Accueil Revues Revue Numéro Article

L'Économie politique

2005/4 (no 28)


ALERTES EMAIL - REVUE L'Économie politique

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Article précédent Pages 26 - 42 Article suivant
1

"On se souviendra de Ken Galbraith et on le lira encore, tout comme Thorstein Veblen, quand nous autres, les lauréats du prix Nobel, serons enterrés dans des notes de bas de page sous les piles de livres poussiéreux des bibliothèques"

3

John Kenneth Galbraith est une figure importante de cette sensibilité politique et sociale qu'on appelle, aux Etats-Unis, " the liberals ". Il fut aussi, à partir de la fin des années 1930, membre du Parti démocrate et proche conseiller de plusieurs candidats à la présidence des Etats-Unis présentés par ce parti.

4

Dans les années 1950, alors que les démocrates peinaient à trouver de nouveaux thèmes de campagne susceptibles de les ramener au pouvoir, Galbraith contribua, par ses écrits et son influence personnelle, à définir une nouvelle ligne dont s'inspira John F. Kennedy à la fin de la décennie pour sa campagne électorale. En prônant une plus grande attention aux services publics et aux biens collectifs, et pas seulement à l'accroissement de la consommation privée, Galbraith contribua au nouvel élan du courant liberal du Parti démocrate, dont les aspirations à la justice sociale s'étaient érodées pendant son long séjour au pouvoir sous Roosevelt et Truman.

5

Mais les idées "galbraithiennes", qui, avec d'autres, contribuèrent au succès électoral de Kennedy, durent s'adapter aux réalités politiques et économiques de l'exercice du pouvoir. Ainsi, Galbraith se trouva en désaccord avec certaines décisions du nouveau gouvernement démocrate, notamment lorsque Kennedy préféra la baisse des impôts au développement des dépenses en faveur des services publics, du logement populaire, etc.

Le renouveau de l'idéologie liberal

6

Pour comprendre un personnage comme Galbraith et le situer sur l'échiquier des idées économiques et politiques américaines, il nous faut tout d'abord préciser la manière dont on utilise le mot liberal aux Etats-Unis. Ce terme possède plusieurs acceptions qu'il convient de distinguer si l'on veut bien comprendre non seulement Galbraith, mais aussi nombre d'autres personnalités américaines, comme Arthur Schlesinger (le célèbre historien des époques Roosevelt et Kennedy), le professeur du MIT Lester Thurow (le grand pourfendeur du supply-side economics dans les années 1980), Robert Reich (le ministre du Travail de Bill Clinton) ou encore Joseph Stiglitz (ex-économiste en chef de la Banque mondiale et acerbe critique du Fonds monétaire international).

7

Dans une première acception, le mot liberal s'oppose à conservative et couvre un spectre politique assez large qui représente ce qu'en France on pourrait appeler la "sensibilité de gauche", ou "les progressistes", ou "l'esprit réformateur", et qui s'oppose ainsi à la "sensibilité de droite", qu'on appelle aux Etats-Unis conservative.

8

Dans une deuxième acception, plus étroite, le terme liberal s'oppose à radical et désigne un clivage au sein de la sensibilité de gauche américaine. Les radicals se situent plus "à gauche" que les liberals : ils sont favorables à des réformes qui vont plus à la racine des maux (le mot radical vient de radic, qui signifie "racine" en latin), tandis que les liberals (accusés par les radicals d'être plus "mous") se contenteraient d'atténuer la manifestation des maux sans s'attaquer à leur cause ou racine. Galbraith est qualifié tantôt de liberal, tantôt de radical, en fonction de telle ou telle de ses positions, parfois pour le critiquer parfois pour le louer.

9

Quelle que soit l'acception du mot, les liberals américains n'ont rien à voir avec ce qu'on appelle les "libéraux" chez nous, dans l'Europe latine, particulièrement en France. Dans un entretien à la télévision française il y a une vingtaine d'années, Galbraith, interrogé sur la signification du mot liberal pour définir sa sensibilité politique, déclarait que probablement la meilleure traduction en Europe serait "social-démocrate". Mais cette expression ne peut se prévaloir d'un emploi généralisé (les sociaux- démocrates s'appellent travaillistes en Angleterre, socialistes en France...) et elle est -en Europe- tellement chargée de connotations spécifiques qu'elle renvoie mal à la réalité nord-américaine. C'est pourquoi nous préférerons garder le terme américain libéral, plutôt que de risquer une confusion en traduisant par "social-démocrate" ou, encore pire, par "libéral".

Les dilemmes de la pensée liberal après la guerre

10

Dans les années 1950, les liberals se trouvaient en mal d'idées porteuses. S'ils voulaient que l'un des leurs (ou un de leurs alliés) accède au pouvoir, il leur fallait forger un projet progressiste pour la société. Un tel projet était traditionnellement ce qui les distinguait par rapport aux conservateurs.

