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L'Économie politique

2009/4 (n° 44)


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A partir des années 1970, les idées néolibérales prennent l'ascendant sur la pensée d'inspiration keynésienne et stimulent une réorientation drastique des politiques économiques. Ce tournant néolibéral a déjà été documenté, comme le rôle crucial qu'y joue la Société du Mont-Pèlerin (SMP)  [2][2] Ronald Max Hartwell, A History of the Mont Pelerin.... Cette organisation fondée en 1947 par Friedrich August von Hayek et Wilhelm Röpke regroupe les principaux penseurs du néolibéralisme. Dans le contexte du tournant keynésien de la pensée économique de l'après-guerre, la SMP sert de lieu d'énonciation, de circulation et d'échange des idées libérales, et devient, en quelque sorte, le principal creuset de leur rénovation.

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C'est d'abord auprès d'importantes personnalités des milieux patronaux helvétiques que sont glanés les fonds permettant la première réunion de la Société, en avril 1947 en Suisse, près de Vevey  [3][3] Le reste du financement provient du William Volker.... Ce soutien illustre l'adhésion de patrons éminents au projet d'un Hayek ou d'un Röpke, qui entendent reconstruire la doctrine libérale et développer une critique virulente de l'économie planifiée sous toutes ses formes (marxiste, socialiste, keynésienne, etc.). Cette reconstruction idéologique envisagée à long terme s'accompagne d'un renforcement des liens et des réseaux qui unissent théoriciens et institutions de la rénovation libérale. En Suisse, l'investissement considérable de secteurs centraux du patronat dans la SMP est aussi un moyen parmi d'autres de renouer les fils du dialogue transatlantique, à un moment où les industriels et banquiers suisses, jugés trop conciliants à l'égard de l'Allemagne nazie, peinent à retrouver une légitimité sur la scène internationale, en particulier aux Etats-Unis.

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Jusqu'ici, les voies du soutien patronal à ce lieu de sociabilité savante qu'est la SMP sont restées peu éclairées, parce que la littérature retrace l'histoire de ce triomphe d'abord dans une perspective d'histoire des idées désincarnée de son contexte socio-économique, ou par manque de sources historiques. Cet article propose de nouvelles pistes. Grâce aux archives jusqu'alors inutilisées d'un institut universitaire zurichois, le Schweizerisches Institut für Auslandforschung (SIAF), qui sert dans les années 1950 et 1960 de pivot à la SMP et devient une pièce charnière du dispositif international du renouveau libéral établi après-guerre, il est enfin possible de documenter le soutien décisif accordé dès les origines par le patronat helvétique au projet de rénovation libérale.

De l'autoritarisme au néolibéralisme (1943-1950)

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Le 8 mars 1943, une assemblée de personnalités politiques, culturelles et académiques, réunies sous les auspices du conseiller fédéral Philipp Etter dans la salle du Sénat de l'université de Zurich, adopte officiellement les statuts et un texte programmatique qui donnent naissance au SIAF  [4][4] Archiv für Zeitgeschichte Zurich, Nachlass (" legs.... Cette création, appuyée par les plus hautes autorités politiques helvétiques, a été arrêtée au sein des organes créés durant la guerre pour déterminer la politique culturelle de la Confédération suisse, où le nouvel institut recrute d'ailleurs une partie de ses membres fondateurs. Cette naissance dépasse cependant les contours de la politique culturelle et scientifique et s'inscrit dans un plan plus vaste visant à rompre l'isolement diplomatique de la Suisse à la fin de la guerre. Les milieux dirigeants des pays alliés considèrent alors la Confédération comme un vassal de l'Allemagne, et la création du SIAF est l'un des éléments devant permettre aux autorités suisses de reconvertir leurs relations extérieures sur la " perspective atlantique "[5][5] Hans Ulrich Jost " Switzerlands Atlantic perspectives.... Sous le couvert de contacts culturels et scientifiques, l'institut doit servir de canal d'accès aux sphères du pouvoir anglo-saxonnes.

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Cette initiative est d'emblée soutenue par les milieux économiques, qui contribuent à financer l'activité de cet institut semi-privé rattaché à l'université de Zurich et obtiennent en échange des sièges au conseil des bailleurs de fond, le Kuratorium. Signe des espoirs placés dans le SIAF, ce dernier rassemble de grosses pointures du patronat helvétique, comme Hans Sulzer, le président du Vorort, la principale association patronale du pays, l'ancien vice-président du conseil d'administration du Crédit suisse, Rudolf G. Bindschedler, l'un des banquiers les plus influents de Suisse, aussi membre, à cette date, du conseil de l'importante multinationale Nestlé, l'un des éminents représentants de la principale famille actionnaire du Crédit suisse, Heinrich (Henri) Bodmer-Abegg, ou encore Rudolf Speich, le président de la Société de banque suisse (SBS), ex-président de l'Association suisse des banquiers (ASB), qui cumule lui aussi les sièges de conseils d'administration prestigieux (BBC, Nestlé, AIAG, Swissair, CFF, BNS...).

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Si les fées qui se penchent sur le berceau du SIAF semblent puissantes, les moyens qui lui sont alloués au cours des premières années restent, toutefois, plutôt modestes. Pour des raisons qui demeurent peu claires, le SIAF ne parvient pas à devenir avant 1948 autre chose qu'une école postdoctorale, dont l'essentiel de l'activité est centré sur les étudiants et sur le monde académique helvétique. Comme tel, il ne correspond sans doute pas aux ambitieuses attentes de ses bailleurs de fonds. Plusieurs d'entre eux refusent dès lors de renouveler leur soutien lorsqu'ils sont à nouveau sollicités, en 1947. Egalement sondées, les autorités du canton de Zurich ne se déclarent pas davantage intéressées pour financer l'institut. Alors qu'il paraît condamné, le SIAF connaît un nouveau départ en devenant la pièce maîtresse d'un plan visant à engager le célèbre économiste autrichien Friedrich August von Hayek à l'université de Zurich.

