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L'Économie politique

2002/2 (no 14)


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Les historiens de la pensée économique admettent traditionnellement, y compris lorsqu'ils sont néoclassiques, l'existence, au début des années 1870, d'une "rupture marginaliste" ou d'une "révolution néoclassique", à partir des travaux de William Jevons, Carl Menger et Léon Walras. Certains économistes insistent sur les éléments de continuité entre les classiques et les néoclassiques ou présentent le courant "autrichien", issu de Carl Menger, comme un courant différent du courant néoclassique. D'autres, se réclamant de Menger, se veulent même hétérodoxes ou sont considérés comme tels (Snowden, Vane, Wynarczyk, 1997). Schumpeter ne croyait pas à une opposition entre Menger et les marginalistes, puisqu'il affirme, à propos de cette approche  [1][1] Schumpeter (1983 [1954]), t. 3, p. 255. : "Le mérite d'avoir travaillé systématiquement à cette théorie, sur le plan où nous nous plaçons maintenant, devrait aller aux Autrichiens, en particulier à Menger, dont les Grundsätze der Volkswirtschaftslehre contiennent l'essentiel." En effet, si le courant autrichien n'a pas adopté la démarche de l'équilibre général, il s'appuie néanmoins sur les hypothèses essentielles du programme néoclassique (Guerrien, 1996).

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Cet article montre que Carl Menger a véritablement voulu une rupture nette avec les économistes classiques. Son oeuvre constitue un des fondements les plus sûrs de la démarche marginaliste ou néoclassique  [2][2] On ne fait pas de distinction entre approche marginaliste.... En inventant la démarche de l'individualisme méthodologique, en séparant l'économie de l'éthique, de la sociologie et de l'histoire, Menger joue un rôle de premier plan dans le développement d'une nouvelle façon de concevoir l'objet de l'économie et sa méthode. Nikolaï Boukharine considérait, au début du XXe siècle, l'approche nouvelle de Carl Menger et Eugen Böhm-Bawerk comme un ensemble d'idées conservatrices présentées de façon raffinée. Menger rompt effectivement avec la tradition classique et met en avant un libéralisme conservateur, assez différent du libéralisme classique.

Rompre avec l'économie classique

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Dès le préambule de ses Untersuchungen, Menger insiste sur la distance qui le sépare de Smith, sur le plan scientifique, et sur la nécessité d'une refonte de l'économie  [3][3] Menger (1883), p. XIII. Nous traduisons à partir de... : "Le conflit de points de vue à propos de la nature de notre science, de ses tâches et de ses frontières (...), commence par la reconnaissance de plus en plus évidente que la théorie économique telle que l'ont laissée Adam Smith et ses disciples manque de base assurée, que même ses problèmes les plus élémentaires n'ont pas trouvé de solution satisfaisante, et qu'elle est en particulier une base insuffisante pour les sciences pratiques de l'économie nationale et pour la pratique dans ce domaine." Menger considère que la démarche de l'école classique n'a pas permis de fonder une science, et l'en a même détournée  [4][4] Menger (1883), p. XV-XVI. : "La théorie de l'économie, telle que l'a principalement formée l'école classique anglaise, n'a pas réussi à résoudre de façon satisfaisante le problème d'une science des lois de l'économie ; mais l'autorité de son enseignement pèse sur nous et empêche le progrès dans les directions où l'esprit du chercheur a cherché depuis des siècles, bien longtemps avant l'intervention d'A. Smith, la solution du grand problème de la fondation de sciences sociales théoriques."

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Menger reproche à Smith son positionnement social ainsi que son approche de la science et de la société. Smith est trop proche des philosophes de l'époque des Lumières et partage leur projet de changement social  [5][5] Menger (1883), p. 207. : "Les théories d'A. Smith et de ses successeurs sont caracté risées par un libéralisme rationaliste et unilatéral, par une aspiration inconsidérée à combattre ce qui existe, par une volonté pas toujours bien comprise de créer quelque chose de nouveau dans le domaine des institutions politiques, sans souvent la connaissance et l'expérience suffisantes." La critique de Menger contre la dimension sociale du programme de Smith est particulièrement nette dans un article écrit à l'occasion du centenaire de la mort du philosophe écossais. Menger y affirme que les points de vue de Smith sont parfois très proches de ceux des socialistes modernes, que Louis Blanc, Ferdinand Lasalle et Karl Marx s'y réfèrent sans relâche, et que Smith est très engagé socialement  [6][6] Menger (1891), p. 223. : "Adam Smith se situe, dans tous les cas de conflits d'intérêts entre les pauvres et les riches, entre les forts et les faibles, sans exception du côté de ces derniers. J'emploie le mot "sans exception" de façon bien réfléchie, car il ne se trouve pas un seul endroit dans les oeuvres de Smith où il défend les intérêts des riches et des puissants contre les pauvres et les faibles."

