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L'Économie politique

2008/4 (n° 40)


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La tenue prochaine du congrès de Reims du Parti socialiste donne quelquefois l'impression que, sous le débat démocratique entre postulants au poste de premier secrétaire, nécessaire à la vie d'un grand parti, se cachent des rivalités personnelles masquant une absence totale d'idées. Il fallait donc en avoir le coeur net : en laissant à nos collègues des grands journaux le soin de nous informer des rebondissements divers de la lutte pour le pouvoir, nous voulions savoir si la gauche, au sens large, au sein du PS et au-delà, réfléchissait et avait des idées à proposer. La réponse est oui.

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Les propositions sont-elles crédibles ou utopiques, efficaces ou désastreuses pour l'avenir de la France ou pour gagner les élections ? Aux lecteurs d'en juger. Mais si l'on devait définir une sorte de programme économique idéal de la gauche, qui ferait fi des oppositions de partis et de personnes, il aurait aujourd'hui cinq priorités.

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La croissance durable est le premier objectif, et les deux mots ont leur importance. La maximisation de la croissance du produit intérieur brut (PIB) reste considérée comme une nécessité impérative. Mais plus aux mêmes conditions qu'hier : la croissance rêvée de la gauche repose davantage sur l'offre (éducation, innovation) que sur la demande, respecte la planète, donne la priorité aux emplois de qualité, et promeut un nouvel arbitrage entre temps de travail et temps personnel plus favorable à ce dernier.

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La lutte contre les inégalités est également en haut de l'affiche, et la politique fiscale en reste le principal ressort. La gauche continue à assumer la nécessité de l'impôt, en le souhaitant plus redistributif. Mais la politique des revenus dans l'entreprise est également très présente. Au-delà du refus des parachutes dorés des grands patrons ayant failli, deux orientations sont proposées : donner plus aux salaires et moins aux dividendes ; limiter les écarts de rémunération au sein des entreprises.

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Fruit du travail des Verts, l'impératif écologique est désormais pleinement assumé. Et les propositions concrètes ne manquent pas. Surtout, la gauche ne cache pas que son modèle écologique doit s'accompagner, pour être accepté, de politiques qui en limitent les effets négatifs pour les moins aisés. Le socle d'une politique écologique doit être autant social qu'économique.

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La gauche veut une nouvelle Europe. Moins libérale, plus sociale et plus politique. La libéralisation économique a atteint ses limites en Europe. Quel gain marginal pour la croissance peut-on attendre d'une libéralisation des licences de taxi ? A l'inverse, des politiques sociales coordonnées auraient une grande efficacité. Pour cela, l'Union doit retrouver un leadership politique perdu.

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Enfin, la gauche a toujours été et reste mondialiste. Mais sa mondialisation est plus régulée, en particulier dans sa dimension financière. Elle attend de l'Europe qu'elle devienne un acteur politique de la mondialisation, qui modifie son cours en fonction des priorités décrites ci-dessus plutôt qu'elle ne reste un simple rempart de protection contre les effets de la mondialisation telle qu'elle existe aujourd'hui.

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De Bad Godesberg à la Nueva Via actuelle du parti socialiste espagnol, en passant par le nouveau Parti démocrate italien, la gauche réformiste s'est toujours retrouvée dans une forme de "socialisme libéral". Pas celui des "sociaux-libéraux", qui se réclament des valeurs de la gauche politique tout en étant prêts à toutes les compromissions avec la doctrine économique libérale la plus affirmée. Certains viennent déjà nous expliquer, sous couvert du constat trivial que l'économie a besoin d'un secteur financier pour vivre et prospérer, qu'il serait absurde de trop revenir sur la libéralisation financière alors que ses ravages sont pourtant évidents. Il faut donc rompre avec ce libéralisme-là. En revanche, la gauche pourrait retrouver le socialisme libéral de la fin du XIXe siècle, qui tentait de marier intervention régulatrice forte de l'Etat et bienfaits de la concurrence innovante. Plus personne ne veut de l'économie administrée par un Léviathan inefficace et potentiellement totalitaire. De moins en moins veulent une économie de marché débridée. Après la période du tout-marché, une phase de possible reconquête idéologique semble s'ouvrir. A la gauche de se montrer à la hauteur de ce défi historique.

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « Les défis de la gauche », L'Économie politique 4/2008 (n° 40) , p. 8-9
URL : www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2008-4-page-8.htm.
DOI : 10.3917/leco.040.0008.


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