11

Le problème des liberals remontait à l'après-guerre, période marquée par un amollissement progressif de leur élan réformiste, en comparaison avec la période faste des grandes réformes du New Deal  [2][2] Le New Deal avait été marqué par des avancées sociales.... Deux phénomènes y contribuèrent. Tout d'abord, avec la formation du bloc soviétique et le début de la guerre froide, leur positionnement par rapport au communisme et l'Union soviétique changea. Ils souhaitaient désormais rompre avec l'attitude de sympathie qu'ils avaient pu développer à l'égard du marxisme et de l'Union soviétique pendant les années de la Grande Dépression et de la lutte antifasciste (ce que Matusow appelle "l'erreur romantique" des liberals, Matusow, 1986, p. 4). En effet, le stalinisme inspirait désormais de la répulsion. Dans le nouveau contexte de la guerre froide, les liberals se sont rangés sans ambiguïté du côté de l'Ouest, et certains s'affichèrent en tête de la défense des "valeurs occidentales"  [3][3] Ainsi, le premier Congrès pour la liberté culturelle.... L'état d'esprit était donc plus à la défense qu'à la réforme du système.

12

Ensuite, devant la prospérité qui s'installait, la critique du capitalisme en tant que système se faisait moins forte. La traditionnelle dénonciation des liberals envers la grande entreprise, représentante par excellence du capitalisme, s'atténua. D'ailleurs, Galbraith fut un des théoriciens de ce changement. Il développa cette nouvelle position dans son ouvrage American Capitalism (Galbraith, 1952). La thèse principale de l'ouvrage soutenait que les grandes entreprises n'étaient pas le Grand Satan absolu qu'on avait cru ; non seulement elles permettaient le progrès technique et l'efficacité économique, mais il existait désormais des contre-pouvoirs solides au pouvoir des grandes firmes. De plus, il existait désormais un "consensus keynésien" qui permettait de croire que, grâce à l'intervention de l'Etat, il était possible d'éviter les crises économiques et de prévenir les dépressions.

13

Voilà approximativement le message qui fut adopté par les liberals. Ils cessèrent donc d'être les moteurs de la critique prônant une société différente. Leurs critiques glissèrent vers d'autres préoccupations : de leur souci de défendre les libertés civiques, émergea une méfiance à l'égard des phénomènes de masse (comme l'hystérie engendrée par le maccarthysme). Par ailleurs, ils se concentrèrent sur une critique de la conception trop matérialiste du bien-être dans la société américaine et de l'idéologie de la consommation de masse (qui signifiait une uniformisation des goûts et des comportements, dans un sens toujours plus matérialiste, d'où leur critique de la publicité et de la télévision). Ainsi, plutôt que certaines valeurs du capitalisme, c'était le comportement de l'homme moyen, du simple citoyen ("the mass man") qui était dénoncé.

14

Ce type de sensibilité visant à modifier les aspirations des masses était compatible avec l'état d'esprit liberal. Le problème était qu'il occupait le devant de la scène et faisait ainsi figure de critique élitiste, coupée des masses. De fait, les liberals s'éloignaient de leur base électorale traditionnelle, les petits agriculteurs et les couches populaires urbaines. Leur isolement politique grandissait. Aussi, en 1957, dans le New York Times (le grand organe de presse des liberals), Arthur Schlesinger, résumant un sentiment largement partagé, décrivait ainsi la situation : "Depuis trente ans, le courant liberal américain n'a pas été aussi désorienté, discrédité, impuissant et à côté des vrais problèmes qu'il ne l'est aujourd'hui" (Schlesinger, 1957).

Un liberalism qualitatif

15

Partant de ce constat désabusé, Schlesinger lui-même tentait de définir ce que devrait être la nouvelle ligne d'attaque des liberals. Puisque, grâce à la prospérité et au savoir-faire des gouvernements, la pauvreté n'était plus le phénomène massif qu'il avait été (dans les années 1930 notamment), ils devraient s'attacher à défendre un "liberalism qualitatif", dépassant l'aspect simplement quantitatif (qui conçoit le progrès trop exclusivement comme croissance du produit intérieur brut), et qui viserait à améliorer la qualité de vie des citoyens et à accroître leurs opportunités sociales. Cela passerait par la réhabilitation de l'intérêt collectif, des services collectifs  [4][4] Ainsi Schlesinger écrivait-il : "La première condition....

16

Galbraith était au même moment en train d'écrire The Affluent Society, un livre qui allait exactement dans le même sens. Il y défendait le principe de la hausse des impôts afin de financer des services publics et des biens collectifs qui amélioreraient le bien-être des Américains (en finançant les écoles, les hôpitaux, la réhabilitation des quartiers, etc.) et permettraient de réduire les poches de pauvreté qui subsistaient malgré la forte expansion économique. Son message n'aurait peut-être pas été entendu si, à l'époque, le matérialisme de la société de consommation américaine n'avait pas été remis en question par des voix éminentes qui s'élevaient pour souligner combien, en négligeant l'effort de défense national, l'Amérique mettait en danger son leadership et sa sécurité par rapport à l'URSS. Ainsi un liberal et keynésien tel que James Tobin critiquait violemment la politique de réduction des dépenses militaires mise en place par Eisenhower. Plusieurs autres voix liberal réclamaient plus d'argent pour la défense nationale et l'aide aux régimes progressistes non communistes du monde entier. Le lancement du premier Spoutnik par les Soviétiques, en 1957, joua le rôle d'un catalyseur dans la prise de conscience du retard que pourraient prendre les Etats-Unis.