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Contre l'approche trop pragmatique et trop sociale de Smith, qu'il considère comme non scientifique, Menger tente de construire une nouvelle science de l'économie.

Une nouvelle méthode

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La vigueur des critiques précédentes s'explique largement par une volonté de rupture avec les classiques. Ceux-ci s'intéressent aux relations économiques (la production et la distribution des richesses) qui existent entre les hommes et les groupes qui composent leur société. Ils comparent ces relations avec celles des sociétés qui existaient avant eux. Smith s'intéresse dès le premier chapitre de La richesse des nations à la division du travail qui existe entre les ouvriers d'une manufacture, à ses effets concrets pour la productivité d'ensemble de la société, et voit dans l'approfondissement de la division du travail un facteur historique de l'augmentation de la production des pays les plus avancés  [7][7] Smith (1995 [1776]), p. 40. : "Aussi cette séparation est en général poussée plus loin dans les pays qui jouissent du plus haut degré de perfectionnement : ce qui, dans une société un peu grossière, est l'ouvrage d'un seul homme, devient, dans une société plus avancée, la besogne de plusieurs."

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Ricardo examine également les relations entre production et distribution au sein d'une communauté, comme le montre le début de sa préface des Principes[8][8] Ricardo (1977 [1821]), p. 19. : "Les produits de la terre, c'est-à-dire tout ce que l'on retire de sa surface par les effets combinés du travail, des machines et des capitaux, se partagent entre les trois classes suivantes de la communauté : les propriétaires fonciers, les possesseurs des fonds ou des capitaux nécessaires pour la culture de la terre, les travailleurs qui la cultivent. (...) Déterminer les lois qui règlent cette distribution, voilà le principal problème en économie politique." Le versement des salaires, de la rente ou l'apparition du profit sont des phénomènes économiques qui se situent dans des sociétés où existent des classes sociales et où ces opérations concrétisent leurs rapports. L'analyse économique est liée à ce qu'on appelle aujourd'hui une "sociologie". Le discours économique est situé dans une société précise, même si, comme le remarque Marx  [9][9] Pour Marx (1972 [1859]), p. 150, "les économistes ont..., les classiques ont tendance à "naturaliser" le système dans lequel ils vivent et à en faire le seul système moderne possible.

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Les approches classiques envisagent, d'une part, les rapports entre la société et la nature, d'autre part, les rapports entre les hommes dans ce processus : l'homme a une histoire parce qu'il transforme la nature, d'une manière spécifique et différente des animaux. Maurice Godelier (1984) montre que cette conception est celle de Mirabeau et Quesnay, de Smith, de Darwin, et qu'elle sera reprise par Marx. Pour Quesnay, l'humanité passe par une série de stades en fonction de ses niveaux de compétence à exercer son action collective sur la nature  [10][10] Quesnay (1958 [1767]), p. 924-925. : "Les hommes se sont réunis sous différentes formes de sociétés, selon qu'ils y ont été déterminés par les conditions nécessaires à leur subsistance, comme la chasse, la pêche, le pâturage, l'agriculture, le commerce, le brigandage ; de là se sont formées les nations sauvages, les nations ichtyophages, les nations pâtres, les nations agricoles, les nations commerçantes, les nations errantes, barbares, scénites et pirates."

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Le travail détermine la valeur d'une marchandise, et Ricardo affirme  [11][11] Ricardo (1977 [1821]), p. 24. : "La valeur d'une marchandise, ou la quantité de toute autre marchandise contre laquelle elle s'échange, dépend de la quantité relative de travail nécessaire pour la produire et non de la rémunération plus ou moins forte accordée à l'ouvrier." La théorie de la valeur est objective, et non subjective, comme le voudront les marginalistes. L'utilité des biens (qui fait l'objet d'une évaluation sociale, et non individuelle) n'explique pas la valeur, et Ricardo ajoute : "Ce n'est donc pas l'utilité qui est la mesure de la valeur échangeable, quoiqu'elle lui soit absolument essentielle."

