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L'Économie politique

2006/3 (no 31)


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Que dire du texte de Keynes sur l'autosuffisance nationale ? Qu'il est à l'image de beaucoup d'autres écrits du même auteur. Ceux qui l'apprécient lui trouveront la plume alerte, brillante, et goûteront les fulgurances intellectuelles. Ils noteront la hauteur de vue qui s'accompagne de pragmatisme et une audace dans la répudiation des modes de pensée anciens, toute enveloppée de prudences. Ceux qui n'aiment pas Keynes, ou plus simplement la thèse qu'il défend ici, auront beau jeu de dénoncer des convictions douteuses ou datées (exemple parmi beaucoup d'autres, celles portant sur l'abaissement nécessaire des taux d'intérêt), un argumentaire souvent ambigu, parfois confus, voire contradictoire. L'éloge final de la baisse des tarifs douaniers, consécutif à celui de l'autosuffisance, fera peut-être resurgir une anecdote, vraie ou fausse, mais célèbre. Un Premier ministre britannique (Churchill ?), à qui l'on demandait ce qu'il pensait du comité de cinq économistes qui le conseillait, aurait répondu : "C'est un groupe remarquable. Pour chaque question que je pose, j'obtiens six avis différents : Mr Keynes a toujours deux réponses." Trêve de plaisanterie, mais en lisant ce texte, n'oublions pas que les idées de Keynes, sur ce sujet comme sur d'autres, ont été mouvantes.

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Revenons au texte, d'abord pour dire, sans ambiguïté, que le grand esprit y perce à chaque moment. Cependant la question posée ici n'est pas celle du génie de Keynes, mais du crédit qu'il faut aujourd'hui accorder à l'argumentaire qu'il développe sur une question, l'autosuffisance des nations, qui est au coeur de notre actualité. L'interrogation porte donc sur la pertinence de l'analyse en son temps, mais aussi et surtout sur la légitimité de sa transposition, et de celle de ses conclusions décapantes, dans le débat contemporain sur la mondialisation.

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De ce point de vue, ce texte m'apparaît à la fois actuel et daté. Le contexte politique, mais aussi l'argumentaire, sont largement inactuels. Mais la tonalité politique et la posture intellectuelle nous intéressent plus que jamais. Examinons ces points successivement.

Un contexte politique, des préoccupations et un argumentaire datés

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Le contexte politique dans lequel l'analyse s'inscrit est très éloigné de notre actualité. La rétraction du commerce, dont Keynes prend acte et qu'il considère comme une réponse plausible aux difficultés du temps, prend place dans un contexte de montée de régimes autoritaires qui favorisent cette rétraction. Certes, le XXIe siècle s'est ouvert sur une montée dramatique de la tension politique (le 11 Septembre, l'Irak...) qui fait quelque peu écho à un face à face Nord-Sud, aujourd'hui à l'arrière-plan du débat de politique économique sur la mondialisation. Pourtant, les similitudes entre la situation des années 1930 et la nôtre sont ténues. Et il ne serait pas sérieux par exemple de voir dans le "patriotisme économique", qui déplaît beaucoup ici ou là, les prémices d'un nationalisme exacerbé. La même remarque vaut plus encore pour l'argumentaire altermondialiste hostile à la "mondialisation libérale", même si son internationalisme est traversé de contradictions.

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Cette inactualité du contexte s'accompagne d'une inactualité d'une partie de l'argumentaire. Certes, beaucoup de ce que dit Keynes peut être entendu dans notre débat contemporain. "Si l'on pouvait éviter les fuites de capitaux, les politiques intérieures seraient plus faciles à déterminer" est un avertissement que les tenants du "consensus de Washington" auraient gagné à méditer plus longuement. La critique du gouvernement d'entreprise est un élément de réflexion dans un débat contemporain dont seuls les idéologues et les naïfs croient qu'il est définitivement tranché [1][1] Blaise Leenhardt m'a fait remarquer combien la suspicion.... Et les offenses à la nature n'ont pas cessé, conséquences certes d'un calcul économique individuel qui ne prend pas en compte spontanément les "externalités" [2][2] Mais, au niveau du calcul économique public, tout du..., mais aussi d'une défaillance des institutions et des volontés politiques confrontées à des défis mondialisés de grande ampleur comme l'effet de serre.

