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L'Économie politique

2007/2 (n° 34)


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Quelles valeurs et quelle strategie pour la gauche face à la mondialisation ? La question est au coeur des débats menés par les partis, les associations et les mouvements altermondialistes. Elle est aussi un thème de discussions " scientifiques " relevant de champs disciplinaires hétérogènes, où se confrontent des diagnostics parfois contradictoires. La mondialisation est en outre une idée diffusée par les médias et que les gouvernements mobilisent pour justifier leurs choix économiques. Le terme même de mondialisation, et plus encore de globalisation, est parfois considéré comme l'emblème trompeur de l'idéologie néo-libérale. Deux figures intellectuelles de gauche, Pierre Bourdieu et Paul Hirst, ont ainsi parlé du " mythe " de la globalisation [Bourdieu, 1998 et 2001 ; Hirst et Thompson, 1996 ; Hirst, 1997]. Pour Bourdieu, ce mythe a permis aux détenteurs du capital et à leurs idéologues de travestir en processus irréversible le choix politique d'en finir avec l'Etat social. Quant à Hirst, il a souligné l'imposture de l'idéologie néo-libérale de la globalisation, bien illustrée par le " gourou " du management Kenichi Ohmae, célébrant le marché mondial comme un processus abolissant l'action jugée néfaste des Etats. La gauche modérée, déplore Hirst, a accompagné cette tendance : comme l'ancien ministre du Travail américain Robert Reich dans son livre The Work of Nations (1992), elle pense que les politiques du Welfare State ne sont plus viables et qu'il faut baisser la protection sociale pour attirer les capitaux internationaux. Mais la gauche s'égare, avertit Hirst, en prolongeant cette idéologie : en vérité, les Etats jouent encore un rôle clé dans l'économie et la protection sociale, les multinationales gardent un ancrage national, et les échanges restent largement intracontinentaux. En outre, dès la fin du XIXe siècle, il y a eu un essor général de la mondialisation à bien des égards plus significatif.

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Quoi qu'il en soit, si la vision néo-libérale est mensongère, des évolutions ont bien eu lieu au niveau mondial. Ainsi, Bourdieu souligne que les Etats sociaux sont " minés " par les forces financières internationales, sous l'influence prédominante des Etats-Unis, et soutient que la riposte résidera certes dans la défense de l'Etat national, mais aussi, précise-t-il, dans un " Etat supranational ". A l'échelle de l'Europe, ces luttes nécessiteront la construction d'une " confédération syndicale unifiée " porteuse d'un " mouvement social européen ". De son côté, Hirst juge souhaitable une coordination étroite des politiques économiques des Etats et l'avènement d'une société civile mondiale portée par les associations. Ainsi, même les auteurs qui ont le plus vivement réfuté le " mythe " néo-libéral de la globalisation ont également reconnu la réalité, sous certains aspects, de la mondialisation en cours, au point d'en appeler à une stratégie des forces de gauche sur les plans mondial et européen, liant étroitement les deux niveaux d'action. D'où l'intérêt d'examiner quels peuvent être les traits d'une gauche qui situe résolument sa pensée et son action par-delà le seul cadre national.

Qu'est-ce qu'une gauche européenne et cosmopolitique ?

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L'objectif de redéfinir une orientation de gauche dans un sens européen et même mondial anime en effet tout un pan de la réflexion contemporaine. Ainsi, pour l'historien Massimo Salvadori [2001], il y a une " occasion socialiste à l'ère de la globalisation " : le développement économique ayant atteint un nouveau degré d'internationalisation, des règles efficaces pour le réguler impliquent de dépasser le niveau national. L'Internationale socialiste devrait donc lutter pour " exporter " les droits sociaux là où la main-d'oeuvre subit " la plus dure et incivile exploitation du capital ".

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Mais c'est surtout en Allemagne, avec Jürgen Habermas et Ulrich Beck, que la théorisation d'une nouvelle gauche européenne et cosmopolitique a été entreprise. Pour Habermas, devant la mondialisation, il y a deux réponses " globales " et deux réponses " différenciées " [Habermas, 2000]. L'une d'elles accompagne la mondialisation néo-libérale : défendant une politique économique de l'offre, elle plaide pour un " Etat entrepreneur " adapté au marché mondial et renonçant à protéger la société. La seconde solution globale réagit par une politique de " retranchement " : ce choix protectionniste, qui nourrit l'hostilité à la diversité culturelle, fragilise les idéaux démocratiques égalitaires et universalistes. Son échec est inévitable dans une économie libéralisée dont les règles résultent pour partie de négociations politiques entre Etats.