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Si le marché joue un rôle important dans l'économie classique, il est loin d'être omniprésent dans le discours, comme il le deviendra avec les néoclassiques. Dans La richesse des nations, en un millier de pages environ, Smith n'utilise le mot marché qu'à une quarantaine de reprises. La préoccupation générale des classiques est celle du processus historique de l'accumulation du capital. Ils souhaitent une croissance plus forte de la production, de façon à mieux satisfaire les besoins fondamentaux de la population et des différents groupes sociaux qui la composent. Ceci apparaît assez clai rement dans la définition que Smith donne de l'économie  [12][12] Smith (1995 [1776]), p. 481. : "Considérée comme une branche de la science d'un homme d'Etat ou d'un législateur, l'économie politique se propose deux objets distincts : premièrement, procurer au peuple une subsistance abondante ou un revenu abondant, ou plus exactement mettre les gens en état de se procurer une telle subsistance ou un tel revenu ; et deuxièmement, assurer à l'Etat ou la collectivité un revenu suffisant pour les services publics." Pour Smith, la question des fins, du bien de l'homme et du bien public, oriente le projet scientifique de l'économie politique. L'économie politique est une science. Mais, loin d'être une science de la nature, elle est une science morale et politique, qui vise un certain nombre d'objectifs humains et fait intervenir des valeurs.

Le changement d'objet scientifique de Carl Menger

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La problématique de Carl Menger rompt avec l'approche précédente ; cette rupture, préparée par une longue évolution, aboutit à une nouvelle démarche au début des années 1870. Menger se centre de façon nouvelle sur les rapports de l'homme (en tant qu'individu isolé) avec ses besoins. Il note dès le début du premier chapitre des Grundsätze[13][13] Menger (1923), p. 1. : "Le point de départ de toutes les recherches théoriques concernant l'économie est la nature de l'homme comme être de besoin. Sans besoins, il n'y aurait aucune économie, aucune économie nationale, aucune de ces sciences (...). La théorie des besoins (la reconnaissance et la compréhension de leur nature) est d'une importance fondamentale pour les sciences de l'économie, et c'est en même temps la passerelle qui mène des sciences de la nature, en particulier la biologie, aux sciences de l'esprit en général et aux sciences de l'économie."

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Menger distingue soigneusement les pulsions et les désirs (qui sont une expression insuffisante de la nature de l'homme) des besoins de l'homme. Les besoins sont l'expression de sa nature  [14][14] Menger (1923), p. 4. : "Les besoins humains ne sont pas le produit de l'arbitraire, mais sont donnés par notre nature et par les circonstances dans lesquelles nous nous trouvons (...). Les besoins humains ne sont pas un produit de l'invention, ils sont à découvrir et deviennent ainsi les objets de notre effort de connaissance. Cette circonstance a pour effet que l'erreur, l'ignorance et les passions influencent la connaissance correcte des besoins, troublent, retardent et ralentissent leurs progrès. Pour cette raison, il y a dans l'économie humaine, à côté de nos vrais besoins, des besoins inventés, qui ne sont pas vraiment dans la nature du sujet comme être de besoin, c'est-à-dire fondée par sa position de membre d'une association sociale, mais qui sont seulement le résultat d'une connaissance insuffisante des exigences de sa nature et de sa position dans la société humaine." Le concept d'"économie humaine", en fait d'économie individuelle, doit être souligné, car il indique que l'économie se recentre sur les individus. La méthode de l'individualisme méthodologique est là, bien que Menger n'emploie pas le mot.

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Menger estime possible d'arriver à une connaissance en profondeur de la nature humaine  [15][15] Menger (1883), p. 77. : "L'orientation exacte de la recherche théorique dans le domaine des phénomènes sociaux - et ce n'est que par rapport à cette orientation que le dogme de l'intérêt individuel peut être évoqué - a, comme nous l'avons déjà dit plus haut, la tâche de réduire les phénomènes humains à l'expression des forces et pulsions premières et générales de la nature humaine. Elle a la tâche de comprendre à quelle organisation conduit le jeu libre, et non influencé par d'autres facteurs (en particulier l'erreur, l'ignorance de la situation et la pression extérieure) des tendances fondamentales individuelles de la nature humaine." L'économie, ayant un objet théorique (la nature humaine dans ses rapports avec les besoins), devient une science théorique. Connaissance de la nature humaine et des besoins et science de l'économie progressent parallèlement.

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Les biens qui permettent de satisfaire des besoins humains sont ce que Menger appelle des "utilités". Il précise que "l'utilité n'est pourtant pas une propriété objective des choses, mais plutôt une relation (individuelle ou générique) des choses déterminées aux hommes"[16][16] Menger (1923), p. 10. et s'élève contre le point de vue selon lequel l'utilité pourrait être appréciée selon des critères éthiques ou religieux  [17][17] Menger (1923), p. 11.. L'utilité est subjective, elle n'est pas définie socialement. La volonté ne joue pas de rôle dans la fixation du besoin puisque "nos besoins ont leur racine dans leur nature et sont donc par conséquent en premier lieu pareils à cette nature et immédiatement indépendants de notre volonté". Le besoin est enfin très indépendant du système de production. Menger note par exemple que "le besoin et la quantité de biens disponibles se font face à chaque période de l'économie humaine comme des grandeurs particulières"[18][18] Menger (1923), p. 46., ce qui suppose une grande indépendance des besoins par rapport à ce qui est produit par la société. L'attention n'est plus focalisée, comme dans la tradition classique  [19][19] Sur ce point, voir Meek (1977)., sur les interactions production-consommation-besoin ; elle se centre désormais sur l'étude des besoins de l'homme et les rapports de ces besoins aux objets existants, en laissant de côté les interactions entre les hommes dans la production et dans la consommation.

