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L'Économie politique

2007/3 (n° 35)


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Faute d'accord, Pascal Lamy, le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), avait suspendu en juillet 2006 les négociations commerciales internationales du cycle de Doha. Un an après, en dépit de la reprise d'une grande offensive diplomatique étendue sur plusieurs mois, le voilà revenu au même point : toujours pas d'accord. L'OMC va-t-elle survivre à ces échecs répétés ? A priori, oui.

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De tous les experts rassemblés dans ce numéro, en provenance des acteurs politiques qui comptent le plus dans la définition de la gouvernance commerciale mondiale - le Brésil, les Etats-Unis, l'Inde et l'Union européenne -, sans oublier l'ONG Oxfam, aucun ne souhaite voir disparaître l'OMC. L'institution a gagné son droit à l'existence et reste considérée comme un lieu essentiel de négociation. Les contributions combinées de ces spécialistes montrent une appréciation différente des risques pesant sur son avenir. Mais toutes se retrouvent pour fixer comme condition d'efficacité des transformations politiques tellement exigeantes que l'on peut légitimement se demander si l'OMC ne va pas simplement faire de la figuration sur la scène mondiale.

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Regardons d'abord les risques souvent évoqués aujourd'hui. Les difficultés des négociations actuelles ? Plus il y a de pays, plus elles sont longues, explique l'Américaine Sandra Polaski, et celles-ci iront au moins jusqu'en 2009. Inutile de précipiter les choses et de fixer des échéances intenables qui nourrissent le pessimisme sur le multilatéralisme. La multiplication des accords bilatéraux ? On arrive au bout, répond Polaski. Il y en aura peu de nouveaux car les grands pays qui n'arrivent pas à se mettre d'accord dans un cadre multilatéral n'y arriveront pas plus dans en cadre bilatéral. Et les accords du type de ceux qui ont été signés ces dernières années par les Etats-Unis avec des petits pays sont désormais bloqués par le refus du Congrès, le 30 juin dernier, de renouveler l'autorisation donnée au président Bush d'en négocier librement de nouveaux.

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La montée d'un sentiment protectionniste généralisé ? C'est d'autant moins un risque, affirment les experts indiens, que le moyen ou long terme sera marqué par une ouverture de plus en plus acceptée. Le vieillissement de la population en Chine va réduire l'offre de main-d'oeuvre et la rendre plus chère ; la même évolution en Europe rendra les pays plus accueillants pour les étrangers et, si les créations d'emplois sont au rendez-vous - c'est un gros " si " -, plus favorables aux importations ; quant à l'Inde, la nouvelle frontière de ses entreprises sera de plus en plus leur vaste marché intérieur.

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En attendant d'en arriver là, si tant est que l'on y arrive, l'OMC ne pourra peser pleinement sur la régulation du commerce mondial que si, d'après tous ces experts, elle arrive à relever trois défis politiques.

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D'abord, une prise en compte explicite, en coordination avec d'autres institutions, des effets non commerciaux du commerce, par exemple les pertes d'emplois au Nord et les pertes de recettes fiscales au Sud. Ensuite, une reconnaissance effective du pouvoir des pays émergents : pour les diplomates brésiliens, les règles du commerce international ayant jusqu'ici largement profité aux pays les plus riches, ces derniers doivent faire proportionnellement plus d'efforts dans les négociations... Et envoyer un signal fort en acceptant d'appliquer les décisions de l'organe de règlement des différends (ORD) qui leur sont défavorables, comme la condamnation des subventions aux producteurs de coton pour les Etats-Unis ou aux producteurs de sucre pour l'Europe. Enfin, riches et émergents doivent s'engager à véritablement accepter des règles commerciales favorables au développement en offrant un traitement spécial aux pays les plus pauvres, comme l'expliquent Kevin Gallagher et Oxfam.

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Ces défis politiques sont de taille. Si les pays les plus importants montrent qu'ils sont prêts à s'y atteler, alors l'OMC pourra sûrement jouer un rôle et ne pas se contenter d'exister parce que, selon le vieil adage, " les institutions internationales ne meurent jamais ".

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « OMC : changer pour exister », L'Économie politique, 3/2007 (n° 35), p. 5-6.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2007-3-page-5.htm
DOI : 10.3917/leco.035.0005


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