Et si Friedrich Hayek enseignait la bonne parole à l'université de Zurich ?

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Ce plan est indissociable du parcours personnel d'Albert Hunold, un personnage avec lequel l'histoire du SIAF se confond bientôt pour une vingtaine d'années Qui est notre homme ? Né en 1899 à Zurich, Hunold a entrepris sur le tard des études économiques à l'université de Zurich, puis à la London School of Economics. Hunold a ensuite été secrétaire de la Bourse de Zurich de 1930 à 1945, secrétaire de l'Union des instituts de crédit zurichois de 1940 à 1945, directeur de la caisse de compensation de l'ASB (1941-1945), adjoint du directeur du Crédit suisse de Zurich de 1945 à 1946, puis, de 1947 à 1949, directeur à la Fédération horlogère à Bienne, la principale association patronale de la branche. Bien qu'il ne soit pas issu de la grande bourgeoisie helvétique, Hunold est donc un homme proche des milieux économiques et remarquablement introduit dans les sphères patronales zurichoises. Doté d'une force de travail remarquable, Hunold est également la cheville ouvrière, l'un des membres fondateurs et bientôt le secrétaire de la SMP, la première association néolibérale fondée en avril 1947 à l'initiative de Wilhelm Röpke et de Hayek, avec qui il est en contact régulier depuis la guerre  [6][6] Giovanni Busino, " William Rappard, le libéralisme....

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Depuis 1946, Hunold est impliqué dans des démarches visant à nommer Hayek à l'université de Zurich. Il est soutenu dans cette entreprise par Hans Sulzer, le patron des patrons helvétiques et l'un des bailleurs de fonds du SIAF, qui considère très favorablement le libéralisme professé par Hayek, au point de financer partiellement le premier colloque de la SMP. Avant 1948, toutefois, les tentatives entreprises pour engager Hayek à Zurich font long feu, principalement, semble-t-il, du fait des réticences des professeurs d'économie politique zurichois, en particulier de Manuel Saitzew, qui se trouve être l'ancien directeur de thèse de Hunold  [7][7] Hoover Institutions Archives - Friedrich Hayek Papers.... En 1949, les choses se présentent néanmoins sous un jour plus favorable. Saitzew approche en effet de la retraite, et Hunold semble certain qu'une candidature de Hayek à sa succession aurait de bonnes chances d'être acceptée  [8][8] Saitzew prend sa retraite en 1950 et décède en 1951..... Pour assurer cette nomination, Hunold et Sulzer conçoivent donc un plan visant à réorganiser le SIAF aux abois et à placer Hayek à sa tête. Ils forment à cet effet un comité composé de personnalités patronales et issues des coulisses du pouvoir zurichois. Il comprend l'éminent député radical Robert Bühler, Willy Bretscher, le rédacteur en chef du principal quotidien helvétique, la Neue Zürcher Zeitung (NZZ), qui est également depuis 1948 le vice-président de l'Internationale libérale, le publiciste Robert Büchi, qui dirige la Société pour le développement de l'économie suisse (SDES - Wirtschaftsförderung), une sorte de bureau de propagande chargé de l'organisation des campagnes politiques patronales, et enfin Rudolf Speich, le président du conseil de la SBS et, à ce titre, l'un des banquiers les plus en vue du pays, membre, comme Sulzer, du Kuratorium du SIAF.

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Eclairons les motifs de cet empressement à faire venir Hayek à Zurich, en commençant par ceux de Hayek lui-même. Depuis 1946, Hayek, alors à Londres, revoit sa cousine qui habite à Vienne. Celle-ci devient en août 1950 sa seconde épouse. Dès 1946, Hayek voyage plusieurs fois en Europe et effectue de nombreux crochets par Vienne, où il enseigne d'ailleurs au semestre d'été de 1948. Il cherche à s'éloigner de Londres, où il laisse sa femme, Hella, et ses enfants, tout en acceptant ailleurs un poste suffisamment rémunéré pour vivre avec sa future femme et entretenir sa famille restée en Angleterre. En novembre 1948, il accepte de devenir professeur au Committee on Social Thought à l'université de Chicago, mais, jusqu'à l'automne 1949, il continue à chercher un poste en Europe. Zurich, à mi-chemin entre Vienne et Londres, serait idéal. Hunold est au courant de ces démarches et de la situation personnelle de Hayek, au moins depuis février 1946  [9][9] Alan Ebenstein, Friedrich Hayek : A Biography, New.... De son côté, Hunold perd son poste à la Fédération horlogère le 14 mars 1949. Il doit donc trouver un nouvel emploi. Or, quels que soient les scénarios évoqués par Hunold et Hayek dans leur correspondance au sujet de la venue du dernier à Zurich, Hunold évoque l'idée de devenir secrétaire du SIAF. S'il parvient à attirer l'éminent économiste autrichien à Zurich, Hunold peut espérer devenir son bras droit - un statut enviable et par ailleurs favorable au bon fonctionnement de la SMP, qu'il a contribué à mettre sur pied.

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Les motifs qui animent les membres du petit comité présenté plus haut sont d'un autre ordre. En attirant deux des piliers centraux et des promoteurs de la SMP, les ténors du patronat zurichois espèrent faire de leur ville le centre d'un réseau académique international libéral en voie de constitution. Les objectifs et l'idéologie de ce réseau sont en effet en phase avec ceux des membres de ce comité. Si l'on en croit Hunold, certains représentants des milieux économiques ou de la droite patronale helvétique - et en particulier Sulzer - voient en outre avec anxiété les nominations récentes de jeunes professeurs socialistes au sein des hautes écoles  [10][10] HIA FHP, box 75.10, lettre de Hunold à Hayek, 25.1.... La nomination de Hayek est donc au fond l'un des objectifs d'une politique conforme aux intérêts supérieurs du patronat helvétique visant à conserver l'Université acquise à la pensée libérale.