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D'où l'impératif de réponses " différenciées ". La première, plutôt défensive, juge que si le capitalisme, autonomisé à l'échelle planétaire, ne peut plus guère être régulé, son action peut être " compensée " au niveau étatique. Pour Habermas, c'est le choix du New Labour de Blair, qui cherche moins à protéger les individus qu'à les munir de qualités de " prestataires ", comme celles d'entrepreneurs privés se prenant en charge. Ce " nouveau centre " a une vision trop simple de l'avenir du travail, toujours conçu comme la clé de l'intégration sociale. Surtout, ses artisans sont, sur le plan normatif, " de purs libéraux " privilégiant l'égalité des chances : " La différence entre Margaret Thatcher et Tony Blair s'estompe aux yeux du public, notamment parce que cette nouvelle gauche adopte aussi les représentations éthiques du néo-libéralisme. " D'où l'idée d'une " troisième voie " plus offensive, pariant sur la capacité d'une politique située au niveau supranational de " se porter à la hauteur des marchés qui ont pris le large ". Cette voie postule le " primat de la politique " sur le marché : la " politique délibérative " doit décider dans quelle mesure il faut libérer la sphère du marché et où elle peut se déployer. D'où le rôle d'unions politiques plus larges, aptes à compenser la perte de souveraineté économique des Etats sans rompre le lien de légitimation démocratique. Selon Habermas, l'Union européenne offre une voie de " démocratie par-delà l'Etat national ", même si le retard du politique sur les marchés ne pourra être comblé, à terme, qu'à l'échelle planétaire. L'enjeu est donc de savoir si l'on se borne à une confédération d'Etats, qui n'interdit pas la dérégulation économique, ou s'il ne faut pas tendre vers un modèle fédéral qui donnerait à l'Europe la force de prendre des décisions corrigeant les effets du marché et imposant une forte redistribution pour une solidarité étendue à tous les citoyens de l'Union, en vue d'une harmonisation progressive des conditions à l'échelle continentale.

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Dans une perspective proche, Beck [2003] parle d'une " pluralisation interne " de la gauche devant la mondialisation, en isolant quatre positions. Les deux premières relèvent d'une idée de la souveraineté " nationale/autonome ". Ainsi, la " gauche protectionniste " défend l'Etat national, garant de l'unité entre la nation, la démocratie et la protection sociale. Son tort, pour Beck, est d'ignorer les mutations liées à la globalisation. Ce défi, la " gauche néo-libérale " du New Labour prétend le relever en accélérant l'internationalisation de l'Etat national par son intégration dans les relations économiques mondiales et les organisations supranationales. Mais cette " troisième voie ", selon Beck, est une réponse lacunaire qui conduit à nouveau aux impasses du néo-libéralisme. A ces deux positions s'opposent deux versions de l'idée " transnationale/coopérative " de la souveraineté. La première est celle de la " gauche-citadelle transnationale ", dont la défense de l'Etat social s'accompagne d'un rejet des autres cultures : elle prône une " Europe forteresse ". Enfin, la " gauche cosmopolitique ", que soutient Beck, abandonne la foi en l'Etat national et vise l'élargissement de la démocratie dans le cadre d'une identité et de réseaux cosmopolitiques. Contrairement au New Labour, cette gauche se bat pour une " autre mondialisation ", sur deux fronts : d'un côté, les politiques néo-libérales, de l'autre, les partis " antimondialistes " et xénophobes.

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Les typologies de Habermas et de Beck convergent dans la distinction entre une gauche protectionniste, une gauche néo-libérale et une gauche cosmopolitique. Cette classification n'est certes pas neutre : elle rejette les deux premiers types pour mieux défendre le troisième, non sans simplifications. Des partisans d'une gauche dite " souverainiste " pourraient protester contre le soupçon de chauvinisme et exiger aussi une certaine régulation internationale. Ainsi, Jean-Pierre Chevènement, dans sa récente critique du " post-nationalisme " de Habermas, rappelle l'universalisme de l'idée républicaine de la nation et reconnaît la nécessité d'un gouvernement économique de la zone euro, jugeant " judicieuse " la question posée par Habermas d'un " espace keynésien " [Chevènement, 2006]  [1][1] Témoignage des ambiguïtés politiques du " chevènementisme.... Quant aux artisans du New Labour, si certains, comme Peter Mandelson, assument le legs thatchérien, d'autres jugeraient abusive la désignation de " gauche néo-libérale "  [2][2] Dans le cadre de l'analyse du New Labour et des New....

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Ajoutons que les défenseurs des thèses de Beck ou Habermas pourraient, eux aussi, estimer leurs positions caricaturées par les partisans d'une gauche souverainiste qui impute la méfiance allemande pour l'Etat-nation au traumatisme du passé nazi. En ce sens, le " post-nationalisme " serait une posture typiquement allemande. Cependant, même si cette analyse contient une part de vérité, elle ne suffit pas à disqualifier la validité de la position " cosmopolitique ", qui n'est d'ailleurs pas seulement de matrice allemande. Il faut donc se méfier des caricatures que se lancent les protagonistes du débat, au risque d'obscurcir l'enjeu des clivages. Il n'en reste pas moins vrai que les typologies de Habermas et de Beck dessinent bien les traits d'une position spécifique à gauche, qui conçoit systématiquement la régulation politique, socio-économique et juridique du capitalisme dans un horizon excédant le cadre national.