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Mais en 1933, nous sortons de la grande crise, ne l'oublions pas, et la question lourde est celle de la régulation de l'activité économique globale. La crise a montré les limites d'une trop grande confiance dans le marché, et au premier rang des accusés figurent un certain laisser-faire, les excès prêtés aux politiques de la concurrence et la mobilité des capitaux. La préoccupation de Keynes porte sur la régulation économique de l'activité globale, en particulier dans sa dimension conjoncturelle. Keynes met en balance les gains à l'échange, auxquels il croit, et les avantages qu'il perçoit dans une maîtrise nationale de la régulation. Ni sa vision des avantages de l'échange, ni celle des avantages de la maîtrise nationale de la régulation ne sont aujourd'hui convaincantes.

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Prenons le second point. L'idée que les échanges internationaux puissent compromettre gravement la régulation de l'activité économique interne et la politique conjoncturelle laisse aujourd'hui sceptique. Non pas seulement parce que l'analyse des mécanismes qui accréditent, par exemple, le caractère déstabilisateur des mouvements de capitaux est, c'est un euphémisme, hésitante (pour Keynes, c'est l'époque de la gestation difficile de la Théorie générale[3][3] Au-delà de la Théorie générale, on peut proposer aujourd'hui...), mais plus fondamentalement parce que la thèse paraît réfutée par le passé récent : l'ouverture des économies au cours des Trente Glorieuses s'est accompagnée de performances inédites en termes de croissance et d'emploi. L'accroissement de l'ouverture aujourd'hui va de pair avec une rétraction de la croissance, mais personne ou presque n'y voit d'abord l'ombre portée d'une perte de la maîtrise nationale des politiques macroéconomiques (et ce même si, en la matière, l'on regrette souvent une imparfaite coordination internationale desdites politiques). Les théoriciens des cycles réels affirment imperturbablement que l'économie tend vers l'équilibre, prenant comme hypothèse ce qui reste, pour les théoriciens exigeants, une conjecture qu'ils n'ont pas réussi à démontrer. Plus prudents, les conseillers du prince continuent à voir des mérites à certaines recettes qualifiées de keynésiennes mais se gardent de prendre de front les modèles dominants. Voilà, pensera-t-on, un bon moment pour les Cassandre et les iconoclastes de prédire une crise majeure, conséquence de la mauvaise coordination des politiques conjoncturelles des partenaires d'une mondialisation en pleine expansion. On n'entend rien de tel. Certes les crises financières nourrissent des craintes récurrentes, qui donnent une tonalité contemporaine au texte. Mais à l'obsession qui nourrit les propos de Keynes s'est substituée une confiance dans notre capacité collective à gérer, sans trop de dégâts, l'équilibre macro économique d'un système très interdépendant. Le traumatisme de l'après-1929 est bien passé.

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Les propos de Keynes sont aussi très inactuels pour ce qui concerne les bénéfices de la mondialisation. Notons d'abord -c'est un peu secondaire mais instructif- qu'il ne voit que des avantages marginaux à des échanges entre pays dotés de ressources en facteurs comparables -il pense aux pays développés, et qui ont des avantages comparés similaires. La "nouvelle" théorie du commerce international souligne justement que, dans ce cas, le bénéfice de l'échange provient de l'accroissement de la différenciation des produits, suscitée par l'apparition dans chaque territoire des qualités présentes chez son voisin. L'argu ment n'aurait sans doute pas convaincu Keynes et il a été surfait, même s'il est beaucoup plus vrai aujourd'hui qu'hier. Mais ce n'est pas le point important. Keynes porte essentiellement son attention sur l'échange entre pays de niveaux de développement semblables.

Loin des problèmes actuels de la libéralisation des échanges...

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La grande question aujourd'hui est celle de l'effet du commerce entre pays développés et pays en développement. Les apologues de la mondialisation nous expliquent que son effet sera un effet de spécialisation qui crée des richesses selon des canaux standards : les Chinois fabriquent des textiles, nous fabriquons des Airbus, et ceci est mutuellement avantageux. D'ailleurs, nous explique-t-on, les exportations allemandes vers la Chine connaissent un boom, signe que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Les tenants d'une vision cauchemardesque de la mondialisation y voient les prémices d'un éclatement des sociétés développées, dont les moins qualifiés verraient à l'avenir "leur salaire fixé à Pékin". Les uns mettent l'accent sur l'effet richesse, les autres sur l'effet distribution du revenu. Tant la théorie que l'histoire nous enseignent qu'il s'agit bien là des deux faces d'un même phénomène. La mondialisation du XIXe siècle a créé des richesses, mais a aussi agi sur les rémunérations des facteurs  [4][4] Voir Kevin H. O'Rourke et Jeffrey G. Williamson, Globalization.... L'effet Heckscher-Ohlin (l'échange fait monter le prix, faible en autarcie, des ressources dont le pays partenaire est détenteur en grande quantité, et baisser le prix, élevé en autarcie, d'un facteur dont le pays partenaire est faiblement doté) a été illustré de façon spectaculaire dans le cas de la terre : son prix réel a été multiplié, sur une période de cinq ou six décennies au XIXe siècle, par un facteur 5 en Australie et divisé par deux en Angleterre. Le réservoir de main-d'oeuvre chinois et indien, aujourd'hui, n'est pas sans analogie avec la terre australienne au XIXe. Il n'est pas déraisonnable de penser que le prix réel du travail chinois sera multiplié par cinq dans les prochaines décennies ; personne ne prédit que le salaire réel des non-qualifiés dans les pays développés sera divisé par deux! Mais chacun s'interroge : si la mondialisation faisait bien diminuer l'inégalité entre les nations, comme on nous le promet, mais accroissait l'inégalité au sein des nations [5][5] Voir par exemple François Bourguignon et Roger Guesnerie,..., et en particulier dans les pays riches ? Tout ceci n'est évidemment pas dans Keynes.

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Ajoutons que l'économie politique du problème, dont Keynes ne dit rien, même s'il n'est pas indifférent au sort des plus démunis, met en scène aujourd'hui les gagnants et les perdants de la mondialisation au Nord et au Sud. Mais, novation essentielle, une partie des pays du Sud, ou tout du moins de ses élites, répudiant une pensée marxiste adoptée au temps de la décolonisation, met son espoir dans l'extension du marché.

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Le constat peut sembler sans appel ; sur la question de la mondialisation, Keynes ne dit rien qui nous touche très directement. Le contexte politique est aujourd'hui différent et le débat intellectuel n'est pas là où il le situe. Il s'agit pourtant d'une conclusion superficielle. Le texte de Keynes interpelle bien notre époque à deux niveaux.

Un message politique d'actualité

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Le message politique me paraît d'actualité, à une époque où la social-démocratie européenne est tétanisée par le débat sur la mondialisation, paralysée par le sentiment de culpabilité que lui distillent habilement les partisans de l'ouverture à tout crin : la réticence à l'extension du marché est, susurrent-ils, péché contre l'internationalisme politique dont la gauche se réclame. Cette musique se décline sur plusieurs registres, auxquels Keynes consacre une attention inégale, même s'il les examine tous. Premier registre : libre-échange égale prospérité, paix et développement. Keynes s'inscrit en faux contre un argument dont il récuse la validité historique : le "doux commerce" de la première mondialisation n'a pas empêché la guerre de 1914 et, ajoutons, ni celle de 1870. Sans prétendre aller plus loin dans cette question, notons qu'elle reste une question vivante du débat intellectuel contemporain [6][6] Le débat intellectuel sur les effets du "doux commerce".... Deuxième registre : le goût du libre-échange vient en corollaire de l'ouverture au monde. Keynes, tombé enfant dans la potion magique du libre-échange, rétorque que le libre-échange est un moyen dont il faut apprécier l'effectivité, en regard d'autres moyens, pour la réalisation d'objectifs d'effi cacité et de justice internationale. Troisième registre : le refus du commerce est une mauvaise politique parce qu'elle a été historiquement le fait des adversaires de la démocratie. Affirmation par ailleurs fort discutable, mais que Keynes prend de front. Son argumentaire pour l'autosuffisance, qu'il destine à son propre pays n'est nullement dicté par un quelconque aveuglement politique. Sa critique de la Russie est étonnamment lucide, particulièrement si on la met en regard de la cécité des intellectuels de son époque. La place plus grande accordée au cas soviétique, la plus grande assurance dans le jugement reflètent simplement que le texte a été écrit en 1933. Il voit déjà, lucidité loin d'être largement partagée à l'époque, l'Allemagne à la merci d'"irresponsables déchaînés", et son analyse féroce des méfaits de l'intolérance s'applique aussi bien à l'Union soviétique qu'à l'Allemagne ou à l'Italie. Pourtant, il ne juge pas que le fait que des adversaires détestables aient adopté telle ou telle politique suffise à la discréditer. Peut-être pense-t-il même que des hommes ou des groupes détestables prennent appui, pour s'emparer du pouvoir, sur des politiques raisonnables que les hommes raisonnables abusés ont délaissées...

