Accueil Revues Revue Numéro Article

L'Économie politique

2005/4 (no 28)


ALERTES EMAIL - REVUE L'Économie politique

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 16 - 18 Article suivant
1

Galbraith ? "L'économiste américain le plus important... pour les non-économistes", a dit un jour son collègue Paul Samuelson. Il est vrai qu'avec une cinquantaine de livres et plus de mille articles à son actif, John Kenneth Galbraith a acquis une notoriété à jamais inatteignable pour la très grande majorité des économistes. Et les publications ne sont que l'un des piliers qui ont permis à Galbraith, 97ans le 15octobre dernier, de marquer son empreinte. Un enseignement à Harvard et une carrière administrative et politique qui l'ont placé en position de conseiller du Prince, l'ont propulsé au coeur du débat économique aux Etats-Unis et dans le reste du monde pendant près de quarante ans.

2

Grâce à l'imposante biographie que vient de lui consacrer le professeur d'économie de Harvard Richard Parker  [1][1] Richard Parker, John Kenneth Galbraith. His Life, His... -qui contribue à ce numéro-, on en connaît désormais beaucoup sur la façon dont le jeune fils d'agriculteur canadien va s'imposer comme l'une des figures intellectuelles de la gauche aux Etats-Unis et ailleurs.

3

Quand il arrive comme assistant à Harvard en 1934, le département d'économie est en plein changement. De nouvelles têtes arrivent, qui s'appellent Joseph Schumpeter, Wassily Leontief, Alvin Hansen... Galbraith est un adepte des travaux de Thorstein Weblen, d'Edward Chamberlin, de Joan Robinson et, bientôt et surtout, de John Maynard Keynes. Il trouve une bourse pour aller à Cambridge, en Angleterre, mais Keynes est malade et n'y est pas. Galbraith côtoie alors les membres du "Circus", un groupe d'économistes, fidèles de Keynes, qui discutent ses positions : Richard Kahn, Pierro Sraffa, Joan Robinson... Il en profite également pour aller régulièrement à la London School of Economics, pour suivre les séminaires des opposants à Keynes, Lionel Robins et Friedrich von Hayek.

4

A partir de 1939, il occupera diverses positions dans l'administration Roosevelt, dont celui de patron de l'Office of Price Administration, ce qui fera de lui le "prince des prix" aux Etats-Unis durant la Seconde Guerre mondiale. A partir de 1943, il alterne ces postes de responsabilité avec une nouvelle carrière : celle de journaliste au magazine Fortune. Après bien des difficultés, dues à une opposition des conservateurs, il obtient un poste de professeur d'éco nomie à Harvard en 1949. Proche du Parti démocrate, il devient bientôt un fidèle de la famille Kennedy. Il conseille John F. Kennedy qui, devenu président, le nommera ambassadeur en Inde, tout en lui ouvrant un accès direct à la Maison Blanche pour le conseiller sur tous les sujets qu'il souhaite. Stéphanie Laguérodie fait ici le bilan des débats auxquels a été mêlé Galbraith durant cette période.

5

A partir de là, suivent une série d'ouvrages, qui connaissent une impressionnante diffusion et dont les idées-forces sont présentées ici par Blandine Laperche et James Kenneth Galbraith. Ces livres ont fait l'objet de nombreux (et souvent violents) débats, menés au fil des ans par des adversaires qui ont pour nom George Stigler, Milton Friedman, Robert Solow... Galbraith suscite de violentes attaques car il met en rage deux types d'économistes (qui se recoupent quelquefois): les conservateurs, qui voient dans ses travaux un soutien intellectuel aux gouvernements de gauche, et les théoriciens qui voient leur domaine comme une science pure comparable aux science naturelles et qui exècrent l'économie mâtinée de sociologie, de sciences politiques, de droit et d'histoire qui fait le succès de Galbraith.

6

A partir des années 1980, l'influence de Galbraith commence à baisser. Les conservateurs sont au pouvoir, l'économie formaliste déconnectée des enjeux réels s'est imposée, le keynésianisme est enterré. De plus, comme le souligne l'historien Russel Jacoby, la figure de l'"intellectuel public" dont Galbraith était l'archétype disparaît, aux Etats-Unis comme en Europe. Les Thorstein Veblen, Albert O. Hirschman, Susan Strange, etc., capables d'allier plusieurs disciplines, de s'attaquer au réel et de toucher le plus grand nombre ont été remplacés par des experts pointus au langage ésotérique.

7

Que restera-t-il de Galbraith ? Comme tous les iconoclastes, il n'a pas créé d'école de fidèles dédiée à reproduire sa pensée. Un colloque international de plusieurs jours tenu à Paris en septembre 2004, duquel les contributions de Stéphanie Laguérodie, Blandine Laperche et James Kenneth Galbraith sont issues  [2][2] Ce colloque a donné lieu à la publication de deux ouvrages :..., a montré qu'il y a encore un large public et une importante communauté de chercheurs qui s'intéressent à son travail. Mais comme l'a dit encore Paul Samuelson, "on se rappellera et on lira Galbraith lorsque la plus grande partie d'entre nous, lauréats du Nobel, seront enterrés dans les notes de bas de page de rayons de bibliothèque poussiéreux"...

Notes

[1]

Richard Parker, John Kenneth Galbraith. His Life, His Politics, His Economics, New York, Farrar, Straus and Giroux, 2005.

[2]

Ce colloque a donné lieu à la publication de deux ouvrages : L'Entreprise innovante et le marché. Lire Galbraith, sous la direction de Blandine Laperche, série "Economie et innovation", Paris, L'Harmattan, octobre 2005; et John Kenneth Galbraith and the Future of Economics, sous la direction de Blandine Laperche et Dimitri Uzunidis, Palgrave Macmillan, septembre2005.

Résumé

Français

Galbraith ? "L'économiste américain le plus important... pour les non-économistes", a dit un jour son collègue Paul Samuelson. Il est vrai qu'avec une cinquantaine de livres et plus de mille articles à son actif, John Kenneth Galbraith a acquis une notoriété à jamais inatteignable pour la très grande majorité des économistes. Et les publications ne sont que l'un des piliers qui ont permis à Galbraith, 97ans le 15octobre dernier, de marquer son empreinte. Un enseignement à Harvard et une carrière administrative et politique qui l'ont placé en position de conseiller du Prince, l'ont propulsé au coeur du débat économique aux Etats-Unis et dans le reste du monde pendant près de quarante ans.

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « Introduction », L'Économie politique 4/2005 (no 28) , p. 16-18
URL : www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2005-4-page-16.htm.
DOI : 10.3917/leco.028.0016.


Article précédent Pages 16 - 18 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback