importance du problème du passager clandestin dans les services publics, pour expliquer des différences de productivité du travail entre ateliers, pour conclure que les contrats incomplets, laissant une place importante à l'implicite, peuvent être socialement préférables aux contrats explicites, etc.

52

Ces quelques cas montrent l'existence de champs d'investigation où sociologues et économistes se rencontrent. On pourrait multiplier les exemples, certains portant sur les fondements tels que la rationalité des décisions (L.-A. Gérard-Varet et J.-C. Passeron, 1995 ; C. Manski, 2000), d'autres sur des domaines d'application (santé, travail, organisation interne des entreprises, etc.). Des collaborations sont ainsi possibles ; elles sont même de plus en plus fréquentes. Mais il serait naïf de conclure que les méfiances réciproques ont disparu. Dans le résumé d'un article sur des chassés-croisés entre économie et sociologie, B. Gazier (1997) écrit : " Il semble qu'économistes et sociologues impliqués dans ce processus (...) n'ont pas pu, ou n'ont pas voulu, mettre en évidence et en discussion la dépendance étroite apparue entre [leurs] deux disciplines. "

Perspectives scientifiques

53

Retournant à notre point de départ, mais avec une moindre ambition, réfléchissons aux perspectives qui seraient offertes aux sciences sociales par une évolution qui réduirait les distances entre elles, ou plutôt et plus simplement aux perspectives offertes à l'économie par une recomposition des domaines disciplinaires aux interfaces avec les autres sciences sociales. Certains envisagent comme probable une telle recomposition. Ainsi M. Dogan et R. Pahre (1991) prétendent que " l'innovation (...) apparaît plus souvent, et produit des résultats plus importants, à l'intersection [entre] les disciplines " et qu'il y a " fragmentation ininterrompue des sciences sociales en d'étroites spécialités, et (...) recombinaison de ces spécialités de manière transversale, à l'intérieur de champs hybrides " (p. 11). De telles affirmations cadrent mal avec l'évolution constatée dans la science économique au cours du dernier demi-siècle : il y a eu beaucoup d'innovations en économie durant cette période, pour l'observation et la mesure des phénomènes, pour la théorie, pour l'induction et la validation empirique, pour l'application aux décisions publiques et privées ; aucune de ces innovations ne s'est située à l'intersection avec une autre discipline. Il y a bien eu spécialisation accrue des économistes, mais à l'intérieur de grandes catégories qui n'ont guère évolué. Cependant, tout au long de cette période, la prophétie a été faite et démentie de multiples fois selon laquelle la science économique ne pourrait plus progresser qu'en meilleure symbiose avec les autres sciences sociales. Evitons donc de rêver, tout en reconnaissant qu'il est aujourd'hui raisonnable de prévoir la poursuite de l'évolution récente, qui voit se multiplier les interactions avec les autres disciplines. Pour nous obliger au réalisme, explicitons d'abord une vision concrète des collaborations entre économistes et spécialistes d'autres sciences humaines. Nous nous livrerons ensuite à un essai pour définir un champ disciplinaire nouveau où cette collaboration pourrait être particulièrement intense.

54

Des collaborations sont indispensables pour certaines applications. Cela va de soi et c'est toujours fait peu ou prou. Chacun sait bien que de nombreux problèmes réels nécessitent le recours à plusieurs sciences simultanément, ceux concernant, d'une part, l'environnement, et, d'autre part, le développement du tiers monde étant particulièrement démonstratifs à cet égard. A étudier de près l'ensemble de telles collaborations, il se pourrait que l'on voie apparaître clairement l'opportunité de recombinaisons scientifiques fondamentales. Mais cela n'a pas été le cas jusqu'à présent à propos de l'économie.