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Fin 1949, Hunold, devient ainsi directeur du SIAF, et son entrée fracassante dans l'institut entraîne sa réorganisation vigoureuse, entreprise non sans résistance. Une nouvelle structure émerge le 28 mars 1950. Les activités qui ont été celles de l'institut depuis 1945 sont reléguées dans une section dite " des sciences culturelles ", dirigée par le romaniste et hispaniste Arnald Steiger, un homme au profil effacé. Une nouvelle section " des sciences de l'économie publique " (volkswirtschaftliche Studien) est créée et conduite par Hunold. Les deux entités sont chapeautées par un organe dirigeant (leitender Ausschuss), présidé par Sulzer, flanqué d'un Kuratorium regroupant, comme auparavant, les délégués des bailleurs de fonds. En fait, grâce à cette nouvelle structure destinée à écarter les fondateurs du SIAF, Hunold devient le principal responsable de l'institut jusqu'en 1965. En plein accord avec les plans nourris par ses bailleurs de fonds, il entreprend de le transformer à la fois en un lieu de diffusion des doctrines néolibérales et en un point d'appui matériel de la jeune SMP.

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Quid de Hayek ? En décembre 1949, il laisse entendre qu'il accepterait un poste à Zurich malgré son départ pour les Etats-Unis et son divorce en cours, mais ajoute ne plus croire à une telle nomination et refuse un poste au sein du SIAF  [11][11] HIA FHP, box 75.10, lettre de Hayek à Hunold, 2.12.... Selon lui, une chaire financée par des fonds privés nuirait à la renommée et à la crédibilité de son titulaire. L'espoir de faire venir Hayek à Zurich dans le cadre de la succession de Saitzew se maintient pourtant jusqu'en avril 1951, lorsque Hayek déclare qu'il n'est plus disposé à quitter l'université de Chicago  [12][12] HIA FHP, box 75.10, lettre de Hayek à Hunold, 13.4....

Consolidation de l'institut et propagation d'une pensée (1950-1961)

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A son arrivée à la tête de la nouvelle section économique du SIAF, en 1950, Hunold entend renforcer la pensée économique néolibérale de deux façons : d'une part, en fédérant tout ce que le néolibéralisme compte de soutiens en Suisse à cette époque. D'autre part, en dotant le néolibéralisme d'une existence académique collective. La consolidation et le développement des réseaux néolibéraux suisses passent par la recherche de fonds nécessaires aux activités du SIAF, mais aussi par un affermissement des relations entre le SIAF et les cercles internationaux du néolibéralisme, avant tout la SMP. Dans cette dernière, Hunold trouve la renommée internationale dont le SIAF à besoin pour s'affirmer publiquement en Suisse. La SMP obtient en retour une base logistique et un soutien financier cruciaux pour son développement. Le destin des deux organisations est lié, autre manière de dire qu'il s'agit là d'une interdépendance fonctionnelle au profit d'une cause, la rénovation libérale.

En quête de financement

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La première tâche à laquelle Hunold s'attelle avec succès est la consolidation des finances de l'institut. Alors que, dans la seconde moitié des années 1940, le SIAF était dépourvu de moyens  [13][13] Sur la période 1946/1947, le budget de fonctionnement..., la reprise en main de l'institut par Sulzer et Hunold se traduit par un quasi-triplement de son budget. Des campagnes de recherche de fonds assurant ses activités sur trois ans sont lancées par Hunold, qui se charge du gros des contacts et du travail administratif. Sulzer fait bénéficier le SIAF de son important carnet d'adresses. Un dernier homme, le banquier Charles Zoelly s'occupe, lui, de la gestion des comptes du SIAF depuis la direction zurichoise de l'Union de banques suisses (UBS), dont il devient plus tard vice-président du conseil d'administration.

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Sans entrer dans le détail des comptes du SIAF  [14][14] Les informations qui suivent sont tirées de deux documents...., constatons que, dès la première récolte de fonds en 1950, l'institution compte près d'une quarantaine de donateurs privés (banques, entreprises industrielles, sociétés d'assurances)  [15][15] Les plus importants soutiens, soit les deux tiers du... et deux sources de financement public, le canton de Zurich et la Banque nationale suisse (BNS)  [16][16] Le canton de Zurich finance la seule section d'études.... La nouvelle équipe du SIAF parvient ainsi en un temps record à consolider les finances de l'institut. Sur la base des contributions de vingt bailleurs de fonds entre 1950 et 1967, le SIAF recueille en moyenne 170 000 francs par campagne. Mais cette somme ne représente qu'une partie (environ la moitié) de l'argent collecté. Pour les deux premières campagnes de récolte de fonds (1950-1952, 1953-1955), le SIAF engrange respectivement 325 000 et 287 129 francs, hors subvention allouée par le canton de Zurich (environ 20 000 francs tous les deux ans) et d'autres revenus annexes, comme ceux tirés de la vente d'ouvrages. Les bailleurs de fonds injectent donc des sommes considérables dans le SIAF, et ce dès sa reprise en main par Hunold, en 1949. Le SIAF dispose de plus de 100 000 francs par an pour son budget de fonctionnement, dont 70 à 80 % sont alloués à la seule section économique dirigée par Hunold.

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Sur la période 1950-1958, le résultat des récoltes de fonds impressionne, puisqu'il avoisine le million de francs suisses (soit près de 4,5 millions de francs suisses actuels, ou près de 3 millions d'euros). Ce succès tient en partie à l'importance du travail de sensibilisation en faveur du renouveau libéral opéré par Hunold auprès des secteurs centraux du patronat helvétique lorsqu'il a entrepris, quatre ans avant, la récolte de fonds pour la conférence du Mont-Pèlerin  [17][17] En 1947, la Rückversicherung, la Zurich Assurances,.... Depuis lors, ces secteurs réservent un accueil favorable à l'entreprise de Hunold et des théoriciens de la rénovation libérale, à commencer par Hayek et Röpke  [18][18] Sur l'influence de Röpke dans les milieux patronaux.... Les sommes mises à disposition permettent désormais d'installer une organisation permanente dans le paysage politique et académique suisse. Reste à savoir comment et par quels moyens cette organisation s'affirme.