La voie " socialiste libérale " et fédéraliste

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L'idée qu'il existe un authentique courant de gauche européenne et cosmopolitique peut étonner. Ainsi, pour le sociologue Ralf Dahrendorf [2001], il est déconcertant que l'Europe soit devenue une grande utopie à gauche alors que c'était, selon lui, le contraire à l'origine : l'Union européenne n'était-elle pas l'oeuvre des démocrates chrétiens, avec Adenauer, De Gasperi et Schuman, et n'a-t-elle pas rencontré l'hostilité à gauche ? Ce diagnostic doit être nuancé : sans remonter à la tradition socialiste qui, depuis le saint-simonisme, a inspiré bien des projets de " société des nations " ou de " fédération des peuples " dans un horizon européen et même mondial, l'histoire du socialisme au XXe siècle ne confirme pas la thèse de Dahrendorf. Il suffit d'évoquer l'engagement à la fois pro-européen et internationaliste de Léon Blum, qui souligne, dans A l'échelle humaine [1945], l'impératif de réaliser les promesses de la Société des Nations (SDN), en évitant ses échecs. Selon Blum, il manquait d'abord à la SDN un " Corps international " ayant puissance militaire et autorité sur les souverainetés nationales. Ensuite, il aurait fallu renforcer le Bureau international du travail (BIT) et piloter de " grands travaux d'utilité internationale " pour " élever toutes les nations au même niveau de civilisation ". L'idée de Blum était que la solidarité internationale conditionne la " démocratie sociale ". Une vraie " social-démocratie " suppose en effet le changement des conditions juridiques de la propriété, ou du moins de la condition ouvrière et de la gestion économique. Or, ce n'est plus possible, juge Blum, dans une seule nation : chaque économie nationale, tant qu'elle accepte les " lois de la concurrence ", dépend d'un environnement et de ses règles qu'elle ne peut violer sans subir de " dures sanctions " économiques. Restent deux possibilités : ou bien la nation s'enferme dans une autarcie vouée à l'échec, ou bien elle " accepte de devenir la partie d'un tout " et de " loger son action propre dans une action de caractère universel ".

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Si la pensée de Blum atteste la persistance, dans le socialisme français, d'une aspiration européenne, celle-ci paraît particulièrement marquée dans le " socialisme libéral " italien. La formule de ce courant se prête à toutes les manipulations idéologiques. En France, le terme a été instrumentalisé par les partisans des New Democrats de Clinton et de la " Troisième Voie " de Blair pour légitimer le projet de " refondation sociale " du Medef ! En vérité, il désigne un courant complexe, né à la fin du XIXe siècle, qui a cherché, sous diverses formes, à dépasser l'opposition entre libéralisme et socialisme pour créer une nouvelle doctrine intégrant leur part de vérité respective. Pour les socialistes libéraux, libéralisme et socialisme ont montré historiquement des lacunes : le premier a parfois dégénéré en une apologie du marché indifférente aux injustices sociales, tandis que le second a pu dériver vers un étatisme autoritaire rejetant la validité des acquis du libéralisme politique - droits de l'individu, pluralisme politique et social, rôle des contre-pouvoirs, importance d'un marché encadré et régulé, etc.

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Un des précurseurs indirects de ce courant, Eugenio Rignano, a établi un lien entre son projet de justice sociale et l'exigence d'une régulation à l'échelle mondiale, suscitant selon lui la sympathie de Blum, ainsi que d'Eduard Bernstein et Emile Vandervelde. Son idée d'une " réforme socialiste du droit successoral " [Rignano, 1920] voulait concilier une partie du libéralisme économique avec la critique socialiste du capitalisme. La justification du droit de propriété, soutient-il en s'appuyant sur John Stuart Mill, tient à son " utilité sociale ". L'équité et l'utilité exigent dès lors une modification radicale du droit actuel en matière d'héritage. Cette révolution juridique n'accordera au droit de propriété que la durée nécessaire pour garantir l'intérêt maximum du propriétaire à travailler et à épargner ; passé cette limite, les capitaux et les biens accumulés devront revenir à l'Etat. Celui-ci pourrait être " cohéritier " de 50 % des biens ayant déjà subi un transfert par voie de succession ou de donation, et de 100 % des biens ayant déjà subi deux transferts.