55

Certains savants travaillent dans des domaines intermédiaires parce qu'ils s'intéressent à un aspect des réalités qui relève de deux disciplines simultanément. Mais ce fait n'implique pas de recombinaison. Le plus souvent, les fondements respectifs des deux parties disciplinaires mises en oeuvre ne sont pas en cause, quoi que prétendent parfois les intéressés. Ainsi, ce qui a été souvent appelé " économie institutionnelle " a un long passé et emprunte à l'histoire comme à l'économie (on peut y ranger aujourd'hui la plupart des travaux de l'école de la régulation). Mais ainsi que l'a suggéré la deuxième partie ci-dessus, les travaux appartenant à ce domaine d'étude ne se traduisent pas par une fragmentation de la science économique ; depuis longtemps ils jouent plutôt vis-à-vis du coeur de la discipline un rôle critique opportun, mais sans implication claire sur le sujet qui nous concerne maintenant.

56

Enfin, les emprunts à d'autres sciences sociales peuvent enrichir utilement telle ou telle branche de l'économie, mais sans en révolutionner les modèles principaux ou les méthodes d'analyse. C'est à le montrer qu'a été consacrée une grande partie de cet article, surtout dans la quatrième partie.

57

Afin de visualiser ce qui pourrait aller au-delà et de le faire sur un cas qui ait aujourd'hui quelque vraisemblance, imaginons le développement d'une " science des institutions "  [7][7] B. Frey (1990) a envisagé, sans d'ailleurs conclure,.... Il ne s'agirait évidemment pas de reprendre, sous un titre plus pompeux, l'économie institutionnelle à laquelle référence a été faite ci-dessus. Celle-ci a caractérisé un mouvement composé d'économistes réservés vis-à-vis de la recherche théorique en économie et soucieux de porter l'attention sur le contexte institutionnel complexe et changeant dans lequel l'activité économique s'exerçait. La science en cause aurait, quant à elle, pour objet de savoir comment se créent, se développent et se renouvellent les institutions. Elle aurait une problématique faisant appel à des investigations nombreuses, tant empiriques que théoriques, une problématique qui ne serait empruntée telle quelle à aucune des sciences sociales actuelles.

58

Le domaine est vaste, dès lors que l'on retient une définition large des institutions, comme le fait l'historien D. North (1990). Il ne s'agit pas seulement de l'ensemble des lois, règlements et organismes régissant les activités et relations des personnes, entreprises, associations, etc. Il s'agit aussi des usages, des conventions, des codes de conduite acceptés et des normes sociales, qui jouent de fait un rôle également important. Des liens étroits existent évidemment entre ces deux types d'institutions, ce qui justifie qu'on les considère simultanément. Le domaine attire bien des économistes. Mais il intéresse tout autant des sociologues, des juristes, des historiens, des anthropologues, voire des philosophes. Il ne se caractérise par l'adhésion à aucune idéologie particulière, mais par le souci de connaître et de comprendre.

59

Essayons de spéculer un peu sur le contenu de cette science nouvelle. Nous pourrions alors puiser dans cet article des références pour aller rechercher systématiquement tout ce qui a déjà été écrit concernant les institutions. Plutôt que de le faire, le texte va ici se limiter à quelques remarques émanant de trois coups de sonde qui vont concerner successivement les théories des organisations, de l'action collective et des normes sociales.

60

Depuis des années, O. Williamson a étudié comment les coûts de transaction pouvaient expliquer les structures des organisations qui gouvernent le régime des transactions à l'intérieur d'un environnement fait de normes et de règles juridiques données : à un extrême, les structures donnant le rôle principal aux marchés libres, à l'autre, les structures hiérarchiques des organisations administratives. La recherche repose sur le postulat qu'un mode d'organisation en service doit être présumé efficace dès lors qu'on ne peut pas décrire et réaliser un mode alternatif grâce auquel on penserait atteindre un plus grand gain net. O. Williamson (2000) montre comment des explications probantes se dégagent si on imagine que chaque organisation a été choisie grâce aux réponses données à une suite de questions. Serait-il efficace de s'en remettre aux seules transactions de marché, compte tenu des risques de dysfonctionnements qui peuvent les affecter ? Sinon, il faut s'en remettre à la hiérarchie de l'entreprise pour internaliser les décisions sujettes à de tels dysfonctionnements. Mais alors, comment y créer les bons stimulants ? Le recours à des contrats à long terme serait-il opportun pour maintenir la discipline des marchés et éviter les coûts administratifs du gigantisme ? etc. Dans certains cas, un tel examen a pu conclure finalement en faveur d'une organisation administrative centralisée, mais faute de mieux.