17

Bien que le message de Galbraith ait été critiqué sur de nombreux points dans son propre camp  [5][5] Par Leon Keyserling, chef du Council of Economic Advisers..., l'essentiel de celui-ci (à savoir qu'il fallait accroître la fourniture de services publics et augmenter donc les dépenses publiques -au détriment de la dépense privée, puisqu'il fallait prélever plus d'impôts) était bien reçu par l'ensemble de son camp intellectuel. Ce thème donna le nouvel élan dont les liberals avaient tant besoin à la fin des années 1950. Ils se battaient désormais pour améliorer les services publics, dont l'état avait été aggravé par la politique de recherche de l'équilibre budgétaire du président Eisenhower. Ils étaient plus combatifs qu'au début des années 1950, même si leur programme n'était pas devenu radical : pas de reprise de la vieille croisade contre la concentration du pouvoir économique, pas d'appel à la lutte de classe ou à la redistribution de la richesse. Ce discours convainquit les démocrates.

18

C'est dans ce contexte que s'engagea la campagne pour l'élection présidentielle de 1960. Un des thèmes que John F. Kennedy reprit pour sa campagne était l'investissement dans les services publics, qu'il tenait de Galbraith, mais qu'il évitait de mentionner par méfiance envers cet économiste considéré par une partie de la population comme trop radical.

Le nouvel élan du parti démocrate : la période Kennedy

19

Galbraith avait été un membre actif du Parti démocrate depuis la fin des années 1930. A ce titre, il avait exercé plusieurs fonctions, tant au sein du parti qu'au sein de l'admi nistration. Au sein du parti, outre son rôle de conseiller économique des candidats démocrates à la présidence des Etats-Unis (Adlai Stevenson, puis John F. Kennedy), il fut, après la défaite de Stevenson, (pendant la présidence du républicain Eisenhower), président du Comité de politique économique du parti. Au niveau des postes dans l'administration et le gouvernement, il fut notamment nommé par Roosevelt responsable du contrôle des prix, pendant la guerre, et plus tard, en 1961, ambassadeur en Inde par Kennedy.

20

Au sein du Parti démocrate, il s'est toujours situé du côté des réformistes, pourvoyeurs d'idées nouvelles et luttant contre les tendances conservatrices des vieux liberals. Ainsi, à la fin des années 1930, faisait-il partie d'un nouveau groupe appelé "les keynésiens", dont les idées encore mal connues à l'époque effrayaient quelque peu les leaders traditionnels du parti à Washington. En tant que conseiller de Stevenson, il était jugé trop à gauche par les démocrates les plus éminents. Au début des années 1960, il s'oppose à la réduction d'impôts envisagée par Kennedy, ce qui le place en conflit avec d'autres économistes keynésiens ainsi qu'avec la plupart des politiciens démocrates (qui, après quelques hésitations liées au souci d'un budget équilibré, se rallièrent à la baisse des impôts).

21

Ses prises de position peu orthodoxes lui valurent des relations mouvementées au sein du Parti démocrate, dont témoignent les tentatives de mise à l'écart dont il fut l'objet à plusieurs reprises. A la fin des années 1960, la section du Massachusetts du Parti envisage de l'évincer du poste simplement symbolique qu'il y occupe. De même, à la Convention de Chicago, il est exclu de la délégation de l'Etat. Comme il le résume lui-même avec humour, ses relations avec les dirigeants démocrates étaient "parfois difficiles, parfois déplaisantes" (Galbraith, 1970).

22

Après la fin de la guerre, Galbraith défend avec constance un projet de société qui serait à même de faire progresser les idéaux liberal, portés sur le plan politique par les démocrates. Avec constance, car les principaux thèmes présents dans The Affluent Society (Galbraith, 1958), rédigé vers la fin des années 1950, se retrouvent une décennie plus tard dans Who Needs the Democrats ? (Galbraith, 1970), le bilan critique qu'il dressera de la situation des démocrates, et encore bien plus tard dans Pour une société meilleure (Galbraith, 1997). Concernant le Parti démocrate, son analyse était que, depuis la sortie de la guerre, ce dernier avait tendance à se reposer sur les idées qui avaient fait son succès et sa popularité dans les années 1930, lors du New Deal. Ainsi considérait-il, avec une pointe d'ironie, que chaque campagne menée par le parti ne manquait pas de faire référence au spectre de la Grande Dépression et du président Hoover.

23

Les thèmes que les démocrates mettaient en avant, sur le plan économique, étaient les suivants :

24
  • la mise en oeuvre d'une politique économique inspirée par la New Economics, qui permettrait de "dompter" le cycle économique ; les démocrates avaient acquis la paternité de la réussite d'une politique de lutte contre la crise et ainsi la reconnaissance d'une certaine compétence en matière de régulation du système économique ;

  • la mise en place des institutions du nouveau Welfare State ;

  • des relations amicales avec les syndicats.

25

Cependant, d'après Galbraith, ces idées, neuves, progressistes et qui les distinguaient clairement des républicains, ne pouvaient servir de refuge éternel face aux changements de la société et aux difficultés rencontrées. On trouve déjà dans ses écrits des années 1950 des mises en garde à ce propos, anticipant le constat qu'il fera de la situation intellectuelle des démocrates en 1970. A cette date, il constatait des difficultés liées au renouvellement insuffisant des idées. Non seulement ces vieilles idées avaient été adoptées par le camp adverse et faisaient désormais partie du patrimoine commun, mais, en plus, elles n'avaient plus l'efficacité qu'elles avaient auparavant.

