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L'Économie politique

2008/3 (n° 39)


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Inégalités sociales croissantes, dérapages financiers récurrents, dégradation de l'environnement. De ces trois défis de notre temps, le dernier est le plus crucial car il touche directement à l'avenir même de l'humanité. L'une des causes de la crise écologique qui nous frappe tient à nos modes de consommation : acheteur de plus en plus précoce, avide des produits en vogue et jamais rassasié, le consommateur des pays riches contribue à entretenir un mode de production très friand d'énergie et polluant.

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Les industriels, les hypermarchés et les pèlerins du développement durable l'ont compris. Les premiers veulent nous vendre des produits "responsables", c'est-à-dire plus chers. Les deuxièmes nous demandent de payer les sacs plastique qu'ils nous fournissaient gratuitement. Et les derniers nous culpabilisent individuellement à un point tel que tout acte de consommation, voire notre vie entière, ne sont plus perçus "que comme une nuisance, une source d'émission de carbone, de pollutions diverses et de déchets"[1][1] Pour une présentation poussée jusqu'à la caricature....

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Peut-on trouver les chemins d'une manière de consommer qui nous laisse la liberté de choix, tout en faisant de nous des citoyens solidaires des autres, responsables de notre environnement, capables de raisonner sur nos vrais besoins de consommation et de tenir compte des conditions dans lesquelles sont produits les biens que nous consommons ? La réponse est positive.

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D'abord, l'histoire le montre. Depuis que, à la fin du XVIIIe siècle, les consommateurs britanniques et "américains" se sont mobilisés pour boycotter massivement le sucre produit par l'esclavage, la consommation a pu être un lieu d'engagement politique et citoyen. Les initiatives en ce domaine ne manquent d'ailleurs pas aujourd'hui, au point que les guides permettant d'en faire le tri se sont multipliés ces dernières années  [2][2] Le Conseil de l'Europe va publier à l'automne 2008....

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Mais l'expérience nous enseigne également que cela ne se fait pas spontanément. Les études sociologiques et psychosociales des comportements de consommation soulignent à quel point ce que nous achetons contribue à construire notre identité sociale. Nul ne peut se priver de cette fonction de socialisation de l'acte de consommation. Les enquêtes montrent que même les consommateurs les plus mobilisés en faveur d'une croissance durable ont du mal à modifier leurs habitudes d'achat au-delà du marginal.

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Comment favoriser dans ces conditions une consommation responsable ? Certains prônent de réduire l'espace de choix des consommateurs : des "décroissancistes" aux partisans de la "démocratie participative alimentaire", chacun de nous devrait produire, échanger et consommer localement. Le chemin risque d'être long avant que tout le monde ne s'y mette... D'autres préfèrent développer la prise en compte du non-marchand dans les choix (bio, bois certifié, etc.). Une voie en plein développement. Mais n'en reste-t-elle pas, au fond, à parier sur la bonne volonté individuelle ? Et sur les informations que veulent bien donner les offreurs : comment faire si je veux favoriser les produits d'entreprises où l'écart de rémunération entre le patron et ses salariés reste raisonnable et où les droits des travailleurs sont réellement respectés ?

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Une autre voie, qui tient compte de la psychologie des consommateurs et de la réalité de notre monde industriel et de services, est celle qui consiste à réduire l'offre des produits non responsables. On pourrait les taxer plus. Mais, au-delà des produits inutiles et nocifs, comme les véhicules 4x4 de ville, cela pénalise immédiatement les plus pauvres. L'innovation verte en faveur des produits responsables ne peut venir que d'une alliance entre producteurs, détaillants et intervention régulatrice de l'Etat pour "encourager" les comportements vertueux. Le consommateur individuel peut être solidaire de la planète. Il le sera d'autant plus facilement qu'on lui proposera des produits conçus et distribués à cet effet.

Notes

[1]

Pour une présentation poussée jusqu'à la caricature des conséquences du discours sur le développement durable, voir Sylvie Brunel, A qui profite le développement durable ?, coll. "A dire vrai", Larousse, 2008.

[2]

Le Conseil de l'Europe va publier à l'automne 2008 un guide sur le thème "Repenser la consommation pour le bien-être de tous" en coopération avec l'Inter-réseau des initiatives éthiques et solidaires (Iris) et dans le cadre d'un accord de coopération avec la DG Emploi, Affaires sociales et Egalité des chances de la Commission européenne. Voir également "La consommation citoyenne", Hors-Série pratique Alternatives Economiques, n? 26, nov. 2006.

Pour citer cet article

Farrell Gilda, Chavagneux Christian, « Peut-on être consommateur et citoyen ? », L'Économie politique 3/2008 (n° 39) , p. 5-6
URL : www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2008-3-page-5.htm.
DOI : 10.3917/leco.039.0005.


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