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L'économie s'intéresse aux situations dans lesquelles les biens disponibles sont inférieurs aux besoins  [20][20] Menger (1923), p. 82. : "L'économie humaine et la propriété ont pour cette raison une origine commune, car elles ont toutes deux leur fondement dans le fait qu'il y a des biens dont les quantités disponibles sont inférieures aux besoins des hommes. Ces biens, en considérant les rapports de quantités [détenus par les individus] à l'intérieur d'une société, rapports qu'on a évoqués plus haut, deviennent, dans une véritable connaissance, l'objet de notre prévoyance vis-à-vis des biens économiques." L'économie devient science de la rareté.

Economie humaine et économie nationale

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La notion d'"économie humaine" permet d'établir les rapports entre nature humaine et besoins en s'intéressant à l'appréciation par un individu des biens dont il dispose, de ses besoins et des moyens de les satisfaire. Elle ne traite pas des rapports d'un homme aux autres hommes dans la production et la consommation, mais concerne l'individu isolé, le "Robinson Crusoé" économique. Menger recourt fréquemment à la notion d'individu isolé  [21][21] Par exemple, Menger (1923), p. 83 ou p. 104., mais aussi à des notions comme "un habitant d'une forêt vierge disposant de troncs d'arbres", "un individu myope seul sur une île après un naufrage" ; il parle aussi de petits groupes, comme "les habitants d'une oasis disposant d'eau" et "les habitants d'un bateau et disposant de 40 onces de biscuit". Tous ces exemples sont censés illustrer le problème de l'homme confronté à ses besoins et à ses ressources.

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La théorie subjective de la valeur de Menger est une conséquence de sa théorie des besoins et de son approche individualiste  [22][22] Menger (1923), p. 108. : "La valeur des biens est fondée par la relation des biens à nos besoins, et ne se trouve pas dans les biens eux-mêmes."

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Menger reproche à Smith de ne pas avoir compris cette nature individuelle de l'économie  [23][23] Menger (1883), p. 237. : "Adam Smith et son école ont omis de ramener les phénomènes compliqués de l'économie humaine, et en particulier des formes sociales de cette dernière, l'économie nationale, aux efforts des économies individuelles, comme c'est le cas dans la réalité des choses ; ils ne nous ont pas appris à comprendre théoriquement ces choses comme le résultat des activités individuelles." Smith a eu tort de considérer l'économie du point de vue de l'économie nationale, qui n'est pas le niveau premier de l'économie. Au-dessus de l'économie humaine, qui est individuelle, se trouve l'économie nationale, qui résulte de la "composition" de différentes économies humaines ; l'économie nationale, puisqu'elle n'est pas individuelle, n'est pas elle-même une économie humaine.

Les conséquences de la nouvelle démarche

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Du fait que la nouvelle démarche se centre sur les besoins de l'homme dans le processus de consommation, les problèmes de la production deviennent tout à fait accessoires ; on est très loin de l'enquête de Smith sur le fonctionnement concret de la fabrique d'épingles. La microéconomie néoclassique, dans cette logique, ramènera ensuite les problèmes du "producteur" à celui du "consommateur". La problématique des stades de la production et de la succession historique des systèmes économiques est abandonnée.

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Il n'y a plus d'arrière-fond sociologique. Les mécanismes économiques ne sont plus situés dans des systèmes sociaux déterminés ; la "naturalisation" des rapports économiques de la société existante, que Marx regrettait déjà chez les classiques, est désormais généralisée. Comme le note Joan Robinson  [24][24] Robinson (1973), p. 44., une grande différence sépare les classiques des néoclassiques. Les néoclassiques énoncent des lois qui se veulent de portée universelle, fondées sur les caractéristiques supposées de la nature humaine. Ces lois s'appliquent au comportement de Robinson Crusoé comme à ceux qui se manifestent à Wall Street. Les classiques sont préoccupés par les problèmes véritables du monde dans lequel ils vivent, et leurs arguments sont construits par rapport aux structures et aux comportements réels. Les néoclassiques (sauf Marshall, selon J. Robinson) font disparaître cette sociologie concrète, et la société devient un lieu de pure coopération entre individus, sans distinction de classes ou de métiers.

