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L'Économie politique

2004/2 (no 22)


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Pourquoi George W. Bush prend ses ordres de Pascal Lamy ". Ce titre d'un journal américain  [1][1] Nicholas Kulish, " Euro Brash. Why George W. Bush takes... a de quoi surprendre de ce côté-ci de l'Atlantique ! De rapports (comme celui que le Conseil d'analyse économique a publié en avril dernier sur la France) en analyses politiques, tout confirme plutôt la faiblesse relative de l'Europe vis-à-vis des Etats-Unis.

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Quels arguments l'auteur a-t-il donc à faire valoir ? Il présente d'abord plusieurs exemples de la " puissance " européenne. Dans le domaine des échanges internationaux, les Etats-Unis ont été condamnés par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à changer leur système fiscal pour faire plaisir à des Européens autorisés à leur imposer quelque 4 milliards de dollars de sanctions, et le président Bush a dû retirer les tarifs douaniers sur l'acier qu'il avait mis en oeuvre pour protéger la sidérurgie américaine.

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Mais l'auteur ne nous dit pas que l'Union européenne a traîné le plus longtemps possible avant d'imposer ces sanctions, et qu'elle ne le fait désormais qu'à petits pas, pour ne pas provoquer de réactions trop violemment hostiles des Congressmen américains, capables de remettre en cause l'OMC. Il ne nous dit pas non plus que les gros utilisateurs d'acier américains - en premier lieu les constructeurs automobiles - ont fait pression sur leur gouvernement pour ne plus avoir à payer de surcoûts sur leurs importations d'acier. Ni que la chute du dollar a, entre temps, redonné d'un seul coup de baguette de la compétitivité aux sidérurgistes étatsuniens. Un autre exemple est celui de la fusion refusée par la Commission européenne entre General Electric et Honeywell, alors que les autorités de la concurrence américaines l'avaient acceptée. L'auteur rappelle cette fois que ces dernières ont alors négocié avec les autorités antitrust européennes afin que leurs règles soient rapprochées de la norme en vigueur aux Etats-Unis.

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Tous les exemples de pouvoir européen proposés dans la première partie de l'article sont donc largement à relativiser. Pour aller plus loin dans l'analyse, l'article cherche alors à montrer les piliers qui fondent la suprématie de l'Europe. Le premier tient à l'existence de l'Union européenne elle-même, et aux principes de la souveraineté partagée qu'elle met en avant. Peut-être que quelques lectures à propos des débats récents sur la répudiation du pacte de stabilité par la France et l'Allemagne et la certitude que plusieurs consultations populaires refuseraient la Constitution européenne dans de nombreux pays auraient dû être prises en compte... Un autre pilier repose sur la dépendance de l'économie des Etats-Unis par rapport à celle de l'Europe. Là, c'est une calculette qui a manqué à notre auteur : muni de cet appareil sophistiqué, il aurait pu s'apercevoir que, en termes de commerce ou de financement du déficit budgétaire, l'Asie compte beaucoup plus que l'Europe pour les Etats-Unis. Quant à l'argument selon lequel la création de l'euro créerait un concurrent terrible pour le dollar, il a déjà été balayé dans cette revue avec force persuasion par le professeur américain Benjamin J. Cohen  [2][2] Benjamin J. Cohen, " Pourquoi l'euro n'est pas près....

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Bien que bâtie, en partie, pour faire pièce à la suprématie américaine, l'Europe n'est pas à la hauteur des Etats-Unis sur la scène mondiale. En matière d'organisation du système productif mondial, d'innovation, de finance, d'universités, de puissance militaire, etc., les Etats-Unis dominent une Union européenne qui reste peu capable d'écrire les règles du jeu économiques et sociales de la mondialisation.

Notes

[1]

Nicholas Kulish, " Euro Brash. Why George W. Bush takes order from Pascal Lamy ", The Washington Monthly, avril 2004.

[2]

Benjamin J. Cohen, " Pourquoi l'euro n'est pas près de remplacer le dollar ", L'Economie politique, n? 20, décembre 2003.

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « Rêves américains », L'Économie politique, 2/2004 (no 22), p. 5-7.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2004-2-page-5.htm
DOI : 10.3917/leco.022.0005


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