61

Dans le même numéro de revue que celui où figure l'article de Fehr et Gächter considéré ci-dessus à propos des liens entre sociologie et économie, E. Ostrom (2000) part d'observations empiriques, avant de montrer comment se construit actuellement une théorie de l'action collective qui met l'accent sur la genèse d'évolutions institutionnelles. Les enseignements qu'il tire des résultats obtenus en laboratoire par l'économie expérimentale se résument ainsi : ils démontrent certes la robustesse des prédictions de la théorie microéconomique quant aux comportements et équilibres sur les marchés d'enchères ou de concurrence parfaite ; mais, à l'inverse, ils montrent que, vis-à-vis des biens publics et de leur financement, les participants trouvent des moyens pour contourner le dilemme du passager clandestin, soit en cherchant à coopérer sur une base de réciprocité, soit en s'imposant de sanctionner les éventuels passagers clandestins. A cela s'ajoutent les résultats dégagés par les psychologues et montrant que, déjà très tôt dans la vie et aussi ultérieurement, les êtres humains raisonnent plus en termes de droits et de devoirs qu'en termes de logique déductive. Bien comprendre les mobiles et les formes de l'action collective impose dès lors de faire appel à une théorie évolutionniste où les prédispositions individuelles innées sont vite canalisées par des normes sociales et autres institutions, elles-mêmes construites progressivement en accord avec les comportements prédominants, ce qui aboutit à l'émergence de systèmes stables pour l'utilisation des ressources mises à la disposition du public.

62

Depuis une vingtaine d'années, les économistes citent de plus en plus les normes sociales comme explicatives de certains comportements économiques individuels ou collectifs. Les normes tiennent depuis longtemps une place importante en sociologie, à tel point que J. Elster (1989) a pu opposer en commençant homo sociologicus, obéissant à des normes sociales, à homo economicus guidé par la rationalité dans la poursuite de ses objectifs individuels. Il a immédiatement ajouté que reconnaître le rôle des normes sociales n'est pas abandonner l'individualisme méthodologique, ni nier l'importance des choix rationnels, car rationalité et normes influencent l'une et les autres les comportements. Pour préciser les choses, il a structuré son article en s'attachant à répondre successivement aux questions suivantes : les normes sont-elles de simples rationalisations des comportements motivés par l'intérêt personnel ? Non. Si les normes sont respectées, est-ce toujours par intérêt personnel ? Non. Les normes existantes sont-elles de nature à promouvoir l'intérêt collectif ? Souvent, mais pas toujours (toutes les normes ne réalisent pas des gains en efficacité au sens de Pareto, et certaines normes qui réaliseraient de tels gains ne sont pas adoptées). Les déterminants qui, dans la formation des normes, s'ajoutent aux préoccupations économiques sont-ils de nature à promouvoir l'adéquation à une génétique psycho-sociale ? Il est bien difficile de répondre.

63

En somme, de nombreux thèmes de recherche sont suggérés par ces questionnements. D'ailleurs, plus généralement, des recherches ont été suggérées par tout ce que nous avons vu à propos des échanges entre science économique et autres sciences sociales.