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Dès 1950, les activités du SIAF se résument pour l'essentiel à celles de la section économique, richement dotée financièrement et bénéficiaire d'un carnet d'adresses international dont la section culturelle est dépourvue. L'argent récolté permet à Hunold de déployer ses efforts sur trois axes : les relations et le soutien à la SMP, la mise sur pied de cycles de conférences à l'université de Zurich et la diffusion des idées néolibérales grâce à un intense travail d'édition mené depuis le SIAF en collaboration avec les éditions zurichoises Eugen Rentsch.

Soutenir les cercles internationaux du néolibéralisme

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Cheville ouvrière de la conférence du Mont-Pèlerin en avril 1947, Hunold s'est rendu indispensable auprès d'intellectuels néolibéraux comme Hayek dont les projets nécessitent finance, mais aussi auprès d'un patronat suisse qui voit avec bonheur ce pont lancé vers des penseurs du monde anglo-saxon, porteurs d'un discours si bien ajusté à leurs intérêts sociaux et politiques immédiats. Après avril 1947, Hunold continue de jouer ce rôle d'intermédiaire entre ces deux mondes, notamment du fait de sa nomination comme secrétaire de la SMP. Bien que cette tâche ne soit pas formellement inscrite au cahier des charges de l'institut zurichois, il fait donc du SIAF à la fois le secrétariat administratif de la SMP et l'interface entre les cercles internationaux de la pensée néolibérale et les milieux patronaux suisses.

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Les prestations directes du SIAF à la SMP sont de différents ordres. Entre 1950 et 1960, le secrétariat du SIAF s'occupe du fichier des membres de la SMP, de la correspondance ordinaire de l'organisation, de la correspondance du board of directors de la SMP et de la tenue d'une bibliothèque des publications des membres de la Société. Ces prestations ont un coût croissant, le nombre de membres de la SMP passant de 172 personnes en 1951 à 258 en 1961. En 1959, Hunold estime que le SIAF a financé les activités administratives de la SMP pour un montant d'au moins 10 000 dollars (environ 43 000 francs suisses de l'époque)  [19][19] Hoover Institutions Archives - Fritz Machlup Papers....

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Le SIAF rend aussi d'autres services à la SMP, notamment lors des meetings suisses de la Société. En 1953 et en 1957, Hunold mobilise le SIAF dans la recherche de fonds et use de l'argent ainsi récolté pour financer les meetings de la SMP. En 1953, le SIAF paie la totalité du meeting de Seelisberg, dont le coût est de quelque 5 000 francs. En 1957, il est le principal bailleur de fonds d'un nouveau meeting de la SMP  [20][20] Le principal contributeur à la réunion de 1957 - avec.... En sus, le secrétariat du SIAF accompagne Hunold lors des meetings et aide à la logistique des manifestations (copies des papers présentés, traduction, accueil, etc.).

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Le soutien du SIAF aux membres de la SMP n'est pas négligeable. Comme on va le voir, Hunold puise dans le carnet d'adresses de la SMP pour organiser les conférences du SIAF à Zurich, ce qui soutient matériellement l'activité de certains penseurs néolibéraux. Prenons le cas de Fritz Machlup. En février 1951, il touche 1 000 francs suisses pour une semaine de cours au SIAF, soit cinq conférences de 45 minutes. A la même période, Hayek est défrayé d'un montant presque équivalent pour une conférence et la publication de celle-ci dans un livre édité par le SIAF. Ces sommes sont très généreuses : à titre de comparaison, en 1952, le professeur ordinaire d'économie à l'université de Zurich, Friedrich Lutz, perçoit un salaire brut annuel de 35 000 francs, soit un gain mensuel d'environ 2 900 francs.

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La contribution du SIAF et de Hunold à la SMP est essentielle. Sans elle, la Société n'aurait sans doute pas eu les moyens de ses ambitions, car aucun des membres fondateurs n'aurait pu prendre aussi facilement à sa charge un travail administratif ingrat et coûteux en argent et en temps. On mesure l'importance du soutien matériel, direct et indirect, accordé par le patronat suisse à la circulation internationale des idées libérales au travers du SIAF. En retour, l'institut zurichois et ses dirigeants disposent d'un bon carnet d'adresses pour organiser la principale activité du SIAF, à savoir des cycles de conférences dans le cadre de l'université de Zurich.

Les conférences du SIAF : du visible, du social, de l'écrit

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Dès la fin 1949, donc avant même que la réorganisation de l'institut ne soit achevée, Hunold met sur pied un ambitieux programme de conférences pour l'année 1950/1951. Peu après la réunion de la SMP à Seelisberg en juillet 1949, il dresse une liste de conférenciers potentiels, les contacte et organise un échange d'orateurs entre sa future section et le prestigieux Institut universitaire des hautes études internationales (IUHEI) à Genève, alors dirigé par William Rappard  [21][21] Dès les années 1930, l'IUHEI est, avec la London School.... Une semaine après la réorganisation officielle du SIAF, Hunold présente un programme pour le semestre d'été 1950 et annonce à certains de ses correspondants que la seconde partie de ce programme, au semestre d'hiver 1950/1951, est presque finalisée.

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La lecture du programme du premier cycle de conférences préparé par Hunold est captivante. Les invités, tous prestigieux, exposent tour à tour des éléments centraux du néolibéralisme et assument par leurs propos une critique frontale de la doctrine keynésienne. Sur le thème " Plein-emploi, inflation et économie planifiée ", le SIAF invite ainsi, entre le 14 juin 1950 et le 8 juillet 1951, 23 orateurs pour un total de 44 conférences gratuites données à l'université de Zurich, soit une conférence tous les quinze jours durant les périodes de cours. On notera, dans la liste des intervenants, deux anciens présidents de l'American Economic Association (Howard Ellis, de l'université de Californie, et Frank Knight, de l'université de Chicago), et plusieurs économistes enseignant dans des universités américaines ou anglaises de renom : Stanley R. Dennison (Cambridge), Ronald S. Edwards (LSE), Gottfried Haberler (Harvard University), Friedrich A. Hayek, (Chicago University), John Jewkes (Oxford), Friedrich A. Lutz (Princeton University), Fritz Machlup (John Hopkins), Sir Arnold Plant (LSE). Rappard et Röpke, tous deux de l'IUHEI, sont aussi invités par Hunold.