26

Ainsi, les républicains étaient aussi, désormais, des partisans de la New Economics (les économistes de l'équipe du candidat Nixon, par exemple, étaient de fidèles keyné siens). Et les politiques de relance se heurtaient à l'inflation. Par ailleurs, le Welfare State ne progressait plus et la seule idée vraiment nouvelle à ce propos "dans le dernier quart de siècle", celle du revenu universel, avait été avancée par les républicains  [6][6] Bien que des économistes liberal du Parti démocrate,.... Quant aux syndicats, ils faisaient toujours alliance avec les démocrates mais leur direction était aux mains de leaders appartenant à la vieille ligne du parti, hostiles aux idées nouvelles.

27

Les solutions que proposait alors Galbraith étaient celles qu'il appelait de ses voeux depuis longtemps. Sur le plan social, il suggérait d'approfondir la protection sociale, avec par exemple un système de compensation du chômage et une assurance-santé plus développés. Ceci constituerait une ligne de démarcation claire avec les républicains et donnerait un nouvel élan au Parti démocrate.

28

Sur le plan économique, Galbraith proposait surtout une politique différente pour lutter contre l'inflation. L'inflation avait été responsable de l'échec des dernières politiques de relance. La seule politique envisagée alors était de mener une politique monétaire restrictive, ce qui était évidemment nocif pour la croissance et l'emploi. Galbraith trouvait ce genre de politique particulièrement injuste. Injuste, car elle pénalise surtout les petites entreprises qui ont emprunté de l'argent, alors qu'elle est plus indolore pour les grandes entreprises qui peuvent avoir des ressources propres et qui sont souvent des clients privilégiés que les banques ménagent. Elle s'avère également injuste de façon évidente pour ceux qu'elle prive d'emplois. C'est pourquoi Galbraith proposait une intervention directe des pouvoirs publics, en concertation avec les partenaires sociaux, pour limiter la hausse des salaires et des prix (voir infra).

29

Enfin, Galbraith défendait la thèse qu'il avait présentée dans The Affluent Society : la course acharnée à la productivité n'a pas de sens ; il faut se préoccuper davantage des biens publics (notamment l'environnement), qui conditionnent le bien-être. Auprès de Kennedy, il trouva souvent occasion de présenter et d'argumenter en faveur de ces idées. Elles trouvèrent une certaine écoute chez ce démocrate appartenant à la jeune génération et ouvert aux idées nouvelles. Cependant, confrontées aux différents courants d'opinion et aux réalités politiques, elles eurent parfois du mal à trouver leur place.

L'apothéose de la New Economics, malgré elle

30

C'est à Harvard que Galbraith avait rencontré les Kennedy pour la première fois ; d'abord Joseph (le frère aîné, mort pendant la guerre), ensuite John, le futur président des Etats-Unis. Mais il était déjà un démocrate bien connu dans le parti et, lorsque John Kennedy commença à se profiler comme candidat à la présidence des Etats-Unis, Galbraith se mit tout naturellement à sa disposition. Un choix qui troubla certains de ses amis de gauche. On savait peu de choses de ce jeune Kennedy : avant la guerre, son père ne s'était pas distingué dans l'antinazisme ; John lui-même avait été silencieux pendant les années du maccarthysme ; son catholicisme faisait craindre qu'il ne soit hostile au contrôle des naissances et au droit à l'avortement.

31

Pendant la campagne électorale (l'année 1960), Galbraith proposa à Kennedy plusieurs idées-forces pour ses discours en matière économique. Et il eut l'occasion de faire part au futur président de ses idées pour un programme économique démocrate, en particulier dans le contexte de la récession où l'économie américaine était entrée cette année-là.

32

Galbraith fut aussi sollicité sur un autre sujet qui occupa la campagne présidentielle : la spéculation à la baisse sur le dollar à Londres, que beaucoup attribuaient à la crainte d'une dévaluation de la devise américaine en cas de victoire démocrate. Galbraith recommandait à Kennedy de s'en tenir à un discours rassurant sur les futures performances économiques et surtout de ne pas s'engager ni à intervenir pour soutenir le cours du dollar, ni à imposer des restrictions aux exportations d'or. Kennedy mit un terme à la polémique en s'engageant publiquement à ne pas dévaluer s'il était élu. Cette position allait contre l'avis de Galbraith et le sentiment de la plupart des keynésiens, puisque l'engagement de soutenir la valeur du dollar impliquait nécessairement une augmen tation des taux d'intérêt.

33

Après la victoire de Kennedy, Galbraith écrivit encore quelques discours pour lui (ou au moins des parties de discours); il contribua, notamment, au célèbre "inaugural address" du président élu  [7][7] Discours inaugural dans lequel on trouve la phrase.... Il participait aussi aux débats économiques du nouveau gouvernement sur la sortie d'or (liée à balance commerciale systématiquement déficitaire des Etats-Unis), mais surtout sur le type de relance qui était souhaitable.

