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L'Économie politique

2006/4 (no 32)


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Au cours des vingt-cinq dernières années, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale ont conditionné leur aide financière aux pays du Sud en difficulté à la mise en oeuvre de programmes de réformes libérales. Certains pays ont ainsi suivi ce genre de politiques sur une période allant de dix à vingt ans, un espace de temps suffisamment long pour juger de la pertinence du projet : FMI et Banque mondiale ont-ils réussi à imposer le libéralisme économique aux pays dans lesquels ils sont intervenus ? La réponse de ce dossier est claire : c'est non.

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La Russie représente le cas extrême où le "romantisme du marché", comme l'avait qualifié le Premier ministre Viktor Tchernomyrdine, a été le plus fort. Une croyance, comme l'explique ici François Benaroya, dans la capacité à imposer un marché efficace et optimal en un claquement de doigts. C'est en fait à peu près le temps qu'il a fallu (six mois) aux hommes politiques russes pour comprendre qu'une société et une économie ne se réforment pas à partir d'un modèle idéologique "tout prêt" tel que décrit dans les revues univer sitaires des pays occidentaux. Aujourd'hui, l'Etat joue un rôle central dans l'économie russe : il intervient dans le secteur productif, financier, dans les médias, etc. Et les enquêtes d'opinion montrent que les Russes sont (avec les Argentins et les Français) ceux qui croient le moins au monde aux vertus du libéralisme économique. Le libéralisme économique ne s'impose pas par la force.

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Le cas des pays africains est plus original. Ils ont critiqué dès le début les réformes que voulaient leur imposer les institutions de Washington, sur les plans aussi bien politique qu'économique, explique dans son article Jean Coussy. Avant de mettre en avant aujourd'hui un discours bien plus libéral, au moment même où la croyance dans les vertus du libéralisme paraît moins forte (voir l'édi torial de ce numéro). En fait, l'Afrique montre combien les relations entre les institutions internationales et les Etats sont faites de compromis : les premières acceptent finalement d'apporter un soutien financier durable à des pays qui, concrètement, se libéralisent peu, tandis que les seconds acceptent de faire croire qu'ils se libéralisent en privatisant - mais les entreprises sont rachetées en sous-main par les élites publiques -, en ouvrant les frontières - mais il faut payer en sous-main pour que les produits puissent entrer -, etc.

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De ce point de vue, la contribution précise et détaillée de Béatrice Hibou sur la Tunisie éclaire de façon étonnante la façon dont un pays peut connaître une situation de libéralisation sans libéralisme. Sur le papier, pas de meilleur élève libéral qu'une Tunisie sortant de deux décennies d'ajustement structurel. Concrètement, c'est un pays où le poids de la régulation étatique reste fort, la bureaucratie interventionniste, le commerce et les investissements étrangers contrôlés. Quand il est mis en oeuvre, le libéralisme économique est souvent dénaturé.

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Reste le cas de l'Amérique latine. Les pays de la région semblent avoir été les meilleurs élèves des institutions de Bretton Woods. Mal leur en a pris : de tous les pays émergents, ce sont ceux qui ont connu les taux de croissance les plus faibles et les plus volatils, les inégalités sociales les plus fortes, l'insertion dans les échanges commerciaux internationaux la moins réussie. C'est le constat que fait ici Pierre Salama. Il est partagé par Jeromin Zettelmeyer, un économiste du FMI, dans une étude récente  [[1]][[1]] Jeromin Zettelmeyer, "Growth and reforms in Latin America :.... Zettelmeyer refuse de faire endosser au libéralisme économique la responsabilité de cette situation désastreuse. Mais il montre également que les arguments de ceux qui disent que l'Amérique latine connaît des échecs car elle n'est pas assez libérale sont sans fondements. Passant en revue une très vaste littérature cherchant à expliquer les déboires latino-américains, il en conclut qu'aucune explication et donc aucune recommandation de politique publique ne fait plus aujourd'hui consensus. Une situation fort différente de celle des années 1980 et 1990, où le libéralisme du "consensus de Washing ton" dominait le débat idéologique. Une époque révolue.

Notes

[1]

Jeromin Zettelmeyer, "Growth and reforms in Latin America : a survey of facts and arguments", IMF Working Paper n?WP/06/210, septembre 2006 (disponible à l'adresse www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2006/wp06210.pdf).

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « Introduction », L'Économie politique, 4/2006 (no 32), p. 6-8.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2006-4-page-6.htm
DOI : 10.3917/leco.032.0006


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