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Peu importe ici le détail de ce projet " socialiste libéral ". Ce qui nous intéresse, c'est la façon dont Rignano en justifie la viabilité dans une économie mondiale déjà très ouverte. Ainsi examine-t-il les risques agités par les libéraux : l'évasion fiscale massive et la fuite des capitaux à l'étranger. Les plus riches ne déposeront-ils pas leur fortune dans une banque étrangère, ou n'installeront-ils pas leur domicile à l'étranger ? A cette objection, qui touche aussi l'impôt sur la fortune, Rignano répond que sa réforme n'est pas confiscatoire : pourquoi, dès lors, les propriétaires prendraient-ils le risque d'une expatriation ? Ensuite, l'Etat peut édicter des règles interdisant ces fuites. Au-delà, c'est dans l'extension européenne, et même internationale, des luttes sociales et des règles garantissant leurs acquis que gît la solution. Sous la pression du prolétariat, les capitaux privés seront soumis partout à de forts prélèvements de l'Etat : " Le capital, où qu'il aille, finira par être pincé. " En outre, tous les partis socialistes fixeront, dans leurs congrès internationaux, les méthodes à proposer aux parlements pour " parer synchroniquement aux évasions fiscales ". L'internationalisme socialiste est donc la vraie réponse aux " doctes Cassandres " libéraux qui, dès le début des revendications salariales, ont agité le spectre de l'émigration des capitaux.

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Avec le courant antifasciste et " socialiste libéral " proprement dit, porté par Carlo Rosselli, s'affirme plus nettement encore la dimension cosmopolitique du socialisme, à travers le projet européen. Aux nationalismes fasciste et nazi, Rosselli oppose en 1935 l'" utopie " suivante : proposer à 600 millions d'Européens, comme " première étape d'une solidarité plus vaste ", de faire l'Europe. La " gauche européenne " devrait populariser l'idée d'une Europe fédérale : il s'agirait de convoquer une Assemblée européenne, composée de délégués élus du peuple, qui, " dans une absolue parité de droits et de devoirs, élabore la première Constitution fédérale européenne, nomme le premier gouvernement européen, fixe les principes fondamentaux du vivre-ensemble européen, dévalorise les frontières et les douanes, organise une force au service du nouveau droit européen, et donne vie aux Etats-Unis d'Europe ". Sous des formes diverses, le courant " libéral-socialiste " italien défendra aussi les Etats-Unis d'Europe et la solidarité internationale. L'un de ses Manifestes exige " l'accès pour tous aux biens de la Terre " et souligne que l'essor mondial du commerce implique des traités internationaux interdisant toutes les formes de " guerre illicite économique " (dumping, " salaires de misère "). Des organismes de justice internationale devront examiner ces questions et réprimer tout abus. Dans ce projet, un rôle clé reviendra aux Etats-Unis d'Europe, comme espace de libre-échange unifié par une monnaie unique, des réseaux de communication et une " utilisation rationnelle du capital et du travail ", pour des projets économiques lancés " de l'Atlantique à l'Oural ".

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Mais c'est surtout le Mouvement fédéraliste européen, né avec le Manifeste de Ventotene, qui défend une Fédération européenne, " prélude d'une Fédération mondiale ". Ce texte a été écrit en 1941 par des antifascistes en exil surveillé : Altiero Spinelli, ancien communiste, Ernesto Rossi, animateur du groupe Justice et Liberté avec Rosselli, et Eugenio Colorni. Leur Manifeste fait des " Etats-Unis d'Europe " non plus un vague horizon mais un projet politique concret, à réaliser de façon volontariste et démocratique, le temps étant venu de dépasser l'Etat-nation, générateur de chauvinisme et de guerres. Ce changement de paradigme conduirait à ne plus distinguer " politique intérieure " et " politique extérieure " et à transférer tous les enjeux sur le plan européen - puis mondial -, seul niveau adapté à une économie en voie de mondialisation. Le Mouvement fédéraliste européen voulait en effet s'appuyer sur les " peuples " pour instituer une union économique, monétaire, politique et sociale sur un modèle fédéral impliquant de forts transferts de souveraineté, sans toutefois nier le rôle des Etats. Ce projet était " socialiste ", mais pas au sens d'une étatisation généralisée : la propriété privée devait être limitée ou abolie selon les cas (notamment pour les services publics), la " propriété des travailleurs " étendue dans les industries non nationalisées (par l'actionnariat, les coopératives), la protection sociale garantie à tous, l'égalité des chances promue par l'école publique, etc.

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Les projets de Constitution européenne défendus ensuite par Spinelli témoignent de sa culture politique complexe, où se mêlent socialisme, marxisme et même libéralisme. Du marxisme, il garde la visée internationaliste et un sens aigu de la mondialisation économique. Son Manifeste des fédéralistes européens (1957) présente ainsi, selon lui, " le même genre d'ambition " que Le Manifeste communiste, avec d'autres conclusions. Il souligne que le développement des " forces productives " et la diffusion du sens de la solidarité au niveau mondial imposent, comme réponse politique, la création d'entités par-delà les Etats-nations. La Fédération européenne est donc bien une étape vers la solidarité mondiale. Aussi devra-t-on accélérer la " liquidation de l'héritage colonial " pour proposer aux peuples d'Afrique d'entrer, à égalité de droits et de devoirs, dans la Fédération européenne.