Le débat sur la réduction d'impôts

34

Galbraith ne faisait pas partie du célèbre Council of Economic Advisers(CEA) du président Kennedy, mais il a néanmoins été un de ses conseillers proches et directs. Du fait de ce que lui imposait sa mission d'ambassadeur en Inde, ses conseils passaient par des lettres et des rencontres informelles avec le président.

35

Le principal problème de l'économie américaine, sur lequel il fut appelé à donner son opinion lorsque Kennedy arriva au pouvoir, concernait la récession dans laquelle celle-ci était tombée depuis plusieurs trimestres. Depuis un an, le produit intérieur brut avait diminué de 1,6 % et l'investissement de plus de 7 % (en données trimestrielles).

36

Après l'élection de Kennedy, les keynésiens dominaient dans les instances de conseil. Paul Samuelson fut nommé chef du groupe provisoire de réflexion sur l'économie, avant la mise en place du CEA. Celui-ci était composé d'autres keynésiens, comme James Tobin, Kermit Gordon et Walter Heller, nommé président du CEA sur la recommandation de Samuelson qui avait décliné l'offre. Le Conseil interprétait la crise dans laquelle l'économie américaine était entrée en 1960 comme une crise de la demande et préconisait, à l'opposé de la politique traditionnelle d'orthodoxie fiscale (prônée par les républicains mais violée dans la pratique par Eisenhower), une relance par la dépense. Galbraith, dans ses lettres de la fin 1960, pressait Kennedy dans le même sens. Des divergences existaient néanmoins sur le type de dépense qu'il convenait d'encourager.

37

Ainsi, Walter Heller était partisan de la stimulation surtout de la dépense privée, notamment par le biais d'une importante baisse des impôts. Galbraith, par contre, soulignait que la baisse des impôts bénéficierait surtout aux plus riches et penchait plutôt en faveur d'un programme de dépenses publiques en infrastructures et en mesures sociales.

38

Au début de son mandat (janvier 1961), Kennedy lui-même n'était pas encore convaincu de la nécessité d'une politique de relance par la dépense, craignant qu'elle ne mette en déséquilibre les finances publiques. Il se déclarait favorable à un budget équilibré et proposa quelques mesures pour pallier la récession, que Samuelson qualifia de "programme placebo" pour la reprise. Puis, au milieu de l'année 1961, sa politique budgétaire prit une tournure qui allait dans le sens que le CEA le pressait de prendre : il augmenta les dépenses budgétaires, notamment celles qui étaient liées à la défense nationale, et refusa, comme le lui recommandaient ses conseillers, de financer les dépenses liées à la situation tendue à Berlin  [8][8] Menaces de Khrouchtchev sur Berlin-Ouest. par une hausse des impôts.

39

Les résultats furent, comme l'avait prédit le CEA, une augmentation du déficit budgétaire et une baisse du chômage (qui passa de 7 % en avril 1961 à 5,6 % en avril 1962). Mais ce résultat était encore insuffisant pour convaincre Kennedy, qui restait encore sceptique sur les arguments keynésiens. Les membres officiels du gouvernement continuaient de déclarer que l'équilibre budgétaire restait le critère de réussite de la politique économique menée. Une position que Galbraith critiquait : si l'économie allait mieux, on ne pouvait pas rejeter la politique qui avait conduit à cette amélioration.

40

Après l'effondrement de la Bourse, qui menaçait de faire rechuter toute l'économie, Kennedy pencha enfin pour une politique active de relance. En août 1962, il annonça un plan de réduction massive des impôts (10 milliards de dollars). Mais le plan de réduction des impôts préparé par le ministre des Finances (Secretary of the Treasury) impliquait une réduction définitive de ceux-ci, alors que les membres du CEA avaient plutôt en tête une baisse seulement temporaire.

41

Ce plan reçut de vives critiques de la part des keynésiens, orientées sur différents fronts. Galbraith, par exemple, préférait une augmentation des dépenses publiques, plutôt qu'une réduction des impôts, comme moyen pour stimuler l'économie (Galbraith, 1998, p.39). En quoi il restait fidèle aux idées qu'il avait défendues dans les années 1950 et que Kennedy avait reprises dans sa campagne électorale. Walter Heller, de son côté, pensait que l'effet de relance serait de beaucoup atténué du fait de l'étalement sur plusieurs années de la baisse des impôts que prévoyait le projet de Kennedy. Il voulait que la réduction d'impôts soit réalisée d'un coup, en une seule fois, afin d'optimiser l'effet multiplicateur. Tobin, qui, depuis juin 1962, avait quitté le CEA, critiquait vivement le caractère permanent de la réduction d'impôts ; il se battait depuis longtemps en faveur d'une réduction temporaire dont le but serait d'augmenter le pouvoir d'achat des contribuables afin d'encourager la dépense privée et relancer la création d'emplois. Une fois la croissance repartie, il fallait rétablir les impôts, sinon on ne pourrait pas financer les investissements publics et on ponctionnerait l'épargne nationale nécessaire pour les investisseurs privés. La diminution structurelle des impôts était pour lui incompatible avec les investissements (publics et privés) nécessaires à une hausse durable du taux de croissance de l'économie.