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La disparition du contexte social conduit à l'élimination de l'exploitation économique. Pour Smith et Ricardo, le profit et la rente sont un pré lèvement sur le travail  [25][25] Menger (1891), p. 224, reproche à Smith de considérer... ; ces auteurs admettent que certains groupes sociaux vivent du travail d'autres groupes. Avec la nouvelle doctrine, le profit devient la rémunération d'un facteur, le capital, qui n'est plus radicalement différent du travail. Joan Robinson affirme  [26][26] Robinson (1962), p. 57-58. : "La préoccupation inconsciente derrière le système néoclassique était surtout de relever les profits au même niveau de respectabilité morale que les salaires. Le travailleur mérite sa paye. Qu'est-ce que le capitaliste mérite ? L'attitude réaliste des classiques, qui reconnaissaient que l'exploitation est la source de la richesse nationale, a été abandonnée (...). Etant donné que le capital est productif, le capitaliste a un droit à sa part. Etant donné que seul le riche épargne, l'inégalité est justifiée." Joan Robinson voit dans la théorie néoclassique une théorie qui réhabilite le capital, là où Boukharine considère qu'elle réhabilite le rentier.

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L'économie n'est plus une théorie du circuit, de la croissance et de ses blocages, comme elle l'était du temps de Quesnay, Smith et Ricardo. Elle devient une discipline qui s'intéresse aux comportements rationnels de l'individu placé dans des situations de rareté.

Economie, histoire et éthique

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Dans cette économie théorique de la rationalité humaine, Menger est amené à restructurer les relations de l'économie avec les disciplines jusque-là voisines de l'histoire et de l'éthique. Il opère à cet effet une réorganisation de l'économie.

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Dès le premier chapitre des Untersuchungen, Menger opère un découpage assez complexe de ce qu'il appelle le domaine de l'économie  [27][27] Menger (1883), p. 8-9. en trois groupes de sciences, sciences historiques, sciences théoriques et sciences pratiques de l'économie :

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- les sciences historiques de l'économie (l'histoire et la statistique) s'intéressent à la nature individuelle des phénomènes économiques et à leurs interactions ;

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- la science théorique de l'économie décrit la nature générale et les interactions générales des phénomènes économiques (leurs lois). Elle comporte une orientation exacte de recherche et une orientation empirique de recherche ;

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- les sciences pratiques de l'économie recherchent et décrivent les principes d'action adaptés dans le domaine de l'économie, en fonction de la diversité des conditions ; ce sont la politique économique et la science de la finance.

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Menger appelle enfin économie politique (politische Oekonomie) le regroupement des sciences théoriques et des sciences pratiques de l'économie. Les sciences historiques ne font pas partie de l'économie politique, mais appartiennent néanmoins au domaine de l'économie. L'éthique intervient dans les comportements individuels réels, et donc dans les sciences historiques de l'économie. Mais, selon Menger, elle n'intervient pas dans l'économie politique, ni dans la science théorique, ni dans les sciences pratiques de l'économie. Les raisons de la coupure avec l'histoire et avec l'éthique méritent d'être expliquées plus en détail.

La mise à distance de l'histoire

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L'histoire, abordée sous l'angle de l'histoire économique, nous décrit les différents comportements économiques passés. Elle peut, dans ce sens, constituer une base de données préalable, un matériau utile pour analyser concrètement les comportements empiriques ; c'est ce qui explique qu'elle fasse partie du "domaine de l'économie". Mais, une fois analysés les comportements économiques empiriques, l'histoire ne joue pas de rôle au niveau supérieur des lois de l'économie politique, et est donc exclue de la science théorique de l'économie.

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L'approche des classiques fait directement intervenir l'histoire, en tant que matériau nous permettant de mieux comprendre les comportements individuels et sociaux, de mieux distinguer les bonnes institutions des mauvaises. Smith, dans La richesse des nations, consacre de très longs développements aux causes historiques du progrès dans les différentes nations (livre III), à l'histoire du système colonial (livre IV) ; il en déduit un certain nombre d'enseignements sur les règles qu'il est conseillé de suivre, sur les institutions qui favorisent la richesse. L'histoire n'est pas seulement une base pour dégager des lois économiques générales.

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Pour Menger, les sciences théoriques, comme l'économie, s'intéressent à la nature générale des phénomènes et aux relations générales entre ces phénomènes, tandis que l'histoire nous présente seulement la nature individuelle des phénomènes et les relations individuelles entre les phénomènes  [28][28] Menger (1883), p. 122.. Si l'étude de l'histoire peut être utile à l'économiste, la science sociale ne peut être le résultat de généralisations historiques : Menger reproche à Saint-Simon, à Auguste Comte, mais aussi à Stuart Mill d'être tombé dans ce travers, qui caractérise également l'école historique allemande  [29][29] Menger (1883), p. 124.. Il considère qu'il ne faut pas confondre les "parallélismes de l'histoire économique" avec les véritables lois de l'économie, et reproche à toute une série d'auteurs - Turgot, Condorcet, Michelet, Vico - d'être tombés dans une philosophie de l'histoire  [30][30] Menger (1883), p. 128-129.. Menger reproche aux écrivains français des Lumières d'avoir spécialement manqué de sens historique et estime que les historiens de la Révolution française n'étudient pas sérieusement les institutions qu'ils attaquent  [31][31] Menger (1883), p. 195.. L'histoire ne peut remplacer les lois dégagées de l'étude de la nature humaine, qui sont l'essence de toute science sociale : Menger cite et approuve Sismondi, qui fonde l'économie politique sur cette connaissance de la nature humaine.

