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L'Économie politique

2003/2 (no 18)



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Quand on pense au comportement social et environnemental des multinationales, les premières images qui viennent en tête ne sont pas flatteuses : exploitation des enfants, licenciements sans états d'âme, pollution, contrebande, fraude fiscale... Soucieuses de leur image (devenue un actif financier valorisé en Bourse), certaines adoptent charte éthique, codes de conduites et autres déclarations de principe, bien dans l'air du temps, mais qui ne s'accompagnent guère de modifications des pratiques.

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Peut-on changer tout cela ? Peut-être. Plusieurs éléments incitent à un peu d'optimisme. Il y a d'abord le ras-le-bol croissant des citoyens, des salariés, de leurs syndicats, des ONG, de la "société civile" devant ce genre de mauvaises conduites. Les comportements des entreprises sont de plus en plus scrutés, partout dans le monde, par des associations locales, des ONG globales, des petits actionnaires qui se font entendre dans les assemblées générales. Tous pointent les dérives, alertent les opinions et... les investisseurs financiers. Ces derniers semblent en effet s'ouvrir de plus en plus aux pratiques de l'investissement responsable - la sélection d'entreprises susceptibles de recevoir l'épargne dont ils ont la charge, autant sur une base sociale et environnementale que financière. La révélation de scandales comptables, aussi bien en Europe (Ahold) qu'aux Etats-Unis (Enron), a fait apparaître les financiers comme les complices de pratiques ne bénéficiant qu'à quelques barons voleurs. Souhaitant se démarquer des excès passés, ces investisseurs, fonds de pension et autres, s'aperçoivent, en outre, que les entreprises qui se comportent bien affichent de surcroît de bons résultats en Bourse... De quoi se refaire une virginité en alliant le coeur et le portefeuille.

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A la société civile, aux syndicats et aux investisseurs s'ajoute aujourd'hui la mobilisation des chefs d'Etat. La responsabilité sociale et environnementale des entreprises est à l'ordre du jour du G8 qui se tiendra en France du 1er au 3 juin. Les Etats peuvent encourager le développement des pratiques responsables en imposant des contraintes d'informations sociales et environnementales aux multinationales, en édictant et en contrôlant des règles standardisées qui permettent les comparaisons internationales des comportements des entreprises et en agissant eux-mêmes de manière responsable, que ce soit comme actionnaires des entreprises publiques ou comme investisseurs des fonds publics, tels ceux qui en France sont liés au Fonds de réserve des retraites.

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Il ne s'agit pas de rêver. Les firmes multinationales ne vont pas changer leurs pratiques du jour au lendemain. Leurs déclarations en termes de responsabilité sociale peuvent n'être qu'une stratégie de communication, une façon de substituer l'autorégulation à la négociation collective, évinçant du même coup Etats et syndicats, ou un moyen de s'approprier la définition de l'intérêt général. Mais rares sont les points où mouvements sociaux, syndicats, chefs de gouvernement et chefs d'entreprise s'accordent pour vouloir avancer, qui plus est ensemble ! L'enjeu ? Poser le principe selon lequel, à côté des actionnaires et de leurs droits de propriété, d'autres acteurs, a priori plus soucieux de l'intérêt général, peuvent peser sur les décisions de management social et environnemental des entreprises. Une pierre significative à la mise en oeuvre d'une bonne gouvernance mondiale.

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « Dividendes sociaux », L'Économie politique 2/ 2003 (no 18), p. 5-6
URL : www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2003-2-page-5.htm.
DOI : 10.3917/leco.018.0005


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