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On n'est pas obligé de suivre Keynes sur chacun de ces points. Mais son engagement internationaliste n'est pas suspect, et ses amis du groupe de Bloomsbury appartiennent à une frange de la société anglaise à laquelle le qualificatif de "progressiste" convient certainement [7][7] Une conversation avec Antoine Rebeyrol m'a permis de.... Ainsi, à la légitimité intellectuelle du texte, à celle que donne la compétence de son auteur, s'ajoutent, au-delà des amitiés, une sensibilité et donc une légitimité politique clairement "de gauche". En ce sens, le texte interpelle aujourd'hui la social-démocratie européenne, et l'invite à réfléchir sur la mondialisation en dehors des intimidations et des fantasmes. Elle l'invite à éviter, sous couvert de modernité, de tomber dans les rets des adversaires des plus implacables du compromis avec le marché qu'elle a mis en place. Sa tâche n'en sera pas pour autant facile : il lui faut chercher à comprendre et concilier les intérêts éventuellement divergents du Nord et du Sud, décider de l'attention qu'elle accorde chez elle, aux laissés pour compte de la mondialisation. Il lui faut éviter de jeter le bébé, l'Etat-nation, sur lequel elle a appuyé historiquement sa conciliation du marché et du social, avec l'eau du bain, certaines illusions sur l'identification de l'efficacité de l'action publique à la mise en place de gros bataillons peu manoeuvrables. Il lui faut comprendre et faire valoir la complémentarité de l'Etat-nation et de la mondialisation [8][8] Voir le dernier chapitre de la version augmentée de.... Vaste programme qui nous ramène à une seconde dimension de l'actualité du texte de Keynes.

Un appel à la lucidité indémodable

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Le deuxième message, plus que jamais d'actualité est l'appel à la lucidité intellectuelle. Il s'adresse aussi aux politiques, mais plus encore à ceux qui, dans les organisations, les universités, les think tanks, la presse, pensent notre mondialisation. La lucidité est un combat permanent, et Keynes évoque une éducation qui lui a inculqué les leçons de Ricardo et l'a convaincu que la supériorité anglaise est le fruit d'une adhésion aux principes du libre-échange. Il en "rajoute" peut-être dans ce registre, semblant ignorer les controverses intellectuelles, sur ce sujet comme sur d'autres, entre Ricardo et Cobden, d'une part, et Malthus, d'autre part, et passer sous silence que, cinquante ans après l'abrogation des lois sur les céréales, l'Angleterre pionnière et grande bénéficiaire de la première mondialisation s'interrogeait sur les mérites de la "préférence impériale".

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Mais Keynes rappelle, si besoin était, que le dépassement des schémas intellectuels périmés passe par leur maîtrise intellectuelle. C'est la mise en cause de la forme simple et, dans les circonstances historiques indiquées, simpliste de la loi de l'offre et de la demande appliquée aux salaires qui a guidé sa réflexion sur le rôle de la demande dans la régulation de l'activité économique. A d'autres temps, autres vérités et autres problèmes. C'est en allant au-delà du paradigme de l'échange entre nations mutuellement avantageux, fût-il amélioré par la compréhension ricardienne de certaines vertus de la spécialisation, que l'on peut comprendre notre mondialisation. Il faut enfin réfléchir à la dynamique de la spécialisation dans un univers de progrès technique. Les penseurs hétérodoxes avaient autrefois largement souligné ce point sans convaincre : les erreurs de raisonnement fourmillent trop dans Arghiri Emmanuel pour qu'il nous persuade que "l'échange est inégal". C'est pourtant une problématique inter-temporelle, qui n'est pas sans rapport avec celle qui vient d'être rappelée, que reprend l'analyse récente de Samuelson sur les mérites à terme de la spécialisation : l'accent qu'il met sur la disparition inéluctable des gains à l'échange a suscité débats et polémiques, lesquels à vrai dire ne touchent que la partie émergée de l'iceberg  [9][9] Voir par exemple mon article dans la Revue économique.... L'affaire, dans son ensemble, est d'autant plus difficile à régler qu'elle interfère avec l'un des autres grands problèmes de notre mondialisation, la modification des revenus qu'elle induit, et ceci dans un contexte de progrès technique "endogène", au sens où il participe de la réponse du Nord à la concurrence du Sud.