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Le refus d'un raisonnement historique, ainsi que celui d'une rationalité de l'histoire, amène Menger à insister sur le rôle des actes inintentionnels dans la formation des institutions. Si Menger admet que les institutions économiques peuvent parfois avoir comme origine une intention des hommes et un accord passé entre eux  [32][32] Menger (1883), p. 143 et p. 161-162., il développe surtout l'idée que les institutions sont très souvent le produit inattendu du développement historique. Beaucoup d'institutions sociales ne sont pas le résultat d'une intention visant un but déterminé : Menger évoque à ce propos la monnaie, le droit, la langue, le marché et l'Etat  [33][33] Menger (1883), p. 141..

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Menger accorde une grande importance à ces structures sociales "créées organiquement"[34][34] Menger (1883), p. 165. ; il entend les expliquer à partir des phénomènes individuels. A propos de ces structures sociales et économiques organiquement créées, comme les prix de marché, les salaires, les taux d'intérêt, Menger écrit qu'"elles ne sont pas, en règle générale, le résultat de causes sociales téléologiques, mais le résultat inintentionnel des innombrables efforts individuels des sujets économiques poursuivant leurs intérêts individuels ; leur compréhension théorique et la compréhension de leur nature et de leur mouvement peuvent aussi être atteintes de manière exacte en utilisant la même méthode que pour les structures sociales évoquées plus haut, c'est-à-dire en les réduisant à leurs éléments, aux facteurs individuels de leur cause, et en recherchant les lois d'après lesquelles les phénomènes concernés, qui sont compliqués, sont construits à partir de ces éléments"[35][35] Menger (1883), p. 182-183.. Il faut aborder les institutions à partir de la méthode individualiste, en les ramenant aux objectifs et aux choix des individus.

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Menger affirme sur ce point aussi son opposition à Smith, auquel il reproche d'avoir cru que les institutions économiques sont toujours le produit intentionnel de la volonté commune des membres d'une société  [36][36] Menger (1883), p. 200-201. : "Dans cette vision unilatérale et pragmatique de la nature des institutions sociales, les idées d'A. Smith et de ses disciples les plus proches rejoignent celle des auteurs de la période française des Lumières en général et celle des physiocrates en particulier. Adam Smith et son école recherchent surtout une compréhension pragmatique de l'économie, même lorsque ce n'est pas adéquat à la situation objective ; il en résulte que le vaste domaine des structures sociales apparues de façon inintentionnelle reste fermé à leur compréhension théorique."

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Menger fait l'éloge de Burke, à qui il attribue la compréhension du caractère inintentionnel des structures et institutions sociales. Burke a "fait une première brèche dans le rationalisme unilatéral et le pragmatisme de l'époque franco-anglaise des Lumières"[37][37] Menger (1883), p. 202.. Menger affirme  [38][38] Menger (1883), p. 207-208. : "Contre ces efforts de l'école de Smith, s'est ouvert à notre science un immense domaine d'activité fructueuse, au sens de l'orientation Burke-Savigny ; celle-ci n'est pas une orientation qui se serait fixé la tâche de maintenir ce qui a été créé organiquement comme intangible, comme si c'était la plus haute sagesse dans les affaires humaines contre l'ordre intentionnel des conditions sociales. Le but des efforts dont il est question ici a beaucoup plus été, en général, la pleine compréhension des institutions sociales existantes, et des institutions créées organiquement en particulier, et la conservation de ce qui a fait ses preuves contre la recherche unilatérale et rationaliste de la nouveauté dans le domaine de l'économie. Il s'agissait d'empêcher la décomposition de l'économie qui s'est développée de manière organique, par un pragmatisme partiellement superficiel, un pragmatisme qui, à l'opposé de l'intention de ses représentants, conduit inévitablement au socialisme." Le projet de Smith et de l'époque des Lumières débouche sur le socialisme. Menger condamne ce projet. Les hommes doivent se méfier des transformations trop volontaires des sociétés dans lesquelles ils vivent, et laisser faire les choses. Le discours sur le laisser-faire est renouvelé, devenant franchement conservateur, et l'éloge de Burke n'est pas fortuit.

