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L'Économie politique

2006/1 (no 29)


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Les éloges adressés à Alan Greenspan ne manquant pas, qu'il nous soit permis ici d'insister sur les quelques faiblesses qui ont, aussi, marqué le personnage. Simplement de quoi rendre ce " génie ", ce " magicien ", ce " maestro " de la politique monétaire un peu plus humain.

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Sans conteste, comme l'expliquent tous les auteurs de ce numéro, Alan Greenspan fut de la race des banquiers centraux novateurs, jamais prisonnier de ses principes, " l'homme non seulement des périodes normales, mais aussi des circonstances exceptionnelles ", comme l'écrit Christian de Boissieu. Cette originalité et ce non-conformisme nous apparaissent aujourd'hui d'autant plus forts qu'ils sont mesurés à l'aune du comportement des dirigeants de la Banque du Japon et de ceux de la Banque centrale européenne (BCE).

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Les premiers resteront dans l'histoire de la fin du XXe siècle pour leur incapacité à gérer une bulle boursière et la grave crise bancaire qui s'est ensuivie, ainsi que pour avoir réussi à tuer, par une mauvaise appréciation du contexte macroéconomique, la reprise économique naissante des années 1990.

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Côté européen, la faible réactivité de la politique monétaire faisant face aux treize mouvements de hausse, suivant treize mouvements de baisse (dont on jugera les conséquences plus bas) de la Federal Reserve, laisse l'impression d'une BCE coincée dans un Internet bas débit tandis que Greenspan surfait sur l'ADSL. Et la rigidité idéologique d'un Wim Duisenberg et d'un Jean-Claude Trichet, pétrifiés par la nécessité de maîtriser une inflation inexistante, ne pouvait que donner le statut de héros à leur homologue américain. Selon les mots de Michel Aglietta, " prétendre défendre la stabilité des prix en tolérant un taux de chômage de 9 ou 10 % en permanence et, pire, prétendre que l'on n'y est pour rien parce que c'est la faute de la "rigidité du marché du travail", serait aux Etats-Unis un scandale ".

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Si l'on peut donc relativiser les résultats passés d'Alan Greenspan, il semble bien que les conséquences futures de ses actes soient aussi à prendre en compte. Car le patron de la banque centrale américaine laisse à son successeur un gros cadavre dans le placard, celui de l'éclatement annoncé d'une bulle immobilière. Greenspan a expliqué en 2002 dans un discours marquant pourquoi une banque centrale ne peut rien quand se déclenche une bulle financière spéculative  [1][1] " Economic volatility ", 30 août 2002, disponible sur.... Il n'a pas pour autant expliqué pourquoi une banque centrale se devait de créer elle-même une telle bulle ! C'est bien pourtant ce qui s'est passé ces dernières années. Le krach lent des marchés boursiers américains de 2000-2003 aurait dû inciter les ménages à reconstituer leur épargne, c'est-à-dire consommer moins, ce qui se serait traduit par une baisse de la demande intérieure et de la croissance aux Etats-Unis. Cela ne fut pas le cas, grâce à une forte baisse des taux courts, participant à celle des taux longs, le tout favorisant les emprunts immobiliers des ménages et soutenant la demande interne grâce à la baisse du coût du crédit, puis à l'enrichissement dû à la forte montée des prix immobiliers. Résultat : la dette des ménages dépasse 120 % de leur revenu disponible, la demande interne a soutenu la progression d'un déficit extérieur équivalent à 6,5 % du PIB, et les prix de l'immobilier flambent. Un jour prochain, ces déséquilibres entraîneront une forte chute (des prix des maisons, du dollar de la croissance) dont le monde entier aura du mal à se remettre. Mais ce sera à Ben Bernanke, successeur de Greenspan, de gérer le problème.

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Enfin, Alan Greenspan restera aussi dans l'histoire comme un homme politique très ancré à droite. En 2001 et en 2004, il a fortement soutenu les choix budgétaires du président Bush en faveur de baisses d'impôts pour les plus riches et de baisses de dépenses pour les plus pauvres. Il a également pris position en faveur de la privatisation du système de retraite public américain proposée par le président Bush, sur la base d'une argumentation fallacieuse destinée à cacher une attaque frontale des conservateurs contre l'Etat-providence  [2][2] Voir, " Retraites : le mauvais plan de Bush ", Alternatives.... Ne l'oublions pas, l'ère Greenspan aura été celle d'une forte croissance, d'une faible inflation, d'un chômage faible... et d'un niveau d'inégalités sociales comme rarement les Etats-Unis en ont connu.

Notes

[1]

" Economic volatility ", 30 août 2002, disponible sur www. federalreserve. gov

[2]

Voir, " Retraites : le mauvais plan de Bush ", Alternatives Economiques n? 233, février 2005.

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « Les deux faces de Greenspan », L'Économie politique, 1/2006 (no 29), p. 5-6.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2006-1-page-5.htm
DOI : 10.3917/leco.029.0005


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