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L'hégémonie des adhérents à la SMP dans les conférences du SIAF est évidente. Entre 1950 et 1958, près de 70 % des conférences offertes par le SIAF à l'université de Zurich sont données par des membres de la Société (155 sur 261)  [22][22] Ces chiffres tiennent compte des intervenants membres.... Toujours durant cette période, quelques autres membres prestigieux de la SMP viennent à Zurich, comme Peter Bauer (LSE), Milton Friedman (Chicago University), Jacques Rueff (Institut de France), William Rappard (IUHEI), ou encore le successeur de Hunold à la tête du secrétariat de la SMP, Bruno Leoni (université de Pavie), le philosophe Karl Popper (LSE) ou le ministre allemand de l'Economie, Ludwig Ehrard.

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Ces cycles de conférences donnent un lieu d'expression et de visibilité à la pensée néolibérale au coeur du monde académique zurichois, mais aussi dans des organes de presse en prise directe avec ces milieux, à l'instar de la NZZ qui, avec constance, rend compte des interventions organisées par le SIAF. Mais ces conférences dépassent cette seule fonction pour être aussi un lieu de sociabilité où le monde académique rencontre celui du politique et, surtout, celui des affaires. Il n'est pas rare que les conférences se prolongent en ville, à Zurich, par un repas de gala où l'intervenant du jour est présenté aux proches du SIAF, membres de l'institut ou bailleurs de fonds. Autour de l'activisme du SIAF se crée ainsi un espace d'échanges informels entre milieux dirigeants helvétiques, sphère académique zurichoise et cercles néolibéraux internationaux. Un trait distinctif du SIAF que Hunold n'hésite pas à vendre comme tel à l'extérieur.

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Outre ces cycles de conférences, Hunold développe un intense travail éditorial dont la principale composante est la publication d'une collection d'ouvrages collectifs publiés sous le nom de la section économique du SIAF, parfois tirés des cycles de conférences qu'elle organise deux fois par an. L'essentiel du travail d'édition, de choix des textes, de traduction en allemand et de promotion des volumes parus est organisé, voire réalisé par Hunold lui-même. C'est à la maison d'édition Eugen Rentsch, spécialisée dès 1941 dans l'édition et la diffusion d'auteurs néolibéraux en langue allemande  [23][23] En 1941, Röpke est péniblement en quête d'un éditeur..., que Hunold confie le soin d'imprimer et de diffuser les ouvrages publiés par le SIAF, notamment en Allemagne  [24][24] Selon Hunold, 90 % des volumes de la collection du....

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Dès 1950, la section économique du SIAF se présente donc comme une institution porteuse de la rénovation libérale en Suisse et un organe de soutien à celle-ci au niveau international. De par ses activités et ses fonctions, le SIAF parvient à agréger les réseaux patronaux, politiques, académiques, journalistiques et de l'édition qui, en Suisse, soutiennent cette rénovation du libéralisme. Grâce aux conférences du SIAF, Hunold offre un espace de sociabilité où les acteurs de ces réseaux peuvent se rencontrer et échanger sous le parapluie protecteur de la science académique et d'éminents théoriciens internationaux. Mais Hunold réussit aussi, par son travail éditorial considérable, à donner une existence collective aux auteurs néolibéraux et à leurs travaux. A l'heure où, selon certains de ses bailleurs de fonds, le socialisme menace l'université de Zurich, Hunold remplit ses bancs lors de conférences où le gotha de la pensée néolibérale s'exprime.

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Malgré le succès des conférences de l'institut, le SIAF traverse une grave crise interne à la fin de l'année 1957. Suspecté de détournements de fonds, Arnald Steiger, le deuxième personnage du SIAF en importance, démissionne de son poste à l'université en septembre  [25][25] Arnald Steiger est alors vice-président du Kuratorium,.... Le 20 du même mois, le président du Kuratorium, le conseiller d'Etat Robert Briner, annonce confidentiellement aux membres du Kuratorium l'éviction de Steiger et son remplacement par l'historien Max Silberschmidt à la tête de la section culturelle  [26][26] SIAF, Ausschuss für Vorträge, Diskussionen und Publikationen.... En parallèle, Hunold lance une consultation auprès d'importantes personnalités pour réorganiser le SIAF.

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La manoeuvre permet alors à Hunold de prendre le contrôle de l'institut, qui connaît ensuite une sorte d'âge d'or. Le cycle de conférences tenu sous le titre " Education à la liberté " sur deux semestres, en 1958/1959, est ainsi l'occasion d'inviter des personnes aussi célèbres que Hannah Arendt (titre de sa conférence : " Politique et liberté "), Karl Popper (" A quoi croit l'Ouest "), Goetz Briefs (" Pouvoir des syndicats et liberté "), Friedrich Hayek (" Le perfectionnisme des réformistes comme source de la privation des libertés "), Wilhelm Röpke (" Education à la liberté économique "), ou Louis Baudin (" La liberté économique à travers les âges "). Le succès est fulgurant. Alors que, au début des années 1950, les conférences attirent une centaine de personnes en moyenne  [27][27] Des professeurs de l'université de Zurich en prennent..., le cycle de 1958/1959 récolte, en moyenne toujours, 390 auditeurs par conférence. Le 10 novembre 1958, Röpke s'exprime dans l'auditorium 119 de l'université de Zurich devant 650 personnes. Des affluences records qu'il faut rapporter au nombre d'étudiants alors en division économique dans l'alma mater de la ville : en 1956/1957, ils étaient 195 (et 269 en 1960/1961)  [28][28] Indications de Hanspeter Stucki, archiviste de l'université..., ce qui signifie que les colloques du SIAF attiraient largement en dehors des cercles de la science économique, voire de l'Université tout court.