Bibliographie

  • E. Archambault et C. Baudelot (1990), " Sociologie et économie ", in X. Greffe et al. (1990).
  • J. Baron et M. Hannan (1994), " The Impact of Economics on Contemporary Sociology ", Journal of Economic Literature, septembre.
  • G. Becker (1988), " Family Economics and Macro Behavior ", American Economic Review, mars.
  • G. Becker (1989), " On the Economics of the Family : Reply to a Skeptic ", American Economic Review, juin.
  • E. Brousseau et J.-M. Glachant (2000), " Economie des contrats et renouvellement de l'analyse économique ", Revue d'Economie Industrielle, 2e et 3e trim. 2000.
  • J. Buchanan (1987), " The Constitution of Economic Policy ", American Economic Review, juin.
  • B. Caillaud, D. Cohen et B. Jullien (1999), " Psychology and Economics : Time Inconsistent Preferences ", deux articles dans European Economic Review, septembre.
  • J.-J. Carré, P. Dubois et E. Malinvaud (1972), Croissance française : un essai d'analyse causale de l'après-guerre, éd. Le Seuil, Paris.
  • M. Dogan et R. Pahre (1991), L'innovation dans les sciences sociales, éd. Puf, Paris.
  • J.-P. Dupuy, F. Eymard-Duvernay, O. Favereau, A. Orléan, R. Salais et L. Thévenot, (1989), " Introduction " du numéro spécial de la Revue économique consacré à l'économie des conventions, mars.
  • P.E. Earl (1990), " Economics and Psychology : a Survey ", Economic Journal, septembre.
  • J. Elster (1989), " Social Norms and Economic Theory ", Journal of Economic Perspectives, automne.
  • J. Elster (1998), " Emotions and Economic Theory ", Journal of Economic Literature, mars.
  • E. Fehr and S. Gächter (2000), " Fairness and Retaliation : the Economics of Reciprocity ", Journal of Economic Perspectives, été.
  • M. Fleurbaey (1996), Théories économiques de la justice, éd. Economica, Paris.
  • B. Frey (1990), " Institutions Matter : the Comparative Analysis of Institutions ", European Economic Review, mai.
  • B. Gazier (1997), " Tris et contrôles des salariés dans les organisations : quelques chassés-croisés entre économie et sociologie ", Revue française de sociologie, juillet-septembre.
  • L.-A. Gerard-Varet et J.-C. Passeron, éd. (1995), Le modèle et l'enquête. Les usages du principes de rationalité dans les sciences sociales, éd. de l'EHESS, Paris.
  • J. Ghestin (2000), " Le contrat en tant qu'échange économique ", Revue d'économie industrielle, 2e et 3e trim. 2000.
  • M. Godelier, éd. (1974), Un domaine contesté : l'anthropologie économique, éd. Mouton, Paris.
  • X. Greffe, J. Mairesse et J.-L. Reiffers (1990), Encyclopédie économique, éd. Economica, Paris.
  • A. Hannequart (1990), " Droit et économie ", in X. Greffe et al. (1990).
  • P. d'Iribarne (1990), Le chômage paradoxal, éd. Puf, Paris.
  • G. Katona (1951), Psychological Analysis of Economic Behavior, éd. Mc Graw-Hill, New York.
  • S.-C. Kolm (1972), Justice et équité, éd. CNRS, Paris.
  • S.-C. Kolm (1986), Philosophie de l'économie, éd. Le Seuil, Paris.
  • J.-J. Laffont (2000), " Etapes vers un Etat moderne : une analyse économique ", in Conseil d'analyse économique (CAE), Etat et gestion publique, éd. La Documentation française, Paris.
  • M. Laville (2000), " La cognition située : une nouvelle approche de la rationalité limitée ", Revue économique, novembre.
  • E. Malinvaud (1982), Théorie macroéconomique, vol. 2, éd. Dunod, Paris.
  • E. Malinvaud (1991), Voies de la recherche macroéconomique, éd. Odile Jacob, Paris.
  • C. Manski (2000), " Economic Analysis of Social Interactions ", Journal of Economic Perspectives, été.
  • G. Miller (1997), " The Impact of Economics on Contemporary Political Science ", Journal of Economic Literature, septembre.
  • N. Miller (1987), " Voting ", in The New Palgrave, éd. Macmillan, Londres.
  • D. North (1990), Institutions, Institutional Change and Economic Performance, Cambridge University Press.
  • M. Olson (1982), Grandeur et décadence des nations, éd. Bonnel, Paris.
  • E. Ostrom (2000), " Collective Action and the Evolution of Social Norms ", Journal of Economic Perspectives, été.
  • R. Posner (1987), " The Law and Economics Movement ", American Economic Review, mai.
  • M. Rabin (1998), " Psychology and Economics ", Journal of Economic Literature, mars.
  • P.-L. Reynaud (1974), Précis de psychologie économique, éd. Puf, Paris.
  • G. Saint-Paul (2000), " The "New Political Economy" : Recent Books by A. Drazen and by T. Persson and G. Tabellini ", Journal of Economic Literature, décembre.
  • A. Schwartz (2000), " Contract Theory and Theories of Contract Regulation ", Revue d'économie industrielle, 2e et 3e trim. 2000.
  • A. Sen (1999), " The Possibility of Social Choice ", American Economic Review, juin.
  • J. Silber (1981), " La théorie économique des ménages et l'étude des phénomènes démographiques ", Population, mai-juin.
  • H. Simon (1957), Models of Man, éd. Wiley, New York.
  • H. Simon (1979), " Rational Decision Making in Business Organizations ", American Economic Review, septembre.
  • D. Strauss-Kahn (1977), Economie de la famille et accumulation patrimoniale, éd. Cujas, Paris.
  • R. Sugden (1989), " Spontaneous order ", Journal of Economic Perspectives, automne.
  • R. Swedberg (1987), " Economic Sociology ", La sociologie contemporaine, vol. 35, n? 1.
  • O. Williamson (2000), " The New Institutional Economics : Taking Stock/ Looking Ahead ", Journal of Economic Literature, septembre.
  • R. Willis (1987), " What Have We Learned from the Economics of the Family ? ", American Economic Review, mai.