Les relations entre économie et éthique

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Menger explique son refus de l'intervention de l'éthique en économie politique dans l'annexe 9 des Untersuchungen, intitulée "Sur la soi-disant orientation éthique de l'économie politique"[39][39] Menger (1883), p. 288-291 (p. 235-237 dans la traduction... : "Les théories exactes ont fondamentalement pour tâche de nous faire comprendre théoriquement les aspects individuels du monde réel et l'économie exacte de nous faire comprendre théoriquement les aspects économiques de la vie nationale. Une "orientation éthique de l'économie théorique exacte" ne peut ainsi en aucun cas avoir le sens de nous permettre en même temps la compréhension exacte du côté éthique et du côté économique de la vie nationale, et ainsi de vouloir réunir les tâches de l'économie et de l'éthique (...). La soi-disant orientation éthique de l'économie politique est donc, aussi bien par rapport aux tâches théoriques qu'aux tâches pratiques de cette discipline, un postulat de recherche obscur et dépourvu de tout contenu profond, un égarement de la recherche."

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Pour Carl Menger, éthique et économie sont deux disciplines séparées, qui peuvent toutefois s'influencer l'une l'autre. Une orientation éthique de l'économie n'a de sens pour aucun des domaines de l'économie. Menger s'est éloigné de Smith, qui place encore la science à l'intérieur de la philosophie, comme le faisaient les Grecs, et considère que la science qui explique les phénomènes de la nature "a dû être naturellement la première branche de la philosophie qui ait été cultivée"[40][40] Smith (1995 [1776]), p. 864-865.. Smith place dans la philosophie morale des sciences plus spécialisées comme la jurisprudence et l'économie politique. L'économie et l'éthique sont étroitement liées, même si l'économie a une forte autonomie par rapport à l'éthique. Smith s'appuie sur un système éthique particulier, l'utilitarisme, qui lui permet de justifier certaines décisions économiques en fonction de leur utilité pour la société (Vergara, 2000). Pour Walras, la morale continue à jouer un rôle dans l'économie sociale  [41][41] L'économie sociale reste chez Walras un domaine de.... La rupture de Menger avec l'éthique est au contraire radicale, et il refuse toute intervention des valeurs en économie.

Conclusion

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Menger jette les bases d'un projet nouveau et ambitieux pour l'économie. On a insisté dans cet article sur un point rarement souligné : la volonté de Menger d'enterrer le programme de recherche des classiques.

39

Menger a influencé de nombreux économistes au XXe siècle, au-delà du courant "autrichien". Ainsi Lionel Robbins a défini l'économie en 1929 comme "la science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre les fins et les moyens rares à usages alternatifs"[42][42] Robbins (1947 [1932]), p. 30.. Des générations d'étudiants ont appris cette définition sans toujours comprendre qu'elle était d'origine néoclassique. Pourtant Robbins assortit sa définition de l'économie d'une note qui renvoie aux Grundsätze de Menger. Il adopte aussi la séparation de Menger entre économie, éthique et histoire, en affirmant par exemple que "l'économiste ne s'occupe pas des fins en tant que telles. Il s'intéresse à la façon dont est limitée la poursuite des fins. Celles-ci peuvent être nobles ou viles"[43][43] Robbins (1947 [1932]), p. 37.. Selon Robbins, la science économique ne peut "fournir dans sa propre structure de généralisation de normes valables en pratique. Elle est incapable de statuer sur la désirabilité des différentes fins. Elle est fondamentalement distincte de l'éthique"[44][44] Robbins (1947 [1932]), p. 146.. La "vulgate" néoclassique du XXe siècle, qui reprend souvent des définitions de Robbins, s'avère assez proche de Menger.

40

Le coeur du projet de Menger est économique : dans une approche qui met à distance l'histoire et la sociologie, toutes les structures de classes et toutes les formes de domination qui pouvaient en découler disparaissent. Avec l'abandon de la valeur travail et avec l'adoption de la théorie subjective de la valeur, le rôle du capital dans l'économie est légitimé de façon nouvelle.

41

Alain Béraud (2000, p. 311) parle à propos de Menger d'un "libéralisme conservateur". Menger associe effectivement son projet économique à une attitude conservatrice. Tout auteur néoclassique n'adhère pas nécessairement au programme libéral-conservateur de Menger. Néanmoins, cette association entre conservatisme social et nouveau programme de recherche économique n'est pas fortuite, car l'approche néoclassique élimine toute réflexion sur la domination économique.