Eclipse (1961-1966)

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Mais cette vigueur renforcée est troublée par les conflits internes à la SMP, qui débouchent sur la mise à l'écart de Hunold de cette société en 1961  [29][29] Un conflit aux multiples facettes oppose ensuite Hunold.... Ce divorce prive Hunold d'une partie des conférenciers auxquels la proximité entre SIAF et SMP lui donnait accès. A un autre niveau, cette brouille contribue probablement aussi à diminuer l'aura du SIAF auprès de ses bailleurs de fonds et à affaiblir la position de Hunold au sein de l'institution. Des critiques internes sont aussi formulées, en particulier à l'égard du programme des cycles de conférences. Lors d'une commission d'experts internes du SIAF, un des professeurs consultés relève la perte de crédibilité pour l'institut qui résulte de conférences trop orientées et déclare : " puisque notre institut est fondé sur des bases libérales, peut-être devrions-nous aussi tolérer une discussion avec des avis contraires "[30][30] SIAF, Ausschuss für Vorträge, Diskussionen und Publikationen....

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En 1964, un cycle de conférences sur l'Afrique du Sud illustre cette unilatéralité des points de vue et la gestion hasardeuse de Hunold. L'accueil réservé aux interventions, notamment à celle de Roy Welensky, un ex-boxeur et conducteur de locomotive devenu entre-temps Premier ministre de la Fédération de Rhodésie et du Nyassaland  [31][31] Second et dernier Premier ministre de cette Fédération,..., qui défend avec ferveur la politique d'apartheid en Afrique du Sud, est mitigé, à l'université comme au-dehors. Articles critiques ou distants, même dans la NZZ, protestation des associations d'étudiants, courriers de lecteurs outrés, ripostes enflammées de Hunold par voie de presse, voilà de quoi susciter le trouble et l'irritation chez les universitaires affiliés au SIAF. Certains d'entre eux demandent une réunion extraordinaire du comité chargé de discuter des conférences et brandissent la menace d'en démissionner - menace d'ailleurs mise à exécution par l'un d'entre eux, le professeur de droit Werner Kägi  [32][32] SIAF, Protokole Auschuss für administrative Fragen,....

33

L'affaire fragilise à la fois l'institut et la position de Hunold en son sein. A partir de l'été 1965, l'activité du SIAF se réduit. Aucun nouveau cycle de conférences n'est organisé avant 1967. Le 25 avril 1966, Albert Hunold s'est retiré pour raison d'âge du SIAF et Friedrich Lutz, économiste d'origine autrichienne, enseignant à l'université de Zurich et membre de la SMP, lui succède  [33][33] Et non en 1965, comme Silberschmidt l'indique à tort....

34

Cette brève histoire du SIAF montre combien l'appui apporté par les milieux dirigeants helvétiques au travail de rénovation du libéralisme a été décisif. D'autant que celui-ci intervient dans les années 1950, alors que la SMP peine à trouver les moyens de ses réunions. Qu'il s'agisse d'un soutien matériel direct ou indirect alloué aux théoriciens du renouveau libéral ou en faveur de l'audience qui leur est accordée dans des médias ou au sein du monde académique, d'éminents représentants des milieux patronaux suisses se sont donc engagés vigoureusement et personnellement en faveur de ce renouveau, en particulier à travers le SIAF. Cet institut adossé à la Société du Mont-Pèlerin est devenu à la fois la plate-forme avancée à partir de laquelle la (re)conquête du monde académique pouvait être entreprise et le point de ralliement des fidèles du libéralisme économique.

Notes

[1]

Cet article n'existerait pas sans l'aide de l'actuel directeur du Schweizerisches Institut für Auslandforschung, le Pr Dieter Ruloff, de l'université de Zurich, du Dr Hanspeter Stucki, archiviste de l'université de Zurich, et de Philipp Hofstetter, historien aux Archiv für Zeitgeschichte de Zurich. Qu'ils soient ici vivement remerciés. Des versions antérieures de cette étude ont été présentées au colloque " La circulation internationale des idées : producteurs, vecteurs, modalités ", ESSE (Pour un Espace des sciences sociales européen, Paris, 23 au 24 juin 2006), à la conférence de l'European Business History Association (Genève, 13 au 15 septembre 2007) et à la conférence de l'European Social Science History (Lisbonne, 26 février au 1er mars 2008). Nous restons seuls responsables des propos qui suivent.

[2]

Ronald Max Hartwell, A History of the Mont Pelerin Society, Indianapolis, Liberty Fund, 1995 ; Bernhard Walpen, Die offenen Feinde und ihre Gesellschaft. Eine hegemonietheoretische Studie zur Mont Pèlerin Society, Hamburg, VSA Verlag, 2004 ; François Denord, Néolibéralisme version française. Histoire d'une idéologie politique, Paris, Demopolis, 2007 ; Philip Mirowski et Dieter Plehwe (eds.), The Road from Mont Pelerin : The Making of the Neoliberal Thought Collective, Cambridge, Harvard University Press, 2009.

[3]

Le reste du financement provient du William Volker Fund, une fondation américaine richement dotée qui, dès la fin de la Seconde Guerre mondiale, finance plusieurs initiatives de promotion du néolibéralisme aux Etats-Unis (Mirowski et Plehwe [eds.], The Road from Mont Pelerin..., 2009, op. cit., p. 15).

[4]

Archiv für Zeitgeschichte Zurich, Nachlass (" legs ") Werner Imhoof, 7.4.2, dossier 49, " Einladung zur Gründugsversammlung des SIAF ", 1.3.1943.

[5]

Hans Ulrich Jost " Switzerlands Atlantic perspectives ", in Marco Milivojevic et Peter Maurer (eds.), Swiss Neutrality and Security. Armed Forces, National Defence and Foreign Policy, New York, Berg, 1990, p. 110-121.