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Qu'en conclure ? Que ceux qui décident et conseillent réagissent à l'assoupissement intellectuel que procurent des schémas rassurants parce que simples, trop rassurants parce que trop simples. Dans une mondialisation à marche forcée, selon un modèle uniforme [10][10] Antoine d'Autume m'a fait justement remarquer que les... qui, selon Joseph Stiglitz, brutalise les pays du Sud tout en créant des tensions internes dans les pays du Nord, ils doivent chercher des compromis mutuellement avantageux, non nécessairement dans la seule direction de la marche forcée vers le démantèlement des barrières tarifaires, mais, pourquoi pas, dans la recherche des concessions - mieux vaut-il peut être ne pas les appeler "protections", mutuellement consenties et mutuellement avantageuses. Pas seulement plus de commerce, mais aussi mieux de commerce... Peut-être, en tout cas, est-ce ce que penserait, avec son humeur d'hier, Keynes aujourd'hui ?

Notes

[1]

Blaise Leenhardt m'a fait remarquer combien la suspicion dans laquelle Keynes tient ce que l'on appelle aujourd'hui "l'opinion des marchés" est prégnante dans le texte.

[2]

Mais, au niveau du calcul économique public, tout du moins, on a beaucoup corrigé le tir par rapport au temps de Keynes.

[3]

Au-delà de la Théorie générale, on peut proposer aujourd'hui des formulations plus rigoureuses des intuitions de Keynes, formulations qui soulignent les conditions éventuellement restrictives qui les déterminent.

[4]

Voir Kevin H. O'Rourke et Jeffrey G. Williamson, Globalization and History : the Evolution of a Nineteenth-Century Atlantic Economy, MIT Press, 1999.

[5]

Voir par exemple François Bourguignon et Roger Guesnerie, "L'économie mondialisée : moins d'inégalité entre les nations, plus d'inégalité au sein des nations ?", conférence présentée pour le 50eanniversaire de l'EHESS (ronéoté, 1998).

[6]

Le débat intellectuel sur les effets du "doux commerce" se poursuit. Récemment, Philippe Martin, Thierry Mayer et Mathias Thoenig ont défendu l'idée que, dans le contexte de l'après-guerre, le commerce avait pu accroître les probabilités de conflits locaux et faire décroître la probabilité de conflit généralisé. Voir La mondialisation est-elle un facteur de paix ?, coll. du Cepremap, Editions de la Rue d'Ulm, 2006.

[7]

Une conversation avec Antoine Rebeyrol m'a permis de préciser mon information sur ce sujet et sur d'autres. Il n'est évidemment pas responsable des interprétations qui sont faites ici.

[8]

Voir le dernier chapitre de la version augmentée de mon petit ouvrage L'Economie de marché, éd.Le Pommier, 2006.

[9]

Voir par exemple mon article dans la Revue économique "Peut-on toujours redistribuer les gains à la spécialisation et à l'échange ? Un retour en pointillé sur Ricardo et Heckscher-Ohlin", vol. 49, n?3, mai 1998.

[10]

Antoine d'Autume m'a fait justement remarquer que les arguments de Keynes sur les mérites de la diversité ont un écho dans la littérature récente : sans aller jusqu'à suggérer le droit d'expérimenter des systèmes politiques et économiques nouveaux, Dani Rodrik, dans Has Globalization Gone Too Far ? (Institute for International Economics, Washington DC, 1997), fonde en partie son analyse sur le souci qu'il juge légitime de préserver des systèmes sociaux différents.

Plan de l'article

  1. Un contexte politique, des préoccupations et un argumentaire datés
  2. Loin des problèmes actuels de la libéralisation des échanges...
  3. Un message politique d'actualité
  4. Un appel à la lucidité indémodable

Pour citer cet article

Guesnerie Roger, « Un message politique d'actualité », L'Économie politique 3/2006 (no 31) , p. 31-38
URL : www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2006-3-page-31.htm.
DOI : 10.3917/leco.031.0031.


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