Bibliographie

  • Béraud, A. (2000), "Les Autrichiens", Nouvelle histoire de la pensée économique, p. 294-343, t. 2 , La Découverte.
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  • Menger, C. (1923), Grundsätze der Volkswirtschaftslehre, 2e édition, Hölder-Pichler-Tempsky.
  • Quesnay, F. (1958 [1767]), Despotisme de la Chine, OEuvres choisies, t. 2, Ined.
  • Ricardo, D. (1977 [1821]), Des principes de l'économie politique et de l'impôt, Flammarion.
  • Robbins, L. (1947 [1932]), Essai sur la nature et la signification de la science économique, Médicis.
  • Robinson, J. (1962), Economic Philosophy, Penguin Books.
  • Robinson, J. (1973), Liberté et nécessité, Payot.
  • Schumpeter, J. (1983 [1954]), Histoire de l'analyse économique, 3 tomes, Gallimard.
  • Smith, A. (1995 [1776]), Essai sur la nature et les causes de la richesse des nations, Puf.
  • Snowden, B., Vane, H. et Wynarczyk, P. (1997), La pensée économique moderne, Ediscience.
  • Vergara, F. (2000), "Libéralisme et éthique", p. 67-81, L'Economie Politique n? 6, 2e trim.

Notes

[1]

Schumpeter (1983 [1954]), t. 3, p. 255.

[2]

On ne fait pas de distinction entre approche marginaliste et approche néoclassique, qui sont deux appellations successives d'un même point de vue.

[3]

Menger (1883), p. XIII. Nous traduisons à partir de l'allemand.

[4]

Menger (1883), p. XV-XVI.

[5]

Menger (1883), p. 207.

[6]

Menger (1891), p. 223.

[7]

Smith (1995 [1776]), p. 40.

[8]

Ricardo (1977 [1821]), p. 19.

[9]

Pour Marx (1972 [1859]), p. 150, "les économistes ont une singulière manière de procéder (...). Les institutions de la féodalité sont des institutions artificielles, celles de la bourgeoisie sont des institutions naturelles (...). En disant que les rapports actuels - les rapports de la production bourgeoise - sont naturels, les économistes font entendre que ce sont là des rapports dans lesquels se crée la richesse et se développent les forces productives conformément aux lois de la nature. (...) Ainsi il y a eu de l'histoire, mais il n'y en a plus".

[10]

Quesnay (1958 [1767]), p. 924-925.

[11]

Ricardo (1977 [1821]), p. 24.

[12]

Smith (1995 [1776]), p. 481.

[13]

Menger (1923), p. 1.

[14]

Menger (1923), p. 4.

[15]

Menger (1883), p. 77.

[16]

Menger (1923), p. 10.

[17]

Menger (1923), p. 11.

[18]

Menger (1923), p. 46.

[19]

Sur ce point, voir Meek (1977).

[20]

Menger (1923), p. 82.

[21]

Par exemple, Menger (1923), p. 83 ou p. 104.

[22]

Menger (1923), p. 108.

[23]

Menger (1883), p. 237.

[24]

Robinson (1973), p. 44.

[25]

Menger (1891), p. 224, reproche à Smith de considérer le profit du capital comme un prélèvement sur le produit du travail.

[26]

Robinson (1962), p. 57-58.

[27]

Menger (1883), p. 8-9.

[28]

Menger (1883), p. 122.

[29]

Menger (1883), p. 124.

[30]

Menger (1883), p. 128-129.

[31]

Menger (1883), p. 195.

[32]

Menger (1883), p. 143 et p. 161-162.

[33]

Menger (1883), p. 141.

[34]

Menger (1883), p. 165.

[35]

Menger (1883), p. 182-183.

[36]

Menger (1883), p. 200-201.

[37]

Menger (1883), p. 202.

[38]

Menger (1883), p. 207-208.

[39]

Menger (1883), p. 288-291 (p. 235-237 dans la traduction anglaise).

[40]

Smith (1995 [1776]), p. 864-865.

[41]

L'économie sociale reste chez Walras un domaine de l'économie où les intentions des hommes et leurs conceptions morales peuvent intervenir.

[42]

Robbins (1947 [1932]), p. 30.

[43]

Robbins (1947 [1932]), p. 37.

[44]

Robbins (1947 [1932]), p. 146.

Plan de l'article

  1. Rompre avec l'économie classique
  2. Une nouvelle méthode
    1. Le changement d'objet scientifique de Carl Menger
    2. Economie humaine et économie nationale
    3. Les conséquences de la nouvelle démarche
  3. Economie, histoire et éthique
    1. La mise à distance de l'histoire
    2. Les relations entre économie et éthique
  4. Conclusion

Pour citer cet article

Le Masne Pierre, « La rupture de Carl Menger avec l'économie classique », L'Économie politique, 2/2002 (no 14), p. 96-112.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2002-2-page-96.htm
DOI : 10.3917/leco.014.0096


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