[6]

Giovanni Busino, " William Rappard, le libéralisme "nouveau" et les origines de la Mont-Pèlerin Society ", Revue européenne des sciences sociales, n? 88, 1990, p. 205-216 ; Richard Cockett, Thinking the Unthinkable, London, Harper Collins Publishers, 1995 ; Cécile Pasche et Suzanne Peters, " Les premiers pas de la Société du Mont-Pèlerin ou les dessous chics du néolibéralisme ", in Diana Le Dinh, L'Avènement des sciences sociales comme disciplines académiques (XIXe-XXe siècles), Lausanne, 1997, p. 191-230 ; Dieter Plehwe et Bernhard Walpen, " Eine Art von internationaler fünfter Kolonne des Liberalismus ", in Regina Stötzel (ed.), Ungleichheit als Projekt. Globalisierung - Standort - Neoliberalismus, Forum Wissenschaft n? 43, Marburg, 1998, p. 367-380 ; Dieter Plehwe et Bernhard Walpen, " Wissenschaftliche und wissenschaftspolitische Produktionweisen im Neoliberalismus. Beiträge des Mont Pèlerin Society und marktradikaler Think Tanks zur Hegemoniegewinnung und -eraltung ", Prokla, vol. 115, n? 2, 1999, p. 203-235 ; François Denord, " Aux origines du néo-libéralisme en France : Louis Rougier et le Colloque Walter Lippmann de 1938 ", Le Mouvement social, n? 195, 2001, p. 9-34 ; Karl-Heinz Roth, " Klienten des Leviathan : die Mont Pèlerin Society und das Bundeswirtschatsministerium in den fünfziger Jahren ", 1999 : Zeitschrift für Sozialgeschichte des 20. und 21. Jahrhunderts, vol. 16, n? 2, 2001, p. 13-41 ; Walpen, Die offenen Feinde..., 2004, op. cit.

[7]

Hoover Institutions Archives - Friedrich Hayek Papers (désormais HIA FHP), box 75.10, lettre de Hunold à Hayek, 28.2.1946.

[8]

Saitzew prend sa retraite en 1950 et décède en 1951. Sa charge d'enseignement est partagée en deux chaires différentes. Friedrich A. Lutz - également membre de la SMP - occupe, dès 1953, une chaire consacrée à l'économie sociale théorique et l'histoire des théories économiques. Jürg Niehans reçoit dès 1953 à titre extraordinaire, puis dès 1956 au titre de professeur titulaire, une chaire vouée à l'enseignement de l'économie sociale théorique et pratique. Cf. Peter Stadler, Die Universität Zürich, 1933-1983, Festschrift zur 150-Jahr-Feier der Universität Zürich, hrsg. vom Rektorat der Universität Zürich, Universität Zürich, 1983, p. 324.

[9]

Alan Ebenstein, Friedrich Hayek : A Biography, New York, Palgrave, 2001, p. 155 et 166-167. Merci à Bruce Caldwell, éditeur des oeuvres complètes de Hayek, de nous avoir renseigné sur ce point.

[10]

HIA FHP, box 75.10, lettre de Hunold à Hayek, 25.11.1949.

[11]

HIA FHP, box 75.10, lettre de Hayek à Hunold, 2.12.1949.

[12]

HIA FHP, box 75.10, lettre de Hayek à Hunold, 13.4.1950.

[13]

Sur la période 1946/1947, le budget de fonctionnement du SIAF est de 42 000 francs suisses (Max Silberschmidt, Das Schweizerisches Institut für Auslandforschung, 1943-1981, Zurich, Schweizerisches Institut für Auslandforschung, 1981, p. 14).

[14]

Les informations qui suivent sont tirées de deux documents. Le premier énumère les donateurs privés entre 1950 et 1956 (archives du SIAF [désormais SIAF], Ausschuss für Vorträge, Diskussionen und Publikationen, dossier " Reorganisation des Instituts "). Le second est une liste de vingt donateurs privés entre 1950 et 1967 (SIAF, Auszug aus der Liste der Donatoren, Correspondance générale, dossier Nestlé, s.l.n.d.).

[15]

Les plus importants soutiens, soit les deux tiers du total, sont Gebrüder Sulzer (24 000 francs), les trois grandes banques UBS, SBS et CS (21 000 francs chacune), le chimiste Ciba AG (21 000 francs), les assureurs Rückversischerung et Winterthur Assurances (21 000 francs chacun) et Zurich Assurances (15 000 francs), ainsi que les industriels Oerlikon AG (18 000 francs), Georg Fischer (15 000 francs) et Brown Boveri & Cie (13 500 francs).

[16]

Le canton de Zurich finance la seule section d'études culturelles à hauteur de 96 000 francs suisses entre 1950 et 1958. La BNS y contribue pour une somme totale de 10 500 francs entre 1950 et 1967.

[17]

En 1947, la Rückversicherung, la Zurich Assurances, l'Union de banques suisses, la Société de banque suisse, le Crédit suisse et Gebrüder Volkart investissent chacune près de 15 000 francs dans la Conférence du Mont-Pèlerin (Steiner, Yves, " Les riches amis suisses du néolibéralisme ", Traverse, n?2007/1, 2007, p. 114-126).

[18]

Sur l'influence de Röpke dans les milieux patronaux helvétiques, cf. Jean Solchany, " Wilhelm Röpke et la Suisse. La dimension helvétique d'un parcours transnational ", Traverse, à paraître.

[19]

Hoover Institutions Archives - Fritz Machlup Papers (désormais HIA FMP), box 279.17, lettre de Hunold à Machlup, 12.1.1959. Machlup est alors trésorier de la SMP.

[20]

Le principal contributeur à la réunion de 1957 - avec 9 000 francs (soit le cinquième du budget) - est le " Konzortium Mont Pèlerin Society ", qui n'est autre que le SIAF lui-même. Sur le financement de cette réunion, cf. HIA MPS, box 10.9, Einnahmen.

