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L'Économie politique

2006/4 (no 32)


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En Europe, nous apprenons l'économie par l'intermédiaire d'enseignants qui, nourris du goût hexagonal pour les mathématiques, vivent généralement, pour les meilleurs d'entre eux, avec un complexe profond vis-à-vis des Américains. Certains ont fait le voyage, sont revenus. Au lieu d'accueillir l'expérience de bonheur intellectuel qu'ils ont forcément eue au contact des Etats-Unis, et d'essayer de la transmettre, il n'est pas rare de constater qu'ils ont développé une sorte de culpabilité. De retour chez eux, ces économistes ont dû se remettre à l'échelle du pays : les courbes sont devenues des courbettes." Ainsi s'exprimait en 2002, dans les pages de cette revue, le professeur d'économie Marc Flandreau. Il nous a donc semblé intéressant d'aller voir ce qui se passe, en ce moment, de l'autre côté de l'Atlantique en matière d'idées économiques. Notamment au sein du plus prestigieux -et sûrement du plus riche, à tous les sens du terme- département d'économie des Etats-Unis, celui de l'université de Harvard.

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On peut retirer trois enseignements principaux de ce voyage. Le premier est que la macroéconomie intéresse de moins en moins. Les étudiants des sept plus grands départements d'économie américains ne croient pas que leur rôle soit de s'impliquer dans les grands débats de politiques publiques. Ils se voient comme des techniciens - experts dont le travail consiste à produire des études empiriques sur des sujets pointus et à livrer l'ensemble des choix possibles aux décideurs. Le type de travaux que l'on peut lire dans Freakonomics, le livre de Steven Levitt et Stephen Dubner (Denoël, 2006). Le premier, icône de cette nouvelle génération d'économistes, affirme ainsi dans le New York Times: "Nous avons perdu notre confiance dans la capacité à utiliser les outils de la science économique pour gérer l'économie et nous sommes passés à une approche plus microéconomique du monde. Nous pouvons vous dire si la présence de syndicats augmente la productivité, contraint l'innovation ou pousse les salaires à la hausse, mais nous répugnons à juger si les compromis passés sont bons ou mauvais." Chercher à remédier aux dysfonctionnements nationaux ou globaux des économies n'intéresse plus les économistes, qui préfèrent passer sous la table les débats de société. Un retournement complet par rapport à un Roger Guesnerie, titulaire de la chaire d'économie au collège de France, ou un Joseph Stiglitz, qui avouent avoir choisi de faire des études d'éco nomie pour comprendre le monde et essayer de le changer.

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Pour faire des études empiriques, il faut tout de même disposer de quelques concepts qui permettent d'appréhender la réalité. Le second enseignement de ce voyage est que les théories économiques ne sont plus considérées que comme une succession de boîtes à outils dans lesquelles on peut puiser indifféremment en fonction des besoins de l'analyse. La chose est d'autant plus possible que, troisième leçon, l'approche néoclassique standard, celle que l'on enseigne dans les premières années, est maintenant accommodée à toutes les sauces, permettant, comme le montre la pluralité des recherches à Harvard, de défendre ensuite des agendas politiques de gauche ou de droite, en fonction des choix de chacun.

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A force de vouloir devenir une expertise dépolitisée, la science économique laisse finalement de plus en plus de place à l'idéologie, d'où qu'elle vienne.

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « Introduction », L'Économie politique 4/2006 (no 32) , p. 69-70
URL : www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2006-4-page-69.htm.
DOI : 10.3917/leco.032.0069.


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