42

Finalement, c'est Johnson qui mit en oeuvre la réduction d'impôts [9][9] Le plan avait été adopté par le Congrès peu de temps..., qui s'étala sur deux ans, 1964 et 1965. Les années à partir de 1962 connurent une forte reprise économique aux Etats-Unis et le mérite fut attribué aux politiques de relance par la dépense menée d'abord par Kennedy (augmentation des dépenses publiques), puis par Johnson (baisse des impôts). Les keynésiens, bien que réticents à plusieurs endroits, comme on l'a vu, en tirèrent les bénéfices. Ce fut l'apothéose de la New Economics.

Inflation et politique monétaire

43

A côté des discussions sur les moyens de relancer l'économie, un autre sujet occupa les économistes et le gouvernement de Kennedy : la maîtrise de l'inflation. Au début de la reprise, en 1962, des craintes en la matière émergèrent.

44

L'analyse de Galbraith concernant l'inflation d'alors (Galbraith, 1960, p.63-76) était partagée par la plupart des membres du CEA. La hausse des prix était le fait des grandes entreprises exerçant dans des secteurs fortement concentrés : industries sidérurgique et automobile, industries du papier et du tabac. Dans ces secteurs, elles possédaient, avec les grands syndicats, un pouvoir quasi discrétionnaire sur le niveau des salaires et les prix. Ensemble, ils pouvaient abuser de ce pouvoir, en particulier lorsque l'économie était proche du plein-emploi et que la demande qui s'adressait à ces entreprises était forte. Un consensus existait chez les économistes, considérant qu'il y avait abus lorsque la hausse des prix excédait les gains de productivité. Avec des nuances : Galbraith admettait que, dans les secteurs où la productivité est traditionnellement plus faible (les services, certaines industries), le pouvoir d'achat des salariés ne pouvait pas rester durablement inférieur relativement aux autres secteurs où la productivité était plus élevée. Dans ceux-là, des hausses de salaires supérieures à celle de la productivité étaient acceptables.

Le contrôle des prix dans la crise de l'acier : la paternité de Galbraith

45

Pour éviter que l'inflation ne se déchaîne à l'approche du plein-emploi, Galbraith préconisait une intervention des pouvoirs publics. Il s'agissait d'une intervention limitée et concertée entre les parte naires sociaux. Limitée, car seraient concernés par cette réglementation uniquement les secteurs reconnus pour être fortement inflationnistes ; l'agriculture, les secteurs où les vendeurs sont nombreux et les travailleurs peu organisés, les services (dont les prix augmentent assez vite, mais en raison de gains de productivité faibles) ne seraient en général pas concernés. Ensuite, il ne s'agissait pas d'imposer des prix et des salaires donnés, mais plutôt de définir une fourchette, le but étant d'éviter les hausses excessives.

46

La procédure consisterait à établir des comités tripartites décentralisés, composés de représentants des salariés, du patronat et de l'Etat, qui devraient définir des barèmes pour chaque branche. Seraient alors négociées des hausses de salaires compatibles avec une stabilité des prix. Dans le cas où l'entreprise avancerait que la hausse des salaires ne pouvait être obtenue sans augmentation des prix, le comité tripartite serait chargé d'évaluer la situation, notamment d'apprécier si cette hausse réclamée était justifiée par des gains de productivité faibles ou s'il s'agissait d'un abus de situation dominante. L'Etat ne devait pas hésiter à s'appuyer sur l'opinion publique pour exercer les pressions nécessaires.

47

Au début de l'année 1962, lorsqu'une crise éclata dans le secteur sidérurgique au sujet de la hausse des salaires et des prix, Kennedy employa une politique de "contrôle des prix", dont Galbraith revendiqua auprès de lui la "paternité spirituelle" (Galbraith, 1998, p.45). Elle correspondait effectivement à des préconisations qu'il avait à plusieurs reprises exprimées (cf.supra).

48

Le secteur sidérurgique était un secteur stratégique en termes d'inflation car une hausse des prix dans ce secteur transmet des impulsions inflationnistes à de nombreux autres secteurs. Alors que de nouvelles négociations salariales allaient s'engager entre US Steel et ses syndicats, le gouvernement Kennedy craignait les tensions inflationnistes qu'une hausse des salaires entraînerait. Le ministre du Travail fit pression sur les syndicats afin qu'ils modèrent leurs exigences en matière d'augmentation de salaires, espérant qu'en contrepartie les compagnies sidérurgiques n'augmenteraient pas leurs prix. Mais en avril, juste après la signature de l'accord salarial, US Steel annonça une augmentation substantielle des prix et fut suivie par un grand nombre d'entreprises du secteur. La réaction du gouvernement consista à exercer des pressions fortes et à employer des instruments de coercition.

49

Kennedy fit d'abord appel à l'opinion publique, en déclarant à la télévision que le comportement de ces firmes constituait "une atteinte injustifiable et irresponsable à l'intérêt public", de la part d'un "groupe de dirigeants dont l'exercice de leur pouvoir à la poursuite de leur profit personnel dépasse leur sens de la responsabilité publique". Il institua également une commission d'enquête chargée de mener une investigation sur la formation des prix dans le secteur.

