Accueil Revues Revue Numéro Article

L'Économie politique

2009/3 (n° 43)


ALERTES EMAIL - REVUE L'Économie politique

Votre alerte a bien été prise en compte.

Vous recevrez un email à chaque nouvelle parution d'un numéro de cette revue.

Fermer

Pages 6 - 6 Article suivant
1

Le capitalisme contemporain pose quatre problèmes d'envergure : ses méthodes de production entretiennent une crise écologique qui peut anéantir la planète ; le mode de fonctionnement intrinsèque de sa finance produit une instabilité destructrice de croissance et d'emploi ; la répartition des revenus qu'il suscite accroît les inégalités ; alors que la Terre peut a priori nourrir ses habitants, tous les experts annoncent une crise alimentaire qui vient.

2

La bonne nouvelle, c'est que nombre de signes récents soulignent une prise de conscience de ces problèmes. La mauvaise, c'est que celle-ci reste faible, et que le conservatisme politique demeure puissant.

Quelques signes d'espoir

3

L'arrivée au pouvoir de Barack Obama a incontestablement changé la donne mondiale. En attendant la fin de la suprématie américaine - que les experts nous annoncent depuis environ quarante ans -, la capacité d'entraînement idéologique des Etats-Unis reste forte. Or, le message du grand frère est désormais que la planète doit être sauvée, la finance régulée et les hauts salaires maîtrisés.

4

Deuxième signe positif, le G20 est en train de se substituer au G8 pour trouver des compromis à un niveau politique qui laisse leur place aux pays émergents. Même si l'Afrique y reste sous-représentée et l'Europe surreprésentée, le G20 offre un embryon de gouvernance mondiale qui a déjà laissé sa marque en matière de définition de politiques visant à maîtriser la finance ou à lutter contre les paradis fiscaux.

5

Enfin, la crise des subprime et ses suites réelles sont venues mettre un coup supplémentaire sur la tête du libéralisme fou qui a dominé le climat idéologique des dernières décennies. Si l'on y ajoute l'échec des négociations de Doha, qui visaient à libéraliser encore plus le commerce international, ou la montée d'une nouvelle science économique portée par des communicateurs mondiaux, tels Joseph Stiglitz ou Paul Krugman, qui démontrent théoriquement un besoin d'Etat, l'économie dominante ne joue plus le rôle de légitimation théorique du marché. Le libéralisme économique, porteur d'inégalités et d'instabilité, passe un mauvais moment.

Plusieurs craintes

6

Pour autant, plusieurs signes restent inquiétants. Là où la crise des années 1930 avait complètement changé la donne en faveur d'une économie régulée par la puissance publique, la crise actuelle, en dépit de ses dégâts financiers, économiques et humains, ne semble pas un traumatisme suffisant pour provoquer un changement identique. Les banquiers veulent se débarrasser de l'aide publique pour, de nouveau, se payer grassement. Les opérateurs des marchés financiers notent avec satisfaction pour leurs marges un retour de l'" appétit pour le risque " des investisseurs, qui s'exprime notamment par une forte poussée des prix des matières premières depuis le début de l'année alors que la croissance mondiale est en berne : du pétrole au maïs ou au soja, les produits de base sont considérés comme un actif financier sur lequel il y a de l'argent à faire. En fonction de la spéculation, les prix flambent pendant plusieurs mois, réduisant l'accès à la nourriture des plus pauvres, ou bien chutent dramatiquement, faisant des agriculteurs du Sud des travailleurs pauvres.

7

Si la forte poussée de la liste Europe Ecologie aux dernières élections européennes a pu faire croire à une prise de conscience politique accrue quant à la nécessité d'agir vite contre le réchauffement climatique, le réveil n'aura été que de courte durée. A l'image du président Sarkozy déclarant devant les parlementaires français réunis en Congrès qu'il faut " produire plus et consommer davantage ", les dirigeants politiques peinent à changer de logiciel. Rien n'assure le succès de la conférence de Copenhague sur le climat de décembre prochain, où va se jouer une partie de l'avenir de la planète.

8

Enfin, si le libéralisme économique se meurt, la gauche a été incapable de bâtir une alternative crédible qui trouverait aujourd'hui son débouché naturel, comme le libéralisme contemporain a trouvé le sien après avoir été bâti intellectuellement pendant la période d'économie régulée.

9

La crise actuelle a ouvert une fenêtre d'opportunité permettant d'engager les politiques nécessaires pour répondre aux maux du capitalisme contemporain. Si elle n'est pas saisie, d'autres crises se prépareront, plus violentes, et peut-être plus dangereuses pour l'avenir de nos sociétés.

Plan de l'article

  1. Quelques signes d'espoir
  2. Plusieurs craintes

Pour citer cet article

Chavagneux Christian, « Les quatre maux de la Terre », L'Économie politique 3/2009 (n° 43) , p. 6-6
URL : www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2009-3-page-6.htm.
DOI : 10.3917/leco.043.0006.


Pages 6 - 6 Article suivant
© 2010-2014 Cairn.info
back to top
Feedback