[21]

Dès les années 1930, l'IUHEI est, avec la London School of Economics (LSE), l'un des lieux où se concentre l'expertise néolibérale en Europe. Ami de Hans Sulzer, l'influent économiste et diplomate suisse William E. Rappard en est le cofondateur avec l'historien français Paul Mantoux. Rappard apporte son soutien à Hayek, Hunold et Röpke lors de la première réunion de la SMP en avril 1947. Il devient ensuite vice-président de la SMP. Le 21 janvier 1950, Hunold lui écrit pour pratiquer de manière permanente l'échange de conférenciers entre le SIAF et l'IUHEI. Rappard accepte deux jours après (HIA MPS, box 31.3, lettre de Hunold à Rappard, 21.1.1950, et de Rappard à Hunold, 23.1.1950).

[22]

Ces chiffres tiennent compte des intervenants membres de la SMP au sens strict. Cependant, parmi les non-membres de la SMP invités par le SIAF, beaucoup sont proches du réseau de la SMP ou des cercles du patronat helvétique. Certains, comme W. Förster, H. Niehaus ou W. Hagenbuch, ont eu - ou auront - l'occasion de présenter leurs travaux de la SMP. D'autres, comme G. Bauer ou H. Homberger, sont d'importants représentants du patronat suisse.

[23]

En 1941, Röpke est péniblement en quête d'un éditeur pour un projet de livre, son futur Die Gesellschaftskrisis der Gegenwart. Rentsch l'édite alors. Cf. Wilhelm Röpke, " Beruf und Berufung des Verlegers ", in 50 Jahre Eugen Rentsch Verlag, Zurich, Eugen Rentsch Verlag, p. 40-41. Röpke devient ensuite l'un des auteurs phares du catalogue Rentsch, du moins si l'on en juge par le rythme effréné de réédition de ses livres. Par ailleurs, c'est à la femme de Röpke, Eva, qu'Eugen Rentsch confie la traduction de La Route de la servitude. Préfacée par Röpke, cette première version allemande du best-seller de Hayek est publiée chez Rentsch en 1945, une année après son édition originale en anglais.

[24]

Selon Hunold, 90 % des volumes de la collection du SIAF sont écoulés en Allemagne, cf. SIAF, Bericht über das Geschäftesjahr 1959 mit Jahresrechnung 1959, p. 21.

[25]

Arnald Steiger est alors vice-président du Kuratorium, président du Vorstand et directeur de la section culturelle. Steiger semble notamment avoir offert un emploi fictif de secrétaire à sa maîtresse. L'une de ses anciennes assistantes a aussi touché un salaire trop élevé pour ses travaux au SIAF. Enfin, les comptes de la section culturelle témoignent d'une grande opacité. La justice zurichoise ouvre une enquête pénale qui comporte un volet sur les activités et la comptabilité créative de Steiger au SIAF. Cf. SIAF, Ausschuss für Vorträge, Diskussionen und Publikationen (1958-1969), dossier " Reorganisation des Instituts (1957-1958) ", lettres de Silberschmidt à Zoelly, 5.11.1957, de Silberschmidt à Hunold, 5.11.1957, de Hunold à Silberschmidt, 18.11.1957, et de Willfrat (procureur cantonal) au SIAF, 25.11.1957.

[26]

SIAF, Ausschuss für Vorträge, Diskussionen und Publikationen (1958-1969), dossier " Reorganisation des Instituts (1957-1958) ", lettre de Briner au Kuratorium, 20.9.1957. La décision est prise par le comité du SIAF le 19 septembre 1957.

[27]

Des professeurs de l'université de Zurich en prennent ombrage, comme Niehans qui, en 1955, aurait interdit à ses étudiants de se rendre aux réunions du SIAF et aurait inscrit les contrevenants sur une liste noire (HIA FHP, box 75.12, lettre de Hunold à Hayek, 24.1.1955).

[28]

Indications de Hanspeter Stucki, archiviste de l'université de Zurich, aux auteurs, message du 02.05.06.

[29]

Un conflit aux multiples facettes oppose ensuite Hunold à Hayek et aux ténors de l'école de Chicago (Hartwell, A History..., 1995, op. cit., p. 100-130 ; Walpen, Die offenen Feinde..., 2004, op. cit., p. 145-151).

[30]

SIAF, Ausschuss für Vorträge, Diskussionen und Publikationen (1958-1969), dossier " Reorganisation des Instituts (1957-1958) ", Protokoll der Stizung der Expertenkommission, 3.2.1958, p. 6.

[31]

Second et dernier Premier ministre de cette Fédération, remplacée en 1963 par la création de la Zambie et du Malawi.

[32]

SIAF, Protokole Auschuss für administrative Fragen, 1958, " Protokoll der zwölften Sitzung des administrativen Auschusses ", 29.6.1964 ; SIAF, Protokole des Auschuss für Vorträge, Diskussionen und Publikationen, " Protokoll der achten Sitzung des Auschusses ", 13.7.1964.

[33]

Et non en 1965, comme Silberschmidt l'indique à tort dans l'histoire officielle du SIAF (Max Silberschmidt, Das Schweizerische Institut..., 1981, op. cit., p. 30).

Plan de l'article

  1. De l'autoritarisme au néolibéralisme (1943-1950)
    1. Et si Friedrich Hayek enseignait la bonne parole à l'université de Zurich ?
  2. Consolidation de l'institut et propagation d'une pensée (1950-1961)
    1. En quête de financement
    2. Soutenir les cercles internationaux du néolibéralisme
    3. Les conférences du SIAF : du visible, du social, de l'écrit
  3. Eclipse (1961-1966)

Pour citer cet article

Longchamp Olivier, Steiner Yves, « Comment les banquiers et industriels suisses ont financé le renouveau libéral », L'Économie politique, 4/2009 (n° 44), p. 76-92.

URL : http://www.cairn.info/revue-l-economie-politique-2009-4-page-76.htm
DOI : 10.3917/leco.044.0076


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