Le fédéralisme européen aujourd'hui

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La voie européenne du Manifeste ne se voulait donc pas seulement une réponse aux impasses du nationalisme, mais aussi à la mondialisation du capitalisme. Aussi ses héritiers jugent-ils son projet plus valable que jamais. L'actuel secrétaire du Mouvement fédéraliste européen, l'économiste Guido Montani, rejette ainsi deux positions opposées : celle des néo-libéraux, qui veulent démanteler l'Etat social en postulant que l'essor illimité du libre-échange apporte prospérité pour tous, et celle des radicaux du mouvement " No Global ", qui n'y voient qu'un processus mortifère aux mains des multinationales [cf. notamment Montani, 1999].

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Montani souligne que, si la mondialisation a des racines lointaines, on assiste bien, aujourd'hui, à l'extension de la révolution industrielle à l'échelle planétaire. Durant la guerre froide, les accords de Bretton Woods avaient établi une stabilité monétaire entre nations de niveau comparable d'industrialisation, mettant ainsi en position subordonnée les économies du tiers monde. Si la fin de l'URSS a permis au système impérial économique américain de se développer sans résistances, le nouvel essor de la mondialisation tient aussi à ce que des pays sous-développés y ont trouvé une occasion de croissance. D'où une interdépendance mondiale accrue, renforcée par deux phénomènes : la menace terroriste depuis le 11 Septembre, qui confirme l'impuissance des Etats-Unis à gouverner seuls la planète, et la crise écologique menaçant l'humanité. Alors qu'il est urgent de redonner le primat à la politique, les Etats-nations ont perdu une large part de leur souveraineté, notamment économique. Les évolutions planétaires tendent à apparaître, dès lors, comme des " faits de nature " impossibles à maîtriser.

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Mais la fin du politique, chère à l'idéologie néo-libérale, n'est pas inéluctable. De nouvelles règles mondiales sont à inventer, ce qui confère à l'Europe une responsabilité historique inédite. La voix de l'Europe doit d'autant plus compter qu'elle est porteuse, pour la planète, d'un modèle social plus solidaire et moins inégalitaire que celui des Etats-Unis - un modèle qui ne pourra toutefois survivre que si les Européens impulsent une politique de croissance commune centrée sur l'innovation scientifique et technique. Ils doivent donc sortir de l'impuissance dans laquelle ils se sont enfermés : seule une Europe fédérale, dotée de sa propre monnaie, d'un gouvernement et d'une défense commune - mais laissant à chaque Etat des responsabilités en matière sociale notamment -, pourra peser afin de créer un vrai gouvernement de la mondialisation par de nouvelles institutions supranationales. L'Europe pourrait ainsi promouvoir un " nouveau Bretton Woods " redéfinissant des règles monétaires internationales, condition d'un nouvel ordre économique mondial plus favorable aux pays pauvres.

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Face à l'anarchie financière internationale, Montani estime toutefois que le projet de taxe Tobin n'apporte pas la meilleure solution : l'enjeu n'est pas tant de limiter les mouvements de capitaux, juge-t-il, que de taxer les profits. Ce nouveau budget devrait ensuite être géré par l'ONU en vue de vastes plans de développement mondial. Se poserait alors, comme en Europe, la question du contrôle démocratique des institutions supranationales. Aussi le Mouvement fédéraliste européen appuie-t-il le projet de créer à l'ONU, à côté de l'Assemblée des Etats, une " Assemblée des peuples ", sorte de " Parlement mondial " dont l'influence serait d'abord morale. Enfin, le nouveau gouvernement mondial devra repenser le développement pour affronter la menace écologique.

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De Spinelli à Montani, le Mouvement fédéraliste européen n'a donc cessé de défendre l'impératif d'une réponse politique à un niveau européen, puis planétaire, pour résoudre les défis de la mondialisation. Si cette perspective reste stimulante, on peut lui reprocher une insuffisante réflexion sur le rôle historique de l'Etat-nation. Chez Spinelli, celui-ci est surtout perçu sous sa face sombre (chauvinisme, guerres, etc.), tandis que son lien au projet d'autogouvernement démocratique n'est guère exploré. En outre, Spinelli nourrit une fascination pour le modèle fédéral américain. Or, même les théoriciens contemporains les plus favorables au projet européen mettent en garde contre cette fascination qui occulte la spécificité de l'Europe, construite sur la base des Etats-nations [cf. Magnette, 2000 ; Ferry, 2003]. L'Union européenne ne peut prendre pour modèle les Etats-Unis d'Amérique.

Vers une nouvelle gauche européenne ?

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Indépendamment du mouvement fédéraliste, l'effort théorique d'une partie de la gauche, depuis les années 1980, a visé à faire du projet européen la seule réponse valable face à la globalisation. Philosophe de l'écologie politique, André Gorz a parlé ainsi d'" espace éco-social européen ", en reconnaissant des convergences avec Peter Glotz. On doit en effet à Glotz, figure intellectuelle du SPD, une réflexion intéressante sur les voies du renouveau social-démocrate. Son Manifeste pour une nouvelle gauche européenne [3][3] Editions de L'Aube, 1987. La traduction française a... de 1985 veut renouer avec le plaidoyer des années 1920 de Coudenhove-Kalergi pour le " paneuropéisme ", proclamant " l'Europe aux Européens ! ". Glotz renoue par là aussi, indirectement, avec le projet " socialiste libéral " de Rosselli des " Etats-Unis d'Europe ", qui évoquait déjà le nom de Coudenhove-Kalergi en soulignant la nécessité, pour la " gauche européenne ", de populariser ce projet.

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Selon Glotz, la seule réponse viable de la gauche face au nouvel essor de la mondialisation réside dans une stratégie européenne, impliquant une politique industrielle coordonnée, une monnaie unique, un renforcement des compétences du Parlement européen et le principe des décisions à la majorité au Conseil des ministres. Car il faut prendre acte de la perte de pouvoir des Etats dans le gouvernement des processus économiques. La fin du système de Bretton Woods et l'introduction de changes flottants ont conduit à la création de marchés financiers transnationaux et extraterritoriaux qui fragilisent les possibilités de plans nationaux " anticrise ", c'est-à-dire d'un " keynésianisme national ". Devant l'autonomisation du processus d'accumulation du capital financier, qui transforme les entrepreneurs en banquiers et même en spéculateurs, la gauche semble prise de court et les Etats européens s'enfoncent dans la crise.

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A cette fragilisation du compromis social-démocrate s'ajoute un défi culturel. La diffusion planétaire, par les techniques de communication, de l'industrie culturelle américaine menace l'autonomie de la culture européenne et la spécificité des cultures nationales. Or, déplore Glotz, une " gauche européenne " n'existe encore ni politiquement ni syndicalement, alors qu'il est urgent que des organisations nouvelles portent le projet de " démocratie sociale " à l'échelle post-nationale.

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Il s'agit donc de savoir si les peuples d'Europe souhaitent jouer encore un rôle historique. Non que l'Europe doive s'ériger en nouvelle superpuissance : sa tâche serait plutôt de diffuser les idéaux universalistes des Lumières, notamment par un programme radical d'égalisation des conditions entre les sexes. A quoi s'ajoutent les défis que soulèvent les " effets destructeurs de la croissance " et l'émergence d'une " oligarchie internationale ". Les Européens doivent aussi prendre conscience qu'ils perdront tout rôle dans la mondialisation s'ils ne construisent pas une Europe industrielle et scientifique : l'essor de l'informatique, des télécommunications ou des biotechnologies impose une recherche scientifique et une politique industrielle communes. Faute d'une " organisation supranationale pour une Europe scientifique et industrielle ", les Européens prendront un grave retard technologique, sans pour autant être en mesure, en raison de leur tradition sociale, d'accomplir des transferts d'emplois vers des services " à bon marché ".

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Au-delà, cette troisième révolution industrielle conduira à l'" individualisation " des travailleurs. Là réside le grand défi pour une gauche européenne, car ce processus d'individualisation pourra engendrer le meilleur (de nouvelles chances de vie pour chacun) mais aussi le pire (l'isolement, l'érosion des solidarités). Dans la sphère du travail, le développement électronique et informatique conduira à une telle modernisation de l'appareil productif que le vieux rêve de confier à des machines les tâches les plus dégradantes pour permettre une réduction massive et programmée du temps de travail semble désormais réalisable. Réduire le temps de travail n'est pas seulement, en effet, un moyen de le " partager " afin de lutter contre le chômage, mais aussi une " utopie positive " pour la gauche européenne.

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Cette utopie ouvre sur un " individualisme de gauche " qui conçoit l'autogestion par chacun de son temps comme la condition de l'émancipation. Il faut donc avancer de manière " coordonnée ", à l'échelle européenne, vers la semaine des 30 heures. La conquête de " temps disponible " pour tous n'est cependant nullement garantie : elle dépendra des luttes sociales et politiques. Selon Glotz, l'issue la plus probable sera en effet " la société des deux tiers " que projette la droite néo-conservatrice : les groupes dirigeants ont intérêt à laisser empirer la dégradation sociale du " tiers " le plus faible de la société (exclus, chômeurs, etc.) en s'appuyant sur " l'individualisme du possédant " et des groupes protégés.

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Si la gauche veut éviter cette " segmentation " sociale, elle doit construire de " nouvelles alliances " aux niveaux nationaux et européen. Le meilleur de l'héritage de l'Europe invite en effet à promouvoir dans le monde entier l'idée de " paix sociale " et celle d'un " Etat social européen " interdisant le taux d'inégalité et de précarité du modèle américain. Ce projet est indissociable de quatre stratégies. Tout d'abord, lutter contre la " colonisation interne de l'Europe " par l'industrie culturelle américaine, en développant une industrie cinématographique européenne. Ensuite, exercer un contrôle sur les capitaux financiers et spéculatifs. Il faudra aussi rechercher la " réconciliation de l'économie et de l'écologie ". Enfin, établir un nouveau partenariat avec les pays du tiers monde, favorisant des règles du commerce international qui lui soient plus favorables et annulant partiellement la dette.

Les défis contemporains de la gauche cosmopolitique

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Les enjeux du Manifeste pour une gauche européenne restent en partie les nôtres aujourd'hui. Ils ouvraient pour Glotz, encore en 1992, une voie pour " la gauche après la victoire de l'Occident " face à une droite incapable de relever le défi de la mondialisation [Glotz, 1992]. La nouvelle situation économique, politique et géostratégique du début du XXIe siècle appelle cependant une reconfiguration doctrinale. En Italie, on a rapproché parfois certaines des théories récentes de la " démocratie cosmopolitique ", inspirées librement de Kant, des idéaux cosmopolitiques du dernier grand héritier du " socialisme libéral ", Norberto Bobbio. Examinons-en brièvement deux versions significatives, celles de Ulrich Beck et de David Held.

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La " gauche cosmopolitique " de Beck, que nous avons évoquée, part d'un constat : l'avènement d'une " société mondiale du risque ", qui prend trois figures : les crises écologiques, les crises financières et les réseaux terroristes [Beck, 2002]. Le 11 septembre 2001 résume les tendances de la " seconde modernité " et crée une situation inédite. Les réseaux terroristes, comme les ONG, ont une influence locale et transnationale qui ne peut être affrontée que par une action commune. Ils imposent aussi un retour massif de l'intervention publique qui ruine l'utopie néo-libérale. Mais, dans un monde globalisé, cette intervention ne peut plus relever des seuls Etats-nations : ceux-ci, pour retrouver des marges d'intervention, doivent opter pour une " autodénationalisation active ", inscrivant leur action dans un cadre plus large. C'est aussi la seule voie pour lutter contre la criminalité financière et empêcher les multinationales de jouer les Etats les uns contre les autres, dans une concurrence ruineuse pour leur système de protection sociale et environnementale. Cette approche, que pourrait porter l'Europe, passerait par un " dialogue " avec le monde non occidental (aux antipodes de l'impérialisme américain) et par un nouveau modèle socio-économique. Face à la crise de la " société du travail ", Beck plaide pour une modalité du " revenu de citoyenneté ", condition de " l'idéal républicain " de citoyens prenant activement en charge les enjeux sociaux (dans le tiers secteur, l'économie solidaire, etc.). L'alternance entre travail salarié et " engagement civil " correspond à un nouvel individualisme, attaché à des enjeux " post-matérialistes " (écologie, etc.) et qui s'investit moins dans les partis politiques nationaux que dans les associations et autres réseaux transnationaux [Beck, 1999].

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Moins audacieuse, la théorie de David Held comprend aussi une dimension utopique assumée [Held, 2005]. Mais c'est, selon lui, une utopie réaliste : seules une " social-démocratie mondiale " et une " démocratie cosmopolitique " rendront viable la globalisation. Les social-démocraties nationales avaient régulé le capitalisme par un compromis entre les détenteurs du capital, le monde du travail et l'Etat. Elles avaient engendré un " libéralisme encadré " (embedded liberalism) reconnaissant les vertus du marché mais en corrigeant les effets destructeurs par une politique sociale interventionniste. Avec la mobilité croissante des biens, des capitaux et des personnes, ces compromis nationaux se sont érodés : seule une réponse sur le plan international pourra leur redonner contenu. Loin de l'orthodoxie libérale du " consensus de Washington " et d'un radicalisme antimondialisation pariant sur des formes de démocratie directe locale, la " social-démocratie mondiale " pourrait fédérer libéraux modérés et altermondialistes réformistes [cf. Held et McGrew, 2002]. Une partie de la gauche américaine et l'Europe, matrice historique de la social-démocratie et lieu de gouvernance interétatique, auraient un rôle clé à jouer. Les normes de leur action seraient l'égalité de valeur morale, de liberté et de statut politique pour toute personne sur terre. L'objectif serait le règne du droit, la justice sociale sur le plan mondial, l'efficacité économique et l'équilibre écologique planétaire. Ceci imposerait une réforme de la gouvernance mondiale qui rende le Conseil de sécurité de l'ONU représentatif, crée une " seconde Chambre " à côté de l'Assemblée générale, et institue un Conseil de la sécurité économique et sociale. A terme, il faudrait fonder une autorité financière mondiale, des normes obligatoires de protection des travailleurs et de l'environnement, de nouveaux mécanismes fiscaux internationaux, ainsi qu'une force permanente d'imposition de la paix.