50

Il employa d'autres moyens de pression tous azimuts : il demanda à la commission fédérale de la concurrence d'examiner si les lois antitrust avaient été respectées par les firmes du secteur, et le ministère de la Défense annonça qu'il ne passerait plus de commandes aux compagnies qui avaient augmenté leurs prix. Le gouvernement remporta la bataille et US Steel fit marche arrière sur son augmentation des prix. Galbraith félicita Kennedy pour la main de maître avec laquelle il avait agi pendant cette crise. Elle confirmait pour lui l'efficacité de la politique de "contrôle des prix" concernant "un des produits les plus importants" et "face à un cas classique de résistance" de la part des grandes entreprises. Après ce rappel à l'ordre, "on pouvait ouvrir grand les vannes de la croissance sans craindre l'inflation" (Galbraith, 1998, p.46).

51

Galbraith savait que l'intervention publique en matière de prix était inacceptable pour de nombreux économistes et hommes politiques (surtout républicains) car elle enfreignait la sacro-sainte loi de la liberté des prix sur les marchés. Mais il constatait un changement progressif des mentalités sur ce sujet. Ainsi, dans une enquête menée en 1958 par la Commission économique du Congrès, il s'est avéré que 40 à 50 % des économistes de profession se déclaraient favorables à une surveillance publique en dernière instance des salaires et des prix (wage and price regulation [...] at least as a reserve weapon) afin de lutter contre l'inflation (Galbraith, 1960, p. 71). De même, sous Eisenhower, le volet économique du "Rapport à la Nation" de 1959 prenait nettement position en faveur d'un appel à la responsabilité et aux limitations, même s'il n'envisageait pas une intervention directe.

Galbraith favorable à la baisse des taux d'intérêt

52

La question du niveau des taux d'intérêt était également au coeur des débats de politique économique. Les considérations sur le niveau souhaitable des taux évoluèrent avec la situation économique.

53

Lorsque Kennedy préparait sa campagne électorale, l'un des axes importants devait être l'accélération de la croissance américaine. Il avait réuni ses plus proches conseillers économiques afin de leur soumettre la question des moyens possibles pour y parvenir. Cet aréopage était constitué de John Kenneth Galbraith, Paul Samuelson, Seymour Harris et Richard Lester. Ils lui expliquèrent que le moyen d'augmenter le taux de croissance de l'économie américaine était d'accroître le taux d'investissement des entreprises, et que cela serait possible en diminuant le coût du crédit, c'est-à-dire les taux d'intérêt. Mais pour contrebalancer le risque d'infla tion liée à une politique monétaire expansionniste, il faudrait veiller à ne pas trop s'éloigner de l'équilibre budgétaire, soit en freinant les dépenses publiques, soit en augmentant les impôts.

54

Cette position convenait à Kennedy, car elle lui permettait de faire campagne sur deux fronts : remédier à la politique monétaire restrictive conduite depuis plusieurs années par les républicains, qu'il considérait comme pénalisante pour la croissance et peu populaire, et assurer l'équilibre budgétaire, ce qui ne pouvait être qu'une bonne garantie contre l'inflation et lui paraissait une mesure plus populaire que le déficit budgétaire... Le tout devait permettre d'augmenter le taux de croissance sans accroître l'inflation. La plate-forme démocrate s'était engagée sur un taux de croissance annuel de 5 %.

55

Mais la réalisation de ce programme se heurta à deux obstacles majeurs. Tout d'abord, à partir de septembre 1960, l'urgence n'était plus à l'augmentation de la croissance potentielle mais directement à la lutte contre la récession. Ce qu'il fallait désormais, c'était une politique de lutte contre la crise économique. Pour ceci, la politique budgétaire avait la faveur des keynésiens. Par ailleurs, en octobre de la même année, face aux attaques répétées contre le dollar, Kennedy promit de soutenir le dollar s'il était élu, ce qui enterrait subrepticement la politique de baisse des taux d'intérêt sur laquelle il pensait appuyer sa politique économique d'accélération de la croissance.

56

Cependant, Galbraith continuait de critiquer la politique monétaire restrictive qui n'avait pas été modifiée depuis l'arrivée de Kennedy ; en mars 1961, huit mois après le début de la récession, constatait-il, les taux d'intérêt étaient toujours aussi hauts, ce qui ne contribuait pas à faire sortir le pays de la récession. Face à la persistance d'une situation économique morose et à l'objectif affiché de Kennedy de ne pas aggraver le déficit budgétaire, la politique monétaire semblait aux yeux de Galbraith la seule solution.

57

Mais aucun accord ne semblait se dessiner entre les autorités monétaires. Le ministère des Finances, par la voix du ministre Roosa, s'était déclaré favorable à une baisse des taux. La banque centrale (la Federal Reserve), invoquant les risques d'inflation, était plus réticente et avait émis des doutes sur la faisabilité d'une baisse des taux longs. Galbraith ne croyait pas qu'il y ait risque d'inflation car l'économie était, d'après lui, plutôt en situation de déflation que de surchauffe. La seule justification des taux d'intérêt élevés résidait, selon lui, dans le pouvoir qu'avaient les milieux financiers (ce qu'il appelle les "New York advocates of higher interest") à faire valoir leurs intérêts.

58

Face à l'attitude de la Fed, que Galbraith jugeait "décourageante", il proposait à Kennedy d'engager un bras de fer. Le gouvernement devait clairement indiquer que ses priorités étaient la croissance et la réduction du chômage, et que la Fed devait, elle aussi, poursuivre ces objectifs. Elle devait chercher à réduire le taux d'intérêt du crédit à la consommation et du crédit hypothécaire, taux qui influencent si fortement l'investissement.