Notes

[1]

Sur les échanges avec la philosophie, voir S.-C. Kolm (1986).

[2]

Je me suis déjà expliqué assez longuement sur ce point dans le chapitre 1 (voir pp. 25 à 33, ou pp. 30 à 40 de l'édition de poche) de E. Malinvaud (1991).

[3]

Les rapports entre les théories économiques au sens large et leurs expressions formalisées n'entrent pas dans le champ de cet article. J'en ai traité dans E. Malinvaud (1991), où j'ai aussi cherché à bien définir ce qu'il fallait entendre en général par théorie (voir en particulier les pp. 223 à 226).

[4]

On a parlé de cliométrie pour caractériser le courant constitué par les plus économètres de ces historiens.

[5]

Une définition précise et une discussion circonstanciée font l'objet du chapitre 5 de E. Malinvaud (1991).

[6]

Bien comprendre ce rôle implique de faire appel à plus encore qu'aux sciences cognitives, en particulier à la sociologie (voir R. Sugden, 1989).

[7]

B. Frey (1990) a envisagé, sans d'ailleurs conclure, l'apparition d'une discipline nouvelle de ce type.

Plan de l'article

  1. Identité de la science économique
  2. Une théorie générale du développement économique et social ?
  3. Des économistes visitent les sciences sociales
    1. Démographie
    2. Droit
    3. Science politique
  4. Les économistes recevront des autres sciences sociales
    1. Psychologie
    2. Sociologie
  5. Perspectives scientifiques

Pour citer cet article

Malinvaud Edmond, « Les échanges entre science économique et autres sciences sociales », L'Économie politique 3/2001 (no 11) , p. 7-33
URL : www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2001-3-page-7.htm.
DOI : 10.3917/leco.011.0007.


Article précédent Pages 7 - 33 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback