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L'Économie politique

2006/2 (no 30)


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La Banque mondiale change. Du moins, ce qu'elle écrit change. Après avoir oeuvré comme l'un des hauts lieux mondiaux de la propagation d'une idéologie libérale où l'analyse économique suffisait à expliquer le monde et où le salut des pays pauvres ne pouvait passer que par le renforcement des forces du marché, le ton semble désormais différent.

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On en avait eu un écho l'an dernier, lorsqu'un rapport consacré à expliquer la faiblesse de la croissance au Sud durant la décennie1990 contestait les vertus supposées de la libéralisation commer ciale et financière pour les pays en développement [[1]][[1]] Roberto Zagha (dir.), Economic Growth in the 1990s:.... Plusieurs études du Fonds monétaire international (FMI) parues à peu près en même temps sur le sujet en restaient, elles, à mettre la faute sur le dos des dirigeants du Sud, qui n'auraient pas été assez loin dans la mise en oeuvre des réformes du consensus de Washington. Le changement qui se fait jour à la Banque mondiale apparaît ainsi d'autant plus réel lorsque l'on compare les deux institutions [[2]][[2]] Voir Dani Rodrik, "Goodbye Washington consensus, hello....

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Jean Coussy montre ici que le rapport de l'an dernier n'était pas une anomalie. Il s'inscrit dans une évolution du cadre conceptuel de la Banque mondiale dont on peut trouver trace depuis plusieurs années. Après avoir dédaigné toute approche des questions de développement qui sortait du cadre strict de la science économique, la Banque s'est faite le héraut d'une "nouvelle économie politique" destinée à souligner combien les acteurs politiques -en fait, les Etats, les acteurs économiques privés ne faisant, comme chacun le sait, pas de politique- pouvaient casser le bon fonctionnement des marchés. L'institution tend désormais à reconnaître que la politique ne se résume pas à la défaillance des Etats, qu'une transition à l'économie de marché a des effets redistributifs et que les conditions politiques et sociales d'un pays ont autant d'importance pour sa trajectoire de développement que sa situation économique. Ce que confirme l'analyse présentée ici par Jean-Pierre Cling et alii du Rapport sur le développement dans le monde 2006, consacré à l'équité.

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Pour autant, la Banque mondiale n'a pas encore réalisé sa révolution copernicienne. Ha-Joon Chang montre qu'elle reste loin, avec le FMI, de saisir la complexité des relations existantes entre les institutions d'un pays et son développement. Surtout, sur le plan des politiques concrètes demandées aux pays du Sud, ses représentants sur le terrain en restent le plus souvent à la vieille approche de l'ajustement structurel classique. Jean-Pierre Cling et alii soulignent la frilosité des propositions d'actions concrètes pour développer l'égalité des chances. Elizabeth Bast et David Waskow démontrent que, déclarant se battre en faveur du développement durable, la Banque mondiale s'est en fait fixé des objectifs extrêmement modestes -qu'elle ne remplit même pas- en matière de promotion de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables. Dani Rodrik découvre de son côté "combien il est difficile de détacher les économistes en charge du suivi des pays à la Banque de la liste type des réformes du consensus de Washington"[[3]][[3]] Idem....

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La Banque mondiale est donc désormais confrontée à trois avenirs possibles. Soit son ouverture vers la prise en compte des dimensions sociopolitiques du développement n'est qu'un effet de mode, et sa crédibilité et sa légitimité, déjà bien entamées, s'effon dreront. Soit la Banque devient le lieu d'une bataille rangée entre sa partie la plus innovante et l'inertie de ses vieilles équipes, et les autres institutions internationales auront de grandes chances de se partager ses dépouilles. Soit la Banque mondiale devient progressivement l'un des lieux de formation d'un nouveau consensus idéologique, source de nouvelles politiques, où une véritable économie politique du développement pourra succéder à une science économique orthodoxe en perte de vitesse et où la croyance dans la magie universelle du marché sera remplacée par la définition de politiques s'appuyant sur une connaissance fine des réalités locales. Que cette dernière voie appartienne désormais au champ des possibles est un premier signe d'espoir.

Notes

[1]

Roberto Zagha (dir.), Economic Growth in the 1990s: Learning From a Decade of Reform, Washington DC, World Bank, 2005.

[2]

Voir Dani Rodrik, "Goodbye Washington consensus, hello Washington confusion?", Journal of Economic Literature, 2006, à paraître.

[3]

Idem.

Résumé

Français

La Banque mondiale change. Du moins, ce qu'elle écrit change. Après avoir oeuvré comme l'un des hauts lieux mondiaux de la propagation d'une idéologie libérale où l'analyse économique suffisait à expliquer le monde et où le salut des pays pauvres ne pouvait passer que par le renforcement des forces du marché, le ton semble désormais différent.

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « Trois scénarios pour la Banque mondiale », L'Économie politique, 2/2006 (no 30), p. 5-6.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2006-2-page-5.htm
DOI : 10.3917/leco.030.0005


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