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L'Économie politique

2003/1 (no 17)


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Je constate que les trois commentaires sur mon article sont, en fin de compte, en accord avec l'argument principal de l'analyse : il est nécessaire de mettre en oeuvre des politiques publiques globales, prenant en particulier la forme de taxes globales, face au processus de mondialisation. Mais, bien sûr, il y a des points de désaccord, qui sont parfois plus que des nuances.

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Commençons par les remarques d'Anton Brender. Celui-ci affirme tout de go que " les spéculations de changes ont un caractère stabilisateur", puis, quelques lignes plus loin, que " la spéculation a souvent provoqué, dans les pays en développement, des crises de change". On sait que c'est seulement en période de calme sur les marchés, en l'absence de stress, que la spéculation peut être stabilisante, comme je l'ai montré ailleurs  [1][1] Voir D. Plihon, Les taux de change, La Découverte,.... Ensuite, Anton Brender affirme que les taxes globales " ne sont pas forcément nécessaires pour produire [...] des biens publics mondiaux ", car il suffit d'une " volonté politique internationale [...] et que les plus grandes économies de la planète acceptent, prises ensemble, d'en être coresponsables ". Quel bel optimisme ! Il me semble que le comportement récent des grandes puissances ne va pas vraiment dans le sens souhaité par Anton Brender...

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Celui-ci reconnaît enfin, dans le même paragraphe, que " la santé des populations, l'environnement [...] ne pourront être préservés qu'au prix de coopérations internationales mettant en oeuvre des moyens considérables. Les réunir en prélevant des taxes peut paraître séduisant ". A condition, ajoute Anton Brender, de ne pas se tromper sur le montant des recettes fiscales ainsi obtenues. Je suis d'accord : j'ai écrit, dans mon article, qu'il y a en effet incertitude sur le rendement exact des taxes globales. Est-ce une raison pour les rejeter ?

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Michel Husson invoque l'argument du " double dividende " concernant la taxation, selon lequel on ne peut utiliser celle-ci à la fois pour agir sur les comportements (décourager la spéculation et la pollution) et pour collecter des ressources. Ce raisonnement ne me paraît pas être très fondé, car on peut penser que ni la spéculation ni la pollution ne disparaîtraient totalement en présence d'une taxe. Les expériences de taxation écologique ou de taxation financière sont là pour le montrer. Cela dit, je suis d'accord avec l'idée de Michel Husson de créer des taxes glo bales spécifiques dont l'objectif serait d'abord de collecter des ressources pour financer les biens publics mondiaux.

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Par ailleurs, Michel Husson affirme qu'il faut dépasser l'ana lyse néoclassique de la fiscalité, qui réduit le rôle de cette dernière à une action sur les prix relatifs. C'est exactement ce que j'écris dans le dernier paragraphe de mon article, en indiquant que la fiscalité globale est un choix politique, et non technique, dont l'objectif doit être non seulement de corriger les défaillances du marché, mais aussi de contribuer à la mise en oeuvre d'une politique redistributive à l'échelle planétaire. Michel Husson reprend également ma proposition de commencer par instaurer une taxation à l'échelle régionale (par exemple européenne), avant de viser une taxation globale. Enfin, il affirme que ces mesures ne pourront être mises en oeuvre qu'en s'appuyant sur les mouvements sociaux et sur la société civile internationale. Nous sommes totalement d'accord, là aussi.