59

Finalement, à la fin de l'année 1962, pour confirmer la reprise, la Fed décida d'augmenter l'offre de monnaie afin de faire baisser les taux d'intérêt. Elle poursuivit sa politique monétaire expansionniste pendant de nombreux mois (encore au début de 1964). C'est à cette dernière, et non à la réduction des impôts, que Milton Friedman attribua la forte expansion de 1964-1965.

60

La décennie 1960 aux Etats-Unis est charnière pour le keynésianisme. Elle marque à la fois les ambiguïtés de son application politique et annonce les difficultés qui surgiront de ses recettes. Galbraith s'est situé sur les deux fronts : par des positions très claires sur la finalité de la politique budgétaire et en anticipant le problème de l'inflation, il a proposé une vision cohérente (parmi d'autres) du keynésianisme et du liberalism américain.


Bibliographie

  • Galbraith, John Kenneth, 1952, American Capitalism, Boston, Houghton-Mifflin.
  • Galbraith, John Kenneth, 1958, The Affluent Society, Boston, Houghton-Mifflin.
  • Galbraith, John Kenneth, 1960, "Inflation : what it takes", in The Liberal Hour, Boston, Houghton-Mifflin.
  • Galbraith, John Kenneth, 1970, Who Needs the Democrats ? , New York, New American Library.
  • Galbraith, John Kenneth, 1997 (en anglais, 1996), Pour une société meilleure, Paris, Edition du Seuil.
  • Galbraith, John Kenneth, 1998, Letters to Kennedy, Cambridge, Massachusetts, Harvard University Press.
  • Gambs, John S., 1975, John Kenneth Galbraith, Boston, Twayne Publishers.
  • Matusow, Allen J., 1986, The Unraveling of America, New York, Harper & Row.
  • Schlesinger, Jr., Arthur, 1957, "Where does the liberal go from here ?", New York Times Magazine, 4 août, cité in Matusow, 1986, op. cit.
  • Stanfield, James R., 1996, John Kenneth Galbraith, London, Macmillan Press.

Notes

[1]

Cité dans Stanfield, 1996, p. 1.

[2]

Le New Deal avait été marqué par des avancées sociales importantes, comme l'adoption d'un salaire minimum et l'indemnisation du chômage, mesures réclamées par de nombreux liberals.

[3]

Ainsi, le premier Congrès pour la liberté culturelle tenu à Berlin-Ouest sur une initiative militaire, dont le but était de mettre en avant les mérites de la vie intellectuelle en Occident, et auquel participèrent des intellectuels liberals très connus de l'époque, comme Arthur Schlesinger et Daniel Bell.

[4]

Ainsi Schlesinger écrivait-il : "La première condition pour l'établissement d'un liberalism qualitatif serait de rétablir le sens de l'intérêt collectif", et "Alors que la richesse privée grandit dans nos magasins et nos maisons, nous refusons de prendre les mesures qui s'imposent pour améliorer nos écoles, nos hôpitaux, nos villes, nos ressources naturelles, notre domaine public".

[5]

Par Leon Keyserling, chef du Council of Economic Advisers sous Truman et chef de file des critiques liberal de Galbraith, qui reprochait à ce dernier de minimiser la pauvreté existante aux Etats-Unis et la nécessité d'une forte augmentation du PIB pour la réduire. De plus, Galbraith ne parlait presque pas dans son livre de la guerre froide et ne se prononçait pas particulièrement en faveur d'une augmentation substantielle des dépenses pour la gagner, alors que c'était un cheval de bataille majeur des liberals.

[6]

Bien que des économistes liberal du Parti démocrate, notamment James Tobin, aient repris et enrichi l'idée, c'est Nixon qui le premier l'a proposée au Congrès.

[7]

Discours inaugural dans lequel on trouve la phrase célèbre connue de tout écolier américain : "Do not ask what your country can do for you, but what you can do for your country."

[8]

Menaces de Khrouchtchev sur Berlin-Ouest.

[9]

Le plan avait été adopté par le Congrès peu de temps avant l'assassinat de Kennedy.

Résumé

Français

"On se souviendra de Ken Galbraith et on le lira encore, tout comme Thorstein Veblen, quand nous autres, les lauréats du prix Nobel, serons enterrés dans des notes de bas de page sous les piles de livres poussiéreux des bibliothèques"

Plan de l'article

  1. Le renouveau de l'idéologie liberal
    1. Les dilemmes de la pensée liberal après la guerre
    2. Un liberalism qualitatif
  2. Le nouvel élan du parti démocrate : la période Kennedy
  3. L'apothéose de la New Economics, malgré elle
    1. Le débat sur la réduction d'impôts
  4. Inflation et politique monétaire
    1. Le contrôle des prix dans la crise de l'acier : la paternité de Galbraith
    2. Galbraith favorable à la baisse des taux d'intérêt

Pour citer cet article

Laguérodie Stéphanie, « Galbraith et le pouvoir économique de John F. Kennedy », L'Économie politique, 4/2005 (no 28), p. 26-42.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2005-4-page-26.htm
DOI : 10.3917/leco.028.0026


Article précédent Pages 26 - 42 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback