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L'Économie politique

2007/2 (n° 34)


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Jamais Jaures, comme d'ailleurs aucun de ses contemporains, n'a parlé de " mondialisation " ou de " globalisation ". On se gardera donc d'appliquer à son action l'idée que le monde d'avant 1914 puisse être dénommé " notre première mondialisation "[2][2] Suzanne Berger, Notre première mondialisation. Leçons.... En revanche, il est clair que, tarnais et français, pétri de culture classique et d'humanisme européen, élu d'un peuple singulier et leader d'une vraie Internationale, il fut un de ceux qui ont voulu, fût-ce en rêve ou sans avoir jamais eu le loisir de passer à l'acte, donner une dimension mondiale à leur réflexion et à leur combat. Non qu'il ait beaucoup voyagé, et hors d'Europe. Mais en esprit et en espoirs, quelles galopades ! Jeune normalien, le voici entêté de Turquie et d'Ottomans, voulant apprendre le sanskrit, méditant sur " l'Empire du milieu ". Militant, il se frotte à l'Algérie antisémite au temps de l'Affaire, aux Arméniens martyrisés, aux Jeunes Turcs à saluer mais aussi à surveiller, à la révolution russe de 1905 et, bien sûr, à ses camarades de tous pays délégués à l'Internationale et pétris par son idéal briseur de frontières et de chaînes. Leader socialiste, s'il se prononce peu sur l'Amérique du Nord, il salue la terre d'accueil des pauvres migrants européens et, en 1911, il prend les seules longues " vacances " de sa vie, en Amérique du Sud - en fait, une tournée de conférences au Brésil, en Uruguay et en Argentine, dont le produit a renfloué temporairement la caisse de L'Humanité. Sur le bateau et sur place, dans ses échappées et ses conversations, il fait preuve de cette immense curiosité pour les grands horizons et les jeunes nations, de cette boulimie pour tout ce qui pouvait élargir sa culture classique qui n'ont jamais cessé de l'habiter  [3][3] Voir, très neuf, " Jaurès, l'Amérique latine et la.... Il a ajouté que la pénétration des Européens outre-mer avait été une bonne chose, le libéralisme économique, une grande chance de paix, et le développement du commerce international, une aubaine pour l'harmonie entre les peuples. Bref, qu'Hilferding, Rosa Luxemburg et Lénine n'effaceraient pas de sitôt Smith et Ricardo.

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Si de telles affirmations peuvent étonner aujourd'hui, elles n'en sont pas moins attestées, et l'on pourrait, quitte à solliciter un peu les textes et les archives, faire un portrait de Jaurès qui n'aurait rien d'alter ou d'antimondialiste. Mais la vérité historique oblige à dire que ce serait suivre une fausse piste. Car ce n'est pas avec l'économie, fût-elle marxisée ou " impérialisée ", ou l'économisme, hissé au rang de vraie méthode, que Jaurès a principalement nourri sa vision du monde. C'est plutôt, et plus continûment, avec le spectacle militaire, politique et culturel de la planète, et d'abord de son épicentre européen, si rayonnant à l'époque, qu'il est entré en analyse et en lutte. Ce sont surtout, et de loin, la guerre et la paix qui ont scellé sa vision " mondialisée " de l'humanité et de son avenir.

La poudrière

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Dans le monde neuf qui nous envahit, face à tous les dangers qu'il recèle, l'essentiel, dit Jaurès dès 1903, " c'est de surveiller les événements du point de vue de la paix ". Certes, toujours optimiste, il signale que les systèmes d'alliance diplomatiques " ménagent l'un avec l'autre des entrevues, des rapprochements et commencent à paraître comme une première organisation de l'Europe, préparant et ébauchant une alliance plus vaste, l'alliance européenne pour le travail et pour la paix ". Mais il sait déjà que le monde du nouveau siècle est une poudrière.

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Pourquoi ? Il l'a exposé dès 1895, en refusant de voter le budget de la Guerre. Prémisse : " Tant que, dans chaque nation, une classe restreinte d'hommes possèdera les grands moyens de production et d'échange [...] ; tant que cette classe pourra imposer aux sociétés qu'elle domine sa propre loi, qui est la concurrence illimitée, la lutte incessante pour la vie, le combat quotidien pour la fortune et pour le pouvoir ; tant que cette classe privilégiée, pour se préserver contre tous les sursauts de la masse, s'appuiera ou sur les grandes dynasties militaires ou sur certaines armées de métier des républiques oligarchiques ; tant que le césarisme pourra profiter de cette rivalité profonde des classes pour les duper et les dominer l'une par l'autre [...] ; tant que cela sera, toujours cette guerre politique, économique et sociale des classes entre elles, des individus entre eux, dans chaque nation, suscitera les guerres armées entre les peuples. " Conséquence : " Cette société tourmentée, pour se défendre contre les inquiétudes qui lui viennent sans cesse de son propre fond, est obligée perpétuellement d'épaissir la cuirasse contre la cuirasse ; dans ce siècle de concurrence sans limite et de surproduction, il y a aussi concurrence entre les armées et surproduction militaire. L'industrie elle-même étant un combat, la guerre devient la première, la plus excitée, la plus fiévreuse des industries. " Conclusion : " Voilà [une] double contradiction : d'une part, tandis que tous les peuples et tous les gouvernements veulent la paix, malgré tous les congrès de philanthropie internationale, la guerre peut naître d'un hasard toujours possible ; et, d'autre part, alors que s'est développé partout l'esprit de démocratie et de liberté, se développent aussi les grands organismes militaires qui sont toujours un péril chronique pour la liberté des démocraties. Toujours [cette] société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est en état d'apparent repos, porte en elle la guerre comme la nuée dormante porte l'orage [...]. Il n'y a qu'un moyen d'abolir enfin la guerre entre les peuples, c'est d'abolir la guerre entre les individus, c'est d'abolir la guerre économique, le désordre de la société présente, c'est de substituer à la lutte universelle pour la vie, qui aboutit à la lutte universelle sur les champs de bataille, un régime de concorde sociale et d'unité "[4][4] Cité dans l'anthologie de Gilles Candar, Jean Jaurès....

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En 1905, quand tout menace déjà, il lance aussi à ses camarades allemands, tout acquis au schématisme si souvent fataliste et paresseux des analyses économiques de l'impérialisme : " Le monde présent est ambigu et mêlé. Il n'y a en lui aucune fatalité, aucune certitude : ni le prolétariat n'est assez fort pour qu'il y ait certitude de paix, ni il n'est assez faible pour qu'il y ait fatalité de guerre. Dans cette indécision des choses et cet équilibre instable des forces, l'action humaine peut beaucoup. La formidable part d'inconnu n'est pas redoutable seulement pour nous, socialistes. Elle l'est aussi pour ceux qui déchaîneraient témérairement des guerres dont nul aujourd'hui ne peut prévoir les conséquences politiques et sociales et les contre-coups intérieurs. " Et, prémonitoire : " D'une guerre européenne peut jaillir la révolution, et les classes dirigeantes feront bien d'y songer ; mais il en peut sortir aussi, pour une longue période, des crises de contre-révolution, de réaction furieuse, de nationalisme exaspéré, de dictature étouffante, de militarisme monstrueux, une longue chaîne de violences rétrogrades et de haines basses, de représailles et de servitudes. Et nous, nous ne voulons pas jouer à ce jeu de hasard barbare "[5][5] " L'alliance des peuples ", L'Humanité, 9 juillet ....

Paix armée et paix véritable

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Quel est cet idéal de paix qu'il expose si activement ? Ses principes fondateurs sont naturellement ceux que sa pratique philosophique et sa culture lui ont apportés : humanisme, justice, droits de l'homme. Mais il a toujours voulu mêler réflexion et action : action sur les attendus de la " paix armée ", réflexion pour mieux préparer la " paix véritable ".

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Cette dernière notion n'a fait l'objet d'attentions qu'après 1918, quand se posa la question d'un nouvel ordre international orchestré par une " Société des Nations ". Jaurès croit qu'une paix définitive attend l'humanité, qu'elle sera concorde et harmonie entre les êtres et la nation, entre la nation et le concert des nations ; organisée, elle marquera l'étape finale d'une humanité harmonique ; promesse, elle est dès aujourd'hui à la fois un idéal de la raison humaine et le pôle, le but et l'inspiration de l'action au quotidien. Seul le socialisme, ajoute-t-il, donnera un nom, le sien, à l'indescriptible mais pas inconcevable parousie historique et spirituelle qui verra la paix véritable régner dans toute et sur toute l'humanité. Cependant, comme toujours chez lui, la proposition la plus idéaliste d'apparence est aussitôt flanquée de modalités d'application politiques ou juridiques très concrètes. C'est même en arguant de ces perspectives de paix vraie et perpétuelle qu'il a examiné dans le détail des mesures juridiques de désarmement progressif et de développement du droit international, de mise en place des mécanismes d'arbitrage international ou d'échanges universitaires, à propos notamment de l'annexion de l'Alsace-Lorraine, du génocide des Arméniens, des méfaits du colonialisme ou des guerres à répétition dans les Balkans. Et il a constamment alerté l'Internationale d'avoir à éduquer solidement sur tous ces points ses militants de toutes nationalités.

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Par contre, s'il vit avec moins d'euphorie ce qu'il nomme la " paix armée ", la notion lui convient aussi puisque, pour l'apprécier et la faire évoluer politiquement, c'est le réel qu'il faut prendre à bras-le-corps, c'est d'un compromis toujours mis en doute qu'il faut tâter la solidité. En fait, Jaurès désigne ainsi le seul état de paix dont le monde où il vit ait eu à connaître : un qui-vive sous les armes, un armistice habilement prolongé, à coup sûr un entre-deux-guerres. Historien, il est très à l'aise pour montrer sa fragilité en multipliant les exemples tirés de l'histoire universelle. Mais il s'est plutôt attaché, en grand journaliste, à lire l'actualité, à penser la dangerosité au quotidien. C'est pourquoi, partant du réel si accablant à partir de 1905, il n'a eu de cesse de raisonner sur le retour à l'affrontement entre les hommes par temps de paix " armée ", sans hiérarchiser les causes profondes et immédiates, économiques et politiques : en construisant plutôt une histoire, une philosophie et une politique grâce auxquelles les hommes apprendront d'abord à épeler le temps présent avant de théoriser la limitation de son désordre.

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S'ensuit une analyse plurielle et effervescente des sources de la violence et du désordre contemporains, qui coulent selon lui à trois niveaux, qui communiquent entre elles sans lien direct de cause à effet : le politique exacerbé, avec son cortège de nationalisme exclusif et agressif, de despotisme et d'absolutisme, de militarisme faisant la course aux armements, de racisme et de fanatisme réveillés, de terrorisme et de massacres de masse ; l'économique et le commercial en version impérialiste, avec la mondialisation des jeux du capitalisme, la compétition géostratégique pour la délimitation des zones d'influence et la colonisation spoliatrice qui redistribuent si dangereusement les cartes du partage du monde entre les grandes puissances ; l'imaginaire de masse (nous dirions aujourd'hui le culturel et le médiatique), entretenu par l'immoralité et le double langage dans la diplomatie et les relations internationales, les mensonges de la grande presse qui suscitent l'inquiétude et la peur, l'obsession de la violence et la soif de sécurité. Rien de marxiste, on le voit, dans cette absence de hiérarchie des causes et des effets, mais une pleine modernité de l'analyse. Tant et si bien qu'il aura toujours beaucoup de peine non seulement à faire admettre mais même à faire discuter ces idées-là chez ses camarades socialistes, et d'abord chez les guesdistes, mais aussi au sein de l'Internationale socialiste où les théoriciens allemands ou russes de l'impérialisme ont le verbe si haut.

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On retrouve le même souci d'empoigner le réel sans céder sur l'exigence idéale dans son observation et sa dénonciation des méfaits du colonialisme. Ainsi à propos du Maroc, il tient à dire que l'entreprise coloniale qui se déploie là-bas dans une si dangereuse rivalité diplomatique, militaire et économique entre la France et l'Allemagne est le principal facteur d'aggravation de la tension internationale. Il a manifesté son optimisme foncier, quand il préconise une " pénétration pacifique ", accepte l'arbitrage international en 1905-1906 ou vote en 1911 la convention apaisante qui abandonne la Maroc à la France en échange d'une partie du Congo confiée à l'Allemagne. Mais bientôt c'est le spectacle de la réalité crue, l'exploitation coloniale à grande échelle, qui a armé autrement mieux son souci de paix. Il dénonce donc aussi haut les projets scandaleux des banquiers et des pourvoyeurs de matières premières, l'arrogance diplomatique et les bruits de bottes qui, mis en oeuvre par un corps expéditionnaire tombé dans le " guêpier ", orchestrent un vrai " pillage " du Maroc. Puis le voici, bien seul encore, qui s'intéresse à la conscience nationale des Marocains affrontant les Français, " si rudimentaire qu'elle puisse être ", avec son socle encore si solide de culture musulmane, son islam original, ses structures politiques singulières. Tant et si bien qu'il salue bientôt une nation marocaine qui se lève, nourrie de ferveur populaire pour le sultan et de résistance à l'exploiteur étranger. Quand vient l'heure où il faut consentir au protectorat pour ne plus raviver les affrontements avec l'Allemagne, en 1912, il est si attentif et si bien informé de la situation qu'il demande aussitôt qu'on profite de l'apaisement ainsi négocié pour mettre en chantier une véritable alliance de nation à nation, qui sauvegardera " la liberté marocaine ", modernisera l'empire chérifien et donnera " la possibilité d'un fonctionnement régulier du Maroc, sans abus, sans incendie, sans baïonnette " [6][6] Cité par Georges Oved, " Jaurès, le Maroc et la paix....

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En 1908, il a déploré aussi bien que l'évolution capitaliste trop rapide et trop brutale imposée en Tunisie ait déjà piétiné la société indigène et s'attaque à cette civilisation musulmane qu'en France on connaît et apprécie si mal. Le même Jaurès donc, ce jour-là, plaide à la fois contre les attendus les plus capitalistes de la colonisation et pour la création d'un centre d'étude du monde arabe et une réorganisation administrative qui respectera un peu mieux le peuple tunisien.

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Incontestablement, cette attention aux autres, ce refus viscéral autant que raisonné de la violence et de l'exploitation, ce souci d'harmonie à venir entre les peuples ont participé de son optimisme foncier, de sa générosité spontanée. Pourtant, il a su ajuster sa générosité à tous les motifs d'inquiétude et aux crises multiformes, à toutes les situations d'aveuglement qu'il a su éclairer au moins partiellement en livrant la vérité telle qu'il l'entrevoyait. La cruauté du sort a fait qu'à l'été 1914 la conjoncture était trop nouée pour que son habituel optimisme puisse suffire.

Trop fidèle ?

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Jaurès est trop longtemps resté fidèle à son patriotisme hexagonal pour pouvoir démêler autant qu'il l'aurait fallu la mêlée confuse et dangereuse qu'a créée après 1905 l'internationalisation du capital confrontée à la crispation nationaliste en Extrême-Orient, en Russie, en Autriche-Hongrie, dans les Balkans ou dans l'Empire ottoman. Sur la question des nations, des nationalités et des nationalismes, il a sans aucun doute négligé la richesse inventive de l'austro-marxisme et ignoré les premières affirmations si abruptes des bolcheviks ; il a même refusé d'aller aussi loin qu'il eût fallu dans la discussion avec Rosa Luxemburg sur la vanité ou non de la défense nationale à l'âge de l'impérialisme. En fait, même au sein de l'Internationale socialiste, il n'a jamais eu le sentiment qu'il lui faudrait justifier la nation ou cesser de la révérer. Il est resté trop français, trop " terroir ", trop historien, trop convaincu de l'universalité des principes républicains qui régentent le pays des droits de l'homme pour jamais y songer.

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Il s'est néanmoins soucié, comme à son habitude, d'affronter une réalité plus complexe et plus brouillée. Il a admis que l'impérialisme et le colonialisme projetteraient sans doute un jour à l'échelle du monde entier les rivalités et les affrontements de tous ordres qui jusqu'alors n'opposaient que des nations. Mais en 1911, après sa lecture admirative du livre The Great Illusion du journaliste anglais Norman Angell, il en est venu à penser beaucoup trop vite que l'enchevêtrement des dépendances économiques calmait déjà l'ardeur belliciste des Etats-nations. De leur côté, Guesde et Hervé soutenaient eux aussi, et plus naïvement encore, que " l'ère des grandes guerres européennes est close ", tant l'imbrication mondiale des intérêts capitalistes avait diminué " les chances de guerre de nation à nation ". Et Jaurès a persévéré dans cette illusion. Le 20 juillet 1914, il écrivit encore dans L'Humanité que " le capitalisme, en ce qu'il a de plus sain, de plus fécond, de plus universel, a intérêt à apaiser et prévenir les conflits ".

Notes

[1]

A publié récemment sur Jaurès : Jean Jaurès, Perrin, 2005, et Rallumer tous les soleils, un recueil de textes de Jaurès, Presses de la Cité, coll. " Omnibus ", 2006.

[2]

Suzanne Berger, Notre première mondialisation. Leçons d'un échec oublié, Le Seuil, coll. " La République des idées ", 2003.

[3]

Voir, très neuf, " Jaurès, l'Amérique latine et la latinité ", Jean Jaurès. Cahiers trimestriels, n? 139, janvier-mars 1996.

[4]

Cité dans l'anthologie de Gilles Candar, Jean Jaurès (1859-1914). " L'Intolérable ", Les Editions Ouvrières, 1984, p. 101-109.

[5]

" L'alliance des peuples ", L'Humanité, 9 juillet 1905.

[6]

Cité par Georges Oved, " Jaurès, le Maroc et la paix ", Bulletin de la Société d'études jaurésiennes (BSEJ), n? 99, oct.-déc. 1985, p. 23.

Plan de l'article

  1. La poudrière
  2. Paix armée et paix véritable
  3. Trop fidèle ?

Pour citer cet article

Rioux Jean-Pierre, « Entre guerre et paix : le monde nouveau vu par Jaurès  », L'Économie politique 2/2007 (n° 34) , p. 88-94
URL : www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2007-2-page-88.htm.
DOI : 10.3917/leco.034.0088.


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