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Pierre-Noël Giraud reconnaît également la nécessité d'en visager une taxation globale, qu'elle prenne la forme d'une harmonisation des fiscalités nationales ou de taxes globales communes. Il se réjouit de constater que nos positions sur la taxe Tobin se rejoignent significativement. Mais je ferai remarquer que je défends depuis longtemps l'idée que l'impact de la taxe Tobin sur la spéculation est incertain  [2][2] Voir à nouveau mon livre sur Les taux de change, dont..., ce qui m'amène à considérer qu'il est nécessaire de compléter cette mesure par un dispositif fiscal, réglementaire et prudentiel beaucoup plus large, afin de lutter efficacement contre la spéculation (est-il normal qu'elle représente 75 % des opérations de change, comme l'indiquent les enquêtes de la BRI ?) et contre l'instabilité d'une part importante des mouvements internationaux de capitaux (en particulier les capitaux bancaires à court terme et les inves tissements de portefeuille). Je pense qu'Attac (à laquelle Pierre-Noël Giraud fait allusion) a commencé par proposer la taxe Tobin en la considérant comme une mesure politique et symbolique destinée à mettre en avant, d'une part, les dangers de la spéculation internationale, dont le poids devient insupportable, et d'autre part, la nécessité de mettre en place de nouveaux ins truments destinés à redonner aux politiques publiques des marges de manoeuvre, face à un processus de mondialisation " tout-marché " qui érode l'efficacité des politiques nationales. Et je pense qu'Attac, et plus largement les associations de sa mouvance, ont réussi à sensibiliser l'opinion publique à ces questions. Il faut aujourd'hui, en effet, passer à une nouvelle étape en approfondissant la réflexion et les propositions concernant les nouveaux instruments " globaux " à mettre en oeuvre. Attac a déjà avancé, notamment au sein de son conseil scientifique, des analyses sur ce thème  [3][3] Ainsi, Attac a organisé en mai 2002, à Paris, un séminaire.... Notre débat dans L'Economie politique contribuera modestement, je l'espère, à faire avancer cette nécessaire réflexion collective.

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Pierre-Noël Giraud est opposé à l'affectation des taxes globales à l'aide publique au développement. Je suis d'accord pour considérer que les taxes globales ne doivent, en aucun cas, se substituer aux engagements des pays riches, qui s'étaient fixé un objectif d'aide publique au développement égale à 0,7 % de leur PIB mais qui n'y consacrent actuellement que 0,3 % tout au plus. Donc les opinions publiques doivent se mobiliser pour obliger leurs gouvernements à respecter leurs promesses. De même, il est nécessaire d'amener ces mêmes gouvernements à honorer leurs engagements en ce qui concerne l'annulation de la dette des pays les plus pauvres. Mais je pense que l'aide publique au développement, même si elle s'élevait à 0,7 % du PIB des pays riches, serait totalement insuffisante pour financer la politique de redistribution entre le Nord et le Sud que nous appelons tous de nos voeux. Je suis donc en désaccord avec Pierre-Noël Giraud lorsqu'il affirme qu'il n'est pas souhaitable de financer les programmes de développement des pays du Sud par des taxes globales.

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Pierre-Noël Giraud me reproche ma méfiance à l'égard de la Banque mondiale. Oui, c'est certain, je fais partie de ceux qui croient qu'on ne peut pas se fier à la Banque mondiale et à ses agences pour financer le développement d'une manière démocratique et conforme aux intérêts des pays du Sud. Je suis, avec bien d'autres, pour une réforme radicale de la Banque mondiale, ainsi que du FMI  [4][4] Voir à ce sujet Que faire du FMI et de la Banque mondiale ?,.... En attendant cette réforme, il est nécessaire d'organiser le financement du développement par des circuits indépendants. D'où la proposition de créer un Fonds mondial pour le financement du développement (dont parle également Michel Husson), qui serait abondé par les taxes globales et serait placé sous l'égide des Nations unies, avec un contrôle renforcé de l'usage de ces fonds publics, exercé par les populations locales ainsi que par les ONG.

Notes

[1]

Voir D. Plihon, Les taux de change, La Découverte, coll. Repères, n? 103, 2001.

[2]

Voir à nouveau mon livre sur Les taux de change, dont la première édition remonte à 1991.

[3]

Ainsi, Attac a organisé en mai 2002, à Paris, un séminaire sur la question des taxes globales et a consacré à ce même sujet une session entière de son université d'été en août 2002 à Arles.

[4]

Voir à ce sujet Que faire du FMI et de la Banque mondiale ?, Mille et Une Nuits, Fayard, 2002.

Pour citer cet article

Plihon Dominique, « Réponse à mes contradicteurs », L'Économie politique, 1/2003 (no 17), p. 37-41.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2003-1-page-37.htm
DOI : 10.3917/leco.017.0037


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