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Ces approches " cosmopolitiques " peuvent susciter nombre d'objections. Des critiques de Held ont ainsi souligné la difficulté concrète de réaliser son projet de démocratisation de l'ONU [cf. Baldassare, 2002]. On peut aussi reprocher à Beck une sous-estimation du rôle fonctionnel et identitaire de l'Etat-nation, et une surestimation des promesses du nouvel individualisme. Dire que la crise du politique tient à une inadéquation de l'offre politique nationale par rapport aux attentes " post-matérialistes " et internationalistes des jeunes est en effet trop rapide. Au-delà, la difficulté de ces approches tient à leur tendance trop consensuelle. C'est le cas surtout de Held, dont la vision de la social-démocratie est assez pauvre : elle se réfère à ses " valeurs " plus qu'à ses pratiques, met l'accent sur l'égalité des chances, et défend le consensus comme alternative au conflit. Or, cette vision est passablement idéalisée : le relatif consensus des social-démocraties, loin d'être tombé du ciel, a été l'aboutissement d'importants conflits sociaux. Toute la question, dès lors, est de savoir comment pourront s'inventer de nouvelles luttes à l'échelle mondiale et par quel type de médiation elles pourront aboutir à des compromis satisfaisant les demandes de justice sociale. Faute de quoi, la " social-démocratie mondiale " risque de rester un songe creux.


Bibliographie

  • Baldassare, Antonio, 2002, Globalizzazione contro democrazia, Rome-Bari, Laterza.
  • Beck, Ulrich, 1999, Schöne neue Arbeitswelt, Francfort, Campus Verlag.
  • Beck, Ulrich, 2002, Das Schweigen der Wörter, Francfort, Suhrkamp Verlag.
  • Beck, Ulrich, 2003, Pouvoir et contre-pouvoir à l'heure de la mondialisation, Paris, Aubier, coll. " Alto ".
  • Blum, Léon, 1945, A l'échelle humaine, Paris, Gallimard (rééd. 1971, coll. " Idées ").
  • Bourdieu, Pierre, 1998, Contre-feux, Paris, Seuil.
  • Bourdieu, Pierre, 2001, Contre-feux 2, Paris, Seuil.
  • Chevènement, Jean-Pierre, 2006, La Faute à M. Monnet, Paris, Fayard.
  • Dahrendorf, Ralf, 2001, Dopo la democrazia, entretiens avec Antonio Polito, Rome-Bari, Laterza.
  • Ferry, Jean-Marc (avec William Bourton), 2003, Entretiens, Bruxelles, Labor.
  • Glotz, Peter, 1987, Manifeste pour une nouvelle gauche européenne, La Tour d'Aigues, Editions de L'Aube.
  • Glotz, Peter, 1992, Die Linke nach dem Sieg des Westens, Stuttgart, DVA.
  • Habermas, Jürgen, 2000, Après l'Etat-nation, Paris, Fayard.
  • Held, David, 2005, Un nouveau contrat mondial. Pour une gouvernance social-démocrate, Paris, Presse de Science-Po.
  • Held, David, et McGrew, Anthony, 2002, Globalization/Anti-Globalization, Cambridge, Polity Press.
  • Hirst, Paul, 1997, From Statism to Pluralism. Democracy, Civil Society and Global Politics, Londres, UCL Press.
  • Hirst, Paul, et Thompson, Grahame, 1996, Globalization in Question, Cambridge, Polity Press.
  • Magnette, Paul, 2000, Au nom des peuples. Le Malentendu constitutionnel européen, Paris, Cerf.
  • Montani, Guido, 1999, Il Federalismo, l'Europa e il mondo, Manduria, Lacaita.
  • Rignano, Eugenio, 1920, Per una riforma socialista del diritto successorio, Bologne, Zanichelli, 1920 (trad. fr. : Pour une réforme socialiste du droit successoral, Paris, Rieder & Cie, s.d., circa 1922).
  • Salvadori, Massimo L., 2001, L'Occasione socialista nell'era della globalizzazione, Rome-Bari, Laterza.

Notes

[1]

Témoignage des ambiguïtés politiques du " chevènementisme ", l'auteur s'appuie sur les thèses du philosophe de la droite ultra-conservatrice et souverainiste Pierre Manent (La Raison des nations, Paris, Gallimard, 2006).

[2]

Dans le cadre de l'analyse du New Labour et des New Democrats de Clinton sur la globalisation, Peter Mandelson affirmait, dans le Times du 10 juin 2002 : " We are all thatcherite now. "

[3]

Editions de L'Aube, 1987. La traduction française a été préfacée par Michel Rocard, la traduction italienne a été présentée en 1986 par le dirigeant communiste Achille Occhetto.

Plan de l'article

  1. Qu'est-ce qu'une gauche européenne et cosmopolitique ?
  2. La voie " socialiste libérale " et fédéraliste
  3. Le fédéralisme européen aujourd'hui
  4. Vers une nouvelle gauche européenne ?
  5. Les défis contemporains de la gauche cosmopolitique

Pour citer cet article

Audier Serge, « La gauche, l'Europe et la mondialisation : un siècle de débats », L'Économie politique 2/2007 (n° 34) , p. 72-87
URL : www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2007-2-page-72.htm.
DOI : 10